I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE
Or, voici la solution proposée : «Ce n'est pas d'elle- solution même que la liberté se met tout d'abord en branle ; propose . ses commencements absolus sont encore relatifs. Elle suppose une excitation qui a sa source en dehors de l'être... » Cette phrase, au premier abord, nous parait être un aveu d'un retour à la théorie de S. Thomas. Il n'y a donc pas de commencements absolus ! Rien ne passe spontanément de la puissance à l'acte ! Quelle sera donc la cause motrice de l'acte libre, sera-ce la volonté elle-même déjà mise en branle par la prémotion de Dieu vers le bien en général, comme l'enseigne le saint docteur ?
Ici nous sommes déçus. L'auteur, qui paraissait en sa si bon chemin, tourne brusquement, et pour expli- ''"'"^"®" quer cette première mise en branle de la volonté, n'admet plus aucune cause motrice, mais seulement une cause finale: « c'est, dit-il, une sollicitation perçue, une représentation, un but (1). » De même pour M. Fonsegrive : < l'Homme pense la fin de son action, et cette pensée donne le branle à toutes les autres pensées et aux mouvements qui en sont la suite (2). *
Cette solution nous étonne d'autant plus que l'auteur a brillamment établi, contre les idées-forces de M. Fouillée, la distinction capitale entre la cause finale et la cause motrice. Il a montré, avec une supériorité qui lui fait grand honneur, que l'idée, étant cause finale, ne donne aucun branle, aucune impulsion, qu'elle dirige seulement le branle ou l'impulsion de la cause motrice.
Aussi l'auteur, pour ne pas se contredire, reprend ses héaussitôt sa concession première. Apres avoir avoue que la liberté ne se met pas en branle d'elle-même, qu'il lui faut une excitation extérieure, il reviendra
(1) l'iat, Ibid., p. 236.
(2) Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre (\"> édit.), p. 119.
liiialeinenl à sa première thèse: « C'est la volonté, dit-il, qui, une fois la fin donnée, se détermine ellemême : c'est la volonté qui passe toute seule de la puissance àTacte.» — «Ces conditions (la pensée) supposent une activité qui peut faire effort, capable de se porter dans le sens de l'idéal perçu. »
De même, après avoir avoué que les commencements do l'acte volontaire sont « relatifs », il reviendra à la thèse des commencements absolus : « le propre (de la liberté) est de commencer du mouvement (1). »
Cause de Un pas dc })lus, i'auteur était avec nous et avec insuccèï. s. Thomas. Il lui suffisait de poser comme préliminaires de l'acte libre non seulement une cause finale, ridée générale du bien ; mais une cause motrice, l'impulsion première du premier Moteur de la nature vers ce but.Dèslors,la volonté se trouvait être c'^iac/c, et capable désormais « de faire eil'ort et de se porter dans le sens de l'idéal perçu ». Mais notre auteur ne le voulait pas, parce qu'il professe d'étonnantes répugnances (2) pour cette thèse de S. Thomas et d'Aristote: que l'homme tend nalurellement et nécessairement vers le bien en général, vers la béatitude, et que le mal, comme tel, ne peut être objet direct de volonté (3). Nous reviendrons sur cette thèse, que nous croyons très profonde et très solide. Nous nous bornerons à faire remarquer ici, combien deux questions, qui au premier abord paraîtraient étrangères, se trouvent intimement liées, puisque le seul doute jeté sur cette thèse de la prémotion nécessaire de la volonté
(1) Piat. Ibid., pp. 9 et 237.
(2j Piat. Ihid., p. -^01268.
(3) (i Volmilas de necessitate inovotur al» objeclo Ulo. quod est universaliter boimm. ab ipsa scilicol beatiludine. " S. Th., la 2*. q. 10, a. 2, c. — « Et ideo ex necessitate bealitudineui homo vull, nec polesl velle non esse beatus aut esse miser. » 1» '.i , q. 13, a. 6.