‹ Études politiquesChapitre 32 sur 32 · PROPOSITION DE M. DE GOLBÉRY · texte numérisé non relu

PROPOSITION DE M. DE GOLBÉRY

« An. i". Il sera publié. un bulleliD des séances delà chambre des députés, dont la rédaction sera confiée aui secrétaires-rédacteurs, sous la surveillance et la direction da bureau de la cbambre.

a Art. t. Les exposés de motib et les rapports des cota~ missions sur les projets de loi ou les propositions y seront textuellement insérés.

« Art. 3. Aucune autre insertion n'y sera reçue.

« Art. 4. Ce bulletin sera adressé gratuitement à tous les électeurs du royaume.

a Art. S. Si les rédacteurs des journaux le demandent, il pourra leur en être alloué des exemplaires aux conditions qui seront ultérieurement déterminées par le bureau.

u Art. 6. Ce bulletin sera exempt de timbre. L'envoi aux électeurs ne sera point taxé k la poste.

■ Art. 7. L'organisation et l'adminisliation de ce recueil sont confiées à l'auioriié et à la surveillance du bureau, n

FBOPOSITIOK ADDlTlOmiBLlB.

« Un crédit de 300,000 fr. est ouvert au budget de la chambre des députés, exercice de 1842, pour la publication du bulletin des séances de la chambre. »

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Celle proposition est l'expreBsion malheureuse d'une boDne pensée, d'un besoin que ressentent tous les esprits îinpartiaus. Louable dans son but, elle serait impraticable dans l' exécution. Le nuMndre de ses incoiivénirats serait de coûter annuellement au trésor public plus de deux millions ; nous allons le prouver :

Ouvrons le Moniteur universel, et prenons la dernière session législative, celte de 1841. Les débats de la chambre des pairs ont occupé 1,160 colonnes; ceii\. de la chambre des députés, 3,830, ensemble 5,990 colonnes ou 332 feuilles.

LaTeuille d'impression grand-raisin, format du Moniteur, tirée et pliée à grand nombre par les moyens les i^us économiques, revient (1) à 3 centimes : fr. 90 centimes les332 feuilles.

Donc, 332 feuilles envoyées aux 210,000 électeur?-, couleraient 3,079,000 francs, au moins, et en supposant les frais de composition compris dans ceux du tirage. Hais l'objection tirée de la dépense est la plus faible, la plus forte est celle-ci : — quels sont les électeurs qui auraient le temps et la paiience de lire toujours douze, très-souvent vingt-quatre, et quelquefois trente-sis colonnes d'une impression compacte?

Pour réduire autant que possible les difficultés d'exécution et le chiffre de la dépense, nous supposerons volontiers que le comple rendu des séances de la chambre des dépulés n'excéderait jamais douze colonnes ; nous supposerons que u les sefrétaires-rédacteurs sous la surveillance et la direction du bureau de la

ri) De la Presse périndique av IlX'sifeU.

chambre» aumient assez ilc iérmeté pour l'ésister tous les jours aux stisceptibililés et aux prétentioDs des orateurs qui auraient parlé la veille, et qui crieraient à la mulilation de leurs discours alors même qu'on n'aurait fait qu'en reirancher les redites et les incorrections; nous supposerons plus encore, uous supposerons que les deux chambres législatives se mettraient d'accord pour se partager entre elles les colonnes de ce bulletin, car évidemment, si cet arrangement n'avait pas lieu, la chambre des pairs n'accepterait pas la condition d'inégalité devant la publicité à laquelle la réduirait la publication d'un comple rendu des séancesde la chambre des députés tiré à deux cent mille exemplaires; elle voudrait aussi, et avec raison, avoir un bulletin de ses séances imprimé en nombre égal; imaginez donc deux bulletins tirés ensemble à 420,000 exemplaires, et expédiés tous les jours aux 210,000 électeurs! Il faudrait que l'administration des postes, dont les malles aujourd'hui suffisent à peine déjà à contenir les imprimés dont elle a le transport, renouvelât tout son matériel, et augmentât dans une proportion considérable son personnel d'employés et de facteurs (1). Ce ne seraient encore là que des détails, des diUicullés

(I) Sur 38^000 communes , il n'y en a encore que 19.0U0 qij{ ■oient pourvues d'un service journalier de distribution.

Le pereoDoel des facleurg roraui ne s'élÈve qu'à 0,000. Il faudrait en lyouier nu moins 1 1 ,000 pour que tes disiributiotis sa fissent quotidienne ment àaa» toutes les communes , eu général fort iloignées les unes des autres. Le trailemeni de ces Tacieurs est de 300 francs.

Le service des malles, lelleH qu'elles eii:itent aujourd'hui , coilte 7,500,000 francs-

Celui des erobrauchements 4,000,000

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d'exécution } nous en ferions, nous, assez bon marché, car l'argent pourrait les aplanir, el l'aident, quand il s'agit, pour un pays comme la France, d'atteindre un but utile, un but élevé, ue nous parait qu'une considération accessoire devant laquelle on ne doit pas s'arrêter. Mais toutes ces suppositions admises, toutes ces difficultés réduites à leur plus simple expression, toutes ces dépenses restreintes ainsi à un minimum de deux millions de francs, quel résultat moral, quel but politique auraitnsn atleintT Quelles bornes aursit-on mises aux excès de la presse? Quelle amélioration aurait-on fait subir à son esprit? — Si, à ce prix — même avec l'obligation de renouveler tout le matériel des postes et d'accroître considérablement son personnel — on pouvait faire que la liberté de la presse ne fat plus qu'un instrument de progrès, de pacification et de moralisation publique, sans doute il ne laudrait pas bésiter; mais, encore une fois, le jour où la proposition de H. de Golbéry serait adoptée, si elle pouvait l'être, que changerait-elle aux conditions dans lesquelles s'exerce le journalisme?

D'abord, sur les deux cent dix mille électeurs auxquels serait adressé le bulletin des séances législatives, combien eu est~il qui savent lire 1 Combieu en est-il qui seraient en état de le lire ? combien en est-il qui le liraient? Certes, plus de la moitié n'en détacheraient pas même la bande d'adresse. A quel domicile les servirait-on? — A leur domicile politique on à leur domicile réel? — Dans ce dernier cas s'est-on rendu compte de toutes les difficultés, de toutes les exigences de service, résultant de la mutation des listes électora-

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les, des changements de résidence et des réclamations pour cause d'iuesactitude, par suite de mauvaise destination ou de négligence de la part des facteursrelc.?]

Ensuite, ce bulletin n'admettant aucune autre insertion que les exposés des motifs, les rapports des commissions et les débats législatif, et n'étant envoyé auiL électeurs que pendant la durée des sessions, quelle économie, quel avantage leur offrirait sa publication, puisqu'elle ne dispenserait pas ceux qui reçoivent un journal d'y rester abonnés, quelque dévoués qu'ils fussent d'ailleurs au gouvernement et à ce qu'on est convenu d'appeler les idées d'ordre !

Enfin, quel remède ce bulletin apporterait-il au mal que font les calomnies, les bruits mensongers, les fausses nouvelles qu'inventent les mauvais journaux, que répètent involontairement les meilleursl — Aucun. — Quelles vérités opposerait-il à leurs attaques injustes,à leurs faux systèmes, à leurs doctrines erronées, à leurs prétentions exorbitantes de tout savoir, de tout contrôler, de tout diriger, d'être seuls infaillibles? Quelle force nouvelle donnerait-il au gouvernement, aux institutions et aux lois, incessamment battus en brèche par les partis? — Aucune. — A quoi donc servirait-jlT II serait à craindre qu'il ne servit qu'à faire prendre en haine et en dégoût le gouvernement représentatif.

Notis aurions bien encore d'autres objections à présenter contre les termes de la proposition de H. de Golbéry; mais celles qui précèdent suffisent pour montrer qu'elle u'àboutirait qu'à une dépense sans profit, qii'à un immense gaspillage de papier sans ré-

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— ,1(t8 — sultat moral, qu'à rendre pins difficile et plus lent un service public déj6 difficile, et dont la célérité est, après la fidélité, la première obligation. Quelque imparfaite qu'elle soit, cette proposition cependant n'en aura pas moins eu son utilité : elle aura servi à appeler l'attenlion des chambres et des ministres sur la nécessité urgente, impérieuse, d'améliorer, non dans l'intérêt des jouruaux, mais dans celui du gouvernement et de la société, le régime fiscal de la presse périodique, régime absurde, qui a pour effet de rendre l'impartialité matériellement impossible, et qui a donné Torcément naissance à l'abus contre lequel la proposition de H. de Golbéry restera comme une protestation.

Le mal signalé existe : qu'y a-t-il donc à tenter sinon pour le laire disparaître entièrement, du moins pour le rendre moins grandî — C'est ce que nous allons essayer de dire, fidèle à notre habitude, qui a toujours été de n'attaquer une idée qu'en lui en donnant loyalement une autre pour adversaire; de n'exercer jamais la critique que de la façon donton accepte un combat, armes égales, danger pour danger, et témoins des deux parts.

Il ne suffit pas qu'une idée soit juste pour que le succès en soit certain ; il faut encore qu'elle soit opportune, qu'elle ne soit ni prématurée ni tardive. Telle idée qui aurait réussi il y a dix ans écbouerait aujourd'hui ; telle autre idée qui serait pleine d'avenir rencontrerait le présent pour obstacle insurmontable. Il est des moyens dont l'expérience exige de se servir à une époque, et dont plus tard l'habileté veut qu'on s'abstienne. La vérité d'un principe est absolue , mais la sagesse et l'utilité de son application sont relatives.

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n09 ~ Il ne faut pas seulement au levier un point d'appui , il faut encore que le point d'appui soit solide. Il y a deux saisons : une pour la semence, une pour la récolte ; manquer l'une c'est manquer l'autre. Voilà ce qui explique comment une idée conçue par un homme d'esprit, peut le ruiner, et, recueillie par un imbécile, enrichir ce dernier. Avant tout, il faut, pour réussir, que toute chose , même la meilleure , soit faite en son temps. Le succès est un roi absolu qui ne permet ni qu'on le devance ni qu'on le fasse attendre. Avec lui il faut être allenlif au jour, à l'heure, à la seconde.

Les choses ne sont plus dans l'état où elles étaient en i851. A cette époque, le prix des journaux politiques quotidiens n'avait pas été réduit de moitié, une foule de publications à bas prix n'avalent pas vaincu l'incrédulité du public , incrédulité qui , loin d'être un obstacle, était au contraire un moyen de vogue et de popularité. Le principe do bon marché enfin avait encore toute sa virtualité, toute l'énergie d'action que les choses et les idées tirent en France de la nouveauté, énergie qu'émousse l'usage, même le succès.

La publication d'un Bulletin des actes du gouvernement et des séances légùlatives , format de 30 décimètres carrés (1), ne coûtant qu'un sou par jour, ~ 18 francs par an — n'aurait donc plus en 1842 autant d'élémenls de réussite qu'en 1831 ; toutefois nous croyons que si tout esprit de parti, toute apologie mi nisiérielle en étaient rigoureusement exclus ; que si le cadre , tel qu'il avait été soumis à M. Casimir Périer,

(1) Ce formai esl celui dti MonifpurumVtricI elrfela Prisse.

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en était coasdencieusemeQt rempli ; que ù la direction, enfin, en était donnée à une main ferme et eiercée, le nombre des souscripteurs de ce bulletin s'élèverait encore rapidement à plus de cent mille (1).

Le temps a marché depuis onze ans; aujourd'hui il y a autre chose à faire. — Quoi ? — Avant de passer à l'examen de cette question, disons d'abord quels sont les moyens de publicité dont le gouvernement et les chambres législatives dîiqx>$ent:

Le gouvernement dispose du Moniteur universel ; est, depuis le ministère du 1^^ mars, propriétaire du

Le premier de ces deux journaux se tire h deux mille exemplaires ; le second à mille : ensemble trois mille.

Sous rempire , à plusieurs époques de la restauration eA pendant le ministère de H. Casimir Périer, toutes les fois que le gâuvemement avait à porter à la connaissance de la France la nouvelle d'un fait important, une déclaration solennelle, un avis utile, une instruction adressée à une classe de fonctionnaires publics, c'est par la voie du Moniteur universel que le pays l'apprenait. Le Monileur exerçait alors une grande autorité, et ses moindres paroles avaient un grand retentissement. 11 existe encore aujourd'hui une publicité officielle, mais il n'y a plus, — et nous le regrettons, — de publicité solennelle ! Le Monileur ne fait plus qu'enregistrer, avant le Bulletin des Lois, les ordonnances royales et les nominations ministérielles, et

(1) Voir page 365.

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— 3H — que reproduire le lendemain les dépêches télégraphiques et les articles publiés le soir parle Ménager.

Le Moniteur universel n'a donc plus en réalité maintenant d'autre spécialité que celle qu'il tire de la fidélité et de l'étendue avec lesquelles il rend compte des débats, des rapports et des travaux des deux chambres. Cette spécialité, dans l'état actuel des choses, suffît cependant encore pour lui conserver sa valeur et son utilité historiques.

L'existence du Messager soulève une grave question, celle de savoir s'il n'y a pas plus d'inconvénients que d'avantages dans la publication d'un journal du soir dont la responsabilité est assumée par le gouvernement.

En effet, si le journal hasarde une critique sur le discours ou le vole d'un député, ce député est fondé à s'en plaindre, même k la tribune, et à demander compte aux ministres de cet emploi de l'argent des contribuables, servant à payer des attaques dirigées contre un représentant du pays ; si, au contraire, le journal loue un député de son talent ou de son courage, rarement ses collègues s'en montrent satisfaits ; ainsi, quoi qu'il dise, un journal du soir, publié aux frais du gouvernement, est taxé d'injustice Ou de complaisance. S'il s'agit de ministres auxquels il ait décerné l'éloge, l'apologie est bien plus suspecte encore; on dit qu'die a été payée, et qu'elle n'est pas plus vraie qu'elle n'est désintéressée. Si.le journal s'abstient d'exprimer aucune opinion, de discuter aucune doctrine, on se récrie qu'il est insignifiant. Donc, quai qu'il fasK, qu'il parle ou qu'il se taïsë, il ne trouve que

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«les gens qui le blâment, et qui préleadeul qu'il est inutile ou compromeltant. Des deux partis à prendre, celui du silence et de la réserve est encore le plus prudent; aussi est-ce celui-là que le Messager a choisi. Mais, dîl-on, un journal est fait pour parler et non pour se taire ; sans doule : la conclusion de ce qui précède est donc qu'il n'y a de journaux du soir possibles que ceux qui n'ont aucun caractère officiel, et à la rédaction desquels le gouvernement demeure entlËrement étranger.

Autre chose encore : — les chambres, et c'est surtout pendant le temps de leur session qu'un journal du soir a de l'importance et de l'intérêt, — les chambres voient rarement finir leurs séances avant six heures du soir, quelquefois plus lard. La concurrence oblige le journal de paraître en toute hâte entre huit et neuf heures. Quels rapports utiles peuvent, dans ces deux Iieures, s'établir entre le journal et le ministreT — Aucun. — Le journal est donc forcément livré à luimême, à sa seule impulsion et au gré de tous les incidents du jour. Voici maintenant l'inconvénient le plus grave. Quand un cabinet pourrait naturellement se taire, il y a des cas où l'existence d'une feuille du soir le force à s'expliquer , car autrement le silence l'exposerait à des interprétations qu'il peut être prudent et nécessaire de prévenir. Nous sommes d'avis que lorsqu'on peut avoir toute sa soirée au moins et souvent toute la nuit pour réfléchir, c'est une faute de ne se donner que deux heures, et encore quelles heures \ celles où Ton est sous le poids des fatigues de la journée, où l'on peut avoir des courriers à expédier, des

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personnages importants à dîner, où l'on peut s'élre soimême engagé, les heures enfin où l'on s'appartient le moins.

Un journal semi-officiel du soir ne justifierait rutilité de son existence qu'autant qu'il ne paraîtrait que pendant le temps de la session des chambres, et que rien, absolument rien, ne serait épargné pour qu'il pût donner le compte rendu abrégé, mais substantiel, des séances législatives, avec autant de fidélité que de rapidité. Pour cela, il faudrait : — premièrement, qu'il eût autant de rédacteurs que le Moniteur universel, et il tout prix les meilleurs ; car obligé, il est vrai, à rendre compte des séances avec moins d'étendue, il serait tenu à le faire avec plus de célérité ; — deuxièmement, qu'il eût un double atelier de compositeurs voisin de chacune;des deux chambres, afin qu'une heure après la clôture des séances il fiCit en mesure de délivrer des épreuves parfaitement revues et corrigées à tous les journaux k qui il conviendrait d'en faire prendre, soit pour collationner leur propre compte rendu, soit pour en tenir lieu. On comprend que si une feuille du soir donnait ainsi les séances des chambres avec une étendue variable qui n'excéderait jamais, en moyenne, six colonnes, aucun journal ne pourrait entreprendre de lutter de fidélité, et qu'il n'y aurait rien de mieux à faire que de renoncer à une dépense inutile. On ne se plaint pas des rédacteurs du Moniteur. La feuille du soir pourrait en avoir de non moins sûrs. Des hommes exercés, soigneusement choisis, bien rétribués, ne peuvent-ils abréger un discours en le condensant sans le mutiler? — Est-ce qu'on mutile les toiles et les sta-

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tues, dont on c^re ce qu'on appelle des réductioiis?

Tout autre rôle à remplir par une feuille semi-officîélle du soir, quelque habile que soit son rédacteur en chef, n'en fera jamais qu'un journal parfois dangereux, le plus souvent insigni&anl. Ce que nous venons d'écrire, il y a six ans que nous l'avons dit pour la première fois, quand le ministère du 6 septembre fonda la CAarterfe 18501

En réalité, le gouvernement ne dispose donv que d'une publicité illusoire, et n'a de défenseurs sérieux dans la presse que des journaux indépendants de lui, alors même que le concours qu'ils lui prêtent n'est pas toujours entièrement désintéressé.

Cet état de choses, cette inégalité entre la défense et l'attaque, cette anomalie d'un gouvernement qui pAÏe ou qui prie un journal afin d'en être protégé, a préoccupé beaucoup de graves esprits. Plusieurs systèmes ont été émis et discutés. Passons-les rapidement en revue.

FoMJATlOK d'uRB PRBSSB DITE GOUVSRKBMEKTàLe. Uu

publicisie éminent dont le caractère et le talent étaient respectés de tous ses adversaires, H. Henri Fonfrède, a pluâeurs fois soutenu l'opinion que le gouveniement devait fonder un journal à la rédaction duquel seraient appelés les écrivains les plus distingués. Séduisante peut-être en théorie, cette idée, si l'on en eût tenté l'applicationt n'aurait pas compté une année d'exis^ tence.

Prétendre qu'il serait possible de fonder un journal bonsaci*é à défendre les principes fondamentaux de

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gouvernement, et de le rédiger comme on professe un cours d'histoire ou d'économie politique, en se plaçant au-dessus de toutes les influences, de toutes les préoccupations, de toutes les considérations ministérielles, est une erreur profonde; ce qui étonne, c'est que de grands esprits l'aient partagée. Comment ne voit-on pas que si une entreprise aussi chimérique pouvait se réaliser, les ministres ne seraient plus que des incapables placés sous la tutelle et la censure d'une aorte de tribunal composé d'écrivains irresponsables et, de ces deux choses l'une, ou rëvocablesou inamovibles 1

Si l'on admet qu'ils seront révocables, tout le système croule, on n'aura plus que des écrivains à la solde d'un ministère ; ceux qui ne fléchiront pas se retireront ; si l'on admet qu'ils seront inamovibles, il faudra admettre aussi qu'ils seront infaillibles, et que, soit qu'ils louent, soit qu'ils blftment, dans l'un comme dans l'autre cas ils n'auront jamais tort.

Or supposez qu'un tel journal ait été fondé il y a seulement cinq ans, et que ses rédacteurs, au nom de tous les principes de gouvernement, aient condamné la coalition pariementaire de 1838; quelle eût été leur conduite, quel eût été leur langage quand ils auraient eu plus tard à s'exprimer sur les divers cabinets à la formaiion desquels nous avons assisté depuis trois ans T — S'ils avaient vanté H. Thiers, loueraient-ils H. Guizot? — Hais alors ce journal ne différerait eu rien de ces feuilles qui n'ont d'autre moyeu d'existence que la subvention qu'elles reçoivent humblement. Ses rédacteurs seraient sans autorité sur l'opinion publique. —

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L'atlaqueraienl-ilsî — Mais alors il y aurait antagonisme entre eus et la majorité des deux chambres. Une telle idée, on le voit, n'aboutirait qu'à la constituiion d'un pouvoir anarchiqueou fragile.

Mais, dit-on, ce n'est pas ainsi que les choses se passeraient ; toutes les fois que le ministère changerait, le personnel du journal gouTernemenlal serait aussi changé ; chaque nouveau cabinet se ferait accompagner parun nouvel état-major d'écrivains. Nous répondrons:

— premièrement, il ne faut pas croire que les écrivains qui ont du savoir et de la conscience pullulent; — deuiièmemenr, quels sont les écrivains de quelque mérite qui consentiraient à accepter une position aussi précaire? — troisièmement, quand le ministère qui succède à celui qu'ils auraient soutenu tes aurait congédiés, ou iraient-ils ? — quatrièmement, tous les journaux établis ont leurs rédacteurs, et les mutations y sont rares; il faudrait donc mettre l'état-major licencié en disponibilité avec un traitement, une sorte de demi-solde ? — cinquièmement, si le personnel de rédaction changeait ainsi à ctiaque changement âp cabinet, l'État, finalement, aurait donné beaucoup d'argent, se serait grevéde beaucoup de charges, pourquoi^

— Pour veiller sur les principes immuables de gouvernement î — Non ; mais pour défendre des intérêts ministériels nécessairement divers et souvent opposés. Quelques moyens que vous employiez, vous voyez donc que tous vous ramènent k la même conclusion, à publier un journal sans indépendance, conséquemment sans autorité, et que ce système ne soutient pas même un examen superficiel.

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Droit d'insehtioh. Uq autre système a été proposé comme étant doué d'une puissance égale à la facilité de son exécution ; ce système consisterait dans l'usage journalier, constant, rigoureux, du droit que donne au gouvernement l'article 48 de la loi du 9 septembre 183S, disposition qui n'est d'ailleurs que la reproduction des articles 8 de la loi du 9 juin 1819 et 11 de la loi du 25 mars 1822, et qui a pour eflet a d'obliger « tout gérant d'insérer en tête du journal les docu- « ments officiels, relations authentiques, renseignements et rectifications qui lui seront adressés par a tout dépositaire de l'autorité publique ; publicalioit « qui devra avoir lieu le lendemain de la réception des <i pièces, sous la seule condition du payement des frais o d'insertion, o

L'expérience de ce système a été faite, avec timidité il est vrai : on a vu ce qu'il a produit.

Les gérants qui se mettent dans le cas de recevoir dépareilles insertions par ministère d'huissiers, les placent bien en tête de leur feuUle, ainsi que le veut la loi ; ils obéissent à sa lettre, mais ils éludent son esprit ; ils agissent comme s'ils ne faisaient que céder k la violence ; ils impriment le protocole de l'huissier et jusqu'à sa signature ; ils suppriment la division delà justification par colonnes et étalent les lignes sur toute la largeur de la page, de sorte qu'on ne peut plus lire qu'avec grande peine, et que l'effet moral de ces insertions obligatoires est entièrement manqué, et plutôt fâcheux que favorable. Interrogez les abonnés de ces journaux, et vous vous convaincrez que le résultat de telles insertions, ainsi faites sans loyauté, n'est pas

— 3i8 — de ramener le lecteur à la vérité, de l'éclairer, mais au contraire del'indisposer.derîrrilerunpeu plus encore contre le gouveniement. Il est si rare qu'on ne justifie pas les prérentions dont on est l'objet, en s'efforçant trop de les vouloir détruire !

Hais l'exécution de la loi ne rencontrât-elle pas, de la part des journaux hostiles au pouvoir, l'opposition et la mauvaise foi dont nous venons de parler, qu'il ne serait pas encore vrai que la disposition qui donne au gouvemement et à ses agents le droit de répondre en tête de la feuille où ils ont été attaqués, constituât un bon système de presse gouvernementale.

Si le gouvernement, ainsi qu'il le fait aujourd'hui, se borne à l'insertion de quelques démentis, de quelques rectifications, qui malheureusement ne sont pas toujours donnés, même par lui, avec franchise et bonne foi, à quoi aboutit la faculté qu'il possède 1 — A faire naître, pour peu de chose, en vérité, l'incrédulité quand il parle, à se faire accuser d'aveu tacite quand il garde te silence. Si le gouvernement, — comme on le propose dans le système que nous discutons, — étend l'exercice de cette faculté jusqu'à charger un corps d'écrîvains de la mission de réfuter le lendemain dans chaque journal l'article de la veille qui leur aura paru ou faux en principe, ou erroné dans les détails, ou inconvenant dans la forme, voyons où conduit ce système :

Incontestablement ces écrivains n'auront le droit de répondre qu'autant qu'ils représenteront le gouvernement, qu'ils parleront en son nom ; c'est un point qu'il importe d'abord d'établir, parce qu'il est la pierre an- D.,-.i,Coo3k'

gulaire de tout l'éditice. Vous faites donc descendre le pouvoir dans l'arène I

Le signal est donné ; le pablic attend, la lutte va s'engager. Ëtes-vous bien gùrs d'abord que le public ne sera pas un juge partial, et ensuite que les écrivains, sur lesquels pèse, le préjugé d'écrivains subventionnés, d'écrivains sans conscience et sans indépendance, sinon sans mérite et sans verve, étes-vous bien sûrs qu'ils seront toujours les plus forts, les plus habiles, les plus souples t — Le jour où le public s'écriera qu'ils sont vaincus, qu'ils ont manqué de force, d'adresse, d'agiUté, croyez-vous que ce jour-là le pouvoir aura beaucoup gagné dans les esprits en autorité, en dignité et en respect ?

Le jour où une de ces incorrections de langage, une de ces erreurs de date ou de lieu, comme il en échappe si souvent dans l'ardeur d'une polémique qui n'a jamais le temps de vérifier ce qu'elle avance, aura été commise par un de ces écrivains, la presse tout entière se soulèvera contre lui, elle ne trouvera pas assez de sarcasmes pour l'en accabler, il sera rendu célèbre par les surnoms qui lui seront infligés. Qu'aurez-vousfeitT — Vous aurez donné au peuple le spectacle d'un esclave livré aux bêtes du cirque.

Cedurméiierd'esclave, quel est l'écrivain de m^ilG, conséquemmeut pouvant vivre plus ou moins modestement du travail de sa plume, qui voudra l'accepter T — Pour soutenir une telie tulle, quels sont donc les écrivainsque recrutera le pouvoir? — Des hommes sans indépendance, sans énergie, sanstalent.que la faim ou la prodigalité lui livrera : des athlètes toujours battus.

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Ce iiVsl piii tout ciii'oie i — M l'arlidcde la veille élait écrit en termes incoDvenaiits, injurieux, dans quels termes sera conçue la réponse? — Le pouvoir usera-t-il de représailles? — S'abaissera- 1-il jusqu'à l'injure ? — S'il ne s'écarte jamais de la réserve et de la modération, sa réserve et sa modération seront-elles appréciées? ne dira-l-oQ pas que sa polémique est faible et décolorée?

Ne sera-ce pas un moyen d'éterniser toutes les discussions? Une fois le pouvoir et le journal'aux prises, l'un et l'autre ne se feront-ils pas une sorte de point d'honneur d'avoir chacuu le dernier mot? — Lequel des deux se résignera à passer pour battu ?

Et s'il ne s'agit pas seulement de rectiâer des faits, de repousser des injures, mais de discuter des principes, avez-vous mesuré toute l'étendue de la responsabilité qui s'étendra sur le pouvoirdans le passé, dans le présent et dans l'avenir? Celui-ci l'engagera le même jour dans une voie, celui-là dans une autre. On ne manquera pas l'occasion d'exploiter leur rivalité et leur opposition, de se servir des arguments du premier pour confondre et écraser le second. Il n'existe à Paris que deux chaires d'économie politique, l'une au Collège de France, l'autre au Conservatoire des aris et métiers :lesdeux professeurs sont-ils d'accord? — Comme, au bout de quelques années, tout aura été dit, le passé sera un arsenal inépuisable où tous les adversaires du gouvernement n'auront qu'à chercher pour y trouver désarmes. Pour qu'un tfl système fût praticable, il faudrait cju'il y eût une orthodoxie constitutionnelle ! Attendez qu'elle existe !

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SitiNAiuRB DESABTicLBs. Puisquc Dous paHoDs des divei^ systèmes de presse, disons incidemment ici quelques mots de celui qui consisterait à exiger que tous les articles d'un journal fussent signés. Cette obligation, en admettant qu'une loi pût l'imposer, auraitelle pour effet, ainsi qu'on l'a prétendu, de régénérer la presse et de mettre un terme aux excès et aus dangers du journalisme ?

Un article de doctrine, s'il est faux, en sera-t-il plus vrai perce qu'il portera le nom de son auteur? — Les lecteurs auxquels cet article s'adressera seront-ils pour cela des juges plus éclairés, plus compétents? Ce que la raisou sociale du journal y perdra peut-être, la renommée et l'influence de l'écrivain le gagneront sûrement. Au lieu d'avoir des journalistes anonymes, on aura des journalistes célèbres, comme il existe au palais des avocats dont le renom est déjà un argument en faveur de la cause dont ils ont accepté la défense. Le journal et le journaliste n'en seront pour cela ni plus ni moins dangereux. Lorsqu'un auteur aura fait un article au bas duquel il ne voudra pas mettre son nom, comment la loi l'y conlraindra-t-elle 1 Croyez-vous que le jour où il conviendrait, soit à M. Thiers, soit à M. Guizot, de faire un article contre leur prédécesseur ou leur successeur au ministère, ces deux historiens ne trouveraient pas facilement un éditeur qui en acceptât la responsabilité, c'est-à-dire le mérite? Il se créerait aussitôt des signataires d'articles comme il existe aujourd'hui des gérants de journaux. Vous ne voulez pas de fictions ; or, votre système ne ferait qu'accroître le nombre de celles que la loi a déjà consacrées !

Avez-vous aussi soBgé au danger des réputations usurpées qui en seraieut la conséquence? Tel qui passerait pour avoir fait les articles tes plus remarquables pourrait bien n'être qu'un sot et un ignorant. Que de geais se pareraient des plumes du paon 1

Supposez que tout ce qui vient d'être dit ne soit qu'exagération dont il ne faille pas tenir compte, et passons à d'autres objections plus graves.

Quand vous aurez astreint chaque auteur à signer son article, ou pour parler plus exactement, chaque article à porter un nom d'auteur, d'abord il vous faudra définir ce que vous entendez par articles ; ensuite, qu'aurez-vous fait ?

Cela fera~t-il que le compte rendu des chambres, qui occupe souvent quarante-huit colonnes du Moniteur, soit désormais plus complet dans les journaux qui ne peuvent y consacrer que trois colonnes au plus t — Cela fera-i-il que la publicité qu'ils donnent aux scandales judiciaires soit plus édifiante? — Cela ferat-il que les meurtres, les vols, les attentats aux mœurs, les suicides, y occuperont moins de place, et seront lus avec une moins honteuse avidité? — Cela fera-t-il que le plan de campagne que vous aurez divulgué, que le mouvement ou le désarmement de troupes que vous aurez fait connaître, alors que le secret importail, n'aient plus ni d'inconvénients, ni de dangers ? — Gela empéchera-t-il le public de croire, quand on le lui dira en deux lignes sous forme de nouvelles, que la liberté de la presse est menacée ; qu'il est certain qu'une camarilla nourrit des pensées liberttcides ; que le cb&teau projette le rétablissement de la garde royale et l'aban-

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don d'Alger, elc. * — Toute nouvelle, n'eût-elle qu'une ligne, devra-t-elle porter avec elle la garantie du oom de son auteur, soit que le jouroai l'émette pour la première fois, soit qu'illa reproduise? Toute omission sera-l-elle une contravention? Toute contravention sera-t-elle punie? Voyez donc où vous conduirait cette théorie : un seul numéro du journal pourrait donner lieu à une accusation de plus de cent contraventions, en admettant encore que ce ne fussent pas des délits. Sans doute, la signature des articles par leurs auteurs serait une importante amélioration ; il faut souhaiter qu'elle entre dans nos mœurs, mais il ne faut pas songer îi en faire une obligation légale. Comme système de presse, cette idée ne supporte pas l'examen.

Impunité. — Réprbssioh. Le premier de ces deux systèmes est celui des libéraux dans l'opposition; le second est celui des libéraux dans le gouvernement; l'un consiste à afiSrmer avec M. Benjamin Constant que l'impunité systématique esi le plus sûr moyen d'ôter aux attaques injustes et violentes du journalisme la puissance de nuire, parce qu'elles excitent alors les défiances et les sévérités de l'opinion publique, également ennemie de l'arbitraire et de l'anarchie ; l'autre consiste à prétendre avec M, Guizot que les excès de la presse ne sauraient être trop activement poursuivis, trop sévèrement punis.

De ces deux systèmes, quel est le bon, quel est le tneilleur?— Avant de répondre à celte question, il faut d'abord savoir h quel but on tend. — Veut-on que la liberté de la presse, perdant son nom pour prendre

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celui de licence, inquiète tous les esprits éclairés, tous les intérêts légitimes, achève de se déconsidérer, perde tout crédit, toute influence? sans aucun doute, des deux systèmes, l'impunité légale serait le meilleur, si au-dessous des classes éclairées, des classes supérieure et moyenne, Il n'y avait pas une autre classe sans lumières, qui a des besoins impérieux et des passions ardentes, qu'il est conséquemment facile d'égarer, qui est hors d'état de discerner dans un article ce qu'il y a d'exagération mêlée à ce qu'il y a de vérité, de juger ce qu'une argumentation peut avoir de spécieux, de découvrir le but que cache souvent une calomnie, de mesurer le mal que peut faire un mensonge, de prévoir enfin les déceptions cruelles qui attendent au jour de l'expérience les théories si séduisantes de liberté sans frein et d'égalité sans limites. Résolvez ce problème, que les journaux ne pourront avoir que des lecteurs éclairés, et nous adopterons volontiers pour doctrine celle que professe l'opposition.

Veut-on au contraire que la liberté de la presse soit redoutable aux abus du pouvoir et utile au développement de nos libertés, veut-on qu'elle serve à l'affermissement de nos insiilulions, à la pacification des esprits, à la dissolution des partis, au progrès de la raison publique, à la moralisationdu peuple, àla prospérité du pays au dedans et à sa prépondérance au dehors ; veut-on enfin que la liberté de la presse soit féconde, puissante et respectée? il est alors nécessaire que tous ses écarts soient sévèrement réprimés, que tous ses excès soientjustement punis. Gontenh la presse dans de fortes digues, c'est la forcer de se creuser un

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un lleuve nnvigable qui porte la richesse sur loute la Hgne qu'il parcourt.

Mais pour réformer ta presse, il ne suffit pas de la poursuivre et de la punir. Le juge qui accomplit ses devoirs ne dispense pas le législateur de remplir les sieos. Celle conclusion nous ramène naturellement à la queslioti de savoir ce qu'il reste à faire au gouvernement et aux chambres législatives pour amender la polémique au moyen de la publicité, et donner satisfaction, nous ne disons pas à la proposition, mais à la protestation de M. de Golbéry.

Les allocations que la chambre des pairs et la chambre des députés consacrent chaque année à l'impression des procès- verlraux de leurs séances, des rapports et (les discours de leurs ntembres, dépassent deux cent cinquante mille francs.

L'une et l'autre chambre ont un traité conclu avec les propriétaires du Moniteur universel, à qui elles payent, pour la reproduction des discours et des rapports de leurs membres, une somme qui a pour basf? le nombre de colonnes qu'occupent cps discours et ers rapports.

En outre, la chambre des pairs et la chambre des députés publient à pari, format in-8, les procès-veibaux de leurs séances, les rapports de leurs commissions, les projets de lois, les exposés de motifs el les autres communications du gouvernement. A notre avis, c'fst multiplier sans utilité les impressions, et gaspiller un argent qui pourrait être mieux employé. A eux seuls les procés-vcràanj: el annexes de la chambre des députés, pour la session I8il, forment neuf forts volumes in-8!

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— 3Hi —

A quoi servent ces volumes? — Quel est )e pair de France, quel est le député qui les garde, qui les consulte? — A quoi bon imprimer les procès-verbaux des séances? A quoi servent-ils? Que coiitienneot-ils? — Des analyses de» discours sans le nom des orateurs qui les ont prononcés. Lorsqu'on a besoin de se reporter à un de ces discours, est-ce Ih qu'on va le recliercher? Non ; c'est au Moniteur qu'on recourt, et btpc raison, puisqu'il n'y a que lui qui les recueille aussi fidèlement qu'il est possible de l'exiger.

Les deux chambres pourraient donc faire, l'une et l'autre, sans inconvénient aucun, l'écoDomie de l'impression de leurs procès verbaux. Ces volumes ne sont bons à rien qu'à être vendus au poids : c'est ce que font, pour s^en débarrasser, h peu près tous 1» pairs et les députés. Noiez que ces volumes ne sont généralement imprimés qu'après la session, et conséqnemoient distribués qu'à la session suivante.

A l'égard de ces impressioiiSj il y aurait quelque chose d'infiniment simple h faire : ce serait de conclure, avec les propriétaires du Moniieur, un traité parlequel ils s'engageraient à faire, aussitôt après le tirage de leur feuille, un remaniement ih-8 (sans rien changer à )a justification des colonnes) des projets de lois, des exposés de motifs et des rapports déposés la veille sur le bureau. De la sorte, les communications du gouvernement, qui sont aujourd'hui composées nois fois: premièrement, par l'imprimerie du Moniteur; deuxièmement, par l'imprimeur delà chambre des pairs; troisièmement, par l'imprimeur de la chambre des députés, ne seraient plus composées qu'une seule fois.

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Les cbambres ne gaguenûent pas seulement à cet ar- , rangement mie économie d'argent, mais encore une économie de temps, car il arrive très-souvent que le Moniteur publie le lendemain matin des communications et des rappoitB qui ont été lus la veille à la tribune, et qui ne sont distribués que plusieurs jours après, soit aux pairs, soit aui députés. La valeur de ces impressions, par la diflérence des caractères employés, serait considérablement réduite. On pourrait alors en faire collection, ce qui est matériellement impossible aujourd'hui. Composées telles qu'elles le sont eu gros caractères, ces impressions, au bout de quelques années, produisent une telle masse de disirilmlions (i ) que l'appartement le plus vaste en est vite encombré. Ajoutez, enfin, qu'il y aurmt plus d'unité. — Hais ceci ne serait qu'une amélioi'ation typographique, et nous avons à proposer une innovation qni, nous le croyons, ne serait pas sans importance. La voici :

Le Moniteur, avons-nous dît, publie littéralement tous les discours de HM. les pairs et les députés; rien ne serait plus facile que d'en faire un remaniement in-S, ainsi que cela a lieu déjà loules les fbis qu'un pair ou qu'un député demande au Moniteur un tirage à part de son discours.

Ce remaniement typographique, si fadie à opérer, présenterait les deux avantages suivants :

Premièrement, les projets de lois, rapports et discours pourraient être méthodiquement réunis par

OBDBB DE MATlfeBES ;

Deuxièmemeiil, les rapports et discours pourraienl être réunis par noxs d'autiurs.

■ En d'antres termes, au moyen de ce remaniement, si l'on voulait, par exemple, prendre connaissimce de tout ce qui s'est dit ou lu k la tribune sur le budget ou sur les chemins de fer, on n'aurait qu'à demander les volumes intitulés : budgets ou cbbmiks de rs». Si, nu lien de cela, on voulait seulement parcourir tons les projets de lois, rapports et discours auxquels des Itommes tels que M, le duc de Broglie ou M. Thiers ont attaché leurs noms, soit en qualité de pairs de France, soit en qualité de députés et de ministres, on n'aurait qu'à demander les volumes intitulés : biscouis

RAPPOStS, ETC., DE M. LB DUC dO BROGLIE, OU bien CCUX

intitulés : DI8C0UHS, rapposts, etc., dk m. thiers (I).

(t) Les ctiambrcs, si ulles lu vouklent, poarruient inéme éieiidrc ce cla&Mmeiil khiih qu'il un réBuliài pour leur budgul aucune uugmeiiulîurt Je dépciisus ; uirisi, elles iiouriiiieul poilui' à huil le iiuiiibre dt ceb colli'cljons ;

1° Colleclion Je 'ous les projelade loi prësenlés par legonver- BBinttiK, et adopiés par les deux cbumbres ; .

2° Collection de lous les projuis du Jol adoplës seulement pif la chambre des pair» ;

' i" Collection de tous les projels de loi adoptés seiTlemeiil par la cliatabredei dépulÉs ;

4° Colleclion de lonteB les propositions fUtes pur HH. les piirs, eu venu de l'iniilaiive consucrée par l'art. 15 de la Charte;

à" Collection de lotîtes les propositions faites par HH. les dêpiiléa, en vertu du mènie droit;

13" Collection de lojs les projels de loi, rapports et discours par spécialité de matière ;

7° Collection de tous les discours et rappoi^'e de H pair de

H" Collection de lous les discours ti rapporls de H , dépulû.

Les résutlats de celte classification seraient de rendre les recherdies moins pénibles et les orateurs plus réservés, par suite de la crainte salulaire qu'ils auraient d'être pris en flagrant délit de contradiction, d'iocouséquence.de versatilité. Aussi, avantdese hasarder dnns une discussion importante, tout orateur ue tsrderait-il pas à prendre l'habitude de commencer par s'assurer de ce qu'il aurait déjà dit sur le même sujet. Les discussions ; gagneraient certainement d'é- Ire plus consciencieuses, moins superficielles et moins prolises. Quiconiiue a fait dans le Moniteur des recherches du genre de celles dont il vient d'élre parlé, sait le temps qu'elles prenoent, la patience qu'elles exigent, et surtout la fatigue que causent la nécessité de se peucher sur de grands volumes in-folio et la difficulté de lire de longues colonnes compactes ; aussi peu de personnes ont-elles aujourd'hui ce courage. Au lieu de cela, imaginez donc la conversion du Moniteur (après avoir paru quotidiennement comme journal in-folio) en volumes in-S", munis de tables chronologiques et systématiques ; ce qui permettrait à tout ministre, tout pair de France, tout député, d'avoir ainsi dans sa bibliothèque la collection de ce qu'il pourrait appeler ses œuvres parlementaires. Une seule composition suffirait pour obtenir ce triple résultat, qu'aujourd'hui trois composiiions diâ'érentes ne donnent pas.

Ajoutez que lorsqu'un pair ou un député s'adresse au Moniteur pour avoir un tirage à part in-8° du discours qu'il a prononcé, il a les frais du remaniement à payer, dont il n'aurait plus alors à subir la dépense. Il nu serait plus leuu qu'au remboursement des frais de

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papier et de tirage, trais qai pourraient i3lre tuiféa fa A centimes par feuille de seize pages, La moyenne d'un discours est tout au plus d'une feuille : doue, un pair ou un député, dont les amis ou les électeurs seraient au nombre <le cinq cents, n'aurait désormais à payw que 30 francs pour le tirage, à ce nombre, de son discours. La chambre des pairs et la chambre des députés, chacune en ce qui concernerait ses membres, pourraient d'ailleurs prendre à leur charge cette faible dépense. Ce serait de l'argent mleui employé que celui qu'elles gaspillent aujourd'hui at impresaions de procès-verbaux.

Mais quelque importantes que plussent être ces amélioralions, elles sont étrangères à la proposiLion de M. de Golbéry, et fussent-elles réalisées, elles ne remédieraienl pas k l'inexactitude avec laquelle les journaux rendent compte des débats législatifs. Or, c'est de cette inexactitude qu'il s'agit; c'est d'elle aussi que nous allons maintenant nous occuper. — - Cherchonsen donc les causes, afni de trouver les moyens de la faire cesser.

Si les journaux français ne rendent compte qued'uDe manière si incomplète, si imparfaite, des séances législatives; i<i à cet égard les journaux anglais ont sur U» nôtres une supériorité si marquée (1), n'en accusez

( I ] Voici quelques dttaWs sur rim|iomnce que les journani de Londres accordent h celle puriie tie leur l'édactitm :

u Avanl les guerres dt: la révdution, l<^ jourMui ne donnaienl qu'il» réMimé Tort alirégé <les séances piilemeiilaircs. L'éditeur de Junivs, Woodrull, esï^aja de remplir uelte lacune; la t&clic ipt'n enlrcprcnaii éiait vraiment aihléiique. 11 assistait aux Béan-

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pas la pirlialilé de l'espril de parti, mai:) l'absurdilé du régime fiscal sous lequel vous avez placé la presse bs-

ues, u>, ail OMyen de quelques notes, eo employaDi les maigres ilocumeDU que renrenuaienl lei journaux du mUin, il se trouvait à mfime de publier ven les quatre ligures un compte rendu de la séance. Tout cela éiait eiicsra eiirémeiD

I bien le* motivement)! oratoirei ; aa mémnire lui i-appeluii 1m traiU priocipaui ei kn grande* divUions d'un iliicoura -, mih. on ue connaiasiiit, en le lIsMnt, ni le mouvement général des ar-, faires, ni les mille détails curieux dont se compose une «éance parivmoDiaire.

" Le syiième actuel estrixuvrudeM. Perry, réacteur en chd du Morning 6'JirDiiicte. Aujourd'hui, tous tes journaux de quelquu valeur emploient de du A qualoiiM per-onneE k cet usage i ce SOUL les rspurleri. Cbacun d'eux passe liois quart* il'beure ou une lieure dans la gal«tie de la^cbambru des communes ou dans i^Uu lia la chambra des pairs, après quoi «on conlïËre vient le remplacer. Le fporUr, sorti de la cbamhre, conaulle e«s notes, ut éciilauBsilAtlfs diaoo'irs qu'il tient dVnt£ndre et qu'une mémoire exeriiée kii permet de reproduire prosque loot pour mol. La sli'nograpbie, que l'on a essayé d'employer, est depuis longtemps lomUe dans le discréilil. Il est rare que le alén(^raplie bakiile joigne au talent qu'il pesiéde d'uulres Tiicullé* plus nécessaires; trop souvi'nllu pariie maicriellede l'œuvre qu'il exécute l'absorbe et l'envabii. Il accorde peu d'atteaiion à la série des arguments quH les orateurs emploieni; il ne s'occupe que de son affaire; il eU stéoograpbe avint tout. Crs Irails et ces lignes qui, par la suppression d'une voyelle, lui otlreiil d'une manière indiuinoie ei vague le souvenir lointain des périodes reproduites, mai* non éooalée* parlui, usurpent mvinciblement son attentions Rarement aait-il suppriioer une répétition oiseuie, et donner la sens di-s épilhttes et des substantifs parasiles qu'un impi ovisaleor accumule en chercbanl sa pensée. Enfin, c'est moins un copiste intelligent qu'une machine plus ou moins parfaite. La plupart drsraporisr* ont renoncé h la stént^raphieimjfs, quand i l'intelligeni^ et i la capaciid nécessaires on joint la Tacultc de sténographier de temps eo temps le» passages vraiment remarquables, on arrive à une giando supériorité.

• Cost BU irtoyen de ladivUion du travail que l'un a bliienu ce

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sujeltie au timbre. Ce n'est pas une question d'opinion, c'est une question de fonnal. La question n'est

résultais. Après avnir écoHié un discoure d'une heure, le r«porur s'enferiDe et en pnsae deuiï rédiger ce qu'il a eniendu. Le grand nombredcpersonnesainsieinployées.el l'habitude qu'elles ont de ce travail, pertnellent de tirer el de publier A sept ou buîl lienres du inaiin les débais d'une séance qui s'e»l prolongée jusqu'il deux ou trois heores. ■ La précipitation na nuit en rieu à - t'uiaclilnde. Non-seul cm eut chaque discoure est correclement « rcprodutl, mais loua les iticideats de la séance se trouTeni no- ■ tés ïv-'c soin; on ; ajoute même des cilalîons el des olfserra- " lions curieuses empruntées aux antécédents parlemen [aires. - Les amélloralions malérielles de l'industrie ont buaiicoop contribué & CCS étonnantes cocqaélea.

n La publicaiiondesdébatseaiinlerditesousdes peines graves; lonterois, sans avoir jamais révoqué son slatul, le parlemeni tait aiii journalistes des privilèges el de» lacilitée qui se trouvent en corttravenuon directe et incessante avec le texte de la loi Ils entrerit par nne porte particulière dans la galerie réservée au pii- Mic; et lorsque la roule est obligée lie sortir, i! leur est permis de rester â leur place. Il esl vrai que la situation de cette galerie est si incommode et si éloignée des bancs des omteiirs, que souvent • Il voix faible de quelques-uns d'entre eux n'arrive pas jusqu'at» journalistes,

3 Lcï rtporlert tormunl une classe d'hommes il part qui n'esl inféodée à aucune opinion, mais dont l'influence et la considétalion dépendent du degré d'eidciiludeuvec ]ei)ue1 ils s'acquittent de cur travail, onlintérèl à ce queleurg compiea rendus donnent une copie Bdéle de la siiuatton des chambres. • lii ont un c*prit de " cnrpi, il* te retpecieni jet comme Us feuventpaitcr d'un jouT- ". val à l'aulre, Hi ne l'aitachenl spécialemeni à niuun parti. ~ J.tmais rédacleur en chef de jounml oe demanilo k son reporter ■' uiicine sympatbie d'opinion politique. Commit lome inltdéliié >. coniniisii par un des rneinbrea de cetie espèce d'associalion X porte alieintcâ l'esiimctlonl le c irps entier veut joidr, ils ont " un horreur les altérations, les inierpolatiens. les RUppressions, ■< dont lit pai lialilé des joiirnaux français a fait une habilode. >■ Paiigucsd'ailli'urBdeeea logomachies poliliqnes dont ils lUligocnt eux-mêmes le public, ils oc prennent aucun intérêt hd iriwnpbu

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pas politique, mais eiclusivcment maiérietle. En AnglelerrR. le drail de timbre est fixe; en France, il est proportionnel; il varie de 3 à 6 centimes, selon que le format du journal est au-dessous de quinze décimètres ou au-dessus de trente ; c'est-â-dire que la loi a fait justement l'opposé de ce que voulait la raison. On dirait vraiment que la raison et le fisc s'excluent et sont inconeiliables. Au lieu de mettre un obstacle à l'es tension du Forniat des Journaux, on aurait dû tout l'aire, au contraire, pour la favoriser, car celte extension, ainsi que nous l'avons déjà tant de l'ois péremptovcmenl démontré, aurait eu pour effet certain de rendre VimpartialUé matériellement plus facile el moralement plus rigoureuse. Hais en fait d'impdts, nous Foramcs encore dans l'enfance; nousn'y voyons jamais qu'un moyen d'emplir le trésor ; nous ne savons nous en servir ni comme frein, ni comme éperon.

Messieurs les pairs et messieurs les députés, si les journaux tronquent vos discours, s'ils n'en donnent que des -extraîls, que des résumés, n'en accusez que vous-mêmes, n'en accusez que les lois que vous avez volées. Rendez aux journaux la liberté de s'agrandir; faites plus, sachez faire habilement de cette liberté une nécessité, abolissez le timbre auquel les imprimés sont assujettis, et alors seulement vos plaiu-

ei i la défaiie des lorys el de.» wliigs. Remi>lir esaciement et consciencimtsemeDt leur lâcbe. c'uel Uiiii ce qu'ils veulent et prétendenl.

• \jei comptes rendus des sfotiices parle m en lai res coùlem à cliBCun lies jeurnaux du malin plus de 3,O0D livres alerl. par un (75,rOO ff.l. .

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les seront té);iliinâs, si, contre loute probabilité, elles oui «icore des motifs de s'^ercer; maisdies n'en auront [dus, car il n'y a pas un journal, quelque pasBiouné qu'il Boil dans sa roiAHiQnB, qui ne tienne à l'honneur d'être Qdèle dans sa publicitS. Alors les journaux français n'auront plus rien à craindre sous ce rapport de la comparaison avec les journaux anglitis.

L'objection principale qu'on fait à l'aboUlioa de l'impôt du timbre sur les imprimés n'est pas tirée du préjudice qu'en éprouverait le trésor public, mais du danger qu'il y aurait premièrement à rendre plus facile la créfttioD de nouveaux journaux ; deuxièmement, a donner à ceux qui existent le moyen d'abaisser leur prix, c'est-à-dire de se mettre à la portée d'un plus grand nombre de lecteurs, et conséqu«ametit d'ac4»oItre encore ainsi leur iollaenee, au lieu de la diminuer.

Celte objection est une objectitm superficielle, qui n'est puisée ni dans la nature, ni dans l'étude approtbndie des cboses. Nous l'avons déjà réfutée ailleurs sans réplique; nous nyrépondroos donc ici que trèssommairement.

Non : ce qui met un obslade, presque insurmontable aujourd'hui, à la création de nouveaux journaux politiques quotidiens, ce ne sont pas les frais de tim- 1h«, ce sont les frais de composition et de rédaction.

La composition d'un journal (1) coAte par jour 400 fr.

La rédaction 200

Total par jour 500 fr.

(I) l'')rniii( i]e 30 dùcimi'iruscirriii.

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ScHt lOO.SOO fr. par année, stns y com[H<ei]dre les frais d'administration, d'élablissentenl, de propagation et d'intérêts da capital employé ; ce qui porle le tout, an moins, à ISO.OOO fr.

Le Téritable obstacle, le voici : — c'est que pour mettre un nouveau journal à môme d'essayer de lutter quelque peu sérieusement cmitre la difficulté de faire mieux, oa même autrement que les journaux élaUis, qui jonissent d'une sorte de monopole de fait, il Ctnit avoir, indépendamment des 100,000 fr. de cautiosnement exigés par la loi, un capital social d'au moins 500,000 fr.

Un journal se fonde :

S'il ne vient pas d'abonnés, il n'y a ni frais de timbre ni frais de poste à payer ;

S'il vient des abonnés, ces frais, qui sont pour le timbre de tS fr. par an, et pour la poste de ii tr., sont prélevés sur le produit de l'abonnement ;

Donc, si un journal ne reçoit rien, il ne paye rien au Use. Hais il n'en est pas ainsi des frais de composition, de rédaction, de loyer et d'administration ; il faut toujours les payer, il. faut toujours en avoir l'argent en avance dans sa caisse, le journal n'eùt-il qu'uit stuL

ABONKt.

Que, par suite de l'abolition du timbre, les journaux soient moralement obligés de doubler leur tbr mat, et ces dépenses qui ne s'élèvent aujourd'hui qu'i 150,000 francs environ dépasseront iOO, 000 francs! Ainsi, la suppression du timbre, loin de favoriser la créationdenouveauxjoumaus. la rendrait au contraire plus diffidie, car an Iteu d'un capital social de

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500,000 fr., il en Fiiudrait alors certaioement an d'un million. Voyez ce qui s'est passé h Londres lors de la réduction du timbre, qui était de 70 cent, par feuille, à 40 cent, seulement : on pensait qu'il aUait paraître tout de suite un grand nombre de feuilles nooTelles; une seule fut publiée, a'appelant le Constitutionnel, qui a coûté de grosses sommes à ses éditeurs et n'a véca que peu de temps. Retenez donc bien ceci : ce ne sool pas les journaux qui /on^ l'avance des Trais de timbre et de poste, ce sont les abonnés.

Maintenant, examinons ce qu'il y aurait de foudé dans la crainte que l'abolition du timbre n'eût pour efl'et l'abaissement du prix des journaux, et que cet abaissement de prix n'eût pour résuliat d'en faire descendre encore la lecture, si la loi qui prononcerait cette BU ppression était ainsi conçue :

Art. 1*'.

Les droits de timbresur les journaux ei leurs suppléments , écrils périodiques, prospectus, affiches ei tous avis imprimas, sont abolis.

Art. 2.

Les journaux Keronl tenus d'insérer en leur entier le texte et l'exposé des molirs des projets de loi présenlés aux chambres, ainsi que les rapports auxquels ces projets auront donné lieu et qui auront été déposés sur la tribune législative. Celte insertion devra précéder le jour de ta discussicm publique.

Art. 3.

11 est interdit aux journaux et écrils périodiques :

g)". D'abréger ni tronquer, soit par voie d'analyse, d'ei- Iraiis ou autrement, l«s discours prononcés à la tribune lé-

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psIaiiT«. Ou ces journaux n'en devront reinJre atisolumenl aucuD compte, ou le comple qu'ils en rendront devra ëire entièrement conforme à l'une des dem rédactions qui aura été faite par les rédacteurs assermentés admis à cet effet, la première de ces rédactions teiCuelie (<). ladeutième réduite eu moyenne(2) aux proportionsde six colonnes d'une feuille de cinquante décimètres carrés.

§ 2. De rendre aucun compte sans l'autorisation des chambres, ou de l'une d'elles, soit de leurs séances secrètes, soit des discussions qui ont eu lieu dans l'intérieur de leurs bureaux ou de leurs commissions.

§ 3. De publier les noms des TOtants pour ou contre, dans tous les cas où le vote aura eu lieu au scrutin secret.

§4. De publier aucun acte deprocédure ou d'instruction; d'abréger ni tronquer par voie d'analyse, d'extraits ou autrement, les interrogatoires, dépositions, débals, réquisitoires du ministère public et plaidoiries entendues devant une cour ou un tribunal du royaume , et dont la cour ou le tribunal n'aura pas interdit la publicité par la voie des journaux assujettis au dépôt d'un cautionnement. Ou les Journaux et écrits périodiques n'en devront rendre absolument aucun compte, ou le compie qu'ils en rendront devra porter la signature d'un rédacteur assermenté.

§ S. D'imprimer aucune lettre non tombée duis te domaine de la publicité sans l'assentiment préalable et par écrit du signataire.

§ 6. D'indiquer les mouvements des armées françaises de terre et de mer avant qu'ils aient été rendus publics dans te journal officiel du gouvernement.

Art. *.

Nul ne sera admis à rendre compte soit des séances législatives, soit desaudiences judiciaires, s'il n'a prêté serment

(1) Qui serait celle deBiinée su IfotitCcur u^ivaritl.

(2) Qui serait celle du journal semi-offlciel du soir, dont il a été plus baot parlé.

unirc lus maias du |>ré$idcni, soii de l'une dug chambres légUlalives. soii do la cour, soildu Iribuiul.ou s'il adqà encouru une condamnation pour infidélité ou mauvaise foi d« compte rendu, aux termes de l'art. 7 de la loi du SS mars 1832.

Toute infraction aux dispositions qui précèdent sera punie des peines portées par l'art. 10 de la loi du 9 sept. 1835.

A ri. 6.

Lé port de» imprioiéa de toute nature, transportés hors des limites du dé|)ariemunt où ils sont publiés, et quella que soit ta distance parcourue, est fixé à S centimes pour chaque reuiUede U diinension de 50 décimètres et aunkasous.

<^ purl swa angmenlé d'un centime par chaque lOdécimèlres ou fraction de <0 décimètres excédatH.

I,es supplémenis qui seront publiés en exécnlton de l'art. 2 ci-dessuB, seront admis en »emplion de 4roit.

Les mêmes imprimés ne payeront que la moitié des prti filés ci-dessus toutes les fois qu'ils seront destinés pour l'intérieur du département où ils auront Hé publiés.

Toate distribution d'un écrit ayant moins de cinq feuiltes de 50 décimètres carrés, faite en contravention aux dispositions des arrêtés du gouTernemcnt en date des 27 piairial an IX et 19 germinal an x, sera poursuivie et punie comme telle.

Sont abrogées, en ce qui concerne le droit de poste, la t»i du 4 thermidor an iv, art. 2; celle du 19 mars l8S7,art. 8, et la loi du 15 décembre 1830, art. 3.

Art. 7.

Le gouvernement pourra expédier en franchise de port un Bulletin des séances législalives, des aclcs administratifs ft des faits journaliers.

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Quel serait l'efi^t d'une telle loi , dont certes nous n'avons pas la prétention de donner la lettre, mais sealement l'esprit ?

Tous les journaux quotidiens de Paris seraient mis indirectement ainsi dans la nécessité d'agrandir leur format : ils pourraient subir cet Hccroissenient de dép«ise«ans augmenter leur prit.

Le but de la proposition de M. de Golbérj' serait ainsi atteint, sans désorganisation portée dans le service de l'administratEon des postes, et sans préjudice causé au trésor public (1). Cette fois çnfin, la législation qui régit le jourualisnie aurait Tait un pas dans la voie du progrès. .

Les journaux pourraient alors donner plus d'étendue, plus de développements à leurs articles; leurs articles ne feraient qu'y gagner en gravité , ils formeraient des lecteurs moins superficiels. La presse étrangère abonde en documents instructifs et intéressants , curieux, que le défaut d'espace oblige les journaux français de passer sous silence ; ils pourraient les recaeillir. Ne nous lassons pas de répéter ce que nous avons dit déjli : a L'impartialité veut de l'espace, et fespace lui manque dans les journaux . »

Tels sont très-sommairement nos motifs, — motifs puisés dans l'intérftt du gouvernement et de la société, — pour insister comme nous le faisons sur la nécessité de l'abolilioD du timbre combinée avec une aogmen-

(1) Voir au sujet de lu suppression du droii de limtii'e binée avec une angmenlalioii du droit de [wslc, eu iiui e )Mg«3M0ei40i

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latioD de droit de poste, de préférence à radoption de loule autre disposition.

L'iDstiiution légale de rédacteurs assermentés pràs les diambres législatives, les cours royales et les tribunaux, est une idée dont il n'est pas douteux que l'adoption ne fût une imporlante amélioration de ce qui existe.

Si , dans la manière dont les journaux rendent actuellement compte des débats législatifs et judiciaires , l'esprit de parti se laisse apercevoir aussi bien dans ce qu'ils publient que dans ce qu'ils omettent, il ne faut pas s'en étonner : les rédacteurs chargés de ces comptes rendus ne sont soumis à aucun contrôle , ne sont tenus à donner aucune garantie ni de moralité, ni de capacité, cogséquemment d'impartialité; le premier venu a, sous le prétexte d'abréviation ou d'an^yse, le droit de dénaturer, de tronquer votre discours, voire plaidoyer, votre résumé, votre réquistoire, el il en use souvent jusqu'à ce point de vous faire dire le contraire justement de ce que vous avez dit. Tout journal, étant l'expression d'un parti , de ses préférences , de ses haines, choisit naturellement dans son parti cette sorte de rédacteurs qui sous Iç nom de reporters fonnent en Angleterre une classe à part, ayant son esprit de corps et son point d'honneur , lequel consiste à ne jamais manquer à la fidélité la plus scrupuleuse, à ne la sacrifier jamais à aucune passion politique, à aucune influence de coterie, à aucune sympathie personnelle. Faites qu'en France il en soit ainsi ; faites que les rédacteurs chargés de rendra compte des séances législatives et des débats judiciaires, soient choisis, non

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— 34! — plus en raison de leur opinicm politique, mais en raison de leur supériorité constatée ; faites qu'ils n'appar> tiennent plus en propre à la rédaction d'un journal , qu'ils ne dépendent plus d'elle uniquement; faites qu'ils relèvem d'une sorte de corporation analogue à celle des avocate, ayant son tableau, sa chambre de discipline ; laites qu'ils aient une sorte de caractère officiel, de ta nature de celui dont xont revêtus les experts-jurés ; faites enfin qu'ils aient une responsabilité qui leur soit personnelle, kI h paMicit&, cette grande moitié de la liberté de la presse, que la polémique tient asservie, TOUS devra son émancipation I

L'élabtissement d'une pareille institution serait un véritable progrès, un véritable bienfait '. Tout le monde y gagnerait plus de considération : d'abord , les écrivains dont il est question, ensuite le journalisme, le pouvoir judiciaire, le régime représentatif et le pays. C'est sur nos journaux que l'étranger nous juge ! Voilà ce qu'il ne faut pas que nous perdions de vue. Si faible qu'elle soit, toute amélioration apportée dans leur esprit ou dans leur cadre a donc une importance trèsgrande, nous pourrions presque dire nationale. Ainsi, par exemple, en Allemagne, oii la publicité des débats judiciaires n'a pas lieu, où la lie repose au fond du vase et n'est jamais agitée k la surface, c'est sur nos gazettes des tribunaux , c'est sur cette exploitation quotidienne de tous les scandales, de tous les crimes, qu'on juge nos taœurs et notre société ! Aussi en a-t-on l'idée la plus étrange et la moins favorable. Il y a bien des batailles perdues qui ont été moins funestes à l'honneur de la France que la publi*

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cation quotidieDDe de nos joamMix de tribanatix est qu'ils sont faits, tels (ju'i) n'en existe qu'ft Paris. Qu'il y ait dans leurs comptes rmdus moins d'art, moios d'esprit et |^u8 de fidélilé, etie mal sera moins grand. C'est un des résultats qu'aurait une bonne institution de rédarï«urs assermentés près les chambres législatives, les cours et les tribunaux. Que tous les esprits sérieux, que tous les hommes qui se préoccupent de ce que l'Europe pensede notre pays, s'appliquent donc avec nous à donner à cette idée la maturité néoetsaire à son adoption.

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