VI PRÉFACE
plus propres à faciliter leur travail, en leur donnant conscience du but à poursuivre et de la méthode à employer. Et maintenant l'on me demandait d'expliquer mes explications, de donner des conseils sur la manière d'appliquer mes conseils, de fournir une méthode pour faciliter remploi de la méthode. Où s'arrêter? et quels commentaires, quels préceptes suffiraient?
La difficulté qu'on m'a signalée est, à vrai dire, celle qui se rencontre toujours en toute matière, quand il faut passer de la théorie à la pratique. Il y a toujours un point où les explications doivent cesser, où le rôle du maître est fini : quand celui qui î'exerce a bien compris les préceptes, il faut que ce soit lui qui fasse le reste, il n'y a que lui qui le puisse. Dans la gymnastique, dans la peinture, dans tous les arts et dans tous les métiers, comme dans l'exercice du style, l'apprenti doit plier les organes de son corps ou les facultés de son esprit aux mouvements et aux actes que le maître lui a indiqués comme nécessaires pour atteindre le but fixé : lui seul peut faire ces mouvements et ces actes, et rien que de nombreux essais, des tâtonnements répétés, une foule d'indécisions, d'erreurs et de méprises, ne lui donnera la pratique du métier. Le maître ne peut être que spectateur, rectifiant l'attitude ou réglant l'allure, et jugeant les effets : en l'absence du maître, la réflexion personnelle, le sens critique en doivent faire l'office. Et surtout les résultats éclairent sur le bon ou mauvais