‹ Etudes révolutionnaires, première-[deuxième] sérieChapitre 22 sur 79 · Il semble que cette phrase indique bien que Lamartine · texte numérisé non relu

Il semble que cette phrase indique bien que Lamartine

de la vérité des faits. J'en suis plus sûr encore, depuis q'j'un de mes anciens camarades m'a prié de solliciter de vous des rectifications semblables au fond à celles que je me suis permis de vous demander. Sa lettre se termiae par ces mots : « Au surplus, quel magnifique ouvrage que les Girondins ! C'est un livre écrit comme M. de Lamartine seul sait écrire aujourd'hui; cfuant aux faits, c'est encore celui où il y a à faire le moins de rectifications. » Cet ancien camarade de l'Ecole de Mars est M. Bénazet, entrepreneur des jeux aux eaux de Baden-Baden ^. Ne vous récriez pas trop. Monsieur; il fait du moins ce métier avec probité et magnificence, et je n'ai encore pu résoudre dans mon esprit cette . question : Est-ce uabien ou un mal que la suppression des jeux en France, quand ils n'en existent pas moins clandestinement et sans autre résultat qu'une sortie d'argent en pure perte, sans compter le profit du séjour chez nous d'un grand nombre d'étrangers? Je crains bien que nous n'ayons fait cj[u'enrichir quelques principicules des bords du Rhin; et d'ailleurs, dans notre société, telle qu'elle est constituée, on tolère bien d'autres vices, qui ne sont ni moins immoraux ni moins dangereux 2.

avait dû promettre de publier, dans une nouvelle édition de l'Histoire des Girondins, la première lettre de Valentin de Lapelouze.

1. bur la liste des élèves de l'Ecole de Mars, publiée par M. Chuquet, le nom de Jacques Bénazet figure le premier parmi les six élèves du district de Tarascon, département de l'Ariège.

2. Cette indulgence à Tégard de l'entrepreneur d'un tripot surprendra de la part d'un homme dont la conduite, en un poste (la gérance du Coui^rier français) où il s'était montré aussi inaccessible aux séductions qu'aux intimidations du pouvoir, lui avait valu cet éloge de Mignet, que « c'était un caractère antique ». Peut-être s'expliquera-t-on la chose en se rappelant que Valentin avait été, lui-même, fonctionnaire de l'administration de la Loterie : il devait donc porter, sur la légitimité de certaines opérations financières, un jugement qui n'eût pas été celui des hommes de la Révolution.

Vous avez la bonté de m'engager à écrire ce que j'ai VLiet pensé dans ma longue existence. J'ai vu en effet bien des choses et j'ai pu juger bien des hommes, souvent d'assez prés, cfuelquefois d'assez haut. Mais mes facultés se sont usées en détail dans la lutte journalière que j'ai soutenue, à mes risques et périls, pendant près d'un quart de siècle, lutte fans gloire peut-être, mais noQ pas sans quelque avaatage pour le pays, j'o^e le dire sans vanité aucune. On ne peut en tirer de la probité et de la loyauté, qui ne sont que des devoirs à remplir, et c'est par là que l'ancien Courrier français a pu acquérir quelque influence, bien plutôt que par sa rédaction plus ou moins bonne. En me reportant sur ce passé, je ne puis m'empêcher d'en ressentir quelque satisfaction. Je me suis souvent trompé, sans doute; mais mes intentions ont toujours été droites, et dans mon repos cela me suffit. Et comment sortir de ce repos après vous avoir lu, Monsieur ? Vous êtes désespérant pour qui tient une plume, et si j'avais encore la mienne en main, je la déposerais bien vite, en abaissant mon impuissance devant vos éminentes facultés. Je ne serais pas même un soldat, devant un général tel que vous.

Tout ce que je puis faire, c'est de relever une erreur de votre imprimeur. Dans votre premier volume, pages 144 et suivantes, il nomme Derlons l'officier de hussards Deslons^ qui commandait le détachement de Dun, et qui était Lorrain, de Remiremont, dans les Vosges, je crois, ce qui n'empêchait pas qu'il sût l'allemand. Gomme je suis de ce département, j'ai pu connaître des parents de cet officier, et j'en ai entendu parler à feu le duc de Ghoiseul.

Dans ce même volume, vous présentez le comte de Fersen, mort si cruellement à Stockholm, comme un adorateur très platonique de Marie-Antoinette. Rien de mieux, sans doute, devant les infortunes de cette malheureuse reine ; mais j'ai quelques raisons de soup-

çonner que cette adoration avait quelque chose de moins étliéré. Mes autorités sont l'abbé Georgel et le général La Fayette, le moins médisant de tous les hommes. 11 est vrai que l'attachement de l'abbé Georgel pour le cardinal de Rohan pourrait faire susi3ecter son i npartialité; mais c'était un homme sincère, un peu passionné peut-être, pas assez pourtant pour le faire dévier du système de véracité qui lui avait mérité l'estime de Marie-Thérèse et du prince de Kaunitz. Exilé dans notre commune petite ville natale, pour sa noble conduite dans l'affaire du collier, je lai dois beaucoup en ce qu'il a dirigé les lectures de mes premi'res années, me laissant puiser dans les trésors de sa vaste bibliothèque. Je devais lui rendre compte de mes impressions à chacune de ces lectures, et il redressait mon jugement lorsqu'il s'égarait. Sa conversation était inépuisable sur les hommes et les choses de son timps, et il m'en est resté des souvenirs que je n'ai vus écrits nulle part. Pardonnez-moi, Monsieur, ces quelques lignes sur un personnage dont la mémoire me sera toujours chère ; il avait été l'ami de la digne Madame Geoffrin et, bien que jésuite, il m'a inculqué cette maxime que Duclos tenait déjà de lui : « La conduite la plus droite est toujours la plus adroite ». C'est vous le peindre, en deux mots.

J'ai l'honneur, Monsieur, de vous renouveler l'expression de tous mes sentiments respectueux.

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