‹ Etudes révolutionnaires, première-[deuxième] sérieChapitre 41 sur 79 · llûid., même cote · texte numérisé non relu

llûid., même cote

passant Vannée 1794 à Grasse, et son départ de Paris devait être relardé de sept mois.

Votre second collaborateur, M. Cl. Perroud, qui a parlé de Frag-onard en commentant, de la façon la plus intéressante, deux lettres de Louis David, connaît très bien le détail des faits, et les a énumérés — au contraire de M. Porlalis — dans l'ordre chronologique exact. Aussi je ne puis concevoir pourquoi, lorsqu'il a du conclure, il n'a employé que des formules dubitatives :

Où M. Roger Portails nous parait se tromper, — dit-il, — c'est quand il place au début de l'année 1794 laretraite de Fragonard à Grasse... c'est quand il le représente, en un mot, fuyant la Terreur. Le contraire est plus vraisemblable. Fragonard, protégé par David..., a dû rester à Paris pendant la Terreur, sans être inquiété : et c'est à la chute de Robespierre, au moment de l'emprisonnement de son ami David (15 thermidor, 2 août 1794), qu'il semble plutôt s'être éloigné. Notez que précisément ce jour-là le nombre des membres du Conservatoire du Muséum était réduit de dix à sept, et que Fragonard en était éliminé... Nous retrouvons Fragonard, huit mois plus tard, au Conservatoire du Muséum, réduit à cinq membres (10 germinal an III, 30 mars 1794). C'est donc entre ces deux dates du 2 août 1794 et du 30 mars 1795 que sa fugue à Grasse parait devoir se placer.

Ces conclusions que M. Perroud n'énonce qu'à titre d'hypothèse — comme si entre l'autorité du gros volume de M. Portalis et celle des faits ^

1. M. Perroud, il est vrai, ne connaissait pas les pièces d'archives que j'ai citées plas haut et qui établissent, surérogatoirement, pour parler comme les avocats, la pré-

il se sentait encore indécis — sont l'évidence même, sans aucune contestation possible. Il ne s'ag-it pas de vraisemblances et de probabilités, mais de certitudes.

Je me suis demandé ce qui avait pu induire le baron Portalis en une erreur si étonnante, — étonnante au point que M. Perroud, n'y pouvant croire, hésite à se prononcer. Et en lisant avec attention les pag^es que cet auteur a consacrées au rôle de Fragonard pendant la Révolution {Honoré Fragonard^ par le baron Roger Portalis, Paris, J. Rothschild, 1889, pages 234 et suivantes), j'ai vu que, s'il s'est trompé, la faute en est, d'une part, à un préjugé très répandu, et d'autre part à une méprise qu'il est utile de signaler.

Le préjugé consiste à croire que la Révolution a persécuté les artistes, les savants, les hommes de lettres, et que ceux-ci ont été les victimes toujours, jamais les amis et partisans, de ceux qu'on a coutume d'appeler les « terroristes ». Il a semblé impossible à M. Portalis d'admettre que Fragonard, pendant la Terreur, ait pu jouer un autre rôle que celui qui résultait de cette idée préconçue. Si donc, à un moment donné, Fragonard a perdu sa place, c'est, évidemment, que les terroristes la lui ont ôtée : s'il s'est caché à

sence de Frajïonard à Paris jusqu'en thermidor an II: mais il sait et il indique la date de sa destitution, et cette date suffît à elle seule, je l'ai déjà dit, à ruiner tout l'échafaudage de M. Portalis,

Élrasse. ce ne peut être,, bien sûr, que pour échapper aux sicaires de la dictature jacobine. Cette victime de Robespierre occupe, il est vrai, ses loisirs, dans sa cachette, à peindre de mémoire le portrait du tyran, et ce détail ne laisse pas que d'ofï'rir à l'esprit une contradiction bizarre; mais un biographe réactionnaire ne s'arrête pas pour si peu, et la sérénité de M. Portalis n'en est point troublée.

Quant à la méprise, la voici : le baron Portalis s'est imaginé que, dans l'année républicaine, comme dans l'année grégorienne, le printemps précède l'automne. Oubliant que, selon les termes du décret du 20 septembre 1793. « le commencement de chaque année est fixé à minuit commençant le jour où tombe l'équinoxe vrai d'automne pour Tobservatoire de Paris », il croit sérieusement que les mois de pluviôse, ventôse et germinal an II ont précédé, et non suivi, le mois de brumaire an II : et le résultat de cette interprétation fantaisiste du calendrier républicain, c'est que, pensant raconter les événements dans leur suite chronologique, il ne s'aperçoit pas qu'il place ceux qui ont eu lieu en février, mars et avril 1794 avant ceux qui s'étaient passés en novembre 1793. Les extraits ci-après de ces pages où le biographe narre les faits dans ce qu'il suppose être leur ordre de succession vont faire toucher du doigt ce plaisant quiproquo, et montreront que je n'invente rien, comme on eût pu être tenté peut-être de le croire :

« David le désigna au choix de la Convention i)our faire partie de la commission du Muséum, en le mettant en tête de la liste... D'après les archives du Louvre, Fragonard figure en effet dès le 12 pluviôse de l'an II * parmi les membres [du Conservatoire] du Muséum des arts installé ce jour-là... Il est ensuite^ toujours grâce à l'influence de David, choisi comme membre du Jury des arts 2, institué par la Convention à la place des Académies dissoutes pour désigner les lauréats des prix à décerner aux jeunes artistes. Nous lui voyons donner son avis motivé, en compagnie de Pradhon, Gérard, Lesaeur, aux séances tenues en brumaire ^ sois la présidence de Pache... Le pauvre artiste essayait de hurler avec les loups... Il se prémunit contre toute disgrâce par une pièce constatant qu'il n'a point pensé comme tant d'autres à fuir la France [un certificat de non-inscription sur la liste des émigrés, du 28 ventôse (18 mars 1794), complété par un certificat de résidence, du 24 germinal (13 avril 1794) 4]... Malgré ces attestations, la confiance ne revint pas à Fragonard. Sa place de conservateur du Muséum lui avait été enlevée 5 sous le prétexte ironique de le rendre à ses importants travaux. Déjà son vieil ami Hubert Robert était séquestré à Saint-Lazare... Enfin, la misère aidant, notre artiste, réellement terrorisé, ac-

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