C'est-à-dire en nivôse ou pluviôse de Tan II
2. Isidore Geoffroy ajoute ici en note : « Elle est de M. le professeur Valenciennes, qui l'a rédigée d'après les souvenirs de son père, l'un des aides-naturalistes nommés en 1793, lors de la première organisation du Muséum, et déjà attaché avec les mêmes fonctions à l'ancien Jardin des Plantes ».
3 L'auteur de la relation a sans doute voulu parler du Comité de sûreté générale. On ne voit pas très bien comment une dénonciation n'a pas pu être « rédigée à temps pour être envoyée au Comité » : car le Comité recevait les dénonciations en tout temps, sans qu'aucun délai de rigueur fût imposé pour leur envoi. Evidemment Valenciennes a reproduit inexactement les souvenirs de son père. Ce qui doit être retenu de son récit, — et cela nous suffit, — c'est qu'Etienne Geoffroy eut assez de crédit pour tenir le dénonciateur en échec.
4. Vie, travaux et doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire, p. 57.
de pluviôse. Mais le fait que la dénonciation resta vaine, et que les membres de la Société fraternelle et les autorités de la section en crurent plutôt Geoffroy que l'ennemi de Daubcnton, corrobore ce qu'on a rapporté de la popularité dont jouissaient le Jardin des Plantes et son directeur.
Daubenton, ai-jedit, était personnellement attaché à la cause républicaine. Il me sera permis de rappeler à ce propos un mot de lui bien caractérisque.
C'était le 7 pluviôse an III,, à un moment où déjà les royalistes relevaient la tête. Daubenton faisait une leçon à l'Ecole normale, dont les nombreux élèves remplissaient l'amphithéâtre du Muséum ^; il parlait de Buff'on, et des convenances du style en histoire naturelle; il critiquait cette phrase si connue : Le lion est le roi des animaux ^ et, la blâmant comme contraire à la vérité, il ajouta : « II n'y a pas de roi dans la nature ». A l'ouïe de ces mots, l'auditoire éclata en applaudissements, et l'amphithéâtre retentit d'acclamations qui durèrent près d'un quart d'heure. Si l'impression produite par cette parole deDaubentonfut si considérable, c'est qu'on savait, dit Etienne Geoffroy, « que ce
1. On avait songé d'abord à construire pour les leçons de l'Ecole normale, qui devaient durer quatre mois, un amphithéâtre spécial dans la ci-devant église de la Sorbonne ; mais on n'en eut pas le temps, et il fallut se contenter de l'amphithéâtre du Muséum, qui ne pouvait guère contenir que la moitié des 1268 élèves de l'Ecole.
n'était pas de sa part un trait à effet, mais la simple et loyale expression de sa pensée de naturaliste ».
Une circonstance qu'il me reste à mentionner nous explique pourquoi,, entre plusieurs qualificatifs que Daubenton aurait pu prendre devant une assemblée de républicains, il choisit celui de berger : c'est que. précisément à cette date, en frimaire an II, l'art du berger occupait de nouveau sa pensée de chaque jour. Onze ans auparavant, en 1782, il avait publié l'ouvrage mentionné plus haut, son I nstruction pour les bergers et les propriétaires de troupeaux ^ in-8^ avec figures. En 1793, cet ouvrage étant depuis longtemps épuisé, le public en désirait une édition nouvelle. Mais comme les frais d'impression et de gravure étaient à ce moment très coûteux, Daubenton fut obligé de remettre cette édition à un temps plus favorable ^; il se résolut à ne donner, pour le moment, qu'un simple abrégé de son livre; et il était justement occupé à ce travail quand il dut songer à se procurer un nouveau certificat de civisme. On comprend que l'idée de résumer sa carrière scientifique dans le mot de berger se soit présentée tout naturellement à son esprit, U Extrait de l'Instruction pour les bergers, imprimé en un petit volume, sans gravures, parut au commencement de floréal an II, et Daubenton en offrit
1. Avertissement de l'Extrait de l'Instruction pour les bergers et les propriétaires de troupeaux^ par le citoyen Daubenton.
quarante exemplaires au Comité d'instruction publique \
Il ne reste rien, vous le voyez, de la légende contre-révolutionnaire qu'on avait trop docilement acceptée sur la foi de Cuvier et de Biot. Je crois avoir surabondamment démontré que, si Daubenton a joint à son nom la qualification de berger, c'est à la façon de Mirabeau se disant marchand de drap, de Lavoisier, de Dupont (de Nemours) et de Cloots s'appelant cultivateurs. Il n'a nullement cherché à donner le change sur son identité. Il a voulu prendre un titre d'honneur.
i. Procès -verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention, t. IV, p. 310. La Bibliothèque nationale ne possède pas cette première édition de l'Extrait, mais seulement une seconde édition faite en l'an III.
Au lendemain de cette séance de l'Académie des sciences (21 avril 1902) où la docte assemblée avait écouté, dans un silence qui était peutêtre aussi bien celui de la stupeur que celui de la complaisance, l'étonnante communication de M. Yves Delag-e sur le Saint-Suaire de Turin, j'écrivais dans un journal quotidien ^ :
Si cette attitude de l'Académie est faite pour affliger, tâchons de nous consoler en nous souvenant qu'à la fin du dix-huitième siècle, il y a cent huit ans, on a su accueillir de 11 façon qui convenait, dans le pays de Vol-, taire et de Rabelais, la niaise légende d'un autre saintsuaire, celui qui était conservé dans la cathédrale de Besançon.
Et je citais, à ce propos, deux documents conservés aux Archives nationales ^, déjà signalés
\. La Petite République du 26 avril 1902. 2. Archives nationales, F^'^^ carton 1248.
dans le tome IV des Procès-verbaux du Comité cV instruction publique delà Convention nationale (p. 621) : 1° Un imprimé contenant le « Procèsverbal de reconnaissance du prétendu suaire de Jésus, exposé pendant plusieurs siècles à la vénération du peuple dans la ci-devant église métropole de Besançon » (Besançon, 27 ventôse, l'an second), suivi d'un Extrait du registre de la Société populaire et montagnarde de Besançon (28 ventôse), d'un Extrait du registre des arrêtés du district de Besançon (2 germinal), et d'un Extrait du registre des arrêtés du département du Doubs (19 floréal); 2'^ Une lettre des administrateurs du district de Besançon à la Convention nationale, du 27 floréal, communiquée à la Convention le 5 prairial, et renvoyée au Comité d'instruction publique : cette lettre annonçait à la Convention Faveu fait par des prêtres, de Besançon de leur supercherie, et l'envoi de la « très sainte guenille » qui avait si longtemps « fourni au clergé insolent de nouvelles ressources de corruption et d'immoralité ».
Ces documents, enregistrés au Comité d'intruction publique sous le n^ 3297, sont contenus dans une chemise sur laquelle l'employé du Comité a écrit cette analyse :
« Convention nationale. Instruction publicxue. — Les administrateurs du district de Besançon envoient à la Convention le prétendu Suaire de Jésus et le procès-verbal qui constate la reconnaissance de cette sainte guenille. »
Dans la partie supérieure de la chemise, une autre main a ajouté ces mots : « Demander le suaire » ; ce qui indique que la « sainte guenille )) n'avait pas été remise au Comité.
Voici, dans leur intégralité, les deux documents dont il s'agit. Ils formeront, en quelque sorte, la contre-partie du volume soi-disant scientifique qu'a publié, chez l'éditeur Masson, un jeune chimiste resté étranger, non seulement aux questions de critique historique, mais (( aux plus simples règles de l'investigation expérimentale et méthodique ».
DÉPARTEMENT DU DOUES
PROGÉS-VERBAL