Cet arrêté n'a pas été imprimé
Que le suaire et le poncis seront envoyés, avec des expéditions en forme authentique desdits procès-verbaux et arrêté, à la Convention nationale, pour être par elle prononcé sur leur destination.
Signé au registre: Brégand, président; Rambour, Dor- MOY, Odille, Barrey, et Magnin, secrétaire.
Pour extrait: Magnin.
Extrait du Registre des arrêtés du département du Doubs.
Va le procès-verbal de reconnaissance du suaire qui depuis des siècles était l'objet de notre stupide vénération, en date du 27 s^entôse dernier ; la seconde déclaration tardive du citoyen Froissardey, prêtre, constatant du (sic) peu de confiance qu'il avait eu en tout temps à cette précieuse relique; l'extrait du procèsverbal de la Société populaire et montagnarde de Besançon, du 28 suivant, portant invitation de publier par la voie de l'impression cette farce religieuse ; l'arrêté du district de Besançon, du 2 germinal dernier, formant le même vœu; le rapport entendu:
Le directoire du département du Doubs,
Considérant qu'il est de son devoir de propager la lumière, surtout lorsque, comme dans cette circonstance, les faits qui sont à sa connaissance peuvent éclairer le peuple sur l'astuce sacerdotale, qui, semblable au charlatan, amusait la sotte crédulité du vulgaire par des hochets superstitieux, dont le prêtre hypocrite, caché derrière la toile, tenait les fils et riait de notre imbécile admiration, en même temps qu'il s'engraissait à son aise des aumônes faites aux objets qu'il plaisait à sa cupidité de déifier, mais dont il savait profiter pour vivre aux dépens de notre ignorance, dans une heureuse et crapuleuse oisiveté;
Arrêté que lesdites pièces et le présent arrêté seront imprimés, publiés et affichés dans l'étendue du département ; qu'il en sera à cet effet adressé des exemplaires aux municipalités et sociétés populaires
du ressort, ainsi qu'aux différents départements de la République ;
Charge en outre les agents nationaux de chaque commune d'en faire lecture au peuple, à la première décade de sa réception.
Fait au directoire à Besançon, ce 19 floréal, [en] séance publique, l'an second de la République française, une (ai indivisible.
Signé : Gouvernet, faisant les fonctions de président ; Roland, Dangel, Galamard, Quirot,Battandier, et Hannier, secrétaire général.
De l'imprimerie de Briot.
Lettre du district de Besançon a la Gonven-
TION nationale, ACCOMPAGNANT l'eNVOI DE l'imprimé GI-DESSUS, et du prétendu SUAIRE DE JÉSUS.
Besançon, le 27 floréal, 2* année républicaine une et indivisible.
Gitoyens représentants.
Il restait encore dans nos murs un dernier vestige de la friponnerie des prêtres et un signe marquant du despotisme sacerdotal que ces hommes perfides et sanguinaires exerçaient sur les âmes crédules et pusillanimes. L'œil vigilant des républicains de la commune de Besançon l'a arraché du cachot ténébreux qui lui servait d'asile. Le croiriez-vous, citoyens représentants? ce signe de proscription, la honte des siècles passés et le triomphe de la philosophie, est le suaire qui a accompagné Jésus au tombeau. L'Europe entière sait que Besançon, où siégeait, avant le règne delà raison, un des chefs du charlatanisme, était dépositaire cVune très sainte guenille qui fixait les regards d'un peuple immense, intimidait les esprits faibles, encourageait les hommes de mauvaise foi, nourrissait
les préjugés, récréait les sages, et, enfin, fournissait au clergé insolent de nouvelles ressources de corruption et d'immoralité.
Il n'est plus, ce reste impur d'absurdité et d'ignominie ; la raison, la philosophie en a fait justice, et nous vous l'adressons, citoyens représentants, avec le procès-verbal qui a été dressé lors de son heureuse translation.
Vous reconnaîtrez, citoyens représentants, dans le dire des prêtres que nous avons appelés pour assister au récolement et constater l'identité du poncis qui servait à renouveler le suaire lorsque les circonstances ou le caprice des prêtres l'exigeaient, jusqu'à quel degré de perfidie ils poussaient la dissimulation et l'hypocrisie.
Citoyens représentants, il est temps que la terre de la liberté soit purgée de tous les insectes qui la souillent ; la secte sacerdotale la déshonorerait, si vous ne preniez de pro nptes mesures pour la remplacer dans son ensemble par le culte de la raison : c'est le seul que nous reconnaissions, c'est celui des républicains vertueux.
Les administrateurs du district de Besançon :
Brégand ; Rame DUR, agent national par intérim; Magnin, secrétaire.
On lit en marge : t Insertion au Bulletin et renvoi au Comité d'instruction publique, le 5 prairial, l'an 2«. Isoré, secrétaire. »
C'est le 5 prairial, je l'ai dit, que le contenu de là lettre du district de Besançon fut communiqué à la Convention. Athanase Veau de Launay, député d'Indre-et-Loire, un lettré que le Comité d'instruction publique avait inscrit le 27 pluviôse sur la liste des représentants qu'il
désirait se voir adjoindre, était membre et rapporteur de la Commission des dépèches : en cette qualité, pendant quatre mois, du commencement de prairial à la fin de fructidor an II, il présenta chaque jour à l'assemblée, au nom de la Commission, une analyse de la correspondance, qui offre souvent des détails curieux et des commentaires intéressants, Voici en quels termes il parla de la lettre des administrateurs de Besançon, et de la relique qu'ils envoyaient :
La correspondance d'aujourd'hui vous offrira un trait assez piquant de la charlatanerie des marchands de miracles.
En calomniant la mémoire et l'intention de l'un des hommes qui a donné à la terre les plus touchants exemples d'humanité et de vertu, et les leçons de la morale la plus opposée à l'aristocratie, à la superstition, à l'hypocrisie sacerdotale et au fanatisme, les prêtres, non contents d'avoir bâti, sous le nom d'un sage, un culte d'immoralité, de persécution et de prestiges, ont lutté de ridicule avec les fabuleux historiens d'Apollonius. Ils ont prétendu prouver par des faits impossibles leurs dogmes absurdes et leur mission supposée, et ont ainsi appelé le mensonge à l'appui du mensonge.
On avait imaginé de faire un miracle célèbre de la prétendue conservation d'un linge qu'on supposait empreint de la sueur, du sang et de l'effigie d'un homme mort il y a dix-huit siècles. A Besançon, les prêtres offraient à la vénération du peuple ce qu'ils appelaient le Saint-Suaire.
On vous envoie non seulement ce linge, ouvré et
d'un travail moderne, mais encore le poncis ou le
moule découpé qui servait à y renouveler chaque année l'empreinte dont on admirait la conservation miraculeuse.
On vous adresse aussi le procès-verbal qui constate la reconnaissance qu'en ont faite les prêtres, et qui contient l'aveu formel de leur fourberie, « qu'ils n'avaient pas, disent-ils, osé avouer précédemment ».
Les Français^ les hommes qui sentent la dignité de leur être, et qui ne se forment pas de la divinité une idée blasphématoire, n'ont pas besoin de ces preuves ; mais l'histoire doit les accueillir pour garantir notre postérité des dangers de tout culte sacerdotal, et pour aider les peuples encore asservis à rentrer bientôt dans les droits de la liberté et de la raison.
Voilà le ferme lang-agejque tenait à la tribune un membre de la Convention nationale, et l'assemblée tout entière y applaudissait. Hélas ! ses paroles étaient prophétiques ; et aujourd'hui nous avons besoin d'appeler à notre secours la saine raison et le robuste bon sens de nos pères du dix-huitième siècle, pour « garantir leur postérité des dangers du culte sacerdotal ». Aux élucubrations pseudo- scientifiques sur le Saint- Suaire de Turin, ce que nous avons de mieux à opposer, c'est l'éclat de rire qui émancipa la France révolutionnaire.
Qu'est devenue la « sainte guenille » de Besançon? Le procès-verbal de la Convention est muet à cet égard; quant au procès-verbal du Comité d'instruction publique (séance du 23 prairial), il nous dit que le Comité passa dédaigneusement à l'ordre du jour. Le seul renseignement que j'aie pu recueillir — et je n'en garantis pas l'authen-
ticité — nous est fourni par le Journal de Paris ; on y lit ce qui suit :
Convention nationale, séance du 5 prairial.—,.. La Convention a ordonné qu'il serait fait de la charpie d'un linge ci-devant appelé Saint-Suaire, que les administrateurs de Besançon ont envoyé à Paris *.
Fera-t-on un jour de la charpie du Saint-Suaire de Turin?
i. Journal de Paris national, n» 510, 6 prairial l'an 2e. Page
L'HYMNE A L'ÊTRE-SUPRÊME A LA FÊTE DU 20 PRAmiAL AN II ^
Nous allons examiner diverses questions assez embrouillées se rattachant à la fête de l'Etresuprême (20 prairial an II), questions sur lesquelles le livre si instructif de M. Aulard, Le culte de la Raison et le culte de V Etre-suprême, les recherches très méritoires de M. Constant
1. L'étude donnée ici sous ce litre n'a pas paru dans la Révolution française : elle est extraite du tome IV (pages 559- 605) des Procès -verbaux du Comité cVinstruction publique de la Convention nationale, publiés et annotés par J. Guillaume (Imprimerie nationale, 1901). J'ai abrégé le plus possible ce morceau, en en retranchant tout ce qui n'avait pas trait directement à l'hymne à l'Etre-suprême ; j'y ai fait, en outre, quelques corrections tant dans le texte que dans diverses notes. La reproduction de ces pages était nécessaire pour l'intelligence des quatre études qui suivent celle-ci, sous les numéros xv, xvi, xvii et xviri, et qui sont consacrées à diverses questions, fort compliquées et restées longtemps obscures, relatives à l'hymne à l'Etre-suprème de Chénier et Gossec, à celui de Desorgues et Gossec, et au Chant du Départ de Chénier et Méhul.
Pierre, et celles, non moins utiles, de M. Julien Tiersot, ont apporté déjà des lumières nouvelles. Sans prétendre résoudre toutes les difficultés qui subsistent encore, j'espère parvenir à élucider quelques-uns des points demeurés obscurs.
Par un arrêté du 26 floréal an II, le Comité de salut public avait ordonné à la Commission executive de l'instruction publique ' « de prendre les mesures nécessaires pour l'exécution du décret sur la fête du 20 prairial », et avait chargé l'architecte Hubert, le beau-frère du peintre David, a de dirig-er l'exécution de cette fête ». Des travaux considérables furent entrepris au Champ de Mars, où il fallut ériger une montagne artificielle, et dans le jardin des Tuileries, où l'on plaça devant le château, sur le bassin, recouvert d'un plancher, une statue de la Sagesse, dissimulée sous un groupe représentant l'Athéisme et d'autres « ennemis de la félicité publique » ; où l'on dressa des portiques qui devaient être décorés de guirlandes, et où l'on construisit, pour recevoir la Convention, un amphithéâtre adossé au pavillon de l'Unité....
Ce fut Marie- Joseph Chénier qui reçut la mission d'écrire les paroles des chants destinés à la solennité du 20 prairial; et ce mandat dut na-
d. Composée de Joseph Payan, commissaire, Marc-Antoine JuUien fils et Pascal-Thomas Fourcade, adjoints. Cette première Commission executive fonctionna du commencement de floréal an II jusqu'au 9 thermidor.
l'hymne a l'étre-suprème 215
turellement lui être confié par celui des membres du Comité de salut public qui dirigeait la section de l'instruction publique, c'est-à-dire par Barère. Le plan de David ^ parlait de trois strophes que devaient chanter, sur la montagne du Champ de Mars, d'abord les pères accompagnés de leurs fils, puis les filles avec leurs mères,, puis le peuple tout entier. La Commission executive de l'instruction publique décida que la montagne serait occupée, non par une foule confuse, mais par cinquante délégués de chaque section, hommes, femmes et enfants, et que les; strophes seraient chantées par eux seuls, — ce. qui faisait un total formidable de deux millej quatre cents chanteurs, — le peuple répandu dans la vaste plaine devant s'associer au refrain.; Puis, sans doute sur l'avis des musiciens, qui savaient combien il serait difficile d'enseigner un air nouveau à tant d'exécutants, on résolut de faire chanter un air déjà connu, et on choisit celui de la Marseillaise. Chénier adapta à. cet air trois strophes exprimant les idées et les sentiments qu'avait indiqués par avance David ^. Chénier écrivit en outre un hymne à l'Etre-suprème ; c'est celui qui commence par ce vers :
Source de vérité, qu'outrage J'inaposture ;
1. Plan lu à la GonventionlelS floréal précédent, et adopté. par elle.
2. On trouvera une citation de son plan, relative aux strophes à faire chanter sur la montagne du Champ de Mars par les délégués des sections, dans une étude reproduite plus loin (voir p. 286.) <
il fut entendu que cet hymne (comprenant vingt stances de quatre vers) serait chanté aussi sur la montagne, avant les trois strophes,, mais par les chœurs de l'Opéra, accompagnés par l'orcheslre de l'Institut national de musique * ; Gossec composa sur les vers de Chénier un chœur religieux en mi bémol majeur, d'un caractère majestueux et large, qu'il fit suivre d'un finale belliqueux ^ ; et l'Institut national fit copier et graver aussitôt les parties vocales ; la gravure complète, voix et orchestre, ne fut faite que plus tard, pour la quatrième livraison de la Musique à l'usage des fêtes nationales f'voir p. 234). Les strophes à chanter sur l'air de la Marseillaise furent imprimées à l'Imprimerie nationale, pour être distribuées au peuple.
La Commission executive de l'instruction publique fit paraître vers le milieu de prairial, sans doute avec la collaboration de David, un programme détaillé de la fête, intitulé Détail des cérémonies et de V ordre à observer dans la fête à V Etre-suprême (imprimé de 12 p. in-8°). Dans ce programme sont intercalées les trois strophes dé Chénier sur « l'air des Marseillais » ; et les
1. L'Institut national de musique devait devenir en l'an III le Conservatoire national de musique.
2. En réalité, la musique qui devait se chanter sur les vers de Chénier comprend non pas deux, mais quatre morceaux, comme l'ont fait voir M. Constant Pierre, dans son ouvrage Les Hymnes et Chansons de la Révolution (PsiTis, 1904), et M. Julien Tiersot dans un appendice de son livre Les Fêtes et les Chants de la Révolution française (Paris, 1908). Voir, plus loin, la note 2 de la p. 237. {Note ajoutée en 1908.)
l'hymne a l'être-supréme 217
quatre dernières pages sont occupées par les vingt stances de l'Hymne à l'Etre-suprême, du môme Chénier, qu'avait adopté la Commission, d'accord avec Barère.
Dès le 16 prairial, le Comité de salut public avait eu connaissance du contenu du Détail des cérémonies. Celui des membres du Comité qui prenait l'intérêt le plus direct à la fête, et qui, élu le jour même (16 prairial) président de la Convention, devait parler au peuple au nom de l'assemblée, Robespierre, réclama contre une des dispositions du programme : la Commission executive annonçait, dans son imprimé, qu'un hymne à la Divinité serait chanté au Champ de Mars, et serait exécuté « par le corps de musique seul » ; Robespierre demanda qu'il n'en fût pas ainsi, et que l'hymne fût chanté par tout le peuple. Il parla de ce désira Sarrette ^ qu'il vit ce jour même à la Commission executive ^ ; et comme celui-ci objectait sans doute que lechteur composé par Gossec ne pourrait être chanté que par des artistes, Robespierre indiqua un moyen fort simple de supprimer la difficulté : c'était de renoncer à l'hymne de Chénier et de Gossec, et d'en composer sur-le-champ un autre plus sim-
1. Sarrette était « commandant de la musique de la garde nationale parisienne »; ce sont les artistes de ce corps de musique qui formaient, depuis le 18 brumaire an II, l'Institut national de musique; en sorte que leur commandant Sarrette était devenu l'administrateur de cet Institut.
2. Ce détail est fourni par le récit de Zimmermann, qui sera reproduit plus loin (p. 240).
âlS ÉTUDES RÉVOLUTIONNAIRES
pie, qu'on ferait apprendre d'urgence au peuple réuni dans les sections. Sarrettese retira en promettant d'obéir.
Le temps pressait. Fort heureusement, le lendemain matin, un jeune poète déjà connu par quelques essais lyriques, Théodore Desorg"ues, d'Aixen Provence, vint apporter à Gossec les vers d'un hymne à l'Etre-suprême.Desorgues savaitil que l'hymne de Chénier avait été écarté, et lui avait-on demandé d'écrire pour Gossec d'autres paroles ? ou bien ignorait-il ce qui s'était passé et avait-il agi de son propre mouvement? Il existe sur ce point des versions contradictoires. Quoiqu'il en soit, les vers de Desorgues furent communiqués au Comité de salut public. Celui-ci les adopta le jour même, 17 prairial, ainsi que nous l'apprend le texte des « Lettres de députation » remises par l'Institut national de musique à ses membres le 19 (voir plus loin, p. 221) ; et, pour employer la formule que nous fournit la quatrième livraison de la Musique à V usage des fêtes nationales, l'hymne de Desorgues, par arrêté du Comité, fut immédiatement (( envoyé à l'Institut national pour être chanté ^
1. C'est-à-dire « pour être mis en musique, de façon à pouvoir être chanté ». Ce serait à tort qu'on voudrait voir autre chose dans cette formule. Il est certain qu'au moment où les vers de Desorgues furent communiqués au Comité de salut public et où celui-ci les adopta, la musique sur laquelle ces vers furent chantés les 18, 19 et 20 prairial n'était pas encore composée — Gossec ne se serait pas risqué une seconde fois à l'aventure qu'il avait courue avec Chénier
l'hymne a l'être=»suprême 319
à la fête du 20 prairial et envoyé dans les départements ». L^hymne de Desorgues, commençant par ce vers :
Père de l'univers, suprême intelligence,
était formé de huit stances, écrites sur le patron habituel (trois alexandrins suivi d'ua vers de huit syllabes), et par conséquent de même coupe que celles de Chénier. Gossec composa sur-lechamp la musique du nouvel hymne, seize mesures à six-huit, en ut majeur, d'un mouvement lent {Larghetto) ; cette musique était écrite pour être chantée à l'unisson, en sorte que l'hymne pourrait être entonné par le peuple entier.
Le Comité de salut public, en envoyant à l'Institut l'hymne de Desorgues, avait autorisé les musiciens — soit que l'Institut l'eût demandé lui-même, soit que l'initiative de la mesure vînt du Comité — à réunir les élèves des écoles primaires pour leur enseigner le nouvel hymne. Il fit en outre convoquer par le maire Pache les quarante-huit sections de Paris dans leurs chefslieux respectifs, pour le 19 prairial à sept heures du soir : les citoyens et citoyennes devaient y apprendre, sous la direction de musiciens envoyés par l'Institut national, l'air de l'hymne à FEtre-suprême, et répéter également les trois
et Barère : le Comité de salut public n'adressait donc pas à l'Institut national un hymne déjà mis en musique, paroles et chant, mais un hymne à mettre en musique.
strophes de Chénier adaptées à la mélodie de la Marseillaise.
L'air nouveau composé par Gossec sur les vers de Desorgues fut aussitôt gravé ^ et copié ; on y mit tant de célérité qu'il fut possible de le faire .chanter dès le 18 à des élèves des écoles, réunis à trois heures (à l'ég-lise Saint-Joseph, probablement). Ce détail nous est révélé par un billet adressé le 18 prairial par Sarrette au comité civil de la section Lepeletier, pour l'inviter à envoyer le jour même, à trois heures, « les écoles primaires de sa section à celle de l'Institut, rue Joseph, section de Brutus, pour y répéter l'hymne consacré par le Comité de salut public pour être chanté à la fête de l'Etre-suprême ».
Quant à la répétition qui devait avoir lieu le 19 dans les sections, voici comment elle fut organisée : l'Institut députa auprès de chacune des assemblées de section un (ou deux) de ses membres, assisté d'un ou deux élèves ; le musicien emporta avec lui des exemplaires de l'hymne de Gossec et Desorgues, des strophes de Chénier sur l'air de la Marseillaise, du Détail des cérémonies, et d'un imprimé supplémentaire intitulé Instruction particulière pour le W prairial, que la Commission executive venait de faire paraître ; il était en outre muni d'une lettre de créance ainsi libellée :
1. Trois pages in-S" : la première page contient la musique (la mélodie, accompagnée d'une basse chiffrée), avec la première stance, les pages 2 et 3 les paroles des sept autres stances.
l'hymne a l'ètre-supréme 221
Liberté. Égalité .
INSTITUT NATIONAL DE MUSIQUE Le 19 prairial, an 2^ de la République, une et indivisible.
Citoyen i^résident, L'Institut national députe vers la Section de,
... de ses membres, le citoyen ...., pour y
enseigner au peuple l'hymne adoptée par le Comité de salut public, le 17 prairial, pour être chantée à la fête de l'Etre-saprême.
Salut et fraternité.
Au nom de l'Institut : Veny, secrétaire.
Les députés se firent délivrer par les sections, après la répétition, des certificats attestant qu'ils s'étaient acquittés de leurs mandats h la satisfaction générale ; puis les lettres de députation et les attestations qui y étaient jointes furent adressées par l'Institut national de musique au Comité de salut public, afin de montrer à ce Comité quel zèle les musiciens avaient apporté aux préparatifs de la fête. Ces pièces, remises à la section de l'instruction publique du Comité, furent versées plus tard au Comité d'instruction publique lorsque le Comité de salut public eut supprimé sa section de l'instruction publique à la suite du décret du 7 fructidor an IL La chemise qui contient les pièces porte le titre suivant, écrit par Un employé de la section de l'instruction publique :
Lettres de députation des artistes de l'Institut national de musique pour enseigner aux citoyens, dans
les sections, le chant des hymnes qui ont été exécutées le 20 prairial dernier .
Témoignages flatteurs rendus par les sections au zèle civique des artistes musiciens dans cette circonstance.
Ce dossier, où quarante-quatre sections sur quarante-huit sont représentées, est fort intéressant à parcourir; les attestations délivrées par les présidents des assemblées de section donnent des détails curieux sur la façon dont se fît la répétition de riiymne de Gossec.
A la section des Tuileries,, les députés furent MéhuP et Guthmann ^
A la section de la Fontaine de Grenelle, c'est Duret ^. accompagné de plusieurs élèves, qui « a indiqué les différents airs, et les a fait répéter aux citoyens et citoyennes ».
A la section de Popincourt, l'hymne de Desorg'ues et les strophes sur l'air des Marseillais ont été « chantées avec accompag-nement de violon par Le citoyen Levasseur ^ etc., depuis sept heures jusqu'à dix heures sonnées ».
A la section du Panthéon Français, « le citoyen Hardouin ^, accompagné du citoyen L'Etonné, élève, se présente, au nom de l'Institut national
1. Méhul était déjà l'auteur d' Euphrosine et Coradin, de Cora,di\x Médec'm d'amour, de Mélldore et Phrosine; il venait de composer le Chant du Départ.