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XVI

MARIE-JOSEPH CHÉNIER ET ROBESPIERRE RÉPONSE A M. A. LIEBY i

M. A. Lieby m'a fait l'honneur de discuter, dans le dernier numéro de la Réoolution fran-

1. M. A. Lieby, professeur à la Faculté des lettres cl'Aix, avait publié en 1901 un intéressant volume intitulé Etude sur le théâtre de Marie-Joseph Chénier (thèse pour le doctorat présentée en 1897 à l'Université de Paris). Son attention fut attirée sur le tome IV de mes Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention, paru la même année, au moment où son travail était déjà imprimé : il y vit traitées diverses questions auxquelles il s'était intéressé luimême. La lecture des pages relatives à la fête de l'Etresuprême et aux deux hymnes de Chénier et de Desorgues (pages reproduites ci-dessus, étude XIV) l'engagea à se livrer à son tour à l'examen des raisons pour lesquelles l'hymne de Chénier avait dû être écarté ; et il publia la conclusion à laquelle il était arrivé, dans un article de la revue la Révolution française (14 septembre 4902), intitulé : Marie-Joseph Chénier et la fêle de l' Etre-suprême, d'après les documents rassemblés par M. J. Guillaume au tome IV des Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention.

M. Lieby commençait par dire, dans les termes les plus

çaise, un point du récit que j'ai tenté d'ébaucher, au tome IV des Procès-verbaux du Comité d/in-

obligeants, « le précieux secours que cette publication lui avait semblé apporter à l'étude des aspects les plus divers de la période correspondante de la Révolution »; et, en ce qui concerne son volume sur le théâtre de M.-J. Ghénier, il exprimait le regret « de n'avoir pu lire le tome IV (des Procès-verhaux du Comité d'instrucHon publique) que trop tard pour en faire profiter son propre travail », en ajoutant : « Bien des questions, relatives par exemple à la censure théâtrale de l'an II, incomplètement élucidées à travers les livres de M. Hallays-Dabot et de M. Welschinger, se résolvent avec une parfaite netteté, grâce à la patiente et solide érudition de M. J. Guillaume. Et de même, pour les hymnes qui furent chantés à la fête de l'Etre-supréme célébrée le 20 prairial an II, M. Guillaume nous semble avoir éclairci avec une précision définitive certains points demeurés jusqu'à lui obscurs et controversés. »

Tout en adoptant l'ensemble de mes conclusions sur les questions relatives à la fête de l'Etre-suprême, M. Lieby proposait une interprétation différente de la mienne sur un point spécial : les raisons pour lesquelles fut écarté l'hymne de Ghénier. Tandis que j'avais pensé d'abord que cet hymne avait été rejeté uniquement en raison de la musique trop difficile de Gossec, qui n'aurait pu être chantée par le peuples, M. Lieby jugeait que la personne de Ghénier, auteur des vers, avait dû être le motif principal de l'ordre donné par Robespierre à Sarrette le 16 prairial. Et il fondait son opinion sur cette considération, que, s'il ne fût agi que de musique, Gossec aurait pu composer sa musique nouvelle sur les vers de Ghénier : car « on ne voit pas comment, de la seule nécessité d'avoir une musique moins savante, serait résultée celle d'avoir aussi d'autres paroles ». Donc, « il semble à la fois plus simple et plus logique d'admettre qu'il y eut ordre de changer en même temps les vers et la musique ». Mais il restait alors à se demander « quelle raison Robespierre put avoir — ou énoncer — pour faire écarter l'hymne de Ghénier »? M. Lieby n'admettait pas qu'il pût être question d'une allusion que Robespierre aurait reconnue dans une des stances du poète, et ajoutait : « M. Gaillaun\e démontre sans peine l'invraisemblance de cette tradition ». Il faisait justice aus^^i de la légende qui voulait que Ghénier, en prairial et en messidor, eût été l'objet des persécutions de Robespierre et menacé par lui de

struction publique de la Convention, d'un épisode de la fête de l'Etre-suprème et de ses préparatifs. J'ai lu avec toute l'attention qu'il mérite l'exposé si clair de M. Lieby. et je dois remercier bien vivement mon aimable confrère du plaisir que cette lecture m'a procuré. Je dirai tout de suite que, sur le point spécial qui fait l'objet de son étude, il m'a gagné à son opinion. Ce n'est donc pas, en réalité, à un contradicteur que je réponds dans ces lignes, mais plutôt à un collaborateur judi-

proscriplion, La raison pour laquelle Robespierre trouva mauvais que l'hymne à l'Etre-suprème fût écrit par Gliénier, M. Lieby la voyait dans le fait qu'en brumaire et frimaire an II, Chénier s'était associé aux manifestations de ce qu'on a appelé le « culte de la Raison » ; il était l'auteur de l'Hymne à la Liberté chanté à la fête fameuse de Notre-Dame le 20 brumaire, et d'un Hymne à la Raison chanté le 10 frimaire à Saint-Roch. Or « Robespierre tenait à çiistinguer du précédent culte celui dont il inaugurait l'institation », et « on conçoit qu'il n'ait pas voulu admettre, comme pièce destinée à rester l'hymne officiel du nouveau culte, les strophes d'un poète connu pour avoir célébré la Raison d'Hébert et de Ghaumette ». L'ordre donné par Robespierre à Sarrette apparaît, ainsi interprété, comme « dégagé de tout parti-pris hostile envers le poète : Robespierre, dans ces circonstances, put agir dans la sérénité de sa conviction de pontife, sans aucun dessein d'être désagréable à Chénier, comme aussi sans aucun souci du mécontentement qu'il pouvait lui causer ».

M. Lieby terminait son article par quelques réflexions sur le Chant du Départ, et rappelait que ce poème avait été exécuté dans deux concerts officiels, en messidor, et avait paru, sous le nom de l'auteur, au Moniteur du 2 thermidor, preuve que Chénier n'était pas réellement menacé.

L'argumentation de M. Lieby, au sujet de l'hymne à l'Etre-suprème, me parut décisive, et j'écrivis aussitôt l'article qu'on va lire (paru le 14 octobre 1902) pour donner mon entière adhésion à l'opinion exprimée par le jeune professeur d'Aix — en ajoutant, dans une seconde partie, quelques détails sur la date à laquelle a dû. être composé le Chant du Départ.

cieux et bien renseigné, qui apporte sa contribution à un travail d'analyse méthodique et d'impartiale discussion, en m'aidant à mettre au point un détail du tableau d'ensemble dont j'avais de mon mieux groupé les éléments. Et je vais indiquer le plus brièvement possible par quels motifs et dans quelle mesure je rectifie, après avoir lu son article, mon premier jugement.

J'avais pensé — et je pense encore — qu'il fallait se défier des récits de Zimmermann et de Hédouin ^, du dernier surtout, et ne les accepter que sous toutes réserves ; dans l'attitude prêtée à Robespierre à l'égard de la personne et de Thymne de Chénier, j'ai cru voir une « légende d'origine thermidorienne ». M. Lieby me donne raison pour l'essentiel: il admet qu'il ne dut y avoir ni chez le Comité de salut public, ni chez Robespierre, de « parti-pris hostile contre le poète » ; qu'interpréter la treizième strophe de l'hymne de Chénier comme une attaque à Robespierre, c'est méconnaître toute vraisemblance; et que ni la personne de Chénier ni sa poésie lyrique ne furent proscrites ou menacées pendant la période qui précéda le 9 thermidor. C'est là la conclusion que j'avais tirée de l'étude minutieuse des faits; cette conclusion est également celle de M. Lieby.

Mais j'avais supposé, déplus, que Robespierre, n'ayant rien pu trouver de répréhensible dans

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