Ses beaux-frères les banquiers autrichiens Frcy
2. Le célèbre baron de Batz que Chabot représente comme l'auteur des rapports financiers de Delaunay et à la table duquel il avait dîné un jour à Charonne en compagnie de Julien, Basire, Delaunay et Benoît. — Benoît, natif d'Angers comme
FA BUE d'églaxtine 5i
lut avaient proposé à lui Chabot de présenter leurs rapports h la place de Delaunay. Batz et Benoit auraient eu l'idée de faire de Chabot et de Fahre leurs représentants à la Convention, leurs faiseurs. Batz et Benoit seraient venus tous les deux trouver Chabot à son domicile un jour que Chabot donnait à diner ii plusieurs députés, notamment à Choudieu. Chabot les aurait reçus dans son cabinet et les aurait fait descendre par un escalier dérobé. Quelques jours plus tard, Chabot, s'apercevant, par les discussions passionnées des Jacobins et de la Convention et par les violentes attaques dont il était lui-même l'objet, que le double complot de corruption et de contre-révolu lion s'accomplissait, courait chez Robespierre, p\iis au Comité de sûreté générale, et apportait à l'appui de ses dires les looooo livres qu'il avait reçues, à l'en croire, pour corrompre Fabre. Dans la nuit du 26 au 27 brumaire, Basire, qui était comme Chabot l'objet de vives attaques, venait confirmer sa dénonciation au Comité de sûreté générale. Il affirmait lui aussi que Delaunav était le principal agent de la corruption avec Julien. Il rappelait que Julien avait dénoncé sans preuves la Compagnie des Indes uni^^uement
Delaunay, avait clé charge de missions diplomatiques par l'infliirncc de Danton qui était un de ses amis. Il deviendra sous l'Empire clief de division au iMinislore de l'Intérieur, conseiller d'Étal et député sous la Restauration. Son fils se fora appeler Benoît d'Azy.
pour l'cTrayer et en tirer de l'argent. Il ajoutait que Julien avait signé un mandat d'arrêt contre le banquier Grenus uniquement aussi pour le faire chanter. Delaunay aurait pris quelque intérêt au rhum de Robert'. Julien aurait promis à Basire looîioo livres sur les 5ooooo que donnerait l'opération contre la Compagnie des Indes. Delaunay avait invité Biisire à se rendre à un dîner où la somme serait partagée. Mais Basire avait éludé l'invitation sous un prétexte.
Chose à noter, Basire ne précisait rien au sujet des falsifications opérées sur le décret de liquidation de la Compagnie des Indes. Il était muet, absolument muet sur le rôle de Fabre d'Eglantine.
Chabot, qui avait provoqué la déclaration de Basire, ramena s.on auteur à son domicile vers trois heures du matin dans le fiacre des Frey.
Avant de quitter le Comité de sûreté générale, il avait demandé vingt-quatre heures de répit pour faire saisir les corrupteurs chez lui avec l'argent de la corruption. Le Comité de sûreté générale réuni au Comité de salut public décida de l'arrêter sur-le-champ. Et le lendemain 27 brumaire, au jour, Chabot était arrêté et conduit au
I. Le députe Robert, ami de Danton, avait été poursuivi par sa seclion comme accapareur pour n'avoir pas déclaré des tonneaux de rtium dont il faisait commerce. Son affaire provoqua un vif débat à la Convention et il ne fut sauvé qu'à grand'peine.
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Luxembourg- en même temps que Basire etDelaunav. Julien réussit à s'enluir.
Dès le 28 brumaire, c'est-à-dire le lendemain de l'arrestation de Chabot, Fabre d'Eglanline s'expliquait sur son rôle dans l'aHaire du décret de liquidation de la Compagnie des Indes. 11 remettait îi Amar, rapporteur, une déclaration (jui confirmait et précisait l'exposé de Chabot. 11 aliirmait : i" qu'il n'avait mis le pied qu'une lois à la commission des 5, parce que cette commission était toute entière hostile à son opinion, « qui était de faire prohiber tout change avec l'étranger ».
2° Qu'il avait amendé le projet de Delaunaysur la liquidation de la Compagnie des Indes de manière que cette liquidation ne put être faite que par le gouvernement ;
3" Que, quelque temps après la séance où son amendement et celui de Cambon avaient été renvoyés à la commission pour rédaction, il avait été abordé par Chabot qui l'emmena dans la salle de la Liberté, et que là, Chabot lui remit « la nouvelle rédaction du décret qu'il lui dit avoir été faite par la commission. Vois, ajouta Chabot, si tu souscris à ce que le projet soit ainsi présenté à la Convention. Je lus ce projet et je ne lardai pas à m'appercevoir que, môme en admettant mon amendement et celui de Cambon, il était contu de manière à présenter des échappatoires aux administrateurs de la compagnie des Indes et, tout en
lisant, je manifestoisà Chabot, par des mots intercalés, mon mécontentement sur ces amphibologies. Alors Chabotse retrancha surun office d'ami, dont il s'acquittoit pour Delaunai qui l'en avoit chargé. Il craint, ajoute-t-il, de te venir parler, tu as discuté V objet avec tant d'amertume quil est comme fâché, il craint ; enfin il m' en a prié. Quant à moi, continua t il, je n'y prends aucun intérêt : corrige le projet, si tu ne le trouves pas bien. Effectivement je pris un crayon, j'imprimai mon opinion au projet par de nombreuses corrections ; je retranchai même un article tout entier que je rédigeai de nouveau en marge et je le signai au crayon. »
Fabre ajoute que Chabot non seulement ne fit aucune opposition à ses corrections, mais qu'il sembla même l'inviter à bien voir s'il n'en trouverait pas de nouvelles à faire, « me laissant agir, à cet égard, avec un détachement bien prononcé ».
Un ou deux jours plus tard. Chabot vint chez Fabre « pour la première et unique fois » de sa vie. « J'étois au lit, dit Fabre, je le reçus jambes nues, il me dit : tiens, voilà, mot à mot, le projet tel que tu l'as corrigé. Je te l'apporte à la prière de Delaunai, signe- le, et je le signai. Je dois observer que Chabot exprima sur cet office encore plus de détachement que la veille, et son indifférence sur ce point, qui alors approchoit de l'air même de l'ennui, son espèce d'humeur contre
la bizarrerie de Delaunai qui, craignant de conférer avec moi, s'avisoit, disoit-il, de le faire courir ; tout cela ne me parut point alors de l'embarras, comme il me semble aujourd'hui que ç'auroit bien pu en être... » « J'observe encore, ajoute Fabre, que la copie au net du projet du décret étoit et fut reprise par Chabot sans aucune espèce de rature ».
Fabre raconte ensuite que quelque temps après, à la Convention, il passa près de Delaunay pour aller prendre sa place sur les bancs de la Montagne : « Mes yeux venant à rencontrer les siens et vovant qu'il n'avait pas l'air si fâché que Chabot me l'avoit dit, je lui dis : Eh bien ! quand présentes-tu le projet de décret P II me répondit par quelques mots que je n'entendis pas assez pour qu'ils me rendissent un sens déterminé. Cependant, je me souviens qu'il commença par dire une chose et qu'en se reprenant il voulut m'en dire une autre, comme je montois. Comme je n'attachois pas à sa réponse une grande importance et que ma demande étoit, à vrai dire, une manière de parler à un collègue que l'on est fâché d'avoir indisposé contre soi, je passai sans réflexion ; cependant son air de surprise ne m'échappa pas et je l'attribuai alors à mon abord, ce qui me fit hâter mon passage ».
Fabre enfin termine sa déclaration en remarquant que le projet de décret qu'il avait signé en dernier lieu était sans ratures, tandis que le
même projet qu'il a revu au Comité de sûreté générale était « chargé de ratures faites de plusieurs encres » et qu'il s'v trouvait même des articles entiers bilTés et bàtonnés, auxquels d'autres sont substitués en marge et d'une encre différente du corps du projet ».
Cambon, que Fabre a vu la veilla, lui a dit que quand Delaunay lui avait proposé de signer le même projet de décret^ il était bien au net et que Delaunay lui avait dit que la rédaction en était due à Fabre, — ce qui est faux, dit Fabre.
En somme, Fabre confirmait avec des détails plus circonstanciés la version de Chabot. La falsification du décret aurait été l'œuvre de Delaunay.
Sur le moment personne ne mit en doute la véracité de Fabre. Quand Chabot s'était rendu chez Robespierre, le 2/1 brumaire, Robespierre (c'est Chabot qui nous le dit dans les lettres écrites de sa prison) manifesta de l'intérêt et de la sympathie pour Fabre et recommanda à Chabot de ne pas compromettre des patriotes *. A cette date, Fabre passait donc pour un bon patriote aux yeux de Robespierre. N'était-ce pas Fabre qui s'était montré le plus ardent contre les « étrangers » et contre les agioteurs? Robespierre se souvenait des campagnes menées en commun.
Le Comité de Sûreté générale ne manifesta