I. Archives nationales, AF", ^g
DANTON ET LÀ MORT DE LOUIS XVI Il3
Conseil exécutif : « Il me dit, dit Miles, qu'il voyait une disposition dans le Conseil exécutif à éviter de répandre le sang de Louis XVI ». Le secret qu'il demande à Miles à diverses reprises est une preuve qu'il ne se sentait pas autorisé officiellement par ses instructions à faire cette ouverture. Il est plus que probable que le Conseil exécutif, où ne siégeait plus Danton, n'en a rien su.
Si Noël n'agissait pas de son propre mouvement et s'il n'était pas couvert par le Conseil exécutif, il est à supposer qu'il n'était que l'intermédiaire de Danton.
Un fait plus significatif encore est l'incident qui se produisit aux Jacobins le aS décembre 1792, cinq jours après la conversation de Noël avec Miles. Le député Robert, dont l'intimité avec Danton était notoire, monta à la tribune du club pour inviter les citoyens au calme, « 11 dit qu'il ne faut pas que les patriotes s'opposent au délai que pourrait demander Louis Capet. Il ajoute qu'il serait de la justice et de la saine politique que ce fut un jacobin qui fit la demande d'un délai pour Louis Capet ». Albitte et Saint-André protestèrent vivement contre la motion d'e Robert qui fut accueillie avec défaveur, mais il est évident que cette motion singulière se liait avec les tentatives de négociations que Noël et Talon s'efforçaient de nouer à Londres pour le compte de Danton.
Matdiez. — Conspiration. 8
Il4 ÉTUDES ROBESPIERRISTES
C'était Danton qui avait sauvé Talon compromis dans les papiers de l'armoire de fer. C'était Danton qui lui avait délivré le passeport grâce auquel il avait pu gagner l'Angleterre. Entre Danton et Talon, la liaison était ancienne. Il y avait entre eux plus que de la solidarité, une complicité.
Il est inutile de supposer que Talon revint à Paris en novembre pour s'entendre avec Danton. Le jeune Mergez, qui quitte Londres à la fin d'octobre, a pu servir de courrier*.
Danton fut-il nommé au cours de la conversation de Noël avec Miles ? Miles n'a pas écrit son nom dans sa relation. Mais il est significatif qu'un an plus tard, quand Miles demanda à Noël de transmettre à Danton des ouvertures pacifiques du gouvernement anglais, il lui rappela opportunément la conveï-sation du i8 décembre 1792. Il est plus significatif encore que Miles, qui fait à
I. M. Rouanet, qui a bien voulu lire les épreuves de cet article, me fait observer que Danton quitta Paris pour se rendre à l'armée de Belgique le i^"" décembre au soir et que trois jours plus tard Guadet dénonçait la présence de Talon à l'armée de Dumouriez. Sur sa proposition, la Convention ordonna l'arrestation de Talon et invita le ministre de la justice Garât à expédier sur-le-champ en Belgique un courrier extraordinaire pour procéder à l'arrestation. Si Talon était réellement en Belgique à cette époque, il a pu y rencontrer Danton et se trouver à Londres pour le 18 décembre. Une lettre de Miles à Pitt en date du 12 décembre dit que Noël vient d'arriver le matm même de Liège et qu'il lui a dit que Dumouriez blâmait l'ouverture de l'Escaut. Danton était à Liège au moment où Noël quitta cette ville pour retourner à Londres.