I. Lettre du 9 mars
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vie en i844- Nous ne savons pas si elle est morte depuis cette époque et, comme elle n'a conservé aucune relation avec notre famille, nous ignorons absolument son adresse. » Quant aux autres questions posées par leur correspondant, ils les écartaient de môme en ces termes : « Nous ne connaissons à Paris personne d'un âge assez avancé pour avoir eu des relations avec notre père. Ici les vieillards qui l'ont connu sont très peu nombreux et si ce qu'ils savent de lui avait quelque importance nous vous l'aurions déjà transmis dans nos lettres précédentes. Du reste, il n'en est plus un seul qui l'ait connu un peu intimement à l'époque où il a joué un rôle politique, parce qu'alors il n'habitait plus Arcis depuis longtemps. Nous n'avons pas fourni de renseignements à M. de Lamartine et il ne nous en a pas demandé. «
Villiaumé, qui était tenace, ne se laissa pas décourager par cette réponse négative. Il revint à la charge, quelques mois plus tard, en août iS^Q*. Cette fois, Antoine Danton se décida à lui écrire en son nom personnel. Après lui avoir annoncé qu'il avait eu la douleur de perdre son frère l'année précédente, il lui fit force compliments. Il était « l'homme loyal et courageux » qui vengerait Danton et ses détracteurs. Il reconnut cependant que « faire taire l'esprit de parti aux préventions,
I. Villiaumé habitait toujours Paris, mais il avait changé d'adresse. La réponse d'A.ntoine Danton lui est adressée rue de Richelieu, hôtel d'Espagne, n° Sg.
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aux haines enracinées était une tâche bien difficile ». Il ajouta avec mélancolie : « Je lirai votre œuvre que j'attends avec d'autant plus d'impatience que chaque jour m'apporte de nouveaux dégoûts », ce qui montre qu'à Arcis le nom de Danton était encore loin d'être en honneur. Quant aux nouvelles questions posées par Villiaumé, le fils de Danton avoua son impuissance à y répondre : « Vous me dites : « Pornis le juif avait un «dépôt énorme. » Qu'est-ce que cela veut dire ? Aucun membre de la famille, pas plus que ses contemporains, ses amis d'Arcis, n'ont entendu parler de cette nouvelle calomnie \ Pitié! Pitié! et honte sur de pareilles horreurs ! »
Villiaumé dut se contenter du mémoire qui était en sa possession depuis i846. Il s'efforça du moins d'en compléter les données par d'autres moyens. Les archives des Finances lui furent ouvertes et il y découvrit les pièces authentiques qui prouvaient que la charge de Danton lui avait été remboursée 69081 livres''. Le chiffre des acquisitions de Danton, tel qu'il ressortait du mémoire de ses fils, était légèrement supérieur, 84960 livres. Villiaumé crut dès lors à l'innocence de Danton. Il admit la thèse de ses fils qui expliquaient ses acquisitions par les sommes qu'il avait retirées de son office. Il crut que Danton avait payé
I. J'ignore quel était le juif Pornis qui aurait trafiqué avec Danton. Villiaumé n'en dit rien dans son livre.
a. Villiaumé, Histoire de la Révolution, t. I, p. 366.
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cet ofTîce, en 1787, « de l'héritage de son père, de la dot de sa première femme et de quelques économies ». Des éléments essentiels et, peut-être aussi, un esprit critique suffisamment armé lui manquaient pour embrasser le problème sous toutes ses faces. C'est avec une entière bonne foi qu'il justifia Danton. Les arguments qu'il fit valoir lui avaient été fournis par la famille. Ils ont été depuis répétés docilement, et presque dans les mêmes termes, par la plupart des biographes.
Le livre de Villiaumé exerça une influence considérable, moins peut-être par le talent littéraire de l'auteur, qui est assez mince, que par sa sincérité évidente et sa réelle documentation. Tout convaincu qu'il fût devenu de l'honnêteté de Danton, Villiaumé s'était gardé de se constituer son apologiste systématique. On lisait sous sa plume des phrases comme celle-ci : « Danton dînait quelquefois avec les aristocrates... Il commit des fautes politiques, mais de là à la corruption, à la trahison, il y avait un abîme... '. [Pendant le massacre du Champ-de-Mars], Danton et ses amis crurent inutile de se compromettre ou ne voulurent pas prendre la responsabilité de ce qui arriverait. Si l'on accepte cette opinion, ils deviennent blâmables pour avoir abandonné le peuple qui devait compter sur eux^. » Racontant le pro-