‹ Etudes robespierristesChapitre 66 sur 87 · I. Buonarroti, p · texte numérisé non relu

I. Buonarroti, p

a. Montesquieu, Esprit des Lois, III, 3.

LA POLITIQUE DE BOBËSPIEIiRE a6i

à la justice et à l'égalité sans l'emploi de la rigueur, une nation dans laquelle il y a beaucoup d'hommes qui se sont fait des habitudes et des prétentions inconciliables avec le bien être et les droits de tous, est un projet aussi chimérique que séduisant Ceux qui oppriment la terre sontils avares du sang du peuple soufi'rant, quand il s'indigne des maux qu'il lui font endurer ? Les révolutions sont les suites nécessaires des longues injustices; elles punissent en un instant les forfaits de plusieurs siècles'... »

Nécessaire, la Terreur était légitime, mais à une condition, c'est qu'elle fût mise toute entière au service de la justice. Autrement, elle eût été une intolérable tyrannie : « Dès que le gouvernement révolutionnaire fût passé entre les mains des égoïstes, il devint un véritable fléau public. Son action prompte et terrible, que la vertu de ses directeurs et leurs intentions toutes populaires pouvaient seuls rendre légitimes, ne fut plus qu'une affreuse tyrannie par son objet et par sa forme; elle démoralisa tout, elle rappela le luxe, les mœurs efféminées et le brigandage ; elle dissipa le domaine public, dénatura les principes de la révolution et livra aux poignards de ses ennemis tous ceux qui l'avaient défendue avec sincérité et désintéressement. * »

I. Conspiration pour l'Égalité, I, p. 5o, note. 3. Conspiration pour l'Égalité, I, p. 48.

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Avant le 9 thermidor, l'institution révolutionnaire n'avait pas encore dégénéré. Ses chefs se proposaient d'établir le règne de l'égalité ; mais ils savaient que « la réforme des mœurs devait précéder la jouissance de la liberté ^ «Ils savaient enfin, et l'expérience n'a que trop justifié depuis leur manière de voir qu'établir sans ces préliminaires l'ordre constitutionnel des élections, c'est abandonner le pouvoir aux amis de tous les abus et perdre à jamais l'occasion d'assurer la félicité publique"^.» Avec une singulière prescience de l'avenir des démocraties , Buonarroti dénonce l'hypocrisie foncière du libéralisme des institutions et des servitudes économiques : « Tant que les choses resteront comme elles sont, la forme politique la plus libre ne sera avantageuse qu'à ceux qui peuvent se passer de travailler. La masse des nations assujettie par le besoin à des travaux pénibles et continuels, ne pouvant ni s'instruire dans les affaires publiques, ni assister aux assemblées où elles se traitent, et dépendant des riches pour son existence, ceux-ci disposent seuls des délibérations que des gouvernements trompeurs ont adroitement l'air de demander au peuple. Est-il à présumer que ces honnêtes gens s'oublient ? Que serait-ce s'il s'agissait de leur demander leur propre abaissement^? »

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