I. Publiée par Robinet, 3^ éd., pp. a84-a
Charpentier possédait avant la Révolution un revenu de 6 900 francs, y compris 2 600 francs que lui rapportait son emploi aux fermes, 600 francs de rentes viagères sur TÉtat et 2 200 francs, arérages de divers placements. Il évalue sa fortune au moment du mariage de sa fille avec Danton à un peu plus de 100 000 francs.
Deux documents d'une grande précision nous font connaître la fortune de Danton en cette même année 1787, d'abord le traité par lequel il achète son office d'avocat aux Conseils, puis son premier contrat de mariage.
L'étude lui fut vendue 78 000 livres, 10 000 pour le corps de l'office, comme on disait, 68 000 pour la pratique. Mais pour les 78 000 livres Danton achetait aussi les créances de l'étude. Deux de ces créances lui était garanties par le vendeur, l'une, provenant de l'affaire Papillon Delagrange se montait à 11 000 livres, l'autre provenant de l'abbaye de Chaly valait i 000 livres environ, soit 12 000 livres, ce qui mettaij en réalité le prix net de l'étude à 66000 livres, avec les frais 68000. Sur ces 66000 livres, Danton en acquitta 56 000 en espèces sonnantes au moment même du marché et lo 000 quelques semaines plus tard, au moment de la délivrance de son titre. Pour payer ces sommes il déclare avoir emprunté 36 000 livres à une demoiselle Françoise-Julie Duhauttoir, fille majeure, demeurant à Tîoyes, i5ooo livres à son futur beau-père, François-Jérôme Charpentier,
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SOUS la caution de ses tantes maternelles, Marie- Geneviève Camus, femme du maître de poste Lenoir, demeurant à Arcis, et Anne Camus, sa sœur, célibataire, demeurant au même lieu. Il a dû emprunter le reste à d'autres personnes qui ne sont pas nommées, car l'acte dit formellement qu'il a acheté son office tout entier à crédit. Par conséquent, quand Danton devint avocat aux conseils, il s'endetta de 66 ou 68000 livres.
Si nous consultons maintenant son contrat de mariage daté du 9 juin de la même année 1787, nous voyons qu'il lui est reconnu en tout et pour toute propriété un capital de 12000 livres consistant en terres, maisons et héritages situés à Arcîssur-Aube. Mais la future apporte à Danton 20000 livres. Sur cette dot, Danton rembourse les i5ooo livres que lui a prêtées son beau-père. Il ne doit plus que l'obligation qu'il a contractée envers Mademoiselle Duhauttoir, soit 36 000 livres et les sommes qu'il a empruntées pour parfaire le paiement de son étude [^8000 — (36 000 -f- i5ooo) = 17000], soit en tout 53 000 livres.
Danton n'a joui de son office d'avocat que pendant quatre ans environ. La vénalité des offices de judicature fut abolie en principe par la Constituante le 6 août 1789 et leur remboursement organisé par les décrets des 12 et 29 septembre, et 3o octobre 1790. Les titulaires des offices supprimés déposeraient leurs titres et recevraient en échange des reconnaissances provisoires qui
porteraient intérêt à '5 0/0 et seraient ensuite converties en reconnaissances définitives remboursées en assignats. Avant leur conversion en assignats les reconnaissances pourraient être immédiatement reçues en paiement des domaines nationaux. Or la reconnaissance définitive de liquidation de roffice de Danton, datée du i i octobre 1791, constate qull a déposé ses titres le 20 avril de la même année et qu'il lui est délivré une reconnaissance de 69081 livres 4 sous dont il donne quittance. Le garde de rôles des offices de France et conservateur des hypothèques et oppositions sur les finances certifia à cette occasion qu'il ne subsistait dans ses registres aucune opposition au remboursement opéré au profit de Georges-Jacques Danton. Par conséquent, a cette date du 1 1 octobre 1791, Danton a remboursé toutes les obligations qu'il avait contractées pour payer son étude, notamment l'obligation de 36 000 livres au nom de la demoiselle Duhauttoir. On sait, d'autre part, qu'il avait achevé de désintéresser son prédécesseur M* Huet de Paisy dès le 3 décembre 1789*.
La question se pose donc de savoir de quelle manière, avec quelles ressources Danton a pu acquitter en quatre ans une dette d'un capital de
I . Gomme en fait foi la quittance publiée par le D'^ Robinet, p. a a 4* Danton remboursait à son vendeur les 13000 livres de créances que celui-ci lui avait garanties, plus les intérêts, en tout 1 3 5oo livres. «
ào ÉTUDES ROBESPIEBRISTES
53ooo francs . environ. Il a fallu qu'il fît des gains, s'élevant à 60000 francs environ, car il a dû payer les intérêts du capital. Les apologistes admettent qu'en quatre ans le produit net de son office lui a valu cette somme et même au delà. M. Robinet déclare que ses gains se montèrent au moins à 76000 livres, soit à près de 20000 livres par an. Il fait valoir qu'avec son talent Danton n'a pas manqué d'attirer la clientèle. Il cite comme un client sérieux de son étude le prince de Montbarey et il sous-entend que ce prince a dû payer à Danton des honoraires princiers.
L'étude de Danton était-elle aussi achalandée que le disent ses apologistes ? Pour le savoir, il fallait dépouiller méthodiquement aux Archives nationales les registres et les liasses des différents Conseils qui doivent garder inévitablement la trace des affaires confiées à Danton. Cette recherche a été faite, on peut le croire, avec tput le soin désirable, par uïi élève de M. Aulard, grand admirateur de Danton. Le résultat dé ses longues et minutieuses investigations a été le suivant : On sait à l'heure actuelle que Danton s'est occupé de 22 affaires et encore, dans le nombre, fait- on entrer l'affaire Papillon de La Grange et les deux affaires Amelineau transmises par M* Huet de Paisy à son succé^sseùr *.
I. On en trouvera le détail dans Tintroduction des DUcour$, de Danton, par André Fribourg. Paris, Gomély, pp. xxx et