‹ Études Robespierristes; la corruption parlementaire sous la terreurChapitre 62 sur 80 · Georges Weill, article cité · texte numérisé non relu

Georges Weill, article cité

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sait aussi qu'après i8i5 Buonarroti fonda le groupe des Sublimes Maîtres Parfaits qui prolongeait les Philadelphes. Il s'efforçait alors de délivrer ritalie et la travaillait par un de ses élèves Andryane qui fut arrêté à Milan en iSsS. Expulsé de Genève après l'arrestation d' Andryane, il s'établit à Bruxelles et y forma bientôt de nouveaux disciples comme les frères Delhasse et Cbarles Teste. C'est là qu'il écrivit la Conspiration pour VÉgalité dont la première édition parut en 1828. Rentré en France après i83o, il fut mêlé activement à l'agitation révolutionnaire des débuts du règne de Louis-Philippe. Il inspirait la partie la plus ardente de la société des Droits de l'Homme et de la société des Amis du peuple. Les insurgés de Lyon le consultaient et ne suivaient d'ailleurs pas les conseils de calme qu'il leur envoyait. Voyer d'Argenson lui donnait l'hospitalité dans sa maison. Trélat, Hauréau, l'écoutaient avec admiration raconter ses souvenirs. Raspail venait le voir. Louis Blanc, qui lui dut peut-être quelques-unes de ses idées sociales, nous a laissé de lui un portrait apologétique : « La gravité de son (( maintien, dit-il, l'autorité de sa parole toujours « onctueuse quoique sévère, son visage noblece ment altéré par l'habitude des méditations et « une longue pratique de la vie, son vaste front, c son regard plein de pensées, le fier dessin de « ses. lèvres accoutumées à la prudence, tout le « rendait semblable aux Sages de l'ancienne

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« Grèce. Il en avait la vertu, la pénétration, la « bonté. Son austérité même était d'une douceur « infinie ^ » Louis Blanc, qui se proclame son élève, explique que s'il était peu connu de la foule, vivant retiré et inaperçu, « son action était loin d'être sans puissance ». « Pauvre et réduit pour vivre à donner quelques leçons de musique, du fond de sa retraite il gouvernait de généreux esprits, faisait mouvoir bien des ressorts cachés et, dans la sphère où s'exerçait son ascendant, secondé par Voyer d'Argenson et par Teste, tenait les rênes de la propagande, soit qu'il fallut accélérer le mouvement ou le ralentir » '. Il est probable que Louis Blanc lui dut son admiration pour Robespierre.

M.. Fournière a supposé avec vraisemblance que Blanqui reçut de Buonarroti « la triple empreinte qui caractérise toute sa vie : la démocratie, le patriotisme et le communisme »'.

Il n'est donc pas exagéré de dire que le socialisme français de l'époque de i83o comme le socialisme chartiste émanent tous deux de Buonarroti et par Buonarroti de Robespierre.

I. Georges Weill, article cité, Revue historique , iQOi-a, p. 373-374.

3. Louis Blanc, Histoire de 10 ans, tome lY, p. 194. 3. Histoire soeialistey t. YIII, p. 173.

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Jusqu'à son dernier jour, Buonarroti n'a cessé dé prendre la défense du chef de la Montagne et de glorifier sa politique. Dans ses lettres intimes, Robespierre est pour lui a le grand homme » *. 11 signe « Maximilien », la lettre qu'il adresse au Comité lyonnais des Droits de l'Ûomme à la veille . de l'insurrection de i83il. L'année même de sa mort, en 1887, il envoie à son jeune ami, le Saint-Simonien Genevoix, une notice où il réhabilite l'Incorruptible*. La même année iSSy, le journal Le Radical de Bruxelles publie, par les soins des frères Deihasse, des Observations sur Maximilien Robespierre dont l'auteur était Buonarroti*. Avant de s'éteindre, le vieux conspirateur donnait encore à Bûchez et à Roux pour leur Histoire parlementaire de la Réi^olution française quelques détails sur le g thermidor^.

L'admiration dé Buonarroti n'a rien d'une admiration aveugle. Elle repose sur l'expérience. Elle donne ses raisons.

I. Par exemple dans la lettre à Lemaire du 7 août i83o publiée dans Paul Robiquet, p. 178.

a. Voir la lettre de remerciements de Genevoix dans Paul Robiquet, p. ao8.

3. Ces Observations ne font sans doute qu'un seul et même écrit avec la notice envoyée à Genevoix. Elles ont été tirées à part (in-^*' de 4 pages à a colonnes). Ernest Hamel les a utilisées dans son Histoire de Robespierre (t. III, p. agô, 7A0. 745). Elles manquent à la Bibliothèque nationale et je n'ai pu me les procurer.

4. Cf. le tome 34 de V Histoire parlementaire^ p. 3 et 4 Ce tome 34 a paru en 1837.

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Buonarroti a connu personnellement Robespierre. II séjourna à Paris à deux reprises, pendant la Terreur, une première fois au début de lygS, quand il était venu dénoncer Paoli et présenter à la Convention la demande d'annexion à la France des habitants de File Saint-Pierre ; une deuxième fois, après son retour de sa mission à Lyon et dans le Midi, d'octobre 1798 à janvier 179^. Ces deux séjours coïncidèrent avec deux crises importantes, le premier avec les journées du 3 1 mai et du a juin qui donnèrent la victoire à la Montagne sur la Gironde', le deuxième avec la déchristianisation et les débuts de la ^campagne des hébertistes et des dantonistes contre le Comité de Salut public. Louis Blanc, qui était bien informé, nous 'dit que Buonarroti fréquenta la maison Duplay. Lebas, passionné de musique italienne, « se faisait entendre dans ces réunions intimes ou Buonarroti tenait le piano »*.

Buonarroti a donc eu la vision directe de Robespierre. Son jugement a la valeur d'un témoignage.

Bien placé pour recevoir les confidences du grand jacobin ou de ses proches ou tout au moins pour connaître ses intentions, il avait été à même aussi d'apprécier par expérience les méthodes

I. Louis Blanc, Histoire de la Révolution, édition en a volumes, t. II, p. 379, a« colonne. £. Hamel confirme le dire de Louis Blanc, t. III, p. 395. Buonarroti vécut à Genève de leçons de musique.

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d'administration de la Terreur, ayant été un des collaborateurs de ce gouvernement.

Au début de 1798, il fut nommé commissaire du Conseil exécutif avec la mission d'éclairer le peuple Corse, de le ramener aux principes de rÉgalité, de « surveiller et dénoncer les malveillants et inspirer aux aristocrates la sainte terreur des lois ». Il ne put pas d'ailleurs accomplir sa mission. Après un séjour à Lyon où il fut un instant arrêté par les meurtriers de Chalier et en Provence, où Ricord et Saliceti l'employèrent à des tâches importantes à Toulon et à Marseille, il revint à Paris. Une nouvelle mission lui fut confiée en 1794* H administra pendant dix mois» avec le titre d'agent national général et les pouvoirs les plus étendus, le cercle d'Oneille conquis sur le tyran de Sardaigne.

Englobé en Tan III dans la persécution dont furent victimes tous les anciens jacobins restés fidèles à l'idéal de l'an II et à la pensée de Robespierre, il fut destitué et enfermé dans la prison du Plessis d'où il ne sortit qu'après la journée du i3 vendémiaire. On sait qu'au Plessis il se lia avec les futurs organisateurs de la Conspiration des Egaux. Il y retrouva l'hôte de Robespierre, Duplay, qui lui raconta le 9 thermidor et ses causes.

On peut donc dire que par la voix de Buonarrôti, c'est Robespierre et son parti qui lancent un suprême appel à la postérité. L'appel a été

entendu parles socialistes de i83o. P^ourquoi ne *le serait-il plus par ceux de 1910?

Je ne connais pas de résumé plus impression- i -nant et plus vrai de Thistoire de la Révolution , que les cinquante premières pages qui servent > d'introduction à la Conspiration pour l'Egalité. > Buonarroti y expose avec une simplicité lucide • admirable les raisons supérieures qui ont dirigé / les événements. Avant que Karl Marx ait formulé la théorie de la lutte des classes, il va chercher dans l'antagonisme des groupes sociaux et dans le conflit des intérêts et aussi dans les éternelles passions humaines, l'explication dernière des crises multiples qui se sont succédées. Aucun historien, même Louis Blanc, n'a atteint à la précision et à la profondeur de ses raccourcis lumineux.

Il y avait, d'après lui, deux groupes parmi les» révolutionnaires, ceux qui restaient attachés à l'opulence et aux distinctions et qui ne voulaient que succéder aux nobles et aux prêtres, autrement dit les partisans de l'ordre d'égoîsme, presque tous disciples de Voltaire et des encyclopédistes, et, d'autre part, ceux qui voulaient construire une société juste et fraternelle d'après les idées de Rousseau et de Mably, ceux qui plaidèrent pour tous les hommes sans distinction, ceux qui <( plaçaient la prospérité de la société dans le

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bonheur de chacun de ses membres et sa force dans rattachement aux lois )>, autrement dit le^ partisans de Vordre d'égalité, les amis des travailleurs. Ces derniers eurent pour chef Robespierre. Ils combattirent sous la Constituante l'injuste distinction des citoyens actifs et des citoyens passifs, le veto royal, la loi martiale, ils proposèrent Timpôt progressif, ils s'opposèrent au rétablissement du roi après Yarennes, dénoncèrent le complot aristocratique machiné par Brissot et Condorcet qui voulaient établir prématurément une république bourgeoise, ils combattirent la déclaration de guerre à TAutriche, démasquèrent les trahisons de la Cour, les crimes des ministres, la marche tortueuse de la Gironde ^ La chute de la royauté, qui fut leur œuvre, fit monter le peuple malgré les intrigues des Girondins. Ceux-ci se composaient en grande partie « d'avocats, de procureurs, de médecins, de banquiers, de riches marchands, de bourgeois opulents, d'hommes de lettres faisant de la science un trafic et un moyen de parvenir^ ». Ils dédaignaient la masse du peuple et se croyaient faits pour le maîtriser. « Ils se prétendaient la partie saine de la nation et ajoutaient la souplesse et la jalousie aux vices des nobles qu'ils aspiraient à remplacer. » Ils haïssaient les auteurs de Tinsur-

I. Conspiration pour V Égalité dite de Babeuf. Baudouin, i83o, 1. 1, p. 8-i3.

a. P. 19, note.

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rection du lo août, dénonçaient les amis du peuple tomme des anarchistes, apeuraient contre eux les possédants, essayaient secrètement de rétablir la royauté et de sauver le roi, « trompaient le peuple en empruntant le langage du patriotisme * ».

Le 3i mai fit cesser leurs intrigues mortelles et donna la victoire aux Amis du peuple, mais une victoire précaire. Les difficultés intérieures et extérieures étaient trop formidables, le poids des préjugés trop lourd pour que ceux-ci pussent immédiatement réaliser tout leur idéal. Ils durent déguiser sousun voile leurs projets ultérieurs et procéder par étapes.

Buonarroti admire la Constitution de 1798, mais il ne Tadmire pas sans réserves. Il regrette qu'elle consacre les vieilles et désespérantes idées sur le droit de propriété. Mais il se demande aussitôt : « Est-ce à une prudente circonspection commandée par l'attitude hostile des riches ameutés par les Girondins ? Est-ce à la Convention nationale qu'on' doit attribuer les ménagements dont elle fit usage et le çôile sous lequel les députés amis de l'Égalité furent obligés de cacher leurs çues ultérieures * ? ».

Combien'de fois au cours de la Révolution les partis se sont menacés les uns et les autres de « déchirer le voile » ? Qu'à côté de la politique

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