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ET LES EXPÉDITIONS AMÉRICAINES DANS L'OUEST

L'attention générale des peuples civilisés est au-

} jourd'hui vivement attirée par toutes les entreprises qui ont pour but d'ouvrir au commerce du monde

des routes nouvelles et plus rapides. Anglais, Français, Américains, ont exploré à l’envi, depuis vingt ans, l'isthme de Panama et les provinces de l'Amérique centrale. Les tracés de chemins de fer ou de

À canaux se multiplient; n’est-on pas à la veille d’en-

treprendre le percement de l’isthme de Suez, rêve que depuis si longtemps un siècle avait transmis à l’autre, et que le nôtre verra peut-être se transformer en réalité? Les merveilles de l’industrie moderne ont rem-

pli toutes les imaginations d’une audace si confiante,

. que les projets les plus gigantesques rencontrent peu

de sceptiques ou d’incrédules. La plupart des esprits

: sont beaucoup plus frappés de la grandeur de telles

entreprises et des magnifiques résultats que l'avenir semble leur promettre que des difficultés qui en com. pliquent l'exécution. Au reste, pour avoir la véritable mesure d'une époque aussi bien que d’un homme, il faut la juger non-seulement sur ce qu'elle a pu ac. complir, mais sur ce qu'elle a osé concevoir et esp. rer. Gette ambition, d'une espèce particulière, qui veut asservir à l’homme les éléments, le Lemps, l’espace, qui cherche partout et impatiemment de nouvelles conquêtes, qui aspire en quelque sorte à renouveler la face de la terre, est un des traits qui sans doute serviront un jour à caractériser notre siècle. C’est à ce titre que les conceptions les plus hasardeuses méritent d'être notées, lors même que le succès ne viendrait pas les couronner, ou que la réalisation n’en pourrait jamais être tentée.

Parmi les entreprises de cette nature, la plus hardie que nous connaissions est un projet de communication par chemin de fer entre l’océan Atlantique et l'océan Pacifique, à travers l'immense étendue du continent américain. Le chemin projeté franchirait les Montagnes-Rocheuses pour aboutir à l’Orégon où à la Californie. Il ne s’agit plus seulement, comme à Suez ou à Panama, de creuser un court sillon sur l'étroite langue de terre qui sépare deux mers; le chemin de fer du Pacifique, comme on l'appelle déjà aux États-Unis, n’est pas un simple expédient destiné à abréger une distance, c’est la conquête d’un conti-

nent tout entier, un champ sans limites ouvert à l

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ÉTUDES SCIENTIFIQUES. 107 menses régions inoccupées. C’est la première artère

! d'un empire baigné par les deux océans, et dont nul

ne peut prévoir les futures destinées. Les chemins de

L fer actuellement construits dans les États-Unis ne

dépassent pas encore le Mississipi, et il suffit de jeter les yeux sur une carte pour juger de l'énorme dis-

| tance qui sépare ce fleuve des côtes de la Californie.

Traverser, sur une longueur de sept ou huit cents

à lieues, des contrées à peine connues, franchir des

prairies, des fleuves, des chaînes de montagnes, des déserts, il y a là de quoi effrayer les plus osés. Si ce projet n’était qu’un rêve éclos dans une imagination

1 oisive, on ne serait guère tenté de s’en occuper; mais

il a été adopté par le gouvernement des États-Unis. De nombreuses expéditions ont été organisées pour étudier les meilleurs tracés; des sommes très-considérables ort été dépensées pour explorer l’intérieur du continent. Le chemin de fer sera-t-il exécuté par le gouvernement ou par des :ompagnies particulières ? passera-t-il sur tel ou tel parallèle? sera-t-il au nord? sera-t-il au sud ? Voilà les questions qui se

‘ à traitent partout, qui occupent le congrès, la presse 4 américaine, et qui fournissent déjà un aliment irri- © tant aux ambitions et aux rivalités des partis.

L'audace d’une pareille entreprise est en partie justifiée par l’histoire même du développement des États-Unis. L’accroissement inoui de la confédération est bien fait pour inspirer à ceux qui en sont les témoins, et se sentent eux-mêmes entraînés sur ce grand courant de fortune et de prospérité générales,

une confiance qui devient facilement excessive. Le: D ii y a pe premiers colons qui descendirent sur les rochers de BR crouvra Plymouth et s'établirent sur les rives de l'Atlantique MM stamme ne prévoyaient pas sans doute avec quelle rapidit BW rives so tout le territoire compris entre la mer et les Alle. Bu du Miss

ghanys serait un jour envahi. Plus tard, les pionniers EN compte aventureux qui, du sommet des dernières crêtes de M d'une à cette longue chaîne, aperçurent à leurs pieds la plaine Missour sans limites qui, avec de douces ondulations, se dé. BN toire di roule jusqu’au Mississipi, ne soupçonnaient pas que MN France ces prairies, parcourues seulement par les tribus in- ans d'é diennes ou les troupes errantes des bisons, se couvri. DM n'était, raient si vite de fermes, de villages, de villes, — que M à sa pos des routes et des chemins de fer sillonneraient en Bi tre où r tous sens ces tranquilles et vierges solitudes. #1 marché L'immense hassin géographique du Mississipi, le RM Odessa. plus grand qui existe dans le monde entier, com Saint: mence seulement à se peupler. Quand les bouches de B& core pl ce fleuve furent découvertes, en 1527, par l’Espa- l capitale gnol Narvaez, et aperçues plus tard par l'Espagnol de RM sans do Soto dans l'expédition où il aborda en Floride, qui B® du con aurait pu prévoir le rôle que lui réservait l'avenir! BW par une Bien longtemps cette fertile vallée, qui n’1 pas moins RS core les de mille lieues de long, demeura presque inconnue. B# ont fait Les Français établis au Canada en explorèrent seu- B# centre « lement la partie supérieure. Au commencement mème BE ture-ex. de ce siècle, le cours du Mississipi n’avait pas encore BF la fame été exploré sur toute son étendue. Le gouvernement ® à. étudi ces États-Unis envoya à plusieurs reprises des expé- RM quelque ditions pour en faire la reconnaissance complète, et PM du Miss

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il y a peu d'années seulement que Schoolcr'aft en décrouvrait la source. Aujourd’hui, le fleuve est con-

À stamment sillonné par les bateaux à vapeur; les

rives sont bordées de villes déjà populeuses. Les eaux

du Mississipi et de l'Ohio baignent treize États, sans À compter les territoires. Toutes ces provinces sont ! d'une admirable fertilité. Les immenses États du 2 Missouri, d'Illinois, d’'Iowa, de Wisconsin, le terrià toire de Minnesota, aussi grand à lui seul que la

France et l'Angleterre réunies, envoient tous les ans d'énormes quantités de grains à Chicago, qui

| n'était, il y a trente ans, qu’un village, et qui, grâce

à sa position sur le lac Michigan, est devenu un centre où rayonnent les chemins de'fer, et le plus grand marché à céréales du monde entier, sans en excepter Odessa.

Saint-Louis est sans doute destiné à un avenir encore plus brillant: De même que New-York est la capitale des États-Unis littoraux, Saint-Louis sera sans doute un jour la grande capitale des États-Unis

2 du continent. Les jésuites, repoussés de Baltimore

par une population catholique où l’on retrouve encore les traits bien prononcés de l'esprit janséniste, ont fait de Saint-Louis leur quartier général et le centre de leurs opérations, qui ne sont pas d’une nature-exclusivement religieuse. Pour qui sait combien la fameuse compagnie s’est toujours montrée habile à étudier les ressources d’une contrée, ce choix a quelque chtte de significatif. Dominant lout le cours du Mississipi, plaëé#au centre d’un immense bassin

houiller, Saint-Louis est lié à la Nouvelle-Orléans par le fleuve lui-même, à New-York et à Philadelphie par des chemins de fer. C'est de Saini-Louis que part le seul tronçon qui dépasse actuellement le cours du Mn | paie Res APN + monde Mississipi, et qui aujourd'hui s'étend, dans la direc. M rées Dé tion de l’ouest, jusqu’à la ville de Jefferson. C'est ns is Saint-Louis qui sera peut-être la tète du chemin du EM détenû Pacifique, s’il est jamais construit. à 3 À ; A pur sa Le mouvement d'expansion des États-Unis obéit-i Je fit pe à une loi manifeste ? Qu'il y ait une impulsion très D vive vers l’ouest et une tendance à pénétrer de plus MN

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, ; +} autres en plus dans le continent, c’est ce qui est inconte: Mn Unis table : la limite du far west recule rapidement vers ES

l'intérieur. Comme l'incendie allumé dans la prairi Rs que le déroule au loin ses vagues fumeuses, ainsi l’'émigra- sivition tion s'aventure toujours plus avant : elle dépasse déji princip l'Etat du Missouri pour envahir les riches provinces | estl'im du Kansas. L'opinion accréditée est que pour fonder BA elle co des établissements nouveaux, on ne saurait aller assez Mn États d' loin vers l'occident. Puisque cette extension sans li les terr mites semble être une loi même du développement

des États-Unis, il est désirable qu’elle s'opère plutit Ds dans cette direction que dans celle du sud : les Alle- s'élèver mands patients et robustes qui vont défricher les gradins prairies reculées travaillent plus sûrement et plus ' La ré honorablement à la prospérité de l'Union que les fi: EN + Do: bustiers qui, au mépris du droit des gens, organisent de mor des expéditions contre Cuba et les provinces de l’Amé- titude « rique centrale. L’annexion des provinces méridio- Au € nales à toujours eu lieu bien moins afin d’agrandir ainsi d

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© veaux États où il fût possible de l’établir, et tout le | monde sait que ces adjonctions ont été souvent opé- À réces par des moyens aussi honteux que l'espérance À qui les inspirait. On ne peut prévoir jusqu'où peut N s'étendre la plaie qui ronge l’Union, si l’ouest ne finit | par saisir une part d'influence considérable, et ne À fait pencher la balance en faveur du nord dans cette : vitale question de l'esclavage, à laquelle toutes les

autres sont depuis longtemps subordonnées aux États-

Dans l’immense portion de l'Amérique du Nord

0 que le chemin de fer du Pacifique contribuerait à

vivifiér, on peut distinguer cinq grandes régions principales, en allant de l’est à l’ouest. La première est l'immense bassin dont le Mississipi est le centre : elle comprend, sur la rive droite de ce fleuve, les

Æ | États d'Iowa, du Missouri, d’Arkansas, du Texas, — ï 0

les territoires de Minnesota, de Kansas, de Nebraska, — les territoires indiens, vastes régions arrosées par les longs et nombreux affluents du Mississipi, et qui s'élèvent en pentes insensibles jusqu'aux premiers gradins des montagnes Rocheuses.

La région suivante est formée par l'énorme bourrelet montagneux qu’on désigne sous le nom général de montagnes Rocheuses, et qui comprend une multitude de chaînons particuliers.

Au delà de cette limite montagneuse, qui est pour ainsi dire l’arête centrale du continent, s'étendent,

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