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A tous les égards, il devient très-important d’étu-
: dier les grands territoires dont nous venons de marquer la physionomie générale. L'importance de | ces provinces, qu’elles soient ou non reliées un jour
» directement avec la Californie et l'Orégon, ne peut
! aller qu'en augmentant. Jusqu'où reculera cette li- ! mite flottante qui sépare en quelque sorte, aux confins de l’ouest, la vie sauvage de la vie civilisée ?
À Quelles sont les ressources des contrées situées sur
les deux versants des montagnes Rocheuses? Quelle + voie naturelle l’émigration doit-elle suivre en se ré-
pandant dans ces solitudes ignorées ? Toutes ces ques-
| tions intéressent au plus haut point l'avenir du nou-
{ veau monde, elles ne sont malheureusement pas près
d'être résolues. L’immense rectangle compris entre
le Mississipi, la limite méridionale des possessions
anglaises, le Mexique et l’océan Pacifique, était encore, il y a peu d’années, une terra incognita, et l'on commence à peine à recueillir sur ces régions les
premières notions rigoureuses. De la Californie, on a
ë | étudié la région des placers et la côte du Pacifique, mais
l'on connaît encore fort peu certaines parties de celte contrée, et notamment toute la partie méridionale.
: L’Orégon a été visité surtout à l’époque où ce terri-
loire était devenu un sujet de vives contestations entre les gouvernements anglais et américain. L’hydrographie des côtes y fut faite alors presque en même temps parle capitaine Belcher, de la marine anglaise, et le capitaine américain Wilkes, qui fit aussi reconnaître le cours de la Colombie, les montagnes Bleues
et l’intérieur des terres jusqu'à la baie de San-Francisco. En même temps le gouvernement des États. Unis envoyait dans l’'Orégon des expéditions par terre à travers les montagnes Rocheuses, et favorisait de tout son pouvoir le développement des établisse-
ments américains de la vallée de Willammette.
Quoi qu'il en soit de ces recherches, dirigées plus ou moins heureusement au delà des montagnes Rocheuses, on ne connaît avec quelque détail que la région qui borde l’océan Pacifique : la géographie des contrées intermédiaires entre cette ceinture littorale et les États de l’ouest reste encore à faire. Les expéditions américaines n’ont tracé que d’étroits sillons dans cet immense champ de découvertes; mais ces lignes commencent à être assez rapprochées pour qu'on puisse dès aujourd’hui se rendre compte avec assez d’exactitude des traits et des caractères généraux des grandes provinces de l’intérieur. Pour en connaitre la constitution physique, et en mème temps pour apprécier les difficultés qu’y présente l'établissement d’un chemin de fer, le seul moyen est de suivre les routes des principales expéditions américaines qui ont dépassé les prairies de l’ouest et franchi les montagnes Rocheuses.
Le plus célèbre de tous les officiers américains qui qui ont attaché leur nom à ces longues et pénibles reconnaissances est le colonel Frémont. Voyageur infatigable, M. Frémont a traversé à plusieurs reprises, dans toutes les saisons, à toutes les latitudes, les parties avant lui si mal connues de l'Amérique
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du Nord; il à enrichi plus qu'aucun autre, depuis vingt ane, la géographie du nouveau monde, et, à ne parler que de la longueur du chemin, nous ne croyons pas qu'aucun voyageur ait jamais parcouru par terre d'aussi énormes distances. Le récit de ses hardies et émouvantes campagnes forme une introduction naturelle et nécessaire à l’histoire des explo-
| rations faites par ordre du gouvernement central des
États-Unis, et qui avaient pour but de déterminer la route la plus commode pour l'établissement du chemin de fer du Pacifique. Frémont prit d’ailleurs luimême une part directe à ces grands travaux, et il n’est aucun des autres officiers américains qui n’ait fait son profit des importantes découvertes de l’intrépide colonel, et des précieuses indications qu'il avait rassemblées dans ses premiers voyages.
Les expéditions qui ont succédé aux voyages de Frémont, et qui nous occuperont dans la dernière partie de cette étude, remontentau mois de mars 1853. l'est alors que le congrès ordonna de commencer les études du chemin de fer du Pacifique, et vota la somme de 150000 dollars pour en payer les frais. Six expéditions furent chargées d’explorer les routes qui traversent le continent à diverses latitudes, depuis le 32° jusqu’au 41° degré. Les rapports des commandants américains ont déjà été soumis au congrès, et dès aujourd’hui on peut tirer de ces documents quelques conclusions relativement à l'établissement du chemin de fer du Pacifique, à la route qu’il doit suivre et aux obstacles de toute nature qui peu-
116 É’ UDES SCIENTIFIQUES,
vent en retarder ou peut-être en empêcher la réalisation.
Expéditions de Frémont de 1842 à 1945.
Les premiers et pendant longtemps les seuls géographes des contrées lointaines de l’ouest ont été ces chasseurs, désignés communément sous le nom de trappeurs, dont l'existence aventureuse a été dépeinte par Cooper avec tant de charme. Obligés de parcourir sans cesse les vastes solitudes de l’ouest, ils en ont visité dès longtemps les parties les plus reculées, ils en connaissent les ressources, les fleuves, les rivières, les arbres, les plantes, les animaux. Plus d’un, la carabine sur l'épaule, est allé s’aventurer dans les plus hautes vallées des montagnes Rocheuses et aux alentours du grand Lac Salé, avant que personne eût songé à s’y établir. Seulement la géographie toute pratique des trappeurs n’a jamais été formulée dans des livres : la puissante compagnie de la baie d'Hudson, qui pendant si longtemps les employa exclusivement , n’a jamais jugé à propos de livrer au public les renseignements que depuis de si longues années elle a pu rassembler sur ces régions inconnues. De nos jours, il s’est formé plusieurs compagnies américaines qui font le commerce des fourrures dans le territoire des États-Unis, mais elles
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| carte de ces territoires vagues, compris encore sou- | vent sous le nom de territoire indien, car on voit que
les noms y sont pour la plupart d'origine française.
! Les chasseurs canadiens sont depuis longtemps habi- ! tués à la vie des prairies; mais il n’est pas rare de } voir que des Américains, quelquefois assez instruits } et bien élevés, adoptent cette existence hasardeuse
par ennui, par dépit ou par simple amour des aventures. Il s’en faut de beaucoup d’ailleurs que les trap-
à peurs ordinaires soient des hommes tout à fait grosà siers. L’habitude du danger, la nécessité de ne jamais à compter que sur soi-même, une activité sans trêve, ! une communication constante avec une nature qui a conservé la grandeur et le charme mystérieux de la
solitude, semblent faites pour relever et ennoblir les
à natures ies plus vulgaires.
Frémont, dont nous voulions raconter les voyages, était un simple trappeur avant de devenir un officier
| du gouvernement américain et l’un des hommes les À plus considérables de l'Union. Il y avait bien long- À temps que l'exploration des terres comprises entre : les États-Unis et l’océan Pacifique avait fixé l’attention du cabinet de Washington. Dès 1804, Jefferson D avait envoyé les capitaines Lewis et Clarke à la reà cherche d’une voie de communication directe à travers
le continent américain, soit par la Colombie, soit par
B le Rio-Colorado. Ces officiers remontèrent le Mis-
souri, dépassèrent les montagnes Rocheuses, et sui-
virent les eaux de la Colombie jusqu’à l'embouchure de ce fleuve. En 1810, le major Pike fut chargé d’étudier le versant oriental des montagnes Rocheuses, et toutes les expéditions postérieures se bornèrent à reconnaître les vallées du Missouri et du Mississipi,
Ce n’est que de 1833 à 1838 que Nicollet visita la contrée située au delà des branches septentrionales du Mississipi. Le gouvernement américain lui adjoignit plus tard Frémont, et pendant deux ans les deux explorateurs réunis parcoururent de nouveau les régions reconnues de 1833 à 1838. Frémont seul fut ensuite chargé d'aller, à une latitude plus méridivnale, examiner toute la contrée qui s'étend jusqu'aux montagnes Rocheuses, en suivant la vallée de la rivière qu'on appelle indifféremment la Platte ou la Nebraskc, el qui, coulant à peu près sur toute sa longueur dansk direction de Test à l’ouest, va se jeter dans le Missouri. La Nebraska est aussi longue qu'un de nos grands fleuves d'Europe, et pourtant elle n’est que l'affluent d’un affluent du Mississipi.
Frémont fit son premier voyage en 1842 : il parti ue Saint-Louis avec vingt-trois hommes, tous armés et montés, sauf huit d'entre ex qui conduisaient les chariots chargés des provisions, des bagages, des instruments, et traînés chacun par deux mulets. Quelques chevaux de rechange et des bœufs complétaient la caravane. C'est ordinairement en troupes assez nombreuses qu’on parcourt le territoire indien pour se défendre contre les attaques des nomades, et encore empêche-t-on difficilement les Indiens de venir la nuit
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se glisser jusque dans le camp pour voler les chevaux. Les caravanes qui traversentla prairie américaine sont bien différentes de celles qui parcourent les déserts sablonneux de l'Arabie : au lieu d’une longue file de chameaux, on ne voit qu'une suite monotone de voitures traînées par des mulets et recouvertes d’un berceau en toile, puis la troupe des cavaliers qui dirigent la marche. On campe deux heures avant le coucher du soleil : les voitures sont disposées en cercle pour former une sorte de barricade; on plante les tentes à l’intérieur de cette enceinte; les bœufs, les chevaux sont mis en liberté, et l’on prépare la cuisine du soir. A la tombée de la nuit, on attache les animaux. Quand il y a des Indiens hostiles dans le voisinage, quelques hommes qui se relayent montent la garde toute la nuit. Au retour du soleil, on lève le camp et on laisse paître les animaux. On déjeune ordinairement entre cinq et six heures, puis l’on reprend la marche pour toute la journée, sauf une halte d’une ou deux heures vers midi.
Les incidentsde cette vie régulière ne sont pas nombreux ; tantôt c’est le spectacle lointain d’un incendie dans la prairie qui couvre l'horizon d’un nuage de fumée, tantôt la rencontre de quelque trappeur ou la vue d’un cavalier indien qui passe au loin, rapide comme un trait, quelquefois la traversée d’un bras de rivière. Quand le cours d’eau n’est pas guéable, les animaux passent à la nage, mais il faut démembrer les voitures : on les charge dans un canot de caoutchouc; an bon nageur prend dans ses dents la
corde attachée au canot, et en plusieurs voyages il a L inst tout passé de l’autre côté. reta Quand on arrive dans les régions habitées par les les bisons, la chasse devient une des principales occu- voil pations des voyageurs. « L’Indien et le bison, dit Fré- de d mont, sont la poésie de la prairie. » Laissons-le ra- la N
conter lui-même l'impression qu'on éprouve pour la riviè première fois à la rencontre de ces immenses trou- pagr peaux : « À la vue de cette mer animée, le voyageur lui= ressent une étrange impression de grandeur. Nous qu'il avions entendu de loin un murmure sourd et con- } veau fus, et quand nous arrivämes devant cette sombre duell masse, il n’y eut pas un seul de nous qui ne sentit LS jusqu son cœur battre plus vite. C'était le matin : les bisons | Frém prenaient leur nourriture, et tout était en mouve- | suivie ment. Çà et là, l’un d’eux se roulait dans l'herbe, ct plus des nuages de poussière se soulevaient en divers M Cana points, chacun théâtre d’une lutte obstinée. » BE Orcill Après avoir quitté Saint-Louis, Frémont avait passé Fré la rivière Kansas, un des affluents de la Nebraska ; orient il suivit d’abord la route ordinaire des émigrants qui les ar se dirigent vers l’Orégon, si l’on peut donner le nom | vallée de route à une ligne qui traverse les prairies, seule- verdu ment reconnaissable parce que les herbes y sont JS leres moins touffues, et à peine tracées dans les sables SF quelq rouges aux approches des montagnes Rocheuses. D lire. Plusieurs familles se réunissent ordinairement en JB Les nr caravane pour traverser ces territoires indiens, sous JW s'ouv la conduite d’un agent de l’émigration ou du gou- #f# Lara vernement : elles emmènent leurs bestiaux, leurs J$ und
oyages il à
Ces par les ales occuon, dit Frésons-le raive pour la nses trou- > voyageur leur. Nous d et conte sombre i ne sentit les bisons n mouvel’herbe, ct en divers »
vait passé ebraska ; rants qui er le nom es, seule- S y sont es sables cheuses.
ent en Pns, SOUS du goux, leurs
L instruments de labour et de travail ; mais souvent les retards et les difficultés du voyage les obligent à tuer les animaux, à abandonner les instruments et les voitures. La route est semée çà et là d'ossements et de débris de toute espèce. Arrivé dans la vallée de la Nebraska, Frémont l'explora jusqu'au point où la rivière se bifurque : il envoya de là un de ses compagnons sur la branche septentrionale, et remonta li-mème la branche méridionale jusqu’à la source, qu'il trouva à la hauteur de 5400 au-dessus du niveau de la mer. Le niveau du sol s'élève très-graduellement et très-régulièrement depuis le Missouri } jusqu'aux montagnes Rocheuses, en face desquelles Frémont était arrivé. La branche du fleuve qu'il avait suivie y prend naissance, non loin de l’un des pics les | plus hauts de cette chaîne, le pic de Long, que les Canadiens nomment ordinairement le pic des Deux- : Oreilles.
Frémont remonta vers le nord, en suivant le pied oriental des montagnes Rocheuses dans la partie où | lesarticulations de la chaîne forment trois hautes vallées ou plutôt trois bassins, que leur magnifique verdure a fait surnommer {es Parcs, il alla rejoindre le reste de sa troupe au fort Laramie, où il séjourna quelque temps. Ce fort est un bâtiment quadrangulaire bâti en argile non cuite, à la façon mexicaine; les murs ont cinq mètres de haut, et les habitations s'ouvrent sur une grande cour intérieure. Le fort Laramie était, au moment du passage de Frémont, un des postes principaux de la compagnie américaine
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des fourrures ; toutes les tribus indiennes voisines venaient deux ou trois fois par an faire l'échange de leurs peaux de buffle et de leurs fourrures contre des articles de toute espèce, couvertures, calicot, fusils, poudre, plomb, verroteries, vermillon, tabac et li. queurs. Frémont signale en passant les terribles ravages que fait l'ivrognerie parmi les Indiens. Il est officiellement interdit de leur vendre des boissons spiritueuses, mais cette défense est complétement illusoire ; l’Indien donne le produit de sa chasse et tout ce qu'il possède pour avoir de l’eau-de-vie. Les grandes compagnies qui font le commerce de fourrures sont trop intéressées à ce que les Indiens conservent leurs armes et leurs chevaux pour se prêteri de pareils marchés ; mais les aventuriers qui font le commerce avec les tribus, et qu’on nomme les cou reurs des bois, n’ont pas le même scrupule. Ce n'étai pasassezd’expulser les hommes rouges des territoires, dont pendant des siècles ils avaient été les souverains incontestés, de les exterminer comme des bêtes sauvages : il fallaii encore faire périr ce qui reste d’une noble race dans la misère et l’abjection.
Au delà du fort Laramie, la contrée change conplétement d'aspect. Le pays devient sablonneux et ei
cette plante sitôt qu’on mème sur ] sent qu’une L'explor dulées en s etarriva bie connu des ment le Ro la rivière d rochers à p remontant Frémont à!
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apparence stérile ; la terre est partout couverte d'artémises et d’autres plantes odoriférantes, auxquellesit sol froid et l’air sec de ces régions élevées paraissent particulièrement favorables ; l'atmosphère est imprégnée de l'odeur de camphre et de térébenthinc particulière aux artémises ; les racines puissantes de
Disines nge de tre des fusils,
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Il est Dissons lement asse et ie. Les > four- S CONrèter à font le >S COUn'était itoires, yerains JS Saud’une
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celte plante rendent souvent la marche difficile aussitôt qu’on quitte le chemin battu, et elles croissent mème sur la route ordinaire, où les voitures ne passent qu’une ou deux fois l'an.
L'explorateur américain traversa ces plaines ondulées en suivant la vallée de la rivière d'Eau-Douce, etarriva bientôt à ce fameux rocher isolé, relais bien connu des voyageurs, et qu’ils appellent pompeusement le Roc de l'Indépendance. Au delà de ce point, la rivière d'Eau-Douce se resserre et coule entre des rochers à pic de plus de 100 mètres de hautenr. En remontant la rivière d'Eau-Douce jusqu’à sa source, Frémont arriva au co! du Sud, qui forme une forte dépression dans les inontagnes Rocheuses, et par où on les franchit à cette latitude. Ce passage a été découvert par un parti de trappeurs engagés au service d'un négociant de Saint-Louis ; il ne mérite pas véritablement le nom de col, «. sa forme ne rappelle en rien, par exemple, les fameux cols des Alpes. Une longue plaine de quarante lieues d'étendue s'élève lentement jusqu’à l'altitude de 7000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Arrivé au sommet de ce plan incliné, le voyageur domine tout à coup le versant occidental des montagnes Rocheuses et la partie du continent dont les eaux vont se verser dans le Pacifique ; il n’a que quelques pas à faire pour rencontrer les premiers tributaires du Colorado, qui va se jeter dans le golfe de Californie.
Frémont visita la chaîne des montagnes Rocheuses qui domine du côté septentrional la grande dépres-
sion du col du Sud, et qui porte le nom de chaine du Vent. Les immenses pics de cette région, toujours couronnés de neige, passent pour les plus élevés de l'énorme barrière qu'on comprend sous le nom gé. néral de montagnes Rocheuses : la chaîne du Vent y forme une sorte de nœud ou point remarquable d'où descendent quatre grands fleuves, le Colorado, ou Rivière-Verte des Américains, et la Colombie, qui se jettent dans le Pacifique, — le Missouri et la Nebraska, qui, de l'autre côté, vont se réunir au Mississipi.
Avec quelques-uns de ses compagnons, l'officier américain gravit, au prix de mille fatigues et presque sans provisions, les cimes les plus élevées de la chaîne; il réussit à monter sur l’immense muraille qui en forme la charpente centrale. Le nom de pic de Frémont a depuis été donné à bon droit au point le plus élevé auquel il soit parvenu, situé à 15 570 pieds audessus du niveau de la mer. On apercevait de là comme un amoncellement de cimes neigeuses et de crètes fuyant les unes derrière les autres, des vallées sauvages, des lacs enfermés dans des bassins élevés, une multitude de torrents dont les filets d’argent se dessinaient dans la sombre masse des rochers. Frémont, pressé par la faim, quitta pourtant à regret ce magnifique spectacle ; il alla retrouver le gros ‘de l'expédition, et retourna vers la Nebraska. Cette fois il descendit le fleuve en canot, et réussit à franchir heureusement trois rapides, grâce à l’élasticité de son embarcation faite en caoutchouc ; ces rapides
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désigne communément aux États-Unis sous le nom
E mexicain de canon. Ils embarrassent le cours de tous | les fleuves de cette partie occidentale de l'Amérique
et du Mexique, souvent ils sont très-longs et très-dangereux à franchir à cause de la rapidité du courant et des rochers qui encombrent le lit.
La fin de ce premier voyage de Frémont ne fut signalé par aucun incident remarquable ; il descendit le cours de la Nebraska, et revint à Saint-Louis par
D le Missouri.
Dès l’année suivante, en 1843, lehardilieutenant fut
} chargé d'explorer l’Orégon et la Californie; il partit | avec trente hommes, remonta le Kansas et la rivière | qu'on nomme Républicaine ; il traversa rapidement | la fertile et belle contrée qu'arrose celte rivière. B Comme dans la vallée de la Nebraska, il vit le sol, À d'abord fertile, devenir sablonneux et se couvrir de | plantes aromatiques ; on ne rencontra bientôt plus : d'autres arbres que quelques cotonniers, qui suivent À la ligne des vallons. Le cotonnier est l'arbre du dé- : sert américain ; il est précieux pour le voyageur, à à qui il sert de combustible et indique de loin la place ot iltrouvera de l’eau. Le premier échelon par où, | sur la route suivie par Frémont en 1843, l’on gravit
les montagnes Rocheuses est une immense prairie
ï élevée, coupée par des torrents profonds; à l'horizon, à on aperçoit la bordure sombre des forêts qui cou- + vrent les flancs de la chaîne, et au-dessus la ligne
blanche des neiges. Frémont dépassa bientôt ja ri-
vière Républicaine, visita les branches supérieures les sen de l’Arkansas, et remonta vers le col du Sud, en sui ES je tout vant des plateaux montagneux, déchirés, découpts à je pass en tout sens et couverts de petits lacs. Dans ce voyage, BF centre il franchit le célèbre col, et se dirigea vers le bassin D pure,u du grand Lac Salé. À l’époque où il les visitait pour ges, l'a]
la première fois, ces régions aujourd'hui peuplées et M oasis a devenues le refuge écarté d’une colonie religieuse, BS Frémo
n'étaient connus que de quelques vieux trappeurs, qui la mer
avaient propagé les contes les plus étranges sur la la Calif( merveilles de la mer intérieure. Frémont, en s’en BF tend ce rapprochant, subissait malgré lui la vague influence singulie de ces récits populaires. Partout la contrée qu'on BR pressen traversait présentait des traces d’une ancienne acti- salés et vité volcanique, nappes de basalte, sources d’eau D les poi chaude, sources gazeuses, que les voyageurs baptisi. Pien en rent du nom de sources de bière. Frémont trouva même D jusqu’à au haut d’une colline un petit cratère circulaire par- BB tôt se g1 faitement régulier. Îlentra dans la pittoresque vallée DS mier pa de la rivière de l’Ours, qui forme le principal tribu. BF en deho taire du grand Lac Salé, et la descendit sur son c D californ not de caoutchouc jusque vers l'embouchure, dont i Après trouva les bords ainsi que ceux du lac, tout couverts BR Frémon d’efflorescences salines. Il ne craignit pas d'aventure B monta | son frêle canot sur les flots agités de cette mer in- RS rivière térieure, bien qu'il eût entendu raconter par les trap- Æ$ cheress peurs que les eaux vont s’y engloutir en tourbillonnant BF Arrivé
dans un gouffre souterrain, et qu'on ne peut s’y con- D quitta 1 fier sans danger. Le 5remier de tous les voyageurs, il vi: D s'engag sila lesîles qui sont semées sur le lac, etforment comme ES une co
supéricures ud, en sui.
, découpis CE VOYAg, rs le bassin isitait pour peuplées et religieuse, ppeurs, qui ges sur los nt, en s’en e influence trée qu'on ienne actirces d’eau 1rs baptist.
Juva même ulaire parsque vallée ipal tribusur Son Ca re, dont i ut couverts d'aventurer te mer inar les trapbillonnant ut s’y con-
veurs, il vi-
nt comme
les sentinelles des âpres montagnes qui le dominent É de toutes parts. Frémont devina du premier coup que | Je bassin du grand Lac Salé deviendrait un jour un L centre de population : des bois magnifiques, de l’eau pure, unsol extrêmement fertile, d'excellents pâtura- «es, l'abondancedu sel, font de cetterégionune véritable | oasis au delà des montagnes Rocheuses. C'est aussi ® Frémont qui devait plus tard exalter le pius vivement h merveilleuse fertilité et les richesses naturelles de h Californie, et deviner l’avenir magnifique qui at- | tend cette partie du continent américain. Il est assez singulier qu’il ait été réservé au même voyageur de pressentir les destinées futures du bassin des lacs salés et celles de la Californie, qui sont aujourd’hui les points les plus curieux de l'Amérique du Nord. Bien entendu, son don de prophétie ne pouvait aller jusqu’à prévoir quelle étrange population irait bientt se grouper près de ce grand lac qu’il avait le pre- } mier parcouru, ni quel puissant stimulant viendrait, en dehors des ressources du sol, activer l’émigration | californienne.
Après avoir quitté les bords du grand Lac Salé, Frémont entra dans les plaines de l’Orégon, et remonta la branche méridionale de la Colombie, ou
à rivière Lewis, à laquelle l'absence de bois et la sé-
cheresse du sol donnent l'apparence d'un désert. Arrivé au confluent de la Rivière-aux-Malheurs, il quitta les bords de la rivière Lewis, qui plus loin
| s'engage dans d’impraticables canons, et entra dans une contrée montagneuse, couverte d'herbes et de
forêts épaisses, où la végétation est d’une vigueur qu'on ne retrouve pas dans les régions occidentales de l'Amérique et dans celles de l’Europe situées à la mème latitude. Ce groupe de montagnes, qui portent le nom de montagnes Bleues, forme la
limite des régions fertiles et boisées du côté des déserts du Grand-Bassin. Nous appellerons désormais avec Frémont de ce nom de Grand-Bassin la contrée comprise entre les montagnes Rocheuses et la chaîne de la Sierra-Nevada californienne. Ce bassin intérieur et d’une immense étendue a, comme nous l'avons dit, un système hydrographique propre, des fleuves qui ne vont se verser dans aucune mer, mais qui aboutissent à des lacs intérieurs, dont le grand Lac Salé est le plus fameux.
Au sortir des montagnes Bleues, Frémont descendit dans les riches prairies qui s'étendent jusqu'à la Colombie. En débouchant des bois, il aperçut à soixante lieues de distance la masse neigeuse du mont Hood, élevée au-dessus de la plaine au bord de l'horizon. Cette montagne est une des cimes les plus élevées de la chaîne Cascade qui s'étend à peu près parallèlement aux côtes de l’Orégon, et que ia Colombie franchit à angle droit. Frémont arriva bientôt sur les bords de ce fleuve; avec quelques-uns de ses compagnons, il franchit la série des rapides qu’on nomme les Cascades, nom qui a été aussi donné à la chaîne de montagnes volcaniques que la Colombie traverse en ce point.
De la chaîne Cascade, Frémont alla se diriger vers
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| Buenaventura, qui devait couler depuis les montagnes
Rocheuses jusqu’au Pacifique : Frémont se proposait d'en aller vérifier l'existence et de visiter les lacs qui sont situés aux abords de la Sierra-Nevada. C'était une sérieuse et difficile entreprise que de s’engager, au commencement de l’hiver, au nombre de vingtcinq seulement, dans des régions complétement inconnues. Frémont emmena avec lui cent quatre muletset chevaux, et, pour tenir en respect les Indiens, un petit canon de moritagne, pareil à ceux que les troupes françaises emploient dans les guerres d’Afrique. On se mit en marche en suivant les belles prairies qui longent sur une vaste étendue cette interminable chaîne Cascade, couverte de sombres forêts et çà et là tachée de neige. Le chef de l'expédition américaine se sentit vivement tenté de monter sur ces belles cimes, queles Indiens eux-mêmes n’ont jamaisgravies,et que leur imagination a peuplées de mauvais esprits ; mais le temps pressait. Il arriva, en traversant de magnifiques forêts, à une savane qui porte le nom de Zac Klamath, parce qu'elle forme un lac de fraiche verdure au milieu de montagnes couvertes de noirs sapins. Frémont campa dans cette belle prairie, fit tirer le canon pour intimider les Indiens, qui, dans cette contrée, passent pour être très-dangereux, et alla lui-même les visiter dans leur village; mais il essaya en vain d’en obtenir quelque infcrmation sur les chemins qu’il devait suivre. Il fallut donc
cheminer presqueauhasard,à travers d’épaisses forèts, dans une région montagneuse qui semblait s'élever de plus en plus. On était dans les premiers jours de décembre, la neige rendait la marche déjà pénible et dangereuse, et tombait constamment à gros flocons. Les voyageurs avançaient tristement à travers les bois, quand tout à coup ils arrivèrent sur la crête d’une immense muraille presque verticale ; à leurs pieds s’étendait un lac dont les bords étaient couverts d’une herbe verte ; on n’y apercevait point de glace. Ils laissaienf derrière eux l'hiver, le vent froid, les pins sombres, la neige, pour entrer dans le printemps. La plaine qui se déroulait devant eux est une partie du Grand-Bassin, et les montagnes qu’ils venaient de venaient de traverser en forment de ce côté la ceinture. Une fois descendu dans le Grand-Bassin, Frémont en suivit le limite occidentale en se dirigeant vers le sud, et découvrit une suite de lacs rangés au piel de la Sierra-Nevada californienne, comme, du côté des montagnes Rocheuses, le grand Lac Salé, les lacs Utah, Nicollet et Preuss sont situés le long de la chaine des montagnes qu’on nomme Wahsatch. Ceiie singulière région, que Frémont appelle le Grand-Bassin, ne mérite donc pas, à proprement parler, ce nom, puisque les eaux ne descendent point vers une mer intérieure centrale, mais vont du centre vers les bords, où elles sont arrêtées par de hautes barrières montagneuses, et s’amassent dans des lacs où elles deviennent saumitres ou salées.
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D le bassin, occupent les deux extrémités du diamètre | qui letraverse dans la direction de l’est à l’ouest.
Frémont, continuant de longer la Sierra-Nevada,
} dont il apercevait les cimes aiguës et couronnées de
neige, cherchait toujours le fleuve Buenaventura, qu'il se proposait de descendre jusqu'à l'océan Pacilique ; mais tous les Indiens qu’il rencontra lui firent comprendre par signes qu'aucun des cours d’eau du
| Grand-Bassin ne franchissait les montagnes. La po-
sition de Frémont devenait critique : il ne pouvait rester plus longtemps avec sa petite troupe dans
| celte région inconnue, dépourvue à peu près de toutes
resscurces, ni traverser avec le peu de provisions qui lui restaient l’immense étendue qui le séparait des montagnes Rocheuses et du col du Sud. Il prit le parti héroïque et presque désespéré de franchir, au cœur de l'hiver, la haute chaîne de la Sierra-Nevada pour descendre dans la Californie. Quand il demanda un guide aux Indiens, ils ne répondirent à ses offres et à ses présents qu’en montrant du doigt la neige sur
les montagnes, et lui firent comprendre par signes qu’il fallait descendre beaucoup plus loin vers le sud pour trouver un passage dans la sierra. Frémont sa. vait lui-même qu’un hardi trappeur, du nom de Walker, avait découvert le col que les Indiens vou. laient indiquer au point où la chaîne de la Sierra. Nevada va s'uniräunechaîne plus basse qui suit lac: de la Californie. Il se détermina pourtant à chercher
un passage lui-même et à entrer directement dans h È
sierra, a li°u d'aller, comme Walker, le tourner par lesud. Il traversa à marches forcées les premiers échelons de l’immense barrière montagneuse, et se trouva bientôten face de la chaîne centrale. Les Indiens vinrent le soir à son bivouac, lui expliquèrent px signes qu’il ne pourrait réussir, et le conjurèrent de renoncer à son projet. Un jeune homme qui avai déjà franchi les montagnes et vu les blancs consenii enfin à lui servir de guide.
Au moment de tenter la périlleuse ascension de sierra, Frémont rassembla tous ses hommes et leur demanda de faire un grand effort; il leur parla di Sacramento, des beaux pâturages, du climat délicieur de la Californie, de l'abondance du gibier qu'ils: trouveraient : il les anima tous de son courage et de sa confiance. On commença aussitôt. l'ascension des montagnes : la neige était extrèmement profonde, « il fallait y creuser une route. Pour faire ce service on formait un parti de dix hommes, à qui l’on donnii les chevaux les plus forts. L’un d'eux ouvrait la rout à pied ou à cheval; quand la fatigue l’arrêtait, il se
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paçait derrière la file, et d’autres prenaient la tête. On n’avançait ainsi qu'avec une extrême lenteur. Chaque soir on faisait un grand feu, et l’on formait un camp en fondant la neige, qui presque partout atteignait les branches élancées des pins, et au-dessous delaquelle on trouvait quelquefois un peu d'herbe pour les hevaux. Quelques Indiens vinrentencore rejoindre ls voyageurs et essayèrent de les empècher d’aller plus loin. « Roche sur roche, neige sur neige, » répéfaient-ils sans cesse dans leur harmonieux langage, en montrant à Frémont les crêtes qui s’élevaient encore devant lui. Le lendemain le jeune guide indien déserta; les provisions de la troupe étaient épuisées; il fallut manger deux chiens et tuer ensuite des mulets : rien ne put décourager Frémont.
Quelle ne fut pas la joie des voyageurs, quand, arrivésau sommetd’un picélevé, ils aperçurent à l'horizon h ligne verte qui marquait la vallée du Sacramento! Mais, pour y parvenir, il fallait encore traverser d'immenses champs de neige, gravir des cimes sans
nombre. Le col qui amena Frémont sur le versant
occidental dela grande chaînede la sierra a 9238 pieds d'altitude, et se trouve par conséquent à 2000 pieds plus haut que le col du Sud, par où l’on franchit les montagnes Rocheuses. Sur le côté orienta: dela sierra, les montagnes sont massives el précipiteuses, et l'on
n'y trouvepresque ni vallées, ni torrents. Du côté oc- | cidental, une multitude de petits ruisseaux descendent
vers le Sacramento. Le climat des deux versants est
M aussi très-différent : pendant tout le temps de l'as-
cension, il n'avait cessé de neiger à gros flocons D jer cl mais aussitôt que les voyageurs dépassèrent le som. à je fran met de la sierra, ils furent surpris d'apercevoir le salée « soleil et un beau ciel d’un bleu foncé, pareil à celui BR st cor de Syrme ou de Palerme. À mesure qu’ils descen- qui po
daient les pentes de la chaîne, le froid des hauteurs d'exem faisait place à une brise douce et chaude; des arbres D celle d magnifiques, pleins d'oiseaux, étalaient un feuillage BR sur tou toujours vert : on entrait dans l'éternel printemps du D parallè Sacramento. à la m
Pour donner une idée des souffrances qu’avaient D qui écl endurées Frémont etses compagnons pendant le pas. D ne des sage de la sierra, qui ne dura pas moins d’un moi, Sierra-) il suffira de dire que la faim, la fatigue, la crainte de mont © mourir dans les montagnes avaient momentanément descend privé quelques hommes de leur raison. « C'était un BB partie rude temps, dit Frémont, que celui où les hommes ES commu robustes perdaient l'esprit par excès de souffrance, mer est où les chevaux périssaient, où l’on tuait, pour les des mo manger, les mulets sur le point d’expirer : pourtant port av il n’y eut jamais parmi mes compagnons de mu- Aprè mures ou d’hésitation. » descen
Nous ne suivrons point Frémont dans son voyage vues d’ le long de la Californie, où sa troupe se dédommagei BB ques o amplement des fatigues d’une si rude campagne. Des BB lées al soixant-sept chevaux qu’il avait en quittant l’Orégon, BR nombr trente-trois seulement étaient arrivés dans la vallée BR d'anim du Sacramento; mais c'est avec une immense cara- D serts d vane de cent trente chevaux et mulets que le lieute- Æ l'on n° nantaméricain remonta ja valiée de San-Joaquinpour Æ disgra
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aller chercher le col de Walker, par où il se proposait de franchir la Sierra-Nevada pour revenir à l’est. La allée du San-Joaquin, comme celle du Sacramento, est comprise entre la Sierra-Nevada et la chaîne basse qui porte le nom de chaîne de la Côte. Il y a peu d'exemples d’une disposition aussi singulière que celle de ces deux fleuves californiens : ils coulent, sur toute leur étendue, dans une direction exactement rarallèle à la côte de l'océan Pacifique, et arrivent à la mer en se jetant dans la baie de San-Francisco, qui échancre profondément les terres. Aucun fleuve ne descend vers l'océan Pacifique en traversant la Sierra-Nevada, et le fleuve Buenaventura, que Frémont avait cherché, n’est qu’une mince rivière qui descend de la chaîne de la Côte. Ainsi, dans cette partie de l'Amérique, le seul fleuve qui établisse une communication entre l’intérieur du continent et la mer est la Colombie, dont une des branches descend des montagnes Rocheuses, et dont l’autre est en rapport avec les eaux de la baie d'Hudson.
Après avoir franchi le col de Walker, Frémont descendit dans les grandes plaines ou //anos dépourvues d'herbes et d’eau et semées seulement de quelques oasis fertiles ou vegas ; il quittait les be!les val-
lées alpines de la Sierra-Nevada parcourues par de
nombreux ruisseaux, les forêts magnifiques peuplées d'animaux de toute espèce, pour entrer dans des déserts dont la monotonie décourage le voyageur, et où l'on n’aperçoit plus d’autres arbres que les maigres et disgracieux yuccas. Quelques torrents qui descendent
des montagnes vont s’yperdre bientôt dansles sables, et la contrée devient complétement aride.
Frémont se proposait de tourner le Grand-Bassin par le sud, comme il l'avait déjà fait par le nord, ]| alla donc chercher la route espagnole que suivent tous les ans les caravanes qui vont de Santa-Fé à h Puebla de los Angeles, située près de la côte du Pacifique. Le voyage à travers ces brülantes solitudes est extrêmement pénible, et les explorateurs y sou. frirent presque constamment de la soif. Les Indiens, habitués à lever un tribut tous les ans sur les caravanes, suivaient la troupe de Frémont comme une bande de corbeaux, et assassinèrent un de ses hommes. Frémont quitta la route espagnole au point où elle s’écarte de la limite du Grand-Bassin, et suivit le versant occidental des monts Wahsatch, qui le ferment de ce côté. La contrée qu’il traversa le long de cette chaîne élevée est couverte de riches pâturages et arrosée par de nombreux ruisseaux. Il traversa sur des radeaux la rivière Nicollet, qui se jette dans un des lacs situés sur cette fertile ceinture du Grand-Bassin, et arriva au lac Utah, voisin du grand Lac Salé, avec lequel il comniunique par une rivière que les mormons ont appelée le Jourdain. L’intrépide voyageur avait ainsi fait le tour entier du Grand-Bassin et complété un immense circuit qui comprend à peu près 12 degrés du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il retourna vers les montagnes Rocheuses, en passant par les Trois-Parcs, hautes vallées enfermées entre des chaînes couronnées de
neige ;
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neige, et revint, après deux ans d'absence, dans le Missouri en descendant l’Arkansas.
Après avoir étudié tout le pourtour du Grand-Bassin, c'est encore Frémont qui, dès l’année suivante (1844), en parcourut l'intérieur et compléta ainsi la géographie de cette vaste région, la moins connue de toute l'Amérique du Nord. Il suivit sur toute sa longueur la rivière Mary ou Humboldt, qui traverse le Grand- Bassin de l’est à l'ouest sur une très grande étendue, et va se perdre dans un petit lac situé à trente lieues environ du col de la Sierra-Nevada, le plus facile à franchir à ces latitudes. La fertile vallée de cette rivire, qui traverse des plaines de sables et prend sa source dans une chaîne de montagnes très-rapprochée du grand Lac Salé, est devenue aujourd’hui la seule route des émigrants qui vont en Orégon ou en Californie.
L'intérieur du Grand-Bassin est formé par une succession de chaînes dirigées du nord au sud, de vallées et de plateaux. L’altitude moyenne de la con-
L trée est de 4000 à 5000 pieds au-dessus de la mer.
Les montagnes et les collines sont couvertes d'herbes, de pins, de cèdres; mais les vallées sont arides et semées seulement d’artémises. Pourtant, suivant Frémont, le Grand-Bassin ne mérite qu’en peu de parties le nom de désert. Les hivers d’ailleurs y sont
| doux, il y pleut et neige assez rarement. « En fait,
dit-il, il n’y a rien dans le climat de cette région, quoiqu’elle soit élevée, qu'elle soit entourée et traversée de montagnes neigeuses, qui empêche les
hommes de s’y établir et d’y troc er les moyens d vivre heureusement dans les parties arables.»
Ici s'arrête la partie des voyages de Frémont qu'i est absolument nécessaire de connaître, quand on cherche à se rendre compte des traits généraux de la région occidentale du continent américain. Fré. mont réussit à les marquer avec une grande netteté; il établit les véritables caractères de la contrée qu'il nomma le Grand-Bassin, de l’Orégon, de la grande chaîne de la Sierra-Nevada et des vallées californiennes. L'importance de ces résultats, au point de vue de l'établissement du chemin de fer du Pacifique, n’a pas besoin d’être démontrée. La tâche des officiers qui explorèrent, après Frémont, les latitudes qu'il avait parcourues a été rendue singulièrement facile par ses travaux. Aussi verra-t-on que la plupart des
dernières expéditions ont été dirigées vers des latitudes plus méridionales, voisines de la limite actuelle du Mexique. C’est l'examen de ces travaux récents que nous voudrions maintenant entreprendre, en n’insis tant que sur ceux qui ont pour but spécial de rechercher la meilleure ligne de chemin de fer entre les États-Unis et le Pacifique.
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Après les premiers voyages de Frémont, la guerre du Mexique vint pendant quelque temps donner un intérêt particulier à toutes les expéditions faites dans ks provinces du sud que les Américains devaient si hcilement arracher à leurs faibles voisins. Le major Emory a laissé des notes très-précieuses sur une reconnaissance militaire qu'il fit, en 1846 et en 1847, depuis le fort Leavenworth, dans le Missouri, jusqu’à San-Diego, l’un des ports de la Californie, avec l’avantsarde de « l’armée de l'Ouest. » Il se rendit à Santa- Fé, la capitale du Nouveau-Mexique, descendit le Rio-
à del-Norte, entra dans la vallée du Gila, suivit ce fleuve
jusqu’au Rio-Colorado, et traversa le désert qui séare ce fleuve de la chaîne de la Côte et du Pacifique. Un grand nombre d’autres officiers américains publièrent de même le journal de leurs marches et de leurs reconnaissances dans le Nouveau-Mexique, et les nombreux renseignements qu’ils ont rassemblés sur cet immense territoire ont pris une valeur toute nouvelle depuis que les officiers du bureau topographique, chargé d'examiner les divers projets du. chemin de fer du Pacifique, donnent une préférence marquée à la ligne du 32° degré de latitude, qui tra-
verse une partie du Texas et le Nouveau-Mexique tout entier. Quand on réfléchit à l'intérêt qu’auraient les partisans de l'esclavage à faire adopter ce dernier tracé, on ne peut s'empêcher de croire que la pri. férence dont on trouve l'expression dans 10ùs les rapports officiels n’a pas été uniquement détermin(e par des considérations topographiques et techniques: mais comme celles-ci sont les seules qu’on ose mettre en avant pour agir sur l'opinion publique, il importe de les apprécier. Dans l’examen de la valeur relative
des traités étudiés, nous aurons donc recours aux
indications précieuses répandues dans les rapports des divers officiers qui ont visité, à l’occasion de h guerre, le grand territoire du Nouveau-Mexique et la Californie.
C’est en 1853 que le congrès américain ordonm |
d'étudier plusieurs routes situées à diverses latitudes et traversant toute l'étendue du continent américain jusqu'à l'océan Pacifique. Nous suivrons, en les examinant, l'ordre topographique, en commençant par le nord et finissant par le sud. La première route s'étend à peu près sur le 47° degré de latitude. Le parti chargé d'étudier cette route était commandé par M. Stevens, gouverneur du territoire de Washington!. Il visita, avec le concours de plusieurs officiers américains, le territoire du Minnesota, les
1. L'ancien territoire de l’Orégon a été divisé en deux parties. l'Orégon proprement dit et le territoire de Washington; ces deux provinces sont séparées sur une assez grande longueur par le cours même de la Colombie.
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