SE RIRE #5 SR
RE RE Ro is POSTES
mit
ns.»
CCI DE TE RS EL à
RMS DE |LE-X
les sociétés humaines lorsqu'elles ont le sentiment d’être libres et responsables de leurs actes publics,
Nous savons d'autre part que notre territoire immense Compte à peine deux habitants par mille carré, et qu’il avoisinc, sur une longueur d’eaviron 4,000 miles la populeuse re- Publique des Etats-Unis. C’est ce qui a fait dire à beaucoup de Canadiens—ce nombre, heureusement, diminue tous les jours— que naître existence nationale n'est qu’une illusion et que notre autonomie dépend du bon plaisir de nos voisins. S'il en était vraiment ainsi, ces études n'auraient pas leur raison d’être, Car à quoi servirait-il de favoriser l'épanouissement d'un sentiment national chez un peuple ainsi réduit à l’impuissa ee ? Mais la majorité des Canadiens est bien loin de partager cette triste opinion. Elle croit, au contraire, que le Canada pendant de longs siècles tiendra fièrement sa Place parmi les nations du nouveau monde. L'Amérique de l'avenir verra, marchant de pair, deux grandes puissances, l’une déjà adulte, l’autre en-
graduellement sur ce Continent un système de contrepoids utiles comme celui qu’on appelle dans l’ancien monde le concert européen.
La confiance que nous pouvons avoir en notre avenir national ne doit cependant Pas nous aveugler sur nos points faibles. Ils sont surtout, nous l’avons dit, la longueur et le tracé arbitraire de notre frontière et le chiffre peu élevé de notre population. Le premier est le fait de la nature, le second a pour causes notre climat, notre situation politique et certaines conditions économiques. Notre Population est peu nombreuse parce que les immigrants d'Europe s’établissent en bien petit nombre ici. Il est naturel, en effet, que recherchant une nuovelle patrie, ces hommes se portent de préférence vers les contrées éloignées des longs hivers du nord comme des chaleurs accablantes des tropiques. Les Pays ainsi situés devraient se peupler avant le Canada. Notre situation politique aussi éloigne l’émigrant. Il faut vivre er Canada pour comprendre la liberté canadienne, Les étrangers ne s’en rendent pas bien compte. L’Irlandais qui s’exile recherche le drapeau étoilé; l’Allemand, lItalien, le Français, ete. préfèrent, en s’expatriant, ne pas
rester sous la domination d’une autre puissance européenne. Le courant de l'immigration s’est donc porté vers la république voisine, laquelle a ajouté à l'immigration volontaire venant d'Europe, l'immigration africaine forcée. Les descendants des uoirs importés d’Afrique en Amérique pour servir de bêtes de somme, forment, à eux seuls, une population qui dépasse du double toute la population du Canada.
Personne ne corteste que notre frontière du sud ne soit un de nos points faibles. Cela a failli tout récemment servir de prétexte à un coup d'Etat. Cependant cet inconvénient, réel aujourd’hui, diminue d'année en année; il disparaîtra bientôt. Lorsque le Canada aura act. is son complet développement, cette longue frontière deviendra une bien plus grande faiblesse pour Sa voisine, car de tout temps la tendance envahissante a été du nord au sud, de l’est à l’ouest. C'est ainsi que tandis que les Américains peuplent l'Ouest Américain, les Ontariens l’Ouest canadien, les Canadiens-français se répandent dans l'Ontario et dans la Nouvelle-Angleterre, Tout porte donc à croire que ces mouvements de populations seront graduels et pacifiques
et que deux peuples libres et éclairés pourront s'entendre sans s’entre-tuer,
Nous parlerons plus ta la seule qui puisse nous blesse numérique de n
point de vue social et national.
présent, la qualité est essentielle
ve, ce qui a été pour nous un v ce qui a réelle. ment retardé nos a cruelle saignée que nous a fait l’industralisme américain. Il est certain que près d’une moitié de notre accroissement naturel nous a ainsi échappé. Nous ne sommes que six millions. Nous devrions être huit ou neuf millions. Ce n’est ni notre climat ni notre drapeau qui a dcnné lieu à cet exode de nos enfants. Ils étaient attachés comme nous le sommes à notre beau Pays, et sur la terre d’exil un grand nombre d’entre eux en conservent encore un affectueux souvenir. Ils sont partis Parce que nous les avons chassés, Au sein de richesses incalculables nous n'avons pas su leur
fournir le travail et le pain.
les villes manufacturières où parlerons de la patrie où nous les qualités acquises là-bas. M
Nous les suivrons plus tard dans ils se sont groupés et nous leur voudrions les voir revenir, avec ais occupons-nous tout d’abord
de ceux qui sont restés sur not sans doute qu'aux jours sombres de 1 mal n’est présentement qu'enrayé, i Nous y parviendrons si nous Savons
nos ressources, car les connaissant no
en tirer un parti sage et utile. Or, presque tous les cas, dit la sage remarques être de quelque utilité aux grave question.
Le territoire Canadien gions longitudinales, cont bien distincts.
sse
Nommons-les respec
entale, la région centrale et la région occidenta
orientale comprendra les
re 01.
que nous consignons dans cette étude
provinces du Prince-Edou
Ceux-là souffrent moins ’émigration. Cependant ce 1 faut l’extirper à jamais.
étudier notre territoire et us voudrons certainement
vouloir c’est pouvoir dans
des siècles. Les brèves
seront peut-
jeunes gens qui s'intéressent à cette
se divise naturellement en trois réenant des groupements de population
tivement: la région orile. Ia région
ard, de la
Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de Québec, les ter-
ritoires de Franklin et d’ 431 milles carrés. Elle mand y compris ses colonies. Il est v nor, encore pratiquement inexplorés tent pour 854,961 milles carrés dans ce tient plus du tiers de la population du
cette population comme suit au point de v
Ungava, soit est plus vaste
une superficie de 1,258, que tout l’empire Alle-
rai que les territoires du
et peu productifs, compchiffre. Cette région con.
Canada. On peut diviser ue des origines et de
la langue:
D'ORIGINE ET DE LANGUE FRANCAISE (census 1901). Prince-Edouard..….. 13,866 Nouvelle-Hcosse..…. ... . . 45,223 Nouveau-Brunswick.… . 80,042 Québec... .... 1,323,824
D'ORIGINE ET DE LANGUE ANGLAISE (Census 1901). RON san see ue ie 89,378 Éd no OR OP EUR 414,351 Nouveau-Brunswick.... … 251,078 Québec... .... ... … 325,064
Total .:
to
Il faut ajouter à ces chiffres une quinzaine de mille âmes représentant les indiens, les pêcheurs, les chasseurs et les traitants dans les territoires, La population se divise encore en rurale et urbaine comme suit, toujours d’après le même recensement :
Pop. rurale. Pop. urbaine.
PPS NN er ou ns a 91,179 12,080 Nouvelle-Ecosse..... .... .. ... 375,074 84,540 Nouveau-Brunswick... .... .... …. SEE 269,398 61,722 RE AS ice luretinte ot ei 1,171,211 "477,687
La population urbaine est répartie entre vingt-quatre villes de plus de : .1q mille habitants. Dans la province de Québec, la population de langue anglaise se concentre surtout dans les villes; on compte près de cent mille personnes de langue anglaise à Montréal seul, en comprenant la population de la ville de Westmount. Dans les autres provinces de la région orientale, il ny a presque pas de population française dans les villes.
La population rurale occupe plus de vingt-cinq millions d’acres de terre; mais les terrains en culture ne s’élèvent qu’à 6,756,411 acres, cultivées par 225,855 cultivateurs dont 210,554 sont propriétaires. La valeur totale du produit de ces terres pendant l’année du recensement, en tenant compte des produits laitiers, fut d’un peu plus de $135,482,000, dont $98,000,000 produits dans la province de Québec. Cette même année, les mines de la région produisirent #12,668,000, dont neuf millions dans la Nouvelle-Ecosse et trois millions dans Québec. L'industrie de la pêche donna un revenu de $13,604,000, dont sept millions dans la Nouvelle-Ecosse, et celle des forêts #25,661,000. Soit uu revenu total de cs quatre chefs de $187,415,000. Ajoutons le revenu des industries de la région s’élevant à $205,179;,. 685, dont $158,287,994 pour Québec, et nous constatons pour la région un revenu total de $392,594,685.
La région centrale se compose des provinces d’Ontario et de Manitoba et du territoire de Keewatin, soit une superficie de 804,810 milles carrés, dont 334,394 pour les provinces. C’est à peu près l’étendue de l'empire portugais y compris ses posses-
sions d'Afrique. Ce rapprochement nous ramène incidemment à penser aux avantages que Comporteraient un système d’équilibre continental. 1] est bien évident que le Portugal serait à la merci de chacune des grandes puissances sans l’équilibre européen qui tient chacune à sa place. La garantie est sérieuse Pour les pays faibles, et le Canada devra rester dans la catégorie des faibles Pour quelques années encore. Mais c’est là une digression. La Population de cette région était, en 1901, de 2, 438,158. La province d’Ontario à elle seule comptait pour 2,- 182,947 dans ce chiffre. La population rurale de la région comptait 1,154,994 et la Population urbaine 683,164 répandue dans trente et une villes de plus de 5,000 âmes. La population d’origine et de langue française dans cette région n’est que d'environ 180,000, sans tenir compte des métis de langue française du Manitoba. Sauf une vingtaine de mille Canadiensfrançais qui habitent la capitale fédérale, Ottawa (1), la population de langue française d’Ontario et du Manitoba est presque exclusivement rurale. Noùs verrons plus tard quel rôle social elle est appelée à y jouer.
La population rurale de la région du centre occupe plus de trente millions d’acres de terre. Les terrains en Culture comprennent 11,953,530 acres, Cultivés par 217,227 Cultivateurs, dont 178,931 propriétaires. L'année du recensement, le rendement total des terres fut de 8221,402,000, dont 24,450,000 pour le Manitoba et le reste Pour Ontario. Il faut ajouter à ces chiffres les produits laitiers s’élévant à #15,385,000 pour les deux provinces. Cette même année, les forêts ont produit #22,302,- 000, les mines $10,634,000 et les pêcheries un demi million. Total: $269,723,000. Revenu industriel : 8254,450,925. Re. venu total de la région, #524,173,995.
La région occidentale Comprend la province de la Colombie Britannique et six territoires organisés : Alberta, Assiniboia, Saskatchewan, Athabaska, Mackenzie (2) et Yukon. Elle est de
(1) La ville de Windsor, est aussi en partie canad d’un millier de Canadiens-français habitent Toronto.
(2) On vient de présenter à la Chambre des Comm tuant ces territoires en deux provin l'Alberta et la Saskatchewan.
ienne-française. Près
unes une loi constices autonomes appelées respectivement
beaucoup la plus considérable par son étendue qui est de 1, 681,133 milles carrés, soit un peu plus que l’étendue totale de l'empire ture, Au point de vue de la populaiton, elle est bien plus faible que les deux autres, n'ayant, au dernier recensement, que 336,597 habitants, y compris une notable proportion de peaux-rouges et de Chinois. Elle se peuple cependant très rapidement. Si l’on ne compte pas les métis français venus du Manitoba et établis sur divers points de la prairie, la population de langue française n’est que de 16,000 âmes et son augmentation ne paraît pas très rapide. Les revenus de cette région pour l'année du recensement furent comme suit: Agriculture, $820,054,000 ; produit laitiers, $262,000 ; forêts, $2,634,000 ; mines, y compris le Yukon, $18,777,000 ; pêcheries, $3,917,000. Total $45,844,000, et de $67,056,000 en tenant compte des revenus industriels,
En comprenant quelques colonnes dont nous n’avons pas tenu compte dans ce résumé, le revenu brut total du peuple canadien de tous chefs serait de $992,719,781. Ces chiffres qui donnent un revenu moyen de $925 par famille sont bien loin d’inuiquer un pays qui souffre de pauvreté. Cependant, comme on l’a dit souvent, la statistique est trompeuse et les plus belles généralisations ne supposent pas toujours une situation économique satisfaisante, surtout lorsqu'on tient les regards fixés sur l’avenir. Il ne faudrait pas, d'autre part, conclure de cette remarque, que notre intention est d'entreprendre de longues analyses statistiques. Notre but dans ce travail n’est pas d’épuiser le sujet, mais de mettre en évidence les points les plus importants pour notre peuple aujourd’hui en pleine croissance.
Au point de vue de la langue, ce qui est en somme, une des meilleures indications générales de la formation intellectuelle et sociale, nous avions, en Canada, en 1991, 3,131,653 personnes dont la langue usuelle est l'anglais, et 2.212,025 personnes dont la langue usuelle est autre que l'anglais, y compris 1,670.- 000 de langue française et 350,000 de langues allemande, hollandaise, scandinave, ete.
Ce sont ces trois régions et les trois groupes de population qui les habitent, avec lesquels nous devons nous familiariser, si nous voulons concevoir une idée juste de la condition économique actuelle du Canada, ainsi que de ce que lui réserve l’ave-
a UNS
n°1. Il est évident qu’en ce moment, les groupes central et oriental sont les plus intéressants à étudier au point de vue des problèmes sociaux qui vont se compliquant à mesure qu’une Population devenant plus dense, sent davantage le coudoiement à l’intérieur et la poussée de l’extérieur. L'Ouest canadiea est encore dans la période de formation, pour ainsi dire primitive. Son avenir dépendra d’une foule de causes, dont la principale et celle sur laquelle nous Pouvons exercer une influence réelle, est la condition économique des groupes plus anciens. C’est donc par ceux-là que nous devons commencer. De ces groupes anciens, le plus intéressant pour nous et le plus important, croyons-nous, au point de vue sociologique, c’est le groupe oriental. Réservons done Pour l'instant, tout ce que nous pourrions dire des merveilleuses prairies de l'Ouest. Ne nous lais- Sons pas tenter par le littoral du Pacifique au climat délicieux, aux richesses minières inépuisables, et dont les populations grandissantes tendent déjà la main à l’Asie. Nous y reviendrons un autre jour en passant par la région immense et fertile des grandes mers douces, sources du Saint-Laurent, où se multiplie dans l’abondance une population si vivante, si saine et si belle, Entrons, comme autrefois le Capitaine de Saint-Malo, dans le “polfe des Châteaux”, abordons comme lui à la terre des “ bons hables ...... en Challeur plus tempérée que la terre
RE
Quatre péninsules et deux grandes îles, dont l’une forme près de la moitié d’une province, l’autre une Province entière, se groupent à l’endroit où l’Amérique se rapproche le plus de l’Europe. Au Sud-Est de la province de Québec, le Nouveau- Brunswick s’avance entre le golfe Saint-Laurent au nord et l'Atlantique au Sud. Une langue de terre rattache cette provirce à celle de la Nouvelle-Ecosse que l’étroit canal de Canso séLare du Cap-Breton; au nord de la Nouvelle-Ecosse et en- | tièrement baignée par les eaux du golfe Saint-Laurent, se trouve l’île du Prince-Edouard, Ce Pays, c’est l’ancienne Acadie; ce nom n’est plus officiellement reconnu, mais les poètes s’en servent de préférence, car ils ont su s’idenuifier avec le Peuple martyr qui le porte gravé dans son cœur.
Au nord de l’Acadie, le golfe Saint-Laurent présente sa plus grande largeur. Il se rétrécit graduellement vers l’ouest où
ne |
ses eaux rencontrent celles du fleuve de ce nom, lequel coule entre deux chaînes de montagnes, formant au sud la Gaspésie, au nord l’immense péninsule du Labrador, dont la rive septentrionale baigne dans la baie James et la mer d'Hudson ou Canadienne,
Nous avons vu que tout l'empire allemand tiendrait à l'aise dans cette région. Toutes ses grandes villes sont des ports de mer, de “bons hables” et la pêche maritime est une de ses grandes industries. Pas la plus importante cependant. Dans le Cap-Breton et dars la péninsule acadienne se trouvent des houillères qu'on a commencé à exploiter en grand, et d'excellent minérai de fer. Les grèves du fleuve et du golfe Saint-Laurent se composent sur une vaste étendue de sables magnétiques déposés là par une méthode de concentration naturelle et qui contiennent une quantité pratiquement illimité de minerai de fer. Bientôt des procédés électriques permettront de le débarrasser des impuretés qu’il contient et de le livrer à l’industrie et au commerce, Dans différents endroits de la région on trouve en abondance et dans des conditions exploitables, des gisements de fer chromé, cuivre, nickel, molybdène, plomb, zinc, antimoine, amiante, graphite, phosphate, nica, pétrole, talc et d’autres minéraux encore. On y trouve en petites quantités l’or et l’argent. Cependant, l'exploitation est encore si peu avancée, que le rendement total annuel des mines de la région représente À peine aujourd’hui douze millions de dollars. N'oublions pas de mentionner ici les inépuisables dépôts de tourbe qui existent Partout, qu’on commence à traiter scientifiquement et dont le prix de revient est moindre que celui de la houille. Ce combustible excellent est une ressource précieuse pour l'avenir; il nous vermettra surtout d'économiser nos forêts. Les travaux de M. Rodolphe Faribault et de M. Bell, de la commiss'on géologique, de M. Obalski, inspecteur des mines de Québec :t de plusieurs autres savants, mettront le public au courant des ressources minières de cette région.
Cette immense richesse qu'offre les mines est pourtant peu de chose si on la compare aux ressources agricoles de ce pays. Il est vrai que l’industrie agricole, pourtant la plus ancienne de cette région, est encore pour ainsi dire dans son enfance, bien
32 ETUDES SOCIALES pr ECONOMIQUES
que les peuples qui l’habitent soient les plus anciennement établis au Canada. La richesse agricole totale, d'après le dernier recensement n'atteint Pas à trois cent Millions près celle de la seule province d’Ontsrio. Elle n'est que de 582 Millions et la pro. vince de Québec figure pour plus de 430 Millions dans ce chiffre, Cependant, il est prouvé que son sol n'est pas moins fertile que celui de la région Supérieure et que Pour certains genres de culture le climat, bien que moins clément, est plus favorable et le rendement Meilleur, Les champs fertiles s'étendent très vastes dans la Péninsule acadienne et dans les îles qui en dépendent. Ils Sont plus rares mais non moins beaux dans la Gaspésie où les Monts Appalache se prolongent en côteaux ensoleillés et arrosés de nombreuses rivières, jusqu'au golfe d'une part, jusqu'à la baie des Chaleurs, de l’autre. Nous connaissons tous la large, belle et fertile vallée du Saint- Laurent. Nous avons parcouru les plaines qui s'étendent jusqu'au lac Champlain au sud de Montréal. Au nord, nous le
Pour rencontrer et Conquérir la richesse industrielle qui se précipite dans la plaine en torrents impétueux de houille blanche, Mais réfléchit-on à ceci que sur les deux cents mil-
familières et si chères, s’abaissent au septentrion dans une val. lée aussi vaste que celle du Saint-Laurent. Que la terre y est aussi riche et aussi fertile, et le climat plus doux, puisque le PAYS est moins exposé aux vents froids qui remontent la vallée du Saint-Laurent. Cette zone pourrait nourrir vingt-cinq mil. lions d'hommes, Les Laurentides en forment la limite méridionale, Les versants au nord ont une inclination graduelle mais très perceptible, Des hauteurs qui forment la ligne de partage des eaux, de puissants fleuves coulent vers la mer Canadienne et la forêt vierge se prolonge jusqu'aux confins du territoire de la province On avait cru d'abord qu'au delà des Laurentides le climat était trop rigoureux Pour que les céréales pussent y mûrir. Cette erreur se dissipa devant les observations météorologiques et Surtout devant l'expérience des cul-
à nn |
tivateurs, Tout le monde sait aujourd'hui que les céréales mûrissent dans toute la zone qui s'étend par-delà les Laurentides du Témiscamingue au Jac Saint-Jean, On a dit plus tard, la limite cultivable, c'est la hauteur des terres; plus loin, la forêt cesse et le désert de neige s'étend jusqu'au pôle, Erreur encore. Ilest prouvé que sous le üle degré de latitude nord à la rivière Nottaway, sur les rives de la baie James, la forêt se prolonge, les légumes viennent très bien, les troupeaux se portent à merveille, Les résidents a‘firment que cette vaste région peut produire tout ce que produit l’Ecosse, “ Je n'ai aucun doute que tout ce que l’on peut récolter en Ecosse, puisse être récolté au Fort-George,” dit le facteur de ce poste, M. Gillies. (1). Et Pourquoi en douterions-nous? Cette région est encore au sud de Londres et de Berlin, Et ne sait-on pas que dans l'antiquité on regardait la Bretagne et la Germanie comme des pays froids et habitables. Dès que ce pays sera accessible, notre population s’y portera et c’est par lui que nous deviendrons un peuple prospère et Puissant. Déjà les voies ferrées ont entamé cette région, Dans peu d'années, elles la sillonneront dans tous les sens et cela profitera non seulement à l’a. griculture mais aussi à l’industrie.
L'auteur de ce travail n’a pas beaucoup voyagé hors de son pays, mais il a beaucoup lu et un peu médité, et il lui semble que l’avenir de ses compatriotes, surtout de ses compatriotes de race française est au moins autant dans l’industrie que dans l’agriculture, A vrai dire, nous ne Voyons pas, en étudiant la carte à la lumière du livre, de pays aussi propre à la grande industrie que la province de Québec, car les deux chaînes de montagnes qui bordent le Saint-Laurent et surtout celle du nord, sont les foyers des forces hydrauliques les plus puissantes peutêtre, prises collectivement, qui existent sur la terre. La forêt, cette matière première d’une foule d'importantes industries, n’existe nulle part aussi étendue et aussi riche, et le Saint- Laurent est la grande route qui répandra ces richesses dans le monde entier.
et
(1) Le fort George est situé à 235 milles au nord de l'extrémité de Ja baie James. (Rapport du Dr Henri M. Ami, de la commission géologique: Ressources du Pays de Québec à Winnipeg). Tout ce rapport est à consulter.
Mig FRET DUT | SEEN +. d hr
trempe nf NR FRE En Fm
e: D ee de a eng nes 6er ia gre nr
La forêt! Oui, c'est là notre grande richesse, ne l’oublions jamais. L'agriculture est intéressée au même titre que l’industrie à sa Permanence, et nous conserverons nos champs aussi longtemps seulement qu'existeront nos bois, “ Au Canada Comme en Russie, dit M. Méland, un expert en culture forestière, la prospérité agricole est intimement liée à la présence de grands massifs boisés destinés à arrêter les vents polaires,” Ces paroles ont pour nous une extrême gravité. Nous ne pouvons douter de leur vérité absolue, car dans certaines régions déjà nous sommes à même d'en éprouver la justesse, Il est absolument certain qu'en dévastant les forêts du Nord, les Canadiens, surtout ceux de la province de Québec, détruisent non seulement leur avenir industriel mais aussi leur existence agricole, Quand les montagnes et les hauteurs seront déboisées, nos rivières se transformeront. en torrents dévastateurs, notre beau Saint-Laurent cessera d'être un fleuve de vie pour devenir un flot fatal charroyant à l'océan tout le sol arable de sa vallée; d’affreuses tempêtes chargées de froidure achèveront de transformer en désert le pays dénudé et qui ne pourra plus nourrir ses habitants,
Voilà ce que nous réserve l'avenir si nous dévastons nos forêts. Elles s'étendent au nord sur une superficie de plus de cinquante millions d'acres; au sud et dans les provinces maritimes, on en trouve encore plus de quatre millions d'acres. Au premier coup d'œil et vues de loin elles peuvent paraître Presque intactes; mais ce n'est qu'en apparence, du moins dans tous les endroits accessibles, Le feu et la hache les amoindrissent incessamment. Quelque vastes qu'elles paraissent, elles disparaîtront avant la génération qui grandit si nous n’y prenons garde, (1). Que faut-il donc faire? Devons-nous renoncer à les exploiter et à défricher la terre pour des fins agricoles? Pas du tout. L'exploitation intelligente et honnête loin de nuire à la forêt lui est bienfaisante, On peut s’en convaincre en Parcourant certaines exploitations particulières, surtout les bois qui appartiennent à Sir Henri Joly de Lotbinière, ce
(1) Voir le livre de M. George Johnson, Forest Wealth of Canada.
fl: ittiisi
véritable ami de son Pays. Dans son domaine, très vaste pour celui d'un particulier, il pratique la coupe réglée, et pour chaque arbre qui tombe, il en fait surgir de terre, en variant les essences, dix, vingt et cent, Ses gardes veillent nuit et jour Pour protéger les massifs contre les incendies, Puisse cet homme de bien faire école, puissent tous les Canadiens s’inspirer de ses sentiments. Appelons de nos vœux ce moment où ? nne ne pourra diminuer la forêt sans cncourir la réprobatiou publique, N’est.il Pas clair que celui qui la détruit est un parricide, coupable d’une tentative contre l'existence même de la patrie?
Pour protéger la forêt, la loi sera tou jours impuissante sans le secours de l'opinion publique. Quand celui qui coupera un arbre inutilement ou sans le remplacer, sera tenu pour un ignorant où un imbécile; quand le dévastateur de Ja forêt sera noté d’infamie et montré du doigt par ses concitoyens; quand celui qui y mettra le feu Passera pour un aliéné dangereux dont on demandera l’internement ; quand le témoin d’un de ces forfaits qui ne le dénoncera Pas sera jugé aussi coupable que l'agent actif du crime, alors seulement la loi cessera d’être une lettre morte pour devenir efficace et opérative. Ainsi donc, si le mal do continuer, ne nous awvisons pas d'en accuser les #ouveruements qui sont nos mandataires et qui seront toujours plus ou moins faits à notre image, S'ils se montrent apathiques, le mal vient de nous. N’attendons Pas que d’autres fassent notre œuvre, Car alors elle ne sera peut-être jamais faite, Ce n’est que rarement qu’il surgisse parmi les peuples de ces âmes puissantes et droites, assez clairvoyantes pour voir la vérité et assez fortes pour l’imposer. Avant donc de parler de la conservation et de l'exploitation de la région qui nous occupe en ce moment, il importe de savoir quelle population l’habite et quel esprit anime cette Population. Le #roupe de langue francaise nous attirera tout d’abord puisqu'il est, dans cette région, le plus anciennement établie et le plus nombreux. Il offre en outre, au point de vue de la formation nationale canadienne, un intérêt au inoins égal à l’autre. Ce sera le sujet de notre prochaine étude.
E rameau détaché du vieux tronc français a toujours intéressé ceux qui, s’occupant de sociologie ou d'histoire, ont eu l'avantage de l’étudier de près. Ona beaucoup écrit à son su jet dans les deux hémisphères, et la plupart du temps avec une ignorance excusable lorsqu'il s’agit de détails, impardonnable quant on passe sans s’en apercevoir sur des questions d’une importance générale. Il est permis d'ignorer l'histoire in-
time des Magyars hongrois; il serait honteux de ne pas savoir qu’ils furent le boulevard de la chrétienté en Europe, les champ'ons victorieux du principe autonomique dans l'empire germain.
C’est pourtant une ignorance semblable que les Canadiens- Français ont pu constater chez un grand nombre de ceux de leurs cousins de France qui ont écrit sur le Canada. On a trouvé matière à critique dans leur parler un peu achaique, dans leur mœurs, leurs coutumes et lenrs idées qui ne sont plus celles de la France Contemporaine, mais qui les valent. De leur quasi miraculeuse survivance et de leur phénoménal développement, on a dit peu de chose, Qu'ils se soient fait les dé fenseurs de l’idée française et catholique en Amérique, et cela au prix de sacrifices immenses : qu'ils aient usé dès le début et Supérieurement de la seule arme défensive que le sort leur avait laissé: la constitution anglaise ; qu’ils aient Intté avec une opiniâtreté héroïque pour le principe du gouvernement responsable, dont le triomphe exerce une influence si décisive sur les des- ‘inées de l’empire britannique tout entier et Partant sur le monde, tels sont les faits que l’on passe sous silence. N'est-il Pas : ‘ngulier qu’on s’abstienne de signaler en France ces grands actes qui témoignent de la vigueur de la mentalité française?
an fete En ee Dons FRA uns LCY.
oh ns ot DS
Le gouvernement britannique sent plus juste; tous ses actes officiels le prouvent, Cependant il existe encore en Angleterre une école apparemment incorrigible dans son arrogance à l’endroit des ‘“colonials” de toute race et de toute couleur. Sir Henry Steadman Cotton, un officier important du service civil indien, exprime dans un récent ouvrage la crainte que cette attitude persistante ne fasse perdre à la Grande-Bretagne l’empire des Indes. Comme les extrêmes se touchent, il n’est pas surprenant de trouver ce groupe peu nombreux, mais bruyant, dans son ultra-loyalisme, tendant la main, dans la république américaine, à ceux-là précisément qui n'ont jamais pardonné aux Canadiens d'être restés fidèles à la Grande-Bretagne, en 1745. Pour ces derniers, le Canada français n'est qu'un vestige de l’ancien régime, On n'y retrouve plus sans doute les charmants grands seigneurs et les dames exquises du temps de Frontenac; mais Jean-Baptiste est toujours la momie de Jacques-Bonhomme, la province de Québec un décor d'opéra comique.
Les Canadiens-Français se consolent facilement. d'être ainsi déprisés. Ils savent que le temps fera justice des faux jugements, et conscients de leur propre valeur, ils ont en outre le sentiment d’une appréciation fraternelle de la part de leurs compatriotes de langue anglaise, C’est même un des faits notables de notre vie nationale que les fautenrs de discorde n'aient jamais réussi à entamer sérieusement le fonds de confiance réciproque qui existe entre les deux populations du Canada et que les appels à la justice et à la tolérance sont presque toujours écoutés. Aussi ces deux populations semblent-elles de plus en plus disposés à partager amicalement leurs gloires passées, leurs occupations présentes et leurs soucis de l’avenir. C’est là une tendance sociale qu'il est utile de noter, avant de parler du développement numérique et de la condition économique de ces deux groupes. (1)
(1j Ilest toujours utile de savoir ce que les autres pensent de nous, même lorsque leur jugement est manifestement injuste: il est bon d'être averti des préventions que l'on cherche à répandre sur notre compte afin d'être en état de Jes combattre par la sagesse et la dignité de notre conduite. C'est à ce titre que nous détachons quelques phrases du premier chapitre du livre de M. Goidwin Smith: Canada and the Canadian Question.
Pour ce qui est du développement numérique des Canadiens- Français, nous ne saurions mieux faire que de consulter l'étude publiée par M. Thomas Côté, un des commissaires du recensement de 1901;(1)travail qui met vivement en lumière l’augmentation rapide de la population française du Canada. “Seconde province de la confédération, dit-il, par l'importance de sa population, Québec a vu sans cesse croître l'élément français, qui y a toujours été prépondérant. I] ya actuellement dans Ja province 1,618,898 habitants, dont 1,322,115 de langue française, 289,929 de langue anglaise et 36,854 appartenant à des races diverses, L'augmentation de la population dans la province de Québec est de 160,363. Comme les Canadiens-Français de cette province ont augmenté de 125,769, la Population non-française n’a donc progressé que de 34,594. Cette dernière est en minorité dans tous les collèges électoraux, excepté Argenteuil, Pontiac, les divisions Sainte-Anne et Saint-Antoine de Montréal, Brome, Hun. tingdon et Stanstead. Il y a vingt ans, les Canadiens-Français
est médiévale...
ignorant, soumis, crédule, encrouté.… il cultive de la manière la plus primitive le lopin paternel.
des contributions... Le peuple est pauvre, mais j’
clairement la puissance du roi, que la grande église et le monastère dominant les cabanes, ne révèlent le pouvoir du prêtre.”
Prétendre expliquer par un tel tissu de prévarications la condition 80ciale d’un peuple est plus d'un pamphlétaire que d'un philosophe, A un point de vue cependant l'ouvrage mérite attention. C'est que M. Goldwin Smith n'a pas le mérite d’être original. Une foule d’autres auteurs plus ou moins connus ont trempé leur plume dans le même fiel. Si leur but n’est Pas de soulever les populations canadiennes les unes contre les autres et de détruire la confédération, il est difficile de comprendre ce vers quoi ils tendent. Qu'on songe à l'effet que de tels écrits sans cesse renouvelés doivent produire sur la population d'Ontario! Il n'est pas surprenant qu'elle connaisse mal les Canadiens-Français. La merveille c'est qu'elle ne les dé teste pas de tout son cœur.
(1) Revue Française, Paris, 1902.
étaient en minorité dans tous les cantons de l'Est, ainsi que dans Pontiac, Argenteuil, Québec-Ouest, Huntingdon et Montréal-Ouest. Chaque recensement décennal a indiqué en leur faveur des gains considérables. Si bien qu'aujourd'hui, dans tous les collèges électoraux qui, à l'époque de la confédération, devaient être, dans l'esprit de ses auteurs, exclusivement reservés à l'élément Anglo-Saxon, ils sont en majorité. Petit à petit les Anglo-Saxons ont déserté cés collèges électoraux-et ont été remplacés par des Canadiens-Français. Le tableau suivant indique la progression :
| CANADIENS-FRANCAIs. AUTRES ORIGINES.
Huntingdon 4,617 4,489 5,106 | 78 | 9,896 Missisquoi RS 8,009 9,330 9,913 | 5 9,192 Brome 4,910 4,839 | 4,766 | | 9,870 Stanstend ,......... … 4,749 6,938 | 8,749 | 32 | 11129
Sherbrooke 5,828 8,771 10,690 5,393 | 8,155 Compton. … SET 7,706 | 10,335 Argenteuil 6,414 5,951 TO Or 5,054 6,663
Le même phénomène se produit dans les comtés d'Ontario situés sur les confins de Québec, comme nous le verrons plus loin.
Dans les provinces maritimes aussi, la proportion des Acadiens augmente par rapport à la population générale. Le miracle, dans cette contrée, c'est que la population française y existe du tout,après la cruelle persécution qu'elle a subie autrefois et qui même aujourd’hui n’a pas encore pris fin, bien que ce ne soit plus l’autorité politique qui la continue. Là, comme aux Etats-Unis, les amis de la langue française ont à combattre un ennemi nouveau et puissant qu'ils voudraient pouvoir respecter et aimer. C’est uniquement à son courage et à son amour de la patrie acadienne que ce groupe doit sa survivance, Dès que les circonstances le permirent, les Acadiens revinrent des contrées lointaines où on les avait déportés, ils
sortirent des bois où on les avait traqués comme des bêtes fauves, Aujourd'hui ils occupent de nouveau l'antique patrie ; ils ont leurs terres, leurs églises, leurs écoles, leurs collèg toute leur organisation sociale, 11 semble Cependant que leur caractère reflète quelque chose des tristesses passées, Ils sont plus graves et moins Communicatifs que les gens de Québec. “Je me sens le cœur réjoui, écrit le regretté abbé Casgain, en songeant que cette belle contrée, arrosée par les rivières Mem- ‘amcook et Petitcoudiac, est encore toute française, Les Acadiens qui avaient été expulsés en 1555, en ont de nouveau pris possession, ils Y ont si bien Prospéré, qu'ils forment aujourd’hui le groupe le plus important de leur race au Ca:nada. .... Les terrains que leurs ancêtres avaient conquis sur la mer, par les travaux d'endiguement qu'ils avaient fait le long des deux rivières, et qui avaient été submergés depuis leur dispersion, ont été mis en culture depuis leur retour, Ces terrains ont été tellement agrandis d'année en année, qu'au- Jourd’hui leur longueur totale n'est Pas moins de trente milles sur une largeur considérable.” = Les Acadiens ont remporté là une belle victoire. Ils ont prouvé qu'on n’extermine PaS un peuple qui garde dans son cœur l’amour de son Pays. Cette population Pleine de vigueur et de sève, et qui a produit depuis son retour un grand nombre d'hommes distingués, augmente constamment en nombre, M. Côté, dans l'étude dont nous avons cité plus haut quelques passages, fait remarquer que, tandis que la population de langue anglaise diminue dans deux sur trois des provinces maritimes, la population de langue française Y augmente notablement, ainsi que l’atteste le tableau que nous transcrivons :
Prince-Edonard .......... | 10,751 11,847 | 13,866
Nouvelle.-Ecosse , 11117 7777777" | 41,219 29,836 45,161 Ouveau-Brunswick......,,,.."77"° | 56,635
Er