‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 62 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

brillantes couleurs. Ils emploient encore , pour boucliers et cuirasses , des peaux d’autruches , de léopards, d’bippopotames et d’élépbants, comme leurs frères, qui combattaient sous les drapeaux de Jugurtba et de Boccbus. Tant il est vrai que les aptitudes de chaque famille humaine se perpétuent à travers les âges, jusqu’aux générations les plus reculées.

Sur les oasis de la région centrale du Sahara, de Tafdet et Gadamez aux Etats de la Nigritie, vivent les Touariks , également d’origine berbère. Nous les croyons issus des anciens Mélano-Gétules. Ils sont aujourd’hui, comme autrefois, les guides des caravanes à travers le désert. Leurs traditions, recueillies dans les chants populaires, rapportent que leurs ancêtres sont descendus des hauteurs boisées de l’Atlas.

Récemment , les philologues ont choisi les mots les plus usités de leur langue, et, les ayant comparés aux mots correspondants de la langue berbère, les ont trouvés parfaitement semblables. Primitivement les Touariks étaient déjà amalgamés avec les Noirs; plus ils se sont avancés vers le sud, plus ils ont perdu le type atlantique, pour prendre le type nègre: en somme ils sont devenus une chaîne de transition entre la race blanche et la race noire.

Les oasis de la zone orientale sont habitées par les Tihbos. C’est une agglomération de peuplades parmi lesquelles on trouve le sang herher uni au sang des hommes du Nil supérieur. Quelques-unes d’entre elles demeurent en des cavernes, à l’imitation des anciens Troglodytes.

Les autres oasis, telles (fiie le Fezzan , Augila,

Di:s AXCIKXS HABITAXTS DE L’AFHKJLE.

Qluil, Ahir, Syoïiah, Gadaiiicz, Toiiat, e(c. , etc., ont une population de souche berbère. Les voyageurs ont reconnu identité de mœurs, de langage et de physionomie entre cette population et les tribus cabyles.

Ainsi, les montagnes de l’Atlas ont été pour l’Afri- (pie septentrionale \me pépinière de nations. Les Autoehthones. Atlantes , Libyens, G étales, Berhers, Cahyles, etc., etc., comme on voudra les appeler, depuis bien des siècles , ont été dispersés loin de leur berceau primitif, non-seulement en Afri(pie, mais encoi e en Europe.

Voici comment la dispersion a eu lieu, depuis le dernier cataclysme qui a fait disparaître une partie de file atlantique, et a laissé à l’Afrique la composition physique que nous lui voyons.

Les contrées barbaresques sont nécessairement destinées à la conquête. Leur étendue sans profondeur, la richesse de leur territoire, le défaut de nationalité entre les habitants y appellent les armes de l’étranger.

D’après cette condition fatale, elles ont été sillonnées en tout sens par des invasions à main armée.

L’émigration des tribus de l’Yemen, l’établissement des jVumides et des Carthaginois, les expéditions des Romains, par exemple celle de Suétonius Paulinus et d’Hosidius Géta, aux alentours de Sigelmesse, celle de Cornélius Balbus dans le Fezzan, de Septimus Flaccus en Ethiopie, et de Julius Maternus plus près encore de l’équateur , avaient amené de grands déplacements.

GHAPITUP] V.

C’étaient des guerres d’externiination ; les plus faibles n’avaient pas d’autres chances de salut que la fuite. Ils se sont retirés dans les retraites inaccessibles à leurs vainqueurs. C’est ainsi qu’au temps d’Hérodote les oasis étaient déjà occupées par des indigènes, qu’il nomme Libyens et que nous appelons Gétules ou BeiLers.

La conquête arabe produisit le même résultat.

Lorsque les Musulmans s’emparèrent du Beled- Djerid, ils dépossédèrent les tribus berbères , et, disent les contemporains , ils les rejetèrent sur le pays des Nègres, c’est-à-dire sur la partie occidentale et méridionale du Sahara.

Les princes de la dynastie aglbabite, à Tunis, et de la dynastie édrissite, dans le Maroc, aux neuvième et dixième siècles de notre ère , les dispersèrent encore au delà du désert.

Ce refoulement successif des Berbers ne doit pas nous étonner. Tous ne pouvaient pas se réfugier dans les montagnes , une partie d’entre eux fut forcée de fuir à travers les sables. Ce fut donc probablerAent ceux qui se trouvaient, à l’époque des invasions, sur le versant méridional de l’Atlas. La nature du sol de cette zone les rendait du reste plus nomades que leurs frères des montagnes et les disposait davantage aux émigrations.

Le commerce a été pour eux une cause de dispersion peut-être tout aussi active que la guerre. Des monuments authentiques font penser qu’il existait autrefois des relations suivies entre l’Inde et les nations de l’Atlas. Les caravanes des Berbers parvenaient

DES Ai\CIEi\S HABITANTS DE L’AFRIQUE.

jusqu’au détroit de Bab-el-Mandel , eu suivant la chaîne des oasis orientales. L’île de Méroë était alors un vaste entrepôt, et probablement l’amour du gain devait engager bon nombre de Berbers à quitter leurs foyers. Les caravanes qui s’arrêtaient dans les oasis ont dû contribuer à en former la population ‘.

Avant le cataclysme dont nous avons fait mention, les indigènes de l’Atlas avaient débordé sur l’Europe. iVous en trouvons la preuve par la similitude existant entre certaines races européennes et celles de l’Afrique septentrionale.

Les personnes qui ont habité la Bretagne et qui viennent en Algérie sont frappées de la ressemblance quelles découvrent entre les descendants des anciens Armoricains et les Cabyles. C’est en effet le même caractère physique et moral. Le Breton de pur sang a le crâne osseux, la peau jaune-pâle, le teint bistré, les yeux noirs ou bruns, les formes trapues et les cheveux noirs du Cabyle. Comme lui, il est instinctivement malveillant envers les étrangers. Chez run et l’autre, même entêtement, même opiniâtreté, même dureté à la fatigue , même amour pour l’indépendance , même inflexion de voix , même expression des sensations. Entendez un Cabyle parler sa langue maternelle , vous croirez entendre un Breton parler le celtique.

' La prospérité d’Alexandrie pendant la puissance des Grecs et des Romains dut sans doute ralentir le mouvement des caravanes. Les marchandises prirent alors la route de mer pour parvenir aux villes de l’Afrique septentrionale. Les Lapides, pour ouvrir la route de l’Inde, avaient refait l’ancien canal de jonction de la mer Rouge à la ]\Iéditerranée. Ils avaient fondé sur la mer Rouge les ports de Bérénice et de Myos-Hormos.

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