APPLIGATIOXS PRATIQUES DU CHAPITRE V
le meilleur noyau de leur armée et le plus solide appui de leur trône.
Abd-el-Kader lui-méme, si bon appréciateur du caractère arabe , se fiait davantage aux nègres qu’aux bommes de sa race. Nous l’avons vu, lors de sa puissance, entouré d’une garde de corps entièrement composée de nègres. Il trouvait en eux une fidélité qui manque aux Arabes.
Imitons en cela la politique des princes africains ; opposons les nègres aux Arabes. L’extension, le maintien de notre domination, le peuplement de la colonie, la nécessité d’y avoir beaucoup de bras, notre mission nationale d’appeler les esclaves à la liberté et les races abâtardies à la régénération, nous y engagent.
Depuis que la traite par mer est entravée, des milliers de noirs libres émigrent de l’intérieur vers le littoral méditerranéen. Ils ont fondé en quelques années une vingtaine de villages en Cyrénaïque, dans les régences de Tripoli et de Tunis. Quelques-uns arrivent jusqu’à Alger et autres villes de f Algérie. Ils se rendent en grand nombre dans le Maroc. Partout les pachas, beys, caïds, les voient avec plaisir se fixer sur le territoire soumis à leur juridiction; car ils olfrent des conditions de tranquillité que ne présentent pas les populations arabes : ils sont laborieux, sédentaires, faciles à conduire.
Deux routes suivies par les caravanes nous amèneront les émigrants en Algérie : l’une par Gbadamez, Tuggurt, Biskera, Constantine, desservant le Dâr- Four, le Bournou, le bassin du lac Tchad, et en gé-
124 CHAPiTRK VI.
ncTcil toute la partie orientale de l’Afrique intérieure, l’autre par le Touat, Ouargla, ou l’Oiiad des Reni- Mezab et Médea, desservant les contrées du Niger, du Sénégal , en général l’Afrique intérieure occidentale.
Pour cela, il nous faut dès à présent installer un agent consulaire à Gliadainez, et tâcher d’ici à peu d’années d’en installer un autre, soit cà Ouargla, soit dans l’une des villes des Reni-Mezab; plus tard, si cela est possible, dans l’oasis du Touat. Ils seraient chargés d’attirer les émigrants, de les enrôler, puis de les diriger vers nos possessions, en plaçant les caravanes sous l’escorte des tribus arabes soumises à notre autorité ou à notre influence.
Nous recommandons cet essai à tous ceux qui s’occupent des intérêts de l’Algérie. Pour en reconnaître l’utilité et la possibilité, qu’ils lisent les articles remarquables publiés sur ce sujet par M. Subtil, en la Revue de V Orient , année 1845.
Une fois rendus, le gouvernement leur distribuerait des terres, les organiserait en villages, leur fournirait les avances nécessaires comme aux colons européens.
Si tous n’étaient pas placés en qualité de propriétaires, au moins ils nous livreraient les bras qui nous manquent dans l’exécution des travaux agricoles.
Chaque fois que les Européens ont fait les premiers travaux de colonisation sur les lieux exposés à l’action des marais ou même sur les lieux naturellement humides, ils ont été décimés par les maladies. A
APPLIGATIO.VS PRATIQUES DU CHAPITRE l .
J^oulfarik, à Saoula, au Fondouk, plus de la moitié a succombé dès la première aimée.
Or, cela arrivera encore , parce que les causes mortifères ne seront pas détruites d’ici à bien longtemps. La Alétidja, mise en culture, aura tué au moins un homme par hectare.
Presque toutes les plaines humides et fertiles de l’Algérie sont soumises à cette condition fatale.
Là, ne comptez point sur un peuplement par les Européens avant que le sol soit modifié par de grands travaux. Quatre ou cinq familles viendront mourir successivement sur chaque lot de terre, sur chaque concession, avant qu’il y ait multiplication de l’espèce par voie de génération.
Répétons-le donc, car c’est une vérité démontrée par les faits, c’est une vérité du plus haut intérêt.
La race européenne ne réussit point à se propager générativement en beaucoup de localités algériennes. Si l’individu s’acclimate, c’est-à-dire s’il jouit, sous ce nouveau climat, de toutes ses hicultés matérielles et immatérielles, ce n’est qu’en fournissant de nombreuses réactions contre les causes de trouble et de destruction agissant contre lui. Or, en pareil état, il est peu apte à une bonne génération ; il a des enfants , mais ces enfants sont d’une mauvaise qualité prolifique, et tout porte à croire qu’à leur tour, ces derniers n’en auront pas de meilleurs eux-mêmes. Cela amènera l’extinction d’une génération à la troisième descendance. Si quelques individualités ne subissent pas cette loi, la majorité, soyez-en sûr, la subira.
Depuis 1830, il est mort en Algérie beaucoup plus