SI
Règlement général des exploitations d'un taillis composé régulier et complet à convertir, lorsque la révolution est préparatoire et la conversion immédiate.
Puisqu'on veut que la conversion soit immédiate et générale, il faut arrêter les coupes de taillis sur toute l'étendue de la forêt et, par ce fait seul, on peut dire que la forêt est convertie ; mais il s'agit d'y créer ce qu'on appelle des classes d'âge et c'est là le difficile: d'abord, parce que les taillis de , la première affectation, en supposant même que ce soient les plus âgés, ne sont pas en général susceptibles de porter des semences fertiles; ensuite, parce que les taillis de la dernière, en -supposant que ce soient les plus jeunes, ne sauraient fournir une aussi longue carrière que des brins de semence. Deux questions se présentent donc : la première, étant de savoir pendant combien de temps on devra laisser sur pied les taillis de la première affectation, pour les amener à un état tel qu'ils soient h. même de se régénérer naturelle-
ment par les semences ; la seconde, étant de savoir pendant combien de temps on pourra laisser sur pied les taillis de la dernière affectation, sans qu'on ait à craindre leur dépérissement.
De la solution donnée à la première de ces questions, dépend la durée de la révolution préparatoire. De la solution donnée à la seconde, dépend la durée de la révolution principale. Cette dernière révolution sera d'autant plus longue, elle se rapprochera d'autant plus de la révolution normale, que la révolution préparatoire sera plus courte ; et la répartition des peuplements, la plus favorable au raccourcissement de la révolution préparatoire et à l'allongement de la révolution principale, serait naturellement celle qui aurait classé les taillis les plus âgés dans la première affectation, tandis que les plus jeunes appartiendraient à la dernière.
L'état des rejets, l'état des souches, le nombre et rétat des réserves, la nature des essences, l'âge auquel elles portent semences, telles sont les circonstances à apprécier, afin de résoudre l'une ou l'autre des questions que je viens d'énoncer ; seulement, les rejets auront moins d'influence sur la solution de la première question que sur celle de la seconde, et cela se conçoit aisément, puisque dans la première affectation on a besoin de vieux bois, tandis que dans la dernière on ne saurait en avoir de trop jeunes.
Si on se croyait dans l'obligation de laisser croître les taillis jusqu'à l'âge de cinquante ans, afin que leur action, s'ajoutant à celle des réserves, pût assurer
3/iô
le réens6mencement natarel, il en résulterait CQtte conséquence forcée que^ pendant un laps de temps égal à la différence entre l'âge de 50 ans et l'âge actuel des taillis, la forêt ne serait parcourue que par des coupes d'éclaircie, de régularisation si l'on veut, ou, pour me servir du termeconsacré, par des coupes préparatoires dans lesquelles on s'appliquerait à ménager, tout en évitant d'interrompre le massif : dans la première affectation, les vieux arbres; dans la dernière, les jeunes ; dans les affectations intermédiaires, les sujets d'âge moyen.
La différence entre l'âge de 50 ans et l'âge actuel des massifs étant, par exemple, de 30 ans, la durée de la révolution préparatoire serait donc de 30 ans. On diviserait cette révolution en autant de parties aliquotes qu'il y aurait d'unités dans le quotient du chiffre de ladite révolution par celui de la périodicité des coupes préparatoires, et chacune des affectations normales serait partagée en autant de coupes qu'il y aurait d'années dans une des subdivisions de la révolution; ou bien, si l'on jugeait avantageux de ne pas multiplier ainsi les coupes à faire chaque année, on grouperait les affectations deux par deux ou trois par trois. Chaque groupe ne formerait qu'une série qui comprendrait naturellement autant de coupes qu'il y aurait d'années dans une des subdivisions précitées, à moins qu'on ne rendît ces coupes biennales, ce qui pourrait encore se faire pour des raisons d'économie ou de simplification de service. Au reste, l'établissement du règle-
3US ÂMÉf«AG£M£NT DES FORÊTS.
ment général des exploitations, pendant la révolution préparatoire, rentrerait exactement dans le cas prévu à la page 331.
Après la révolution préparatoire, la forêt dont le sous-bois le plus âgé aura «50 ans et sera surmonté de nombreuses réserves, et dont le sous-bois le plus jeune, âgé de 30 ans, contiendra sans doute beaucoup de brins de semence, la forêt ne se distinguera pas des autres futaies irrégulières. On en réglera l'exploitation comme on le fait pour ces dernières, en lui appliquant une révolution principale d'autant plus longue que les jeunes massifs, ou plutôt que les massifs de la dernière affectation, pourront durer plus longtemps. Si cette révolution ne s'écarte pas trop de. celle que l'on aurait adoptée comme normale, on la regardera comme définitive. Si elle s'en écarte trop, on prendra jes dispositions nécessaires pour que les affectations normales ne puissent jamais être perdues de vue.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n'y a pas de réyolutipn préparatoire, et que la conversion est immédiate.
La méthode de transformation exposée dans l'article précédent, est celle que l'on a longtemps suivie à l'exclusion de toute autre. G* est la plus simple, et
je le dirai dès à présent, la plus rationnelle, la plus recomraandable au point de vue cullural; puisque c'est celle qui permet le mieux d'utiliser les ressources du peuplement pour la régénération naturelle; mais elle se signale, au point de vue économique, par deux inconvénients majeurs : d'abord, elle a pour effet d'altérer profondément le rapport soutenu. Par le fait de la conversion immédiate, les coupes de taillis étant remplacées par de simples nettoiements ou éclaircies et des extractions prudentes de vieux arbres, il est clair que les produits annuels sont trèsfortement diminués. Ensuite, elle retarde le début de la première révolution principale, et elle rend presque impossible l'adoption, pour cette première révolution, d'une durée égale à celle de la révolution normale.
Le premier de ces inconvénients, l'altération profonde du rapport soutenu, a été longtemps le principal motif qui s'est opposé à la transformation de nos taillis sous futaie en futaies pleines, et aujourd'hui encore cette altération est l'objet d'une préoccupation très-vive. Aussi a-t-on cherché et cherehe-t-on à l'atténuer, voudrait-on même empêcher qu'elle ne se produisît, chose pratiquement irréalisable et même théoriquement inadmissible. Quels que soient les expé dients auxquels on ait recours, quelle que soit la lenteur que l'on apporte dans l'opération, on ne saurait passer d'une certaine révolution à une révolution plus longue, sans se condamner à une diminution temporaire de revenu ; cette diminution pourra être très-faible et de
3/i8 AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
courte durée; elle n'en surviendra pas moins. Dans Thypothèse la plus favorable, celle où la contenance de la coupe annuelle serait réduite d'une quantité assez petite , pour que l'on perdît moins sur l'étendue que l'on ne gagnerait sur l'accroissement, la diminution du revenu, renfermée dans les plus étroites limites imaginables, porterait encoresur un an, et latrainsformation, pour être complète, exigerait plusieurs siècles, en supposant qu'elle ne fût pas contrariée par les exî • gences de la végétation. On poursuit donc vraiment une chimère, quand on prétend transformer les taillis en futaie, sans abaisser la production temporairement. Cette diminution sera d'autant moins sensible que le temps consacré à la transformation sera plus long; mais, comme ce temps ne peut pas être infini , la diminution ne saurait jamais être réduite à zéro. Quoi qai\ en soit, les seuls moyens d'atténuer le sacrifice qu'entraîne la substitution du mode d'exploitation en futaie à celui du taillis, consistent dans la suppression plus ou moins complète des coupes préparatoires, et dans la continuation plus ou moins longue des coupes de taillis sur certaines parties de la forêt. Nous n'avons pas à discuter en ce moment l'emploi de ce dernier moyen, puisque nous avons supposé que l'on voulait convertir immédiatement la forêt sur toute son étendue; et quant au premier moyen, la suppression des coupes préparatoires, il est évident qu'il ne saurait être appliqué qu'à la première affectation ; car si la conversion de toute la forêt peut avoir lieu immédiatement, la régéné-
ration ne peut assurément en être que graduelle. ^ La suppression des coupes préparatoires, dans le cas d'une conversion immédiate générale, équivaut donc à la suppression de la révolution préparatoire. On entreprend sans délai les coupes de régénération . On soumet la forêt sans transition à une révolution principale, et, comme on allonge la distance possible entre l'époque de la régénération de la première affectation et l'époque de la régénération de la dernière, d'un temps égal à la durée de la révolution préparatoire, on est moins gêné pour adopter une révolution principale qui soit en harmonie avec l'exploitabilité des essences. En outre, et c'est le but principal que l'on a en vue, en coupant à blanc étoc les peuplements de la première affectation, au lieu de se borner à les éclaircir, on se procure une augmentation de produits ; mais tous ces avantages sont quelquefois achetés chèrement par les difficultés que la suppression de la révolution préparatoire entraîne pour la régénération naturelle, difficultés d'autant plus grandes que les taillis de la première affectation sont plus jeunes. Si, même avec une révolution préparatoire, il est désirable que les taillis les plus vieux soient colloques dans la première affectation, à plus forte raison est-ce à souhaiter quand on renonce aux coupes préparatoires. Autrement, on rend non-s'^u:ement, comme je viens de le dire, la régénération beaucoup plus pénible et par conséquent plus coûteuse, mais on se condamne encore à des pertes d'accroissement. Je n'insiste pas en ce
moment sur ces deux points, parce que j'aurai à les traiter in extenso plus tard. Je me borne à ajoqter que la suppression de la révolution préparatoire ne me paraît tolérable, à la rigueur, que lorsque les taillis de la première affectation sont assez âgés pour contribuer à la régénération, sinon par leurs semences, au moins par leur abri.
Cette suppression étant admise d'ailleurs, le règlement général des exploitations ne soulève aucune question qui n'ait déjà été prévue et résolue.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n'y a pas de révolution préparatoire, et que la conversion est graduelle.
I. — Exposé des méthodes applicables. — La suppression de la révolution préparatoire atténue donc la diminution de produits inhérente à la conversion, et permet d'adopter, pour la révolution principale, une durée qui se rapproche davantage de la durée normale. Toutefois son effet, surtout sous le premier rapport, n'a point paru assez sensible, et l'on s'est demandé si l'on ne pourrait point recourir à des moyens plus énergique^, soit pou h monter les produits pendant la transformation, soit pour rendre possible l'adoption immédiate d'une révolution principale normale? La répôqse était facile : On
avait supprimé les coupes préparatoires pour la première affectation, il n'y avait qu'à les supprimer aussi pour les autres.
Si on les supprime effectivement, alors il y a nécessité de continuer les coupes de taillis dans toutes les affectations, sauf la première. La conversion n'est plus immédiate sur toute l'étendue de la forêt; elle est graduelle, et rien ne s'oppose à ce que l'on adopte la révolution principale normale. Pendant qu'on régénère la' première affectation dans le cours de la période normale correspondante, on continue le taillis dans les autres affectations jusqu'à ce que leur tour de régénération en futaie soit arrivé. Quant aux produits, si on ne les considère que dans leur ensemble, non pas pour une affectation plutôt que pour l'autre, non pas par année, mais par période, ils seront nécessairement un peu plus forts dans la première période qu'ils ne l'auront été auparavant dans le même espace de temps ; car, sur toute l'étendue de la première affectation, au lieu de se borner à receper les taillis sous la réserve d'un nombre d'arbres plus ou moins grand, on aura tout à couper. La diminution de la production périodique ne se manifestera qu'à partir de la deuxième période, parce qu'alors, dans la première affectation, à la place des anciennes coupes de taillis, il n'y aura à faire que des éclaircies; et cette diminution ira en augmentant, de période en période, pendant la première révolution, jusqu'à ce que les bois précédemment régénérés soient assez &gés pour que Ton en
obtienne, par de simples éclaircies, autant de produits qu'on en obtenait des coupes de taillis.
Ces résultats se comprennent facilement. Je vais cependant les mettre mieux en évidence, et montrer comment on peut les assurer par le roulement général des exploitations, quand on se résigne d'ailleurs à sacrifier les règles d'assiette, et qu'on ne tient pas à avoir pendant la période une suite non interrompue, tout à la fois, et pour les coupes de régénération et pour celles de taillis.
En effet, quelle que soit la composition des affectations normales ; dès que le nombre des coupes du taillis à convertir est divisible par le nombre de ces affectations, — et il n'y a pas d'empêchement à ce qu'il le soit, — toutes les hypothèses de distribution des coupes de différents âges entre les affectations, peuvent se ramener à trois types auxquels je donnerai des chiffres pour qu'ils soient plus saisissants et, pour cela, je supposerai que le nombre des coupes de taillis est de 36 ainsi que le nombre des années de la période, et celui des affectations de A.. Chaque affectation contiendra dès lors 9 coupes et il se pourra :
1° Que les 9 coupes les plus âgées soient dans la première affectation, les coupes de 19 à 27 ans dans la deuxième, et les coupes les moins âgées dans la dernière ;
2^ Que cet ordre étant renversé, les 9 coupes les moins âgées soient dans la première affectation, et les 9 coupes les plus âgées dans* la dernière ;
5* Que dans chaque affectation, il y ait des coupes dont les âges^ne se suivent pas régulièrement.
Dans le premier cas, l'augmentation des produits aura lieu au commencement de la première période dans la première affectation, dont les neuf coupes seront exploitées h blanc étoc et régénérées. Après ces neuf coupes, les produits annuels, qui seront fournis par les autres affectations^ reviendront au chiffre où ils étaient auparavant, pour se maintenir ainsi pendant 27 ans, c'est-à-dire jusqu'à la deuxième période. A cette époque, il n'y aura que des éclaircies à faire, pendant 9 ans, dans les coupes régénérées de la première affectation dont les bois les plus vieux n'auront que 36 ans 'et, par consé-^ quent , la production baissera plus qu'elle n'aura haussé au début de la première période ; puis, on entreprendra la régénération des coupes âgées de 28 à 36 ans de la deuxième affectation et, pendant 9 ans, les produits se relèveront de nouveau. A partir de la dix -huitième année de la deu^sième période, et jusqu'à la première année de la troisième, les produits fournis par les coupes de taillis dans la troisième et la quatrième affectation seront ce qu'ils étaient avant le commencement de la conversion; mais désormais il n'y aura que des éclaircies à pratiquer dans les deux premières affectations et il s'ensuivra une forte baisse dans les produits, baisse qui, en moyenne, sera plus prononcée que la précédente, à moins que les éclaircies à faire dans la première affectation ne soient alissi productives que
3bà AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
Tétaient les . coupes de taillis » chose improbable. Celte baisse ne cessera que lorsqu'on pourra entreprendre la régénération des coupes de la troisième affectaliop,^ c'est-à-dire à la dix-huitième année de la période correspondante. Après, avoir régénéré ces coupes, et pendant 1^ dernières années de la période, on coupera les taillis devenus exploitables de la quatrième ,. affectation ; après quoi, il n'y aura plus de coupes de taillis à faire, mais simplement des éclaircies, jusqu'à la vingt - huitième année de la dernière période, et il est possible que parmi Ces éclaircies il y en. ait, celles de la première affectation par exemple, qui fourniront autant de produits qu'en fournissaient les coupes de taillis ; de sorte que, pendant la dernière période, les produits pourront ne pas être moins élevés qu'ils l'auront été pendant la période précédente. A la fin de la quatrième période, les coupes de la quatrième affectation seront régénérées, la transformation sera complète et la hausse croissante des produits se manifestera de plus en plus.
Dans le deuxième cas, la première affectation n'étant régénérée qu'à la fin de la période correspondante, c'est à la fin de cette période qu'a lieu Taugmentation des produits, et la baisse ne survient qu'à la fin de la deuxième période, au lieu de se faire sentir au commencement.
Dans le troisième cas, les variations dans les produits ne suivent plus aucune marche régulière : selon la disposition des peuplements; d'après leur
âge , la hausse peut avoir lieu , soit au commencemeut, soit h la fin, soit au milieu d'ut)e période; mais la baisse n'en est pas moins inévitable; et, comme dans les deux autres cas, elle l'emporte de plus en plus sur la hausse, jusqu'à ce que les éclaircies soient devenues aussi productives que Tétaient les coupes de taillis. Voilà la loi qui domine toutes les autres.
Lorsque la bonne formation des affectations normales se concilie avec la collocation des taillis les plus vieux dans la première affectation,' des plus jeunes dans la dernière , de ceux d'âge moyen dans les intermédiaires, on ne doit pas hésiter à adot)ter,. pour la marche des coupes, le règlement général que j'ai exposé premièrement. Outre l'avantage de retarder l'époque de la baisse des produits, il a celui, beaucoup plus sérieux, de permettre que la durée de la période ne soit pas égale à la révolution des taillis, sans qu'il en résulte une perte d'accroissement. Ainsi, les taillis devant être coupés à 36 ans, rien ne s'opposerait, pourvu toutefois que le nombre des coupes de taillis fût toujours divisible par celui des affectations où ces coupes devraient être assises, rien ne s'opposerait à ce que la période, dans le règlement général provisoire , fût fixée, comme dans le règlement définitif, à 24 ans ou à tout autre chiffre qui s'accorderait mieux avec les exigences de la régénération en futaie. C'est là ce qui est impossible quand les coupes sont distribuées entre les affectations comme on l'a indiqué dans les deux derniers cas. Il
est obligatoire alors, si Ton veut tout à la fois ne couper les taillis qu'à l'âge d'exploitabilité, et régénérer chaque affectation en futaie dans la période correspondante, que la durée de cette, période soit au moins aussi longue que l'ancienne révolution du taillis. II est visible, par exemple, que si cette durée était de 2/i ans seulement, tandis que la révolution du taillis serait de 36 ans, la première affectation ne pourrait, tout entière, être régénérée dans la première période , que si elle contenait au début de la conversion. des taillis âgés de plus de 12 ans.
Un autre défaut des modèles de règlements qui précèdent, et ce défaut existe pour le premier modèle comme pour les autres, c'est la brusquerie dans les mouvements de hausse et de baisse, brusquerie qui devient très-accentuée quand on considère à part les produits de chaque affectation, et que l'on sépare ceux des coupes de régénération de ceux des coupes de taillis. On à eu recours à diverses combinaisons pour y obvier. La meilleure est sans contredit celle qui consiste à disposer les peuplements dans les affectations, de manière que chacune forme une série complète de coupes de taillis se suivant de proche en proche et d'âges gradués, depuis l'âge d'un an jusqu'à l'âge d'exploitabilité du taillis. Mais cela ne se peut guère que lorsqu'on a autant de séries de taillis à convertir que d'affectations de futaie à constituer. Toutefois, quand la chose est faisable, la marche des coupes, soit de régénération, soit de taillis, est parfaitement régulière : Pendant qu'on
DU PLAIJ D'EXPLOITATION. 357
régénère par coupes successives, non interrompues et égalementproductives, lapreouère affectation, on continue les coupes de taillis dans les autres ; et, durant toute la première période, on a une augmentation de produits équivalente, chaque année, à la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d'une coupe à blanc étoc.
L'amoindrissement des produits commence au début de la deuxième période et se traduit, chaque année, par la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d'une coupe d'éclaircie ; lûais l'augmentation, pendant la première période, et l'amoindrissement, pendant la dernière, se répartissant également entre toutes les années de chaque période, on évite ces alternatives brusques de hausse et de baisse qu'entraînent les autres modes de transformation, et c'est un grand avantage. Malheureusement, on ne peut non plus se le procurer qu'à la condition d'adopter pour la péripde une durée égale à celle de la révolution du taillis, ce qui est regrettable, attendu que la durée des périodes ne doit, en bonne règle, être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie. D'ailleurs, je le répète, la possibilité de composer les affectations de telle sorte, que chacune d'elles forme une série de coupes de taillis, se présente très-rarement. Dans la plupart des cas, la gradation régulière dans les mouvements de la production ne peut être obtenue que lorsqu'on se résigne à des sacrifices d'accroissement, c'est-à-dire à ne pas couper le taillis à l'âge auquel on l'avait
coupé jusqu'alors ; et ce qu'on ga^ne au point de vue du rapport soutenu , on le perd et au delà au poîjit de vue de la quantité des produits.
Ainsi, quoique Ton fasse, la conversion, même graduelle, d'un taillis sous futaie en futaie pleine, amène une diminution de produits, à partir de la deuxième période de la révolution principale. Cette diminution peut être régularisée ou retardée, rejetée du commencement de la période, au milieu ou à la fin. On ne saurait dans aucun cas l'éviter, à moins qu'en même temps que l'on convertit la première affectation en futaie, on ne transforme les autres en taillis simples en y exploitant les vieilles réserves. On comprend que par ce moyen, dont je montrerai plus tard tout le danger, on arrive h combler dans une large mesure, le déficit causé dans les produits par la substitution des coupes de nettoiement et d'éclaircie aux coupes de taillis. On comprend que l'on puisse même , par l'abatage de ces vieilles réserves, rendre encore plus forte l'augnientation de produits qui est la suite, dans la première période de la révolution principale, de la substitution des coupes de régénération à celles de taillis composé ; et là est tout le secret de ces merveilleux projets de transformation sur lesquels on s'est appuyé, pour soutenir que la conversion des taillis composés en futaie peut avoir lieu, sans occasionner temporairement une baisse dans la production de la forêt. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas : môme quand oti a recours à Texploîtation des vieux arbres, la baisse des produits n'est
que retardée, et l'on ne se procure plus de rendement dans les prenjières périodes que sous peine d'en avoir moins dans les dernières.
En tout cas, et qu'on adopte l'un ou l'autre des modes de transformation ci-dessus décrits, le règlement général des exploitations par période se dcesse toujours conformément au cadre donné p. 318 et 319 pour la marche provisoire des coupes , la révolution principale étant définitive; ily a place dans ce cadre pour toutes les coupes à faire de quelque nature qu'elles soient.
II. — Observations sur les^ méthodes de conversim exposées dans rarticle précédent. — Les dispositions qui ont été imaginée?,, pour éviter les inconvénients de l'ancienne méthode de transformation des taillis composés en futaies pleines, se caractérisent toutes par ces trois circonstances : suppression des coupes préparatoires; continuation des coupes de taillis dans les différentes affectations jusqu'à Tépoque où elles arriveront en tour de régénération en futaie ; extraction des vieilles réserves. Nous en connaissons la valeur économique, no js allons en apprécier le mérité cul- (ural :
Suppression des coupes préparatoires. La suppression des coupes préparatoires a pour effet d'amoindrir, jusqu'à les annihiler quelquefois, les chances du repeuplement naturel. Elle est donc contraire à l'un des principes fondamentaux de la culture forestière. Il est extrêmement important d'ailleurs, surtout lorsque cette culture se pralique sur de vastes
étendues et réclame une nombreuse administration, que l'homme ne se charge pas à la légère des opérations que la nature peut faire elle-même. Les soins minutieux, les travaux de tout genre, que comporte la gestion des forêts, seront toujours assez multipliés pour qu'on ne les augmente pas sans nécessité absolue. Or, pour transformer un taillis composé en futaie pleine, il n'est pas nécessaire de recourir aux repeuplements artificiels. Étant donné un taillis simple de chêne et de hêtre , âgé de 25 à 30 ans , il est certain qu'en le laissant croître jusqu'à l'âge où il pourra donner des semences fertiles, jusqu'à 70 ans par exemple, on le mettra dans de bonnes conditions pour le repeuplement naturel ; tandis que si on le coupe aujourd'hui, on ne pourra se dispenser de repeupler le sol artificiellement. Cette obligation du repeuplement artificiel s'appliquera sans doute, toutes proportions gardées, à une moins grande étendue, si au lieu d'avoir affaire à un taillis simple, on a affaire à un taillis composé ; mais il est facile de se rendre compte de l'économie que les réserves, par leurs semences, permettront de réaliser dans les repeuplements à faire de main d'homme : nous n'avons pour cela qu'à ouvrir le cours de culture de MM. Lorentz et Parade à l'article concernant le balivage normal : nous y verrons que le couvert des réserves, au moment de la coupe du taillis, peut comprendre J/3 de l'aire de la coupe. Dans les circonstances les plus favorables, les travaux de repeuplement qu'entraînerait la Suppression des coupes
préparatoires, s'étendraient donc encore aux 2/â de la surface d'une coupe. Quand on peut éviter des travaux aussi considérables, on doit le faire; d'autant qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'un brin de semence provenant d'un semis artificiel, fût moins vivace qu'un brin provenant d'un semis naturel. N'y a-t-il pas dans le travail de la nature, une force 'mystérieuse que la science de l'homme n'a point pénétrée et ne saurait mettre dans ses œuvres ? Quant à moi, je penche, je l'avoue, pour l'affirmative, et, de même que toutes ces précocités artificielles si merveilleuses obtenues pour la viande, pour les fruits, ne fournissent pas des aliments aussi substantiels que ceux qu'on retire des productions qui ne sont pas forcées et dont la marche reste conforme aux lois de la nature; de même, j'incline à le penser, un plant, élevé en pépinière , ne vaut pas celui qui est venu spontanément en plein bois , et des graines , semées dans une autre localité que celle où elles ont été récoltées, ne sauraient produire des sujets aussi robustes que ceux qui proviennent de graines récoltées et semées dans la même région. En outre, quelle que soit la préparation que l'homme donne au terrain , quelle que soit l'abondance avec laquelle il y jette les semences , cette préparation ne vaut pas l'humus, et cette abondance n'est que de la parcimonie à côté de la prodigalité de la providence.
La suppression des coupes préparatoires tendant en un mot à substituer l'homme à la nature, dans un travail qu'elle fait mieux que lui, n'est donc pas
une bonne chose ; ces coupes d'ailleurs sont trèsutiles :
1^ Afin que le sol, souvent appauvri par un mode d'exploitation qui empêche Thumus de s'y accumuler, ait le temps de se refaire ;
2** Parce qu'il est de la plus grande importance pour les repeuplements, soit naturels, soit artificiels, de n'exploiter les taillis qu'ils sont destinés à remplacer, qu'à l'âge où l'on n'a plus à craindre leur reproduction par la souche ; celte reproduction est en effet, aucun forestier praticien ne l'ignore, une des entraves qui nuisent le plus aux jeunes plants et dont il est le phis difficile de les débarrasser;
3" Parce que, dans le cas même où on se décide par des motifs quelconques à renoncer au repeuplement naturel, il est économique, pour le repeuplement artificiel, de se procurer un abri, abri qui ne peut être assuré suffisamment que par des sujets dont la tête est bien formée.
Ces observations ne soulèvent aucune objection pour l'affectation qui ne doit plus être coupée en taillis, qui contient ordinairement les bois les plus vieux, et dans laquelle il n'est plus temps, il n'est -plus possible de songer à améliorer le peuplement en brins de franc-pied par de fréquents nettoiements et des plantations faites après la coupe ; mais pour les autres affectations elles paraîtront, je le prévois, moins fondées. On fera sans doute remarquer que, si l'on prend soin de dégager tous les brins de semence qui se révéleront après la coupe du tailliî«, et de faire quelques
plantations, on se procurera les moyens, à la coupe suivante, de constituer la jeune réservé avec des sujets de franc-pied et par conséquent d'avenir; et que, si Ton porte en outre celte réserve à 150 baliveaux et même au delà, il ne faudra pas plus de deux révolu-, tions de taillis pour'réunir les- éléments d'une régénération naturelle complète. A cela je répondrai qiie les coupes dites de taillis, dans lesquelles on conserve autant de baliveaux, ne sont en réalité que des coupes préparatoires, sous une forme particulière, et qu'on a tort de leur donner une qualification qui n'est plus justifiée, qui est même tout à fait démentie par le balivage serré dont elles sont l'objet, puisque ce balivage a pour conséquence inévitable de nuire de plus en plus au développement des rejets de souche. Je suis d'ailleurs persuadé qu'on se fait illusion, si l'on croit qu'il est facile, par des nettoiements répétés, de dégager lés brias de semence qui apparaissent souvent en abondance, j'en conviens, irximédiatement après l'abatage des* taillis. Ce dégagement n'est point aussi commode qu'on le pense, car il faut y revenir fréquemment et quelquefois tous les ans. Enfin, si les taillis composés présentent Tinconvénient de ne pouvoir former que des futaies irrégulières dans lesquelles, au milieu de jeunes massifs
sur souche, homogènes par places, sont disséminés des arbres d'âges et de grosseurs très- différentes, je ne m'explique pas que l'on veuille gratuitement aggraver cet inconvénient, 'en mettant dans les jeunes bois les inégalités qui sont dan§ les vieux.
et en ajoutant ainsi d'autres étages à ceux qui existent déjà. Il me semble qae de tels procédés s'écartent des principes de la culture, soit en ce qui concerne le taillis, soit en ce qui concerne la futaie, et que, fâcheux pour la production du taillis, ils le sont également pour la formation de la futaie.
Continuation des coupes de taillis. — S'il est vrai, comme tous les auteurs s'accordent à le dire, que le mode d'exploitation en taillis soit compromettant pour la conservation de la qualité du sol et pour celle des essences les plus précieuses, surtout pour le chêne, toute combinaison tendant à ajourner la suppression des coupes faites d'après ce mode, doit être considérée comme fort regrettable ; mais si l'on renonce à cet ajournement, il est clair qu'on rend d'abord la transformation très-longue, puisqu'on n'arrivera à la compléter qu'après plusieurs révolutions transitoires de futaie; et qu'on se condamne ensuite à une diminution immédiate et très-sensible dans la production annuelle. La continuation des coupes de taillis, en maintenant jeunes certaines affectations, tandis qu'on régénère ou qu'on prépare les autres, avance évidemment l'époque de la constitution déQnitive des classes d'âge, et pare en même temps à une diminution trop brusque des produits.
On peut donc admettre cet expédient, pourvu que d'ailleurs le sol soit bon et le taillis vivace; mais, même alors, il convient d'en user avec modération, et d'y renoncer dès que le peuplement, qu'il aura servi à rajeunir, paraîtra susceptible de rester
DU PLAN D'Exploitation: 365
sur pied jusqu'au moment où viendra son tour de régénération en futaie. En outre, bien que cette continuation des coupes de taillis ait surtout pour but d'éviter une trop forte baisse dans la production, ce n'est point une raison pour que le taillis soit exploité avant l'âge où il fournit tout à la fois et les meilleurs produits et le plus de ressources pour un balivage satisfaisant ; de sorte que si les plus vieux peuplements avaient été classés dans les affectations qu'il ne serait point nécessaire de rajeunir, il vaudrait mieux interrompre les coupes de taillis au début de la transformation, que d'abattre des bois trop jeunes. Enfin, ce que j'ai dit plus haut, à propos des coupes de taillis dans lesquelles on a proposé de forcer le balivage au delà des limites indiquées par les exigences de la reproduction des souches, est encore applicable ici. Les coupes ainsi faites ne sont plus des coupes de taillis : ce sont des coupes d'amélioration ou des coupes préparatoires ; tandis que les méthodes de ti-ansformation que nous étudions en ce moment, sont basées sur la continualion des coupes de taillis traditionnelles et dans lesquelles, par conséquent, le taillis ne doit pas être sacrifié complètement à la futaie.
Extraction des vieilles réserves. — Assurément, c'est une règle très-raisonnable en théorie que celle qui autorise à enlever les vieux arbres dans les affectations, conservées temporairement en taillis, toutes les fois qu'ils paraîtraient hors d^état de rester sur pied, sans dépérir, jusqu'à Pépoque où
»(>6 AMENAGEMENT DES FORÊTS.
ces affectations arriveront en tour de régénération en futaie ; mais cette règle est pleine de dangers : D*abord, il tie faut point se dissimuler que tant qu^un peuplement continue à être traité en taillis, sa conversion reste douteuse, et que ce n'est point parce qu'elle figure sur le papier qu'on doit la regarder comme assul'ée. Les flots et les destins sont changeants ; les plans H' exploitation le sont aussi, et il est prudent de prévoir le cas où la conversion, bien qu'ordonnée par un décret, ne serait point exécutée; or, dans ce cas, si Ton avait dépouillé cette affectation de toutes les vieilles réserves; au lieu d'un taillis composé susceptible de fournir des produits à l'industrie, on n'aurait plus qu'un taillis simple. Ensuite, on doit se rappeler que c'est surtout en utilisant les semences qui tombent en abondance des vieux arbres, qu'on peut maintenir les taillis dans un bon état de consistance et de vitalité. Je pense donc qu'il convient de ménagqr beaucoup des vieux arbres, tout en reconnaissant qu'on peut en extraire d'autant plus que l'affectation, dont ils font partie, est moins près, d'être régénérée en futaie.
Règlement général des exploitations d*«n taillis composé régulier et complet à convenir , lorsqu'on adopte une révolution préparatoire et que la conversion est graduelle.
Si les observations contenues dans le paragraphe précédent sont justes, il en découle qu'on doit poser comme principe^ fondamentaux de la transformation d'un taillis sous futaie complet et régulier, en futaie pleine :
l"" La préparation des peuplements pendant assez longtemps, pour que le taillis puisse concourir au réensemencement naturel, et soit hors d'état de rejeter abondamment par la souche ;
2** La limitation de l'ancien mode d'exploitation en taillis, aux peuplements qui ne seraient pas susceptibles de rester sur . pied , sans dépéfir , jusqu'à l'époque fixée pour leur régénération en futaie dans la révolution principale^ et qu'on ne pourrait avant cette époque remplacer par des brins de semence, sans occasionner de trop fortes pertes d'accroissement ;
3° L'exploitation du taillis à un âge qui ne soit pas inférieur à celui qui avait été adopté jusqu'alors, et qui permette dans tous les cas de trouver dans cetaillis les éléments d'un balivage satisfaisant ;
4* Le maintien de la futaie sur taillis dans un
état normal, c'est-à-dire dans un état de richesse aussi grand que le conoportent les exigences de la reproduction et de la végétation du sous-bois.
Le premier de ces principes implique l'adoption d'une révolution préparatoire dont la durée sera d'autant plus longue, que l'âge des bois dans les affectations à régénérer les premières, sera moins avancé : il n'est pas indispensable, mais il peut-être utile, comme mesure d'ordre, que cette révolution soit un multiple de la période de la révolution principale.
En ce qui concerne le deuxième principe, il semblerait au premier abord que s^il y a une affectation que l'on puisse à coup sûr, sans s'écarter de ce principe, continuer d'exploiter en taillis, c'est bien la dernière; cependant, en y réfléchissant, on voit qu'il y a un moyen de la rajeunir qui est préférable : c'est de la régénérer en futaie en même temps que la première affectation', et après l'avoir préparée comme elle pendant la révolution préparatoire. A l'époque où la dernière affectation arrivera de nouveau en tour de régénération, c'est-àdire à la fin de la première révolution principale, elle n'aura pas encore atteint, il est vrai, l'âge correspondant à la durée de cette révolution; mais il est présumableque, malgré la' perte qui s'ensuivra, les produits seront encore plus considérables que ceux qu'on obtiendrait des coupes de taillis. Ainsi je suis d'avis que ces coupes de taillis doivent être arrêtées dans la première et dans la dernière affectation d'abord;
ensuite, dans la deuxième, et j'irai même jusqu'à proposer d'y renoncer aussi dan» la troisième, attendu qu'il est sage de ne pas marchander les sacrifices en vue d'un très-grand bien.
Pour se conformer au troisième principe, sans se mettre dans la nécessité d'interrompre les coupes de taillis dès le début de la transformation, il faut que la troisième affectation en contienne d'exploitables, et je n'y vois pas d'inconvénient, lorsque cela peut se faire sans contrarier les règles d'assiette.
Quant au quatrième principe , il est toujours applicable, quelles que soient les combinaisons adoptées, et je me borne à dire que la conservation des vieilles réserves est d'autant plus utile dans une affectation, que celle-ci est plus près de son tour de régénération .
L'application de ces quatre principes étant ainsi précisée, la formation du règlement général d'exploitation, soit pendant la révolution préparatoire, soit pendant la première révolution principale, n'exige plus aucun éclaircissement et je prie encore le lecteur de se reporter pour le cadre à prendre aux pages 318 et 323.
La méthode que je recommande * est donc une transaction entre l'ancien système qui arrêtait immédiatement les coupes de taillis sur toute l'étendue de
i. Ce système est exposé avec beaucoup de clarté dans un
article des Annales forestières (tome III), artiéle qui est le point
de départ de toutes les conceptions qui ont été basées depuis sur
la continuation des coupes de taillis.
la forêt et le nouveau système également radical, en sens contraire, qui ne les arrête que successivement, lorsque les peuplements arrivent en tour de régénération dans la révolution principale ; mais elle se rapproche beaucoup plus du premier que du second, puisqu'elle tend, comme le premier, à utiliser autant que possible les peuplements existants, pour la régénération naturelle, tandis que le second système fai peu de cas des ressources qu'on en pourrait tirer sous ce rapport *.
Il est incontestable qu'au point de vue cultural, la substitution des repeuplements artificiels aux repeuplements naturels est regrettable. Les exigences du rapport soutenu et l'avantage d'une création plus rapide des classes d'âge qui constituent une forêt normale, ne la justifieraient pas sufiisamment à mes yeux; et d'ailleurs, puisque la méthode mixte de transformation que nous avons examinée en dernier, tient compte dans la mesure du possible, et de ces exigences, et de cet avantage, il ne saurait y avoir d'hésitation à l'adopter. Comm^ celles qui ont été décrites auparavant, cette dernière méthode repose sur la supposition que le taillis composé à convertir, contient non-seulement de nombreuses réserves, mais, encore un sous-bois vivace, riche en essences de bonne qualité, complet, susceptible de coopérer tôt
4 . M. Puton, professeur à TËcole forestière de Nancy, a fort bien expliqué et justiâé cette méthode, qu'il appelle la méthode mixte dans son livre sur Taménagement des forêts. (Rothschild, éditeur )
OU tard, dans une forte proportion, à la régénération de la forêt par les semences. C'est cette dernière circonstance qui motive surtout les coupes préparatoires et la cessation la plus prompte possible dès coupes de taillis. Lorsqu'elle fait défaut, les coupes préparatoires n'ont plus autantjde raison d'être, et ce n'est plus dans le même but que l'on supprime les coupes de taillis. Or, tous nos taillis sous futaie ne se trouvent pas dans des conditions satisfaisantes au double point de vue de la consistance de la réserve et de celle du sous-bois. L'application des combinaisons dont j'ai décrit le mécanisme rencontre donc souvent des exceptions. Je vais en examiner quelques-unes :
Règlement général des exploitations lorsque les taillis à convertir
sont iiTéguliers et incomplets.
J'appelle irréguliers les taillis composés qui s'éloignent de l'état normal, soit parce que les réserves en chêne et en hêtres de toute catégorie , n'y sont point également réparties, soit parce que le sous-bois y est principalement formé d'essences secondaires. Ces taillis peuvent être complets ou incomplets : complets, quand ils ne présentent ni vides, ni clairières, ni peuplements ruinés; incomplets, quand ils en présentent.
Supposons que l'on ait à convertir un taillis com-
posé complet, mais dans lequel il y a les anomalies
suivantes :
Les réserves en essences d'élite, assez nombreuses dans quelques parcelles, sont rares dans les autres. Le taillis dont le charme et les bois blancs forment les essences presque exclusives, surtout dans les coupes les plus âgées, sont garnies dans les jeiines , et en assez grande quantité, de brins de hêtre et de chêne qu'on pourrait encore sauver, en les dégageant des rejets qui les dominent. Le sol est d'ailleurs partout de bonne qualité.
En présence de cette situation, c'est surtout d'après l'âge et le nombre des réserves que contiennent les parcelles que Ton se sera guidé, toute satisfaction ayant été d'ailleurs donnée aux règles d'assiette, . pour composer les affectations, et, par conséquent, on aura mis dans la première affectation les parties les plus riches en vieux arbres. Les jeunes coupes ou il y a beaucoup de brins de hêtre et de chêne auront été glacées autant que possible dans la dernière, et les autres coupes formeront les affectations intermédiaires.
Les affectations étant ainsi constituées, on adoptera une révolution préparatoire juste assez longue pour qu'à son expiration Ton puisse, avec les taillis de charme et de bois blancs de la première affectation, faire de bonnes coupes d'abri; et tandis qu'on se bornera juiâque-là à exécuter dans cette affectation des coupes préparatoires, on s'efforeera de dégager, au moyen de nettoiements fréquents, les brins de
chêne et de hêtre de la dernière, et on continuera de couper en taillis les autres affectations en commençant par la deuxième. Il n'y aurait en effet aucun avantage pour la régénération naturelle à soumettre immédiatement les affectations intermédiaires à des coupes préparatoires, puisque Ton n'attend rien pour le repeuplement, des semences que pourraient donner les taillis qui les composent ; on aura le temps de préparer la deuxième affectation pendant qu'on régénérera la première.
Si les réserves étaient partout nombreuses, mais âgées, les autres conditions restant les mêmes, on ne mettrait encore en préparation que la première affectation ; mais îl faudrait repéter les nettoiements dans les autres et surtout dans les dernières très-fréquemment, et y conserver tous les brins d'essences d'élite, dût-on entraver la reproduction des rejets, compromettre par conséquent la conservation du taillis, et se condamner à raccourcir la durée de la première révolution principale; l'essentiel serait d'utiliser les réserves avant leur complet dépérissement r ces réserves ne seraient abattues que lorsquelles menaceraient de tomber de vétusté, ou lorsqu'elles surmonteraient de jeunes semis.
Si , au lieu d'un taiflis exclusivement composé d'essences secondaires, on avait un taillis dans lequel ces essences seraient entremêlées de bois précieux dominants par place ; alors il conviendrait, pendant qu'on préparerait la première affectation et qu'on dégagerait les jeunes brins dans la dernière, de préparer
aussi la deuxième, et peut-être même la troisième, ce qui n'empêcherait pas quand on y rencontrerait des taches de bois Wancs à l'état pur, de receper à blanc étoc ces bois blancs, toutes les fois qu'il ne pourraient rester sur pied jusqu'à l'époque où l'affeclafion dont ils feraient partie arriverait en tour de régénération. Ce recepage, qui ne serait qu'un pis aller, n'autoriserait pas à dire qu'il faut continuer le taillis dans ces affectations-là.
Supposons maintenant que Ton ait à convertir un taillis sous futaie irrégulier et incomplet en ce sens, qu'indépendamment de la mauvaise qualité des essences sur beaucoup de points, il présente des lacunes, des vides, des peuplements sans avenir. Ici, de nombreuses mais vieilles réserves recouvrent des cépées de bois blancs clair-plantées ; là, le taillis est assez serré et riche en bois durs, mais les souches sont usées, et les réserves font défaut; enfin, sur la plus . grande étendue il n'y a que des vides, des clairières et des broussailles sur un sol appauvri.
On voit tout de suite que la transformation d'une telle forêt n'exige pas de révolution préparatoire : il faut se servir sans délai des vieux arbres pour la régénération naturelle, se préoccuper d'utiliser les taillis de bois durs dans le même but, et donner le plus tôt possible au sol des parties ruinées, un couvert qui lui rende la fertilité qu'il a perdue. On assignera en conséquence le n"* 1 à l'affectation la plus riche en réserves, et on y prescrira immédiatement des coupes de régénération avec enlèvement des bois
blancs par extraction de souches. Les taillis de bois durs placés dans la deuxième e^, s'il y a lieu, la troisième affectation, seront améliorés pendant la première période, par les moyens qu'on jugera les plus convenables; les vides, les clairières, les broussailles, rejetés dans les dernières affectations , seront les uns repeuplés, les autres complétées ou régénérées avec des essences peu exigeantes et choisies en vue plutôt d'améliorer le terrain que de se procurer des produits. Les coupes de taillis arrêtées partout, seront remplacées par des recepages qui marcheront d'autant plus vite, que les moyens d'action dont on disposera pour les repeuplements artificiels, seront plus énergiques; car les rapailles elles-mêmes ne devront être coupées, que lorsqu'on sera en mesure de les remplacer par un couvert plus utile.
Je pourrais faire beaucoup d'autres hypothèses qui motiveraient aussi des exceptions aux règles que j'ai posées, mais je ne le crois pas nécessaire. J'en ai dit assez pour montrer que dans la transformation d'un taillis irrégulier et incomplet en futaie pleine, les dispositions à prendre dépendent surtout du nombre, de l'âge, de l'état et de la répartition des réserves; que le sous-bois a généralement peu d'influence à ce sujet, et que son exploitation doit être subordonnée complètement aux exigences de l'amélioration du sol et à celle de la propagation des essences d'élite. On voit donc que le succès de Topération repose beaucoup moins sur l'habileté des agents aménagistes, que sur celle des agents d'exécution.
En résumé, dans les conversions des taillis composés, comme dans les aménagements des futaies irrégulières en futaies pleines, le but que l'on se propose étant de créer les classe d'âge indispensables, pour que Ton puisse retirer d'une forêt le rapport annuel le plus avantageux, il importe tout d'abord, dans un cas comme dans l'autre, d'assigner à ces classes d'âge la place qu'elles occuperont plus tard ; puis, les affectations étant déterminées,' on doit chercher à régler leur exploitation de manière à accélérer autant que faire se pourra la régénération de la première affectation, et à accumuler dans les autres affectations, pour l'époque à laquelle elles arriveront en tour d'exploitation principale, le plus d'éléments possible de régénération naturelle.
Qu'on s'occupe en outre à retirer d'ici là le plus grand produit de ces affectations, rien de plus légitimé, pourvu que le résultat essentiel à poursuivre ne soit pas compromis, et c'est dans cette condition que réside la difficulté de la transformation.
Xes procédés de culture à appliquer aux affectations, en attendant que leur tour de régénération en futaie soit arrivé, sont uniformes dans les forêts régulières : il n'y- a que des nettoiements ou des éclaircies à faire. Dans les taillis composés en conversion, surtout lorsque ces taillis sont irréguliers, ces procédés sont variables et multiples : suivant les circonstances, on peut avoir à faire une coupe de taillis, un recepage, une substitution d'es^sence, un nettoiement, une éclaircie, une coupe préparatoire, une
simple extraction de vieux arbres. Mais cette différence entre le traitement d'une forêt régulière et c^ui d'un taillis sous futaie en conversion, quelles que soient la consistance et la composition de ce dernier, ne change rien aux dispositions essentielles du plan d'exploitation et à la forme des tableaux qui le résument. Ces tableaux, dont on a vu les modèles pages 318 et 523, peuvent servir à tous les cas. Toutes les foî§ qu'une affectation devra être exploitée systématiquement en taillis pendant une ou plusieurs périodes, on la fera figurer, çur le tableau général, dans la colonne des coupes de taillis. Toutes les fois au contraire gu'elle ne devra être exploitée en taillis qu'exceptionnellement et incomplètement; que ce mode ne sera qu'un pis aller, un expédient auquel il serait possible et désirable qu'on ne fût point obligé de recourir, on ne fera pas de distinction entre elle et les parcelles qui devront être améliorées, et on l'inscrira dans kt colonne des coupes d'amélioration, afin d'éviter de lui donner une destination qui pourrait être démentie par les circonstances. On se bornera à indiquer dans" la colonne d'observations le traitement dont il y a probabilité qu'elle devra être l'objet. Rien de plus simple, n'est-ce pas? mais cependant pour qu'il n'y eût aucune confusion dans le tableau des exploitations et que le roulement des coupes de diverses natures s'y reconnût, s'y distinguât clairement, il faudrait que la durée de la rotation pour, chaque catégorie de coupes, fût une partie aliquote de la période. Or il est difficile que cette condition puisse
être réalisée pour toutes les coupes, et qu'une rotation ne soit pas à cheval sur deux périodes. L'important est que celte irrégularité n'existe pas pour les coupes les plus essentielles et surtout pour celles de taillis. Nous avons déjà reconnu qie lorsque, cas trèsrare d'ailleurs, il était possible et il convenait de former une série de coupes de taillis par affectation , on ne pouvait guère se dispenser de donner à la période une durée au moins égale à la révolution du taillis. Lorsqu'on ne cherche point à former une série de coupes de taillis par affectation, l'utilité d'avoir une correspondance complète entre la durée de la période et la périodicité des coupes de taillis est moindre; mais il convient alors, sous peine de n'éviter une confusion que pour tomber dans une autre, d'exploiter les coupes de taillis à un âge qui soit divisible par le nombre des affectations dans lesquelles ces coupes seront assises. Dans tous les cas, on se rappellera que la durée de la période normale ne doit être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie qui en sont la raison d'être, et qu'il y aurait de grands inconvénients à ce qu'on s'écartât de celte règle sans modération; de sorte que si le taillis devait êlre coupé h S6 ans, tandis que la période, eu égard aux exigences de la régénération, ne devrait embrasser que 30 ans, il serait tout à fait irrationnel, pour satisfaire à de pures et temporaires convenances de forme, de porter la période à 36 ans.
Ces principes trouvent leur application quand on dresse le tableau des exploitations à faire pendant la
révolution principale* En ce qui concerne le tableau des exploitations pendant la révolution préparatoire, les mêmes diflScultés ne se rencontrent pas, puisqu'il n'y a à faire que des coupes par contenance et que la périodicité de ces coupes est la seule circonstance qu'il y ait à considérer, quand il y a lieu de partager la révolution en un* certain nombre de subdivisions. •
ARTICLE IV