‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 3)Chapitre 74 sur 92 · OBSERVATIONS. PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS. PRELIMINAIRES

Toutes les réformes que comporte raménagement d'une forêt ont pour but l'amélioration de cette forêt, et, en conséquence , la formation du plan d'exploitation lui-même devrait rigoureusement et logiquement être rangée parmi les améliorations, et être traitée dans la même étude. L'aménagement ne comprendrait alors que deux parties principales : l'une pour la statistique, l'autre pour les améliorations. J'ai cru devoir cependant consacrer une étude spéciale au plan d'exploitation, parce que cet' objet était susceptible de longs développements et qu'en outre il se distingue des autres améliorations, en ce sens qu'il tend surtout à modifier, non pas les choses elles-mêmes, mais la manière de les utiliser; tandis que les améliorations proprement dites portent principalement, et souvent exclusivement, sur les choses

et sur les modifications qu'il serait utile d'y appor-, ter.

En parcourant successivement tous les articles de la statistique, on reconnaîtra facilement quels sont les points sur lesquels des améliorations seraient opportunes.

S'il résultait par exemple du cahier descriptif de ^ la statistique, que les limites sont en mauvais état, on proposerait de les réparer, et on ferait connaître la dépense que ce travail nécessiterait.

S'il était constaté que le gibier fait beaucoup de ' tort à la forêt ou aux cultures environnantes, on indiquerait les mesures à prendre pour y remédier.

Si le débit des bois exigeait l'établissement de nouvelles scieries, la réparation des anciennes, on dresserait le devis de ces travaux.

Je ne saurais prévoir ici toutes les imperfections, toutes les lacunes qui pourraient exister dans une forêt, et qui devraient faire l'objet de propositions spéciales tendant à les réparer. Je me borjierai à donner quelques courtes explications sur les travaux dont l'utilité est la plus grande et l'opportunité la plus fréquente. Ces travaux sont relatifs au sol, au peuplement, aux moyens de vidange, à la conservation et à l'entretien de la forêt.

/iOO AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

ARTICLE IL

AlléLIORATI01IS RELATIVES AD SOL.

Dans r agriculture proprement dite, on améliore le sol par divers moyens et principalement par les amendements et les engrais artificiels. En sylviculture, les amendements et les engrais doivent être le résultat de la culture elle-même; c'est l'humus qui les constitue. Les expériences, très-peu nombreuses d'ailleurs, qui ont été exécutées pour démontrer les avantages de l'introduction dans les forêts de substances minérales particulières, ne paraissent concluantes ni au point de vue cultural ni au point de vue économique. On a essayé aussi de constater le bon effet des irrigations sur les bois, et on a obtenu de magnifiques résultats comme rapidité d'accroissement ; mais on ne connaît pas l'influence de ces irrigations sur la quîilité des arbres, et on n'a pas non plus établi la balance entre le profit et les frais de ce moyen artificiel d'amélioration qui, dans tous les cas, ne saurait être praticable que très-exceplionnellement K

Je pense donc qu'en ce qui concerne le sol, l'amélioration la plus recommandable est. en définitive

4. Il faudrait les multiplier. M. Chevandier a publié à ce sujet, sur Teffet des irrigations et d'autres points impor'.ants d'économie forestière, des mémoires intéressants, que mes lecteurs connaissent sans doute.

DES AMÉLIORATIONS. /jOl

Tassainissement. Tout le monde sait que dans les ierrains trop humides, les arbres sont d'une qualité ti ès-inférieure ; que les graines pourrissent et qu'en conséquence le repeuplement naturel ne se fait pas.

Dans les propositions qu'ils auront à présenter ii, ce sujet, les agents aménagistes indiqueront les cantons et les parcelles où des fossés d'assainissement seraient nécessaires, les dimensions et la direction qu'il conviendrait de donner à ces fossés, et enfin les dépenses approximatives qu'entraînerait leur exécution.

ARTICLE m.

AMÉLIORATIONS RELATIVES AO PEUPI.EWKNT.

Les agents chargés de l'aménagement sortent de leurs attributions lorsqu'ils s'avisent de donner des instructions, sur la manière de procéder aux semis et aux plantations. Leur lâche se borne à indiquer les parcelles et les époques ou les repeuplements artificiels doivent être efi'ectués, et les frais auxquels ils donneronU-lieu.

Il semblerait naturel, au premier abord, de prescrire le repeuplement immédiat de tout vide existant dans la forêt. Toutefois, une semblable prescription pourrait entraîner de graves inconvénients, d'abord à cause des dépenses quelle occasionnerait, et ensuite à. cause des conditions défavorables dans les-

602 AMÉNAGKMENT DES FORÊTS.

quelfes serait fait le repeuplement des vides compris dans les affectations interméd'ïaires.

C'est donc seulement cians les affectations des périodes extrêmes^, qu'il est toujours opportun d'effectuer immédiatement le reboisement des vides. Pour Fa première affectation , cette opportanifé est évidente. Pour la dernière, elle n'est pas moins sensible, puisque cette affectation ne contient q«e de jeunes peuplemenis avec lesquels ceux qu'on aura créés ne tarderont pas à s'harmoniser.

Quant aux: affectations d€s périodes intermédiaires, le reboisement des vides qu'elles renferment est loin d'être aussi urgent, et souvent môme il peut être impraticable immédiatement à cause du couvert des arbres voisins. Cependant , s'il y existait de grands espaces dénudés, il conviendrait de chercher • à les utiliser en y implantant des essences susceptibles d'être exploitées, à l'époque où l'affectation dont elles feraient partie arriverait en tour d'exploitation.

Les anénagîstes pèseront ces considérations et feront connaître en conséquence, par rang d'urgence, la situation, l'étendue, et les frais probables des repeuplements artificiels à faire dans le cours de la première période.

Mais s'il est nécessaire de créer des peuplemenis artificiels dans une forêt, il' est également nécessaire d'y créer des pépinières, à' moins que les années de semence n'y soient fréquentes et les semis- faciles, ce qui est exceptionnel pour les bois di.irs.

Les aménagistes auront donc à désigner les endroits où ces pépinières devront être établies , la contenaace qu'on leur donnera et les frais qu'elles occasionneront.

ARTICLE IV

ÂMÉLIOEATIONS HELATIVES AUX VOIES DE ViDAKGK.

La tendance de 1 honmie sur cette terre est d'agrandir incessamment son empire sur la matière. Un économiste a dit avec raison que l'industrie, c'était le développement de l'homme, l'émission de 'sa pensée. En effet, un produit industriel quelconque n'est pas autre chose que l'expresirion matérielle, la matérialisation, qu'on nous pardonne ce néologisme, de cette pensée.

Mais poui* approprier ainsi tes choses à ses besoins, il faut ou aller à elles, ou les faire venir à soi. Le premier cas se piésente dans l'enfance des sociétés. L'homme va planter sa tente sur les points qui lui offrent le plus de ressources. Ces ressources épuisées, il va se fixer sur un autre point. Tant qu'il est condamné èi celte vie errante, il progresse peu. Les Arabes nomades en fournissent la prea^e ; mais dès qu'au moyen des voies de transport, il est parvenu à déplacer les choses, son développement marche rapidement, et le beau idéal serait réalisé si, par des procédés quelconques, il pouvait grouper autour de son habitation tous les matériaux propres à satisfaire

àOli AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

ses besoins, ses goûts, ses désirs. Malheureusement, il est bien éloigné de ce beau idéal, surtout pour ce qui concerne les bois. Non-seulement nous avons encore en France des forêts que Ton ne peut pas exploiter, mais dans celles que l'on exploite, l'absence ou l'imperfection des voies de vidange oblige de carboniser ou de façonner sur place une grande partie des produits, afin de réduire autant que possible leur volume et leur poids *. Or, la cafrbonisation est une manière encore barbare d'utiliser le combustible ligneux, et le façonnage en forêt fait courir au fabricant le risque de ne pas donner au bois la forme qui conviendrait le mieux au consommateur.

Sur les chemins vicinaux ou d'exploitalion, les frais de traction par voiture peuvent être évalués, en moyenne, à 7 fr. 50 c. par mètre cube de bois, pour une distance de 90 kilomètres. Il en résulte que si le mètre cube est estimé dans la coupe 40 fr. pour le bois de service et 10 fr. pour le bois de chauffage (à raison de 2 stères de 5 fr. chacun par mètre cube), le montant des frais dont il s'agit est à la valeur du mètre cube de bois de service dans la proportion de 18 pour 100, et à celle du mètre cube de bois de chauffage dans la proportion de 75 pour 100, de

4. La p)lus grande partie des bois de construclion que nous recevons de Tétranger, et nous en recevons chaque année pour près de SlOO millions de francs, se consomment dans le Doubs, le Jura, le Haut et le Bas-Rtiin, c'est-à-dire dans les départemenls les plUâ boisés. (Note de la 2* édition.)

sorte que quand le lieu de consommation est à 30 kilomètres de la forêt, il n'y a plus aucun profit à y transporterie bois de chauffage.

On estime que les frais de transport entrent en moyenne pour moitié dans le prix du bois rendu au centre de consommation, et comme on a calculé, d'autre part, que ce prix, s'élevait par année, 'à la somme de 500 millions, il en résulte que le transport des bois, dans notre pays, occasionne une dépense annuelle de 250 millions. On voit par là combien la société est intéressée à l'amélioration des moyens d'exportation des produits forestiers. Quand on a élevé une statue à Jean Rouvet, l'inventeur du flottage sur la Cure (Yonne, 1549), on a reconnu et récompensé un des plus grands services qu'un citoyen pût rendre à son pays.

En définitive, les voies de transport font évidemment défaut aux bois, et pourtant ils en ont un plus grand besoin que les autres produits ; d'abord, parce qu'ils sont plus éloignés des populations ; ensuite, parce que les forêts ne sont pas susceptibles de se grouper comme les cultures arables autour des habitations. Et s'il est vrai qu'à raison du morcellement des héritages, une grande partie des productions de la terre est consommée par les cultivateurs euxmêmes, il n'en est pas de même pour les bois, dont la moindre part au contraire reste au propriétaire ou au régisseur..

De toutes les voies qn peuvent servir au transport des bois, celle qu'il conviendrait surtout d'amé-

liorer, c'est Je cours d'eao. Un cheval traîne péniblement 1,000 kilogrammes sur une bonne route. D'après M. Michel Chevalier, tin homme en tire aisément 450,000 sur un canal. Cet exemple suffit pour pTOnver Timmense utilité qu'aurait l'appix^priation de nos cours d'eau au transport des bois et pour justifier les regrets que doit inspirer notre négligence à œt égard.

La ïrance ne possède que 14,000 kiloniètres de cours d'eau navigables, et sur les canaux, le Iraosport des bois est entravé par l'étroitesse des biefs, d'une part, et l'énormité des tarifs, de Taulre. Quant aux corars d'eau flottables, qui pour la vidange sont d'une si grande ressour-ce, c'est à peine si on en compte 3,000 kilomètres. Cette siUiation est assurément bien misérable, et, avouons-le, inexcusable^ clans un pays qui, BOUS le rapport hydrographique, a été si admimblement doté.

Le perfectîonnernent des moyens de ^idangêest donc une des amélioratioins anaïq^xelles les agent"» cteirgésde faire l'aménagement d'une foi^t, doivent accorder leiplus d'afttentiOT.

Àpnès avoir «xposé rinsuf finance de ces moyens, ils indiqueront toutes les mesures qu'iJ y aurait à prendre powr y r^nédier.

Ces mic&ures consisteront pour les 'routes et cbemjns : 1° daoas ia rectiftcation ou k répafatfon des voies' existantes ; 2^ dans la création de voies nouvelles, s'il y a lieu.

Dans Kun comme desm l'autre cas, fl faudra ré-

diger un avant-projet des travaux à faire; fixer la direction et les principaiux poktâ de pa^^sâge des voies nouvelles; indiquer la largeur et la peirie qu'il conviendra de leur donner ; juetifieir Jeur ulilité fct pour cela montrer qu'elles seront susceplibtes de satisfaire à toutes les exigentces de la vidange; <il ahlir leur degré d'urgence, d'après la marclie des e)kploil}atioins; dresser eu fin un devis approxiniatifile la dépCiiiLse que les travaux nécessiterocnt.

Ea ajoutant l'intérêt du ca^pital enaployé à l'exécution de ces travaux, aux fraies annuels -que leur entj:eliefl réclamera, et en retrancliaiit c^iie ôomme de celle représentant l'économie que les travaux pern>ettront de réaliser s«r le coût du transport, on aura la mesure exacte des avantages qxjte l'Etat en retirera.

Je dis l'Etat, car s' iJ s'agissait d'un auire.pTOpriétaire, le bénéfice que les chemins seraient susceptibles de lui rapporter, ne se calculerait pas de la même façon. Ce qu'un particulier poursuit en effet exclusivement quand il ouvre un chemin pour la vidange de ses coupes, c'est l'augment-ation du pi'ix de ses bois sur place. Il spécule donc sur cette considération qu'à raison de la diminution des frais d'extiTaction, les adjudicataires lui donneront un prix pliQS élevé de sa obose!; mam la dimifiutioQ des frais de transport, qmi <e»t le résultat nécessaire de )la ^ créatio© d'un ohemin, ne touroe pas toujorairs seulemeM au bénéfice du propriétaire^ ii y>6n a uaeipart p\xss ou ai;eins grande Ûcmi profita te 'consommateur,

quand elle a pour effet de rendre le bois moins cher; or, cette part, qui ne constitue pas un avantage pour le particulier, en constitue au contraire un pour rÉtat ; car son intérêt ne se sépare pas de celui du consommateur.

Si Ton a le choix entre plusieurs voies et qu'on veuille comparer leurs avantages respectifs, on se rappellera que le prix de Tusage d'une voie dépend de trois éléments : 1° les frais de construction de la voie ; 2* les frais d'entretien ; 3** les frais de traction ou le prix de la force motrice.

L'effort pour tirer 1000 kilos est de J8 kilos 50 sur une bonne route, tandis que sur un chemin de fer il est de 5 kilos 34 seulement; mais la construction d'une bonne route coûte à peine 20,000 fr. par kilomètre, tandis qu'un chemin de fer coûte 4 à 500,000 fr. pour la inême distance.

ARTICLE V

Page 1