‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 38 sur 112 · RER · texte numérisé non relu

RER

+. On a souvent défini exploitabilté dont ils agit: : lexploitabilité relative à la rente la plus élevée. :

J'adopterai aussi cette définition, quoiqu Folle ne soit peut-être pas irréprochable.

. Ce qui caractérise l'exploitabilité qui va faire l'objet de. notre examen, c'est donc l'intervention de ce apitale parmi: les éléments à prendre en ral ion, quand on veut déterminer l’âge auquel t‘d'abattre des bois. Nous ne nous sommes scupé que du produit, sans songer à l’agent délgirodnetion et au prix qu'on y attache dans les transactions commerciales; or, cet agent a, comme les autres capitaux, une valeur commerciale, et il ne saurait dès lors être négligé par le spéculafeur qui se propose de fixer, pour l'exploitation d’un bois, l'époque: la plus favorable à ses intérêts.

-1de dis que les capitaux ont une valeur commerciale. Pour l'intelligence de ce que j'aurai à exposer relativement aux fonds-de bois, il est nécessaire de rappeler comment se constitue et fonctionne : cette vélos.

+ On désigne sous le nom de capitaux toutes es dhese, tous les objets qui servent ou qui contribuent à la production; ce sont donc en général des instruments de travail; leur valeur repose sur les services productifs qu'ils sont susceptibles ‘de rendre; elle s'établit, dans le commerce, en multipliant le prix

net de ces services par un facteur convenu. Ce fac teur varie suivant des circonstances nombreuses dont les principales sont la sécurité du placement et l'abondance des capitaux disponibles; mais il ne monte guère au-dessus de 40, tandis qu’il peut descendre beaucoup plus bas.

Les fonds de terre participent de la nature des capitaux, et dans le langage ordinaire, on s'accorde, à les ranger dans la même catégorie. |

Qu'est-ce que le profit net? — C’est l’excédant du produit pécuniaire sur les frais de production *, d'où il résulte que les capitaux dont les services productifs seraient juste suffisants pour couvrir les frais de production, n'auraient aucune valeur commerciale, ce qui, soit dit en passant, ne les empêcherait pas d’être souvent fort utiles. Ainsi, qn’on suppose un fonds de terre dont le produit suffirait à peine à l’entretien du cultivateur et de ses instruments de travail, il est clair que, commercialement, ce fonds sera sans valeur; mais dès qu’il y a un profit nét quelconque; la valeur capitale surgit, et pour l’apprécier, pour la déterminer, il n’y a qu’à multiplier ce profit par le facteur exprimant la relation convenue dont je viens de parler, la relation consentie entre le profit net et le prix de l’agent qui sert à le produire. Pour une terre arable, le profit net sera multiplié par 40; pour un bois, par 33; pour un capital

4. Il est bien entendu que dans ces frais est compris le bénéfice de l'entrepreneur, quand il y a un entrepreneur.

DE L'EXPLOITABILITÉ. 91 employé à l'armement d'un navire, par 15, elc. Ce profit net qui sert à l'évaluation des capitaux, indique en même temps ce qu'ils-coûtent à l’industriel qui ne demande que la faculté d’en user, et il porte alors le nom générique d'intérêt (comprenant le loyer, le fermage, etc.). On suppose en effet que ce profit net est la conséquence nécessaire de l’intervention, du capital, qu'il lui est, en quelque sorte, inhérent, et qu'il est dû, dès lors, au propriétaire, soit que celui-ci emploie lui-même son capital, soit qu’il le fasse fructifier par d’autres mains. Il se pourrait certainement que Femprunfeur ne trouvât point dans les services du capital qu'on lui aurait prêté, cet excédant qui constitue le revenu du propriétaire. Cela ne prouverait rien contre ce que j'ai avancé à propos des rapports qui existent entre les profits nets et les capitaux. Cela prouverait seulement que le capital dont il s’agit aurait été surévalué ou mal exploité. |

D'après ces considérations, la valeur d’un capital ne tiendrait pas à celle de ses parties intégrantes; elle serait intangible, extrinsèque, elle se lierait au . revenu; elle diminuerait et progresserait avec lui.

Il est cependant connu de tout le monde que la valeur commerciale d’une forêt, n’est pas toujours avec le revenu net qu'on en retire, dans le rapport adopté pour les placements de lespèce, et qu’elle dépasse quelquefois le chiffre que l’on obtient par la capitalisation de son revenu au taux desdits placements.

D'où cela provient-il? Comment concilier ce fait incontestable avec la proposition précédente ?

Essayons de répondre à ces questions :

Parce que le revenu net sert de fondement au prix que l’on attache à un capital, ce n’est pas nécessairement une raison pour que le revenu étant nul, les objets qui constituent le capital soient frappés de non-valeur ; ils ne le seraient que dans l'hypothèse

où ils ne pourraient être soustraits à la destination qu’on leur avait donnée, pour être affectés à un autre emploi. Voici des pierres, du fer, du bois avec lesquels on a construit une maison : si cette maison ne se louait à aucun prix, elle perdrait toute valeur comme cCapital-maison, capital immobilier; mais les matériaux dont elle se compose, séparés les uns des autres, rentreraient dans la catégorie des produits, reprendraient ainsi une partie de leur valeur primitive, et pourraient, sous une autre forme, naersererss comme capital.

Veut-on encore un exemple ? — I] nous est fbrbi par un bateau que l’on aurait transporté dans l'intérieur des terres. Sur le bord de la mer, ce bateau constituait un capital précieux; dans les conditions: où ‘on l’a placé, il a perdu comme D CRoM toute valeur, et, cependant, il est probable qu’on en tirera quelque profit en le dépeçant.

Les choses qui fonctionnent comme av peuvent donc avoir et ont en effet, presque toujours, une valeur propre, indépendante de celle qu’elles empruntent à leur fonction ; mais la première ‘est;

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ordinairement beaucoup plus petite que la seconde, ét, par conséquent, elle ne saurait exercer aucune influence sur le prix qu’on attache à ces choses dans les transactions commerciales.

Les bois seuls peut-être font exception à cette règle. ai-eb Bb: b 3 .. Si le fonds de bois était fixe, immutable, il est certain que son prix vénal se réglerait invariable- . merit comme celui des autres capitaux et particulièrement des fonds de terre, d’après son revenu net ; mais le fonds de bois peut, dans une très-grande mesure, être transformé : de fixe, il peut devenir circulant; d'immeuble il peut devenir meuble, et ces pro-. priétés qu'il possède à un degré exceptionnel, lui donnent une valeur intrinsèque, pour ainsi dire, indépendante du revenu qu’on en retire, et qui est sus- . ceptible de s'élever, au point-de dépasser le chiffre que l'on obtiendrait, en capitalisant ce revenu au taux des placements en bois. Comment. s'établit cette valeur? — C'est bien simple : d'après l'usage que. l’on ferait de la portion du capital que l’on . aurait mobilisée. On sait, par exemple, que l'intérêt des capitaux qui se prêtent dans le commerce aux mêmes conditions de solidité que celles des placements en bois, est de 3 pour 100. Eh bien! si le revenu net d'une forêt descendait au-dessous du profit qu'on retirerait de cette forêt, en transformant sa superficie en argent, il y aurait, à faire cette transformation, un nan aisément appréciable.

9h AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

Le point que j'essaye d'éclairer est véritablement la clef de la théorie de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée. Qu'on me permette donc d’insister, et de montrer en quoi la formation du capital-forêt diffère de celle des autres capitaux et notamment des fonds de terre.

Le propriétaire d’une terre arable Bépènsie ordi- . nairement, soit pour ses besoins, soit pour ses plaisirs, le revenu net qu'il en retire. Supposons, cependant, . que sa position de fortune et ses goûts lui donnent la possibilité et lui inspirent le désir de le faire valoir; supposons aussi qu’à raison de la solidité du . placement, il soit disposé à se contenter de l'intérêt qui correspond au taux des placements en fonds de terre. Pour parvenir à ses fins, il peut faire l’une des deux opérations suivantes : ou bien augmenter par une nouvelle acquisition l'étendue de ses propriétés, ou bien améliorer celles qu'il possède déjà. Il choisira probablement ce dernier moyen, parce qu’il est plus commode que l’autre, si en employant son revenu à des améliorations, il prévoit qu’il augmen-— tera son fermage d’une quantité égale à l'intérêt de . ce revenu ; et il continuera, chaque année, le même emploi, jusqu'au moment où l’augmentation du profit net cessera de compenser la perte d'intérêt du revenu.

À partir de ce moment, il cherchera pour ses épargnes une autre destination; il s’en servira, par exemple, pour augmenter Kétandiie de ses biensfonds.

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Le propriétaire d’une forêt ne doit pas agir différemment; pour lui, l'accroissement d’une année, c’est le revenu ; il ne consentira à l'immobiliser, à lincorporer au capital, que dans le cas où l’accroissement de l’année suivante lui offrira un dédommagement.

Jusque-là, les deux capitaux, fonds de terre et fonds de bois, donnent lieu à des spéculations iden-" tiques; mais ce qui distingue le fonds de bois de la terre arable, c’est que, dans celle-ci, le revenu incorporé au capital ne se retrouverait plus, si une augmentation proportionnelle du revenu net ne se produisait pas ‘ ; tandis que, pour le fonds de bois, il se conserve et se retrouve, lors même que son immobilisation ne procure pas les avantages qu’on en attendait. Le propriétaire d’une forêt ne perd dans ce cas que l'intérêt de son- revenu; seulement, il arrive que le rapport du revenu au capital engagé dans cette forêt, descend au-dessous du-taux des placements qui sont dans les conditions de solidité que ledit propriétaire recherche ; et dès lors il convient à ce dernier de distraire de son capital engagé toute la portion qu'il considère comme inerte, comme dormante, en ce sens qu'elle ne produit pas un revenu équivalant à l'intérêt qu’elle comporte. :

1. Jose affirmer qu'il n'est pas un champ en France qui vaille ce qu’il a coûté, qui puisse s’échanger contre autant de travail qu’il en a exigé pour être mis à l’état de productivité où il se trouve.

(BASTIAT, Harmonies économiques.)

Ces considérations générales prouvent que la valeur effective, réalisable, d’un fonds boisé peut : dépasser la somme qu’on obtiendrait, en capitalisant le revenu net de ce fonds boisé au taux des placements; elles prouvent que le rapport entre ce revenu et cette valeur peut être moins grand que celui admis entre les profits et les capitaux de l’espèce. Il existe, par conséquent, des fonds boisés dont il est permis de dire qu'ils ne rapportent que 2, que A pour 400. En existe-t-il qui rapportent plus de 3 pour 400, en supposant que 3 pour 400 soit le taux ordinaire des placements en fonds boisés ? — Non, car si en s'appuyant sur le bénéfice qu'il y aurait à soustraire une partie d’un fonds boisé à sa destination naturelle, on parvient, dans certaines circonstances, à faire accepter ce fonds boisé pour une valeur plus grande que celle qui résulterait de la capitalisation de son revenu net, on rirait évidemment au nez de l'acquéreur qui se-fonderait sur l'inconvénient pécuniaire qu’entrainerait ce changement de destination, pour payer un fonds boisé au-dessous desa valeur capitale.

En résumé, la valeur commerciale d’un fonds boisé peut se régler d’après un taux inférieur au taux de placement des capitaux de cette nature; elle ne peut pas se régler à un taux supérieur; et ce que je veux, en exposant la théorie de l’exploitabilité relative à la rente la plus élevée, c’est indiquer les moyens de faire fonctionner la propriété forestière, d’après le taux de placement qu'on accorde aux capitaux qui

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présentent les mêmes conditions de solidité et les mêmes avantages qu'elle.

Entrons maintenant en matière :

J'examinerai successivement l’exploitabilité .relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé, à un massif non aménagé, et à un massif aménagé.

un .

De l'exploïtabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé.

… Il y a deux suppositions à faire, savoir : 4° celle où cet arbre occuperait un terrain vague, inculte, qui lui offrirait gratuitement l’espace que réclamerait son développement; 2° -celle où il serait, au contraire, situé dans un champ sur lequel il ne pourrait pas s’étaler, sans diminuer proportionnellement l'étendue des cultures environnantes.

Première hypothèse. — L'arbre a atteint l’âge où il commence à avoir une valeur échangeable ; — il a quinze ans ;. doit-on le couper ou le laisser sur pied? — Dès que l’on pose cetle question, l’on admet, — chose essentielle, — que les conditions d’aisance du propriétaire lui permettent d'épargner au moins une partie de son revenu annuel, et que, s’il exploitait son bois aujourd’hui, ce ne serait pas pour en dépenser le prix. Ce qu'il cherche donc, c’est le placement le plus, avantageux, et il le cherchera jusqu’à ce que

les exigences de la vie l'empêchent de continuer ou le forcent de diminuer ses épargnes. |

Si son arbre reste sur pied pendant encore un an, par exemple, il acquerra une plus-value. Cette plusvalue sera-t-elle au moins équivalente au profit que lai procurerait une exploitation immédiate ? — C’est là ce qu’il veut savoir; il y parviendra en comparant la valeur nette que. son arbre serait susceptible d'acquérir dans un an à la somme représentant : 4° la valeur nette actuelle ; 2° l’intérêt de cette valeur pendant un an ; 8° la valeur, à un an, du jeune plant qui remplacerait l'arbre existant.

Si le premier terme de la comparaison était plus petit que le second, il faudrait en conclure que tout délai dans l’exploitation serait PIRE au propriétaire.

-Si les deux termes étaient égaux! le propriétaire ne trouverait aucun bénéfice à maintenir son arbre sur pied, mais il n’y perdrait pas. |

Enfin, si le second terme était plus grand que le premier, l'avantage du retard dans l’abatage de l'arbre serait évident.

Deuxième hypothèse. — Pour un arbre situé dans un champ cultivé, le raisonnement qui sert à la détermination de l’exploitabilité ne diffère du précédent que parce qu'ici la situation se complique d’une circonstance nouvelle : le préjudice causé aux cultures arables, préjudice qui s'agrandit chaque année. et qui peut se calculer d’après le loyer ou le fer= mage, le profit net enfin, du fonds dé terre que le

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développement des branches ou des racines de l’arbre enlève. successivement à la culture. Ce profit net doit donc être compris dans les déductions à faire subir au prix de l'arbre afin d'en avoir la valeur nette; et par conséquent, pour qu'il ne soit pas désavanlageux de retarder l'exploitation, il faut que la plusvalue résultant de ce retard soit équivalente, au moins, à l'intérêt de la valeur nette actuelle, augmenté de la valeur d’un jeune plant d’un an et de la somme exprimant le surcroît de préjudice causé aux cultures.

On obtiendraït plus rapidement la solution du problème en assimilant les valeurs nettes d’un arbre isolé, aux époques successives de sa croissance, à des rentes périodiques dont on chercherait. ensuite, par les formules connues, les capitaux. Au capital le plus grand correspondrait l'exploitabilité la plus avantageuse. | | 197

par ,

De l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un massif non aménagé.

Le massif peut être soumis à une longue ou à une courte révolution ; être destiné à subir des éclaircies, avant d'arriver au dernier terme de sa croissance ; ou, si la révolution est très-courte, être affranchi de ces exploitations intermédiaires.

Ce dernier cas étant le plus simple, c’est celui

dont nous nous occuperons d’abord ; mais l’analogie est complète entre un massif que l’on n’éclaircit pas et un arbre isolé, et l’on devine, par suite, que les éléments à apprécier pour fixer l’âge de leur exploitabilité respective, doivent être absolument les mêmes. L'exploitabilité du massif sera donc indiquée, comme celle de l'arbre isolé, par l’âge au delà duquel la plus-value résultant du maintien du bois sur pied ne serait plus égale à l'intérêt de la valeur mette actuelle, augmenté de la valeur de la première feuille ou des feuilles * qui se seraient accumulées, depuis l'exploitation, dans le repeuplement.

Si la révolution dépasse un certain âge, il conviendra d'effectuer des éclaircies périodiques dans le peuplement, et j'ai dit que les produits matériels de ces opérations avaient pour effet de rapprocher le terme de l’exploitabilité absolue, c’est-à-dire du plus grand accroissement moyen. Ils auront donc aussi sur l’époque de l’exploitabilité commerciale une influence, influence qu’on appréciera en ajoutant à la valeur nette présumée de la coupe principale le prix sur pied de chacune des éclaircies précédemment effectuées, augmenté de ses intérêts pendant le temps qui se sera écoulé depuis le moment où il aura été réa- . lisé jusqu’à celui où l’on cherche s’il serait utile de procéder à la coupe principale.

Qu'on se soit, par exemple, posé la question de

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