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il est encore nécessaire de se rappeler qu'il est avantageux seulement de retarder l'exploitation, quand l’on est autorisé à espérer que l'intérêt du produit réalisable, joint à la valeur de la première
feuille, trouvera une compensation ‘suffisante dans la
plus-value résultant de l’accroissement.
Négligeons, pour simplifier la question, la valeur de la première feuille, qui ne saurait exercer une influence importante sur la solution du problème, et dont labsence est même de nature à corroborer notre démonstration. Ne mettons dans la balance que
l'intérêt du produit réalisable, d’une part, et; de
l’autre, la plus-value résultant de l'accroissement. Supposons enfin que le prix du bois reste s rs quel que soit l’âge.
-N'est-il pas vrai qu'en suivant un arbre ou un massif dans ses développements annuels successifs, on observe que le sacrifice de l'intérêt auquel on se soumet, en retardant l'exploitation, est proportionnel à la somme des accroissements antérieurs ; tandis que la plus-value résultant de l'accroissement, au contraire, n'est jamais fonction que d’une année?
” Progressive d’abord, elle devient ensuite station-
naire, puis de plus en plus petite. En présence d’un préjudice, d’une perte, qui s’augmente en quelque sorte dans une progression géométrique, se trouve donc un avantage variable dans'des limites nécessairement étroites. Admettons, au reste, un instant, que l'accroissement annuel soit constant et représenté par 4, hypothèse d’autant plus acceptable que
l'erreur qu’elle renferme affecte également les deux termes de notre comparaison. L'arbre ou le massif qui vaudra À à À an, 2 à 2 ans, vaudra 400 à 100 ans; la plus-value annuelle sera toujours égale à l'unité, tandis que l'intérêt du produit réalisable, sera pour le massif de 400 ans, cent fois plus fort que pour celui de 4 an.
Mais si nous supposons actuellement que le: prix du mètre cube grandit avec l’âge, il est incontestable que l’écart éntre les deux facteurs de la comparaison en sera atténué. Pour que cet écart disparût complétement, il faudrait que le prix du mètre cube grandit dans une progression semblable à celle que suivrait l'intérêt des valeurs successivement accumulées, ‘ou, en d’autres termes, que le prix du mètre cube à 100 ans fût cent fois plus élevé que celui du mètre cube à 4 an.
En fait, la progression que suit le prix dé bois selon leur âge et leurs dimensions, est fort éloignée de celle qui aboutirait au résultat jee procure l'accumulation des intérêts. |
Ce que je viens de dire peut encore, et en deux mots, se démontrer de la manière suivante : s
Au lieu de considérer l'accroissement annuel, abstraction faite des accroissements précédents représentés par le bois sur pied, considérons-le dans son rapport avec ces accroissements.
Soit V le volume de l'arbre, a son accroissement-annuel, nson âge. Pour connaître le rapport à tant pour 100, on posera
| croissante : à 100 ans l'intérêt de V serait per :
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SpA j y > Mais a (nous supposons l'ac- 100 M5 100 Vn in.
de sorte que lorsque n sera > 100, le rapport sera < 1; or, le prix du bois ne changeant pas avec l’âge, l'intérêt qu’on obtiendrait de la réalisation du prix de l'arbre suivrait une progression semblable, mais en sens inverse, c’est-à-dire
\g a: 100 Lit=
croissement annuel constant) =-; 7; onadonc Tr
Donc, l'équilibre entre la plus-value de l'arbre laissé sur pied et les intérêts qu'on retirerait de sa valeur, ne pourrait être établi, que si l'augmentation du prix de cet arbre était suffisante, pour racheter la diminution du rapport de l'accroissement annuel à la somme des accroissements antérieurs :
L'échelle des prix, telle qu’elle est aujourd’ hui fixée par les transactions commerciales, ne saurait réaliser la compensation désirable ; mais comme elle exerce néanmoins une très-grande influence sur la fixation de l’exploitabilité commerciale, on commettrait de graves erreurs, si on ne la consultait pas
“ avec soin. La plus-value résultant des qualités plus
précieuses qu’acquiert le bois en vieillissant, n’est pas uniforme dans sa progression ; elle éprouve dés temps d'arrêt plus ou moins prolongés suivant les essences et les convenances industrielles ou commerciales ; puis, elle augmente brusquement. C’est une circonstance à laquelle il importe de faire beaucoup d'attention, Si les calculs relatifs à la recherche de l’âge
d’exploitabilité s’appliquaient par exemple à un de ces temps d’arrêt, ils pourraient conduire souvent à bâter l'exploitation; tandis qu'en prenant en considération l’époque plus ou moins prochaine où le bois serait devenu propre à une destination supérieure, on aurait peut-être trouvé dans les avantages de cette destination, une compensation plus que suffsante pour la perte résultant du retard de l’exploitation.
Citons un exemple : Les sapins qui ont moins de 0*",16 de diamètre au gros bout, ne sont guère propres qu'au chauffage, et s'ils ne devaient pas, en grossissant, acquérir, toutes proportions gardées, un plus grand prix, il est présumable qu’on ne les laisserait pas dépasser cette dimension; mais audessus de 0,16 et jusqu'à 0",22 de diamètre, ils prennent la qualité de chevrons, trouvent ainsi leur emploi dans les constructions, et empruntent à cette destination une valeur relativement plus élevée; plus "tard, quand ils dépassent 0",22, ils deviennent propres à faire des pannes simples, c’est-à-dire, des pièces plus recherchées, plus utiles que les premières et par conséquent, à volume égal, plus chères; ils ” demeurent dans cétté catégorie jusqu’à ce que leur diamètre atteigne 0",32. De 0",32 jasqu'à 0",36, ils sont comptés comme pannes doubles, c’est-à-dire, comme bois de grosse charpente, maïs ils n'ont pas encore atteint l'apogée de leur prix. Au-dessus de 0",36, ils servent au sciage, et c'est alors seulement que leur maximum de valeur et d'utilité est obtenu.
PER RRIE RETIRE
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Or, pour les conduire jusque-là, il est nécessaire de
lés laisser sur pied jusqu'à 80 ans environ. C'est ce que font les propriétaires des Vosges ; ils trouvent
dans l'augmentation du prix du bois, suivant les dimensions, un dédommagement, sinon une compensation, à la diminution du rapport entre le revenu annuel et le capital engagé. i
Je répéterai encore que tout ce que j'ai à dire sur l’exploitabilité forestière, est applicable aussi bien aux bois aménagés qu’à ceux qui ne le sont pas, et,
lorsque je néglige de choisir mes preuves dans les: | deux catégories, c’est que la démonstration ne me
paraît pas en avoir besoin. Mes observations relatives à l'échelle des prix me paraissent, cependant,
tellement importantes, qu’au risque d'être accusé de
rebattre toujours la même question et d'entrer dans des développements superflus; jen vérifierai ‘la j s justesse dans une forêt aménagée
Soit une forêt régulière exploitable dans une révo-
ution ‘de 25 ans: la. coupe: de 25 ans formera le
revenu; le peuplement des 2h autres coupes constituéra le capital superficiel. Si nous supposons que le
bois ne soit, jusqu’à 25 ans,.bon que pour le chauffage, mais qu'à 26 ans, il devienne propre à une.
destination supérieure, qu’en devra-t-on conclure? — On en devra conclure que, selon toute probabilité, il-serait avantageux d'augmenter d’un an l’âge de la révolution et de partager la forêt en 26 coupes au
heu de 25. Je dis, selon toute probabilité, car cette destination supérieure, qui ferait attribuer au bois
un prix plus élevé, n’affecterait nullement le capital superficiel, lequel resterait toujours propre au chauffage seulement, et elle porterait tout entière sur le revenu net annuel; d'où il résulterait que le rapport de ce revenu au capital superficiel serait augmenté.
3 L'exploitabilité relative à la rente la plis élevée, est d'autant plus près de coïincider avec l’époque .du plus grand revenu moyen, que l’intérét des placements en argent est moindre. |
. C'est une proposition que les emilie précé: dentes ont rendue évidente ; cependant, si quelquesuns de mes lecteurs n'étaient pas de cet avis, je les prierais de me prêter un moment d'attention.
On se souvient que l’exploitabilité qui procure le plus grand revenu moyen, est indiquée par l’année où l'accroissement annuel devient égal, en valeur, à l'accroissement moyen. On n’a pas ‘oublié non plus que, pour fixer l’âge qui correspond à l’exploitabilité commerciale, il faut rechercher l’année à l’expi-" ration de laquelle la plus-value, résultant de l’accroissement, serait équivalente à d’intérét : des accroissements antérieurs, augmenté.de la valeur de la première feuille, c’est-à-dire de la somme qui, s'ajoutant à elle-même d'année en année, et:croissant à intéréts, serait susceptible de reproduire, dans le même temps, la valeur nette de ces accroissements. Il y a là une équation dont le premier membre ne
présente qu’un terme : la plus-value résultant de
l'accroissement ; dont le second membre se compose
SRE ÿ : RES
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de deux termes : l'intérét des accroissements antérieurs et la première feuille. Si l'intérêt de l'argent était nul, le premier membre ne changerait pas; dans le second, le premier terme (intérêt des accroissements) disparaîtrait, et il ne resterait que la première feuille; mais, cette première feuille qui ne pourrait plus s’accroître à intérét, deviendrait tout simplement égale à la somme qui, s’ajoutant à ellemême, d'année en année, pendant la révolution, représenterait à la fin de cette révolution la valeur nette du bois exploitable. ; RE" La révolution étant exprimée par n, et | la valeur | nette, 8 Rois exploitable par P, la feuille serait
égale Ces , c’est-à-dire ‘au revenu moyen. L'exploi-
tabilité FERA serait, en conséquence ; indi+ quée par l’âge où la plus-value résultant de l’accroissement, plus-value qui n est autre.chose que la
… valeur de l'accroissement annuel, deviendrait égale *
* au revenu moyen. .. , .
On voit clairement, par Jà, que l'intérêt de l’argent étant réduit à 0, l’exploitabilité commerciale se confond avec eelle qui correspond au plus grand revenu moyen absolu.
La démonstration algébrique de ce théorème est d’ailleurs bien simple, et je vais la donner, quoique ces sortes de preuves soient loin de jouir aujourd’hui d’une grande faveur.
Appelons :
n, l’âge du bois dont on se demande s’il est bon de retarder l'exploitation : 7 a, la valeur de l'accroissement à # n + 1° année;
À, la valeur des accroissements antérieurs ;
+, la première feuille;
r, l'intérêt de la somme qu’on réaliserait en exploitant actuellement. . af
Pour qu’il ne soit pas avantageux de retarder l'exploitation, il faut que l’on ait :
(jr=Aa+ 9.
Cherchons la valeur de ®.
Cette valeur est celle qui, s’ajoutant à elle-même d'année en année, et croissant à intérêts, reproduirait,. à l’expiration de ces n années, Ja valeur À : nous avons donc (avec les intérêts composés):
R— | 2 $ 4 KE 14 n— tt =e(1+r) ; #4 se TA +.r) + (1 + n (1 +r) 41] u * ; 7 » 7 sir # d'où 9 = a - 2
LS 1 Aie À Mn +UFN HUF +4 Rémpläçant ® par sa valeur dans l'équation (4),
nous aVONS :
EP dr sà
En ++) CHU ENEL
Sans pousser plus loin la réduction, on voit que si r=0, Ar disparaît, et le dénominateur du 2° terme du second
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membre de l'équation devient égal à n, c’est-à-dire à autant sn l'unité qu'il y a d'années dans l’âge du bois,
ne de. pi
= C'est, par conséquent, lorsque la valeur de l’accroissement annuel est égale au revenu moyen des années antérieures, que l’exploitabilité commerciale se réalise, l'intérêt étant nul; mais le revenu moyen est maximum, quand il est égal au revenu annuel: donc, etc., ete.
ÿ - + calenis se faisaient aux. intérêts simples, on arri- FE au même résultat; car + deviendrait alors égal à À , HN 1) r HA HE) Es V+r+!
{Et l'on a :
#0 Lim DE PR mr Tr
‘équation qui se transforme encore, quand r = 0, en celle-ci :
Les forêts aménagées offrent mieux que les autres, les moyens de vérifier l'influence de l’abaissement de l'intérêt sur la fixation du terme de l’'exploitabilité relative à la rente la plus élevée. La seule circonstance qui soit de nature à engager les propriétaires à raccourcir la durée de la révolution, consiste, en effet; dans la possibilité de placer avantageusement,
. à intérêt, la somme qu'ils réaliseraient en diminuant
le capital superficiel; mais si cette possibilité leur était enlevée, ils ne se laisseraient évidemment guider dans la recherche de l’exploitabilité, que par le désir de retirer de leurs propriétés le revenu moyen absolu le plus considérable. J'ai montré, d’un autre côté, que c’est surtout à la supériorité que le capital superficiel, le capital réel, présente souvent sur le capital'obtenu en multipliant le revenu par le denier du placement, que l’on juge de l’opportunité et des avantages du raccourcissement de la révolution; or cette supériorité ne se présenterait jamais si l’intérêt de l'argent était infiniment petit, puisque alors les valeurs capitales deviendraient infiniment grandes,
La première partie de mon travail est terminée. Nous allons quitter le domaine de l'absolu, de la théorie pure, de l’abstraction, pour entrer dans celui de la vérité relative, de la pratique, de la possibilité des choses. On doit prévoir que, dans cette nouvelle voie, nous serons obligés de nous écarter plus ou moins de la ligne de conduite que nous aurions à suivre pour obéir rigoureusement aux principes qui ont été développés. L'essentiel est que nous ne les perdions jamais de vue : ces principes, je l'espère, n’en resteront pas moins recommandables. : Que dirait-on d’un voyageur qui, surpris par l’obscurité, s’aviserait de mépriser la lumière lointaine qui lui indique le.but à atteindre, parce que les accidents du terrain l’'empêcheraient de prendre, pour y arriver, la route la plus directe ? — On douterait de son bon sens. Semblables à ce voyageur seraient ceux quime
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reprocheraient le temps que j'ai consacré à la démonstration de certaines lois, dont les prescriptions ne pourraient être intégralement et rigoureusement appliquées. :
4 Parmi les circonstances qui nous forceront de modifier dans l’application les règles que nous avons __ posées, les plus importantes, peut-être, sont celles qui résident dans les conditions d'existence de l'homme, et particulièrement dans la courte durée de cette existence. Il en résulte que l'application d’un principe, d’une loi, d’une règle de conduite, bonne pour un temps donné, ne l’est plus quand on le dépasse. __ Les:mœurs, la législation, la constitution de la pro- , priété, exercent à cet égard une grande influence : elles peuvent plus ou moins reculer l’époque au delà de laquelle les appréciations humaines cessent de présenter un caractère suffisant. de probabilité, et tombent dans le domaine des futurs contingents.
Je me borne aujourd’hui à indiquer cette idée, à laquelle j'aurai souvent occasion de revenir.