‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 61 sur 112 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

DU PLAN D'EXPLOITATION DANS LES FUTAIES TRAITÉES PAR LA MÉTHODE DU RÉENSEMENCEMENT NATUREL ET DES ÉCLAIRCIES PÉRIODIQUES,

En continuant mon étude sur la formation du plan d'exploitation dans les aménagements de forêts, je crois devoir prévenir que l’on tirerait peu de profit de ce que j'ai.à dire sur les futaies, si l’on n’avait pas présents à la mémoire les principes et les considérations que j'ai développés, en traitant la même question pour les taillis. Je serai en effet obligé, d’abord, pour éviter des redites fastidieuses, et ensuite pour mettre en relief les points essentiels et * fondamentaux de l’opération qui va faire l’objet de ce chapitre, de sous-entendre beaucoup de points secondaires et beaucoup de détails qui ont été discutés dans le précédent.

Qu'on ne s’étonnne pas de cet avertissement; si

je me donne la peine d'écrire, ce n’est pas précisé-

ment pour les gens instruits, c’est pour ceux qui seraient embarrassés de donner une définition exacte et complète des mots série, affectation, classe d'âge, parcelles, etc., et qui procèdent à un martelage sans

se soucier d'autre chose que de ce qui se trouve dans l'enceinte de la coupe; sans songer qu'entre cette coupe et le surplus de la forêt, il existe’ une solidarité dont ils devraient tenir compte; sans se préoccuper enfin le moins du monde de subordonner leurs opérations à un plan d'ensemble, seul moyen pourtant de les faire concourir :à un même but. :

. Ces erreurs, profondément regrettables, seraient évidemment moins communes, si la notion du plan d'exploitation était plus répandue.

ARTICLE PREMIER

DES RAISONS CULTURALES QUI ,S OPPOSENT A CE QUE L’ON ADOPTE, pour LE TABLEAU DES EXPLOITATIONS DES FUTAIES, ÿ LE MÊME CADRE QUE POUR CELUI DES TAILLIS.

pa

Nous avons à régler la marche et là quotité des

exploitations d’une futaie, dont la contenance est de 200 hectares, dont les parcelles sont toutes exploitables à 400 ans ‘; nous avons sous les yeux le cahier de la description spéciale, et le plan topographique sur lequel chaque parcelle figure avec l'indication de son étendue et de son âge ; éssayerons-nous, et suffi-

4. Ce chiffre de 100 ans n’a aucune signification pratique. Il est évidemment trop faible pour la plupart des futaies, et on verra plus tard qu’il convient d’ailleurs d'adopter autant que possible pour la révolution un chiffre divisible par un grand nombre de facteurs. (Note de la 2° édition.)

rait-il, pour atteindre le but que nous nous proposons, de remplir un tableau semblable: à celui que nous avons dressé pour le:taillis simple et qui comprendrait, en conséquence, autant de colonnes qu’il y à d'années dans l’âge d’exploitabilité;: sas ce n-* revient au même, dans la révolution >: 2 tt Un semblable travail rencontrerait des difficultés mécaniques presque insurmontables, dans le grand nombre des colonnes entre lesquelles devrait se faire la répartition des parcelles ; mais il y atpour ne pas l’entreprendre une raison culturale péremptoire, raison qui consiste en ce que l’application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques ne pourrait se concilier avec un plan dans lequel la contenance, l'emplacement et l’époque des coupes annuelles, seraient :PTCHADIERERE et invariablement fixés. LL

Admettoôns en effet que surmontant les difiqule tés mécaniques de la:répartition des parcelles, on soit parvenu à classer ces dernières dans les cent colonnes du tableau d'exploitation ; supposons que, la gradation des âges étant parfaitement régulière et les conditions de végétation uniformes, on ait trouvé une égale contenance pour. le total de chaque! colonne ; faisons abstraction des règles d’assiette.

Nous serait-il permis d'affirmer, en présence de cet état de choses, que le plan d’exploitation ne laisse rien à désirer, et qu ‘il ne reste plus tits l'appliquer sur le terrain?

sue n'y serions nullement autorisés, et c'est ce

dont on s’assurera facilement, si on se rappelle, - d'une part, le troisième des principes que nous avons posés comme l’une des bases essentielles d’un bon plan d'exploitation, et, de l’autre; les règles de culture relatives au traitement des futaies destinées à être régénérées par les semis naturels.

: Que dit ce principe? — Que l’on doit établir pour la répartition des produits à réaliser, dans le cours de la révolation, un règlement qui, tout en.se cônciliant avec les exigences de la culture, soit de nature à assurer le rapport annuel soutenu.

Que disent ces règles ? — Que l’exploitation des ibénèifs à régénérer doit être faite en plusieurs fois, si l’on veut procurer d’abord l’ensemencement complet du terrain, placer les graines dans les conditions les plus favorables: à leur germination, et ne livrer ensuite les jeunes repeuplements aux influences de l'atmosphère, qu'avec les ménagements que réclame leur tempérament.

On ne saurait donc prévoir le nombfe d’arbres que l’on abattra dans la coupe d’ensemencement ; on ne saurail. préciser ni l’époque, ni l'importance, ni l'emplacement de la coupe secondaire et de la coupe définitive; on ne saurait enfin fixer le rang de chaeune des coupes de régénération, lui donner un numéro d'ordre et l’exploiter dans l’année correspondante; et, par conséquent, un plan: dans lequel ces différents points seraient arrêtés, violerait les règles élémentaires de la culture. Nous verrons plus tard que tous les efforts faits pour! concilier. ces: règles

avec le rapport soutenu et les avantages inhérents à la détermination, par contenance, des coupes annuelles, n’ont abouti et ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. Pour le moment, je me borne à constater qu'il n’est pas possible de régler d'avance dans une futaie, comme on a proposé de le faire dans les taillis, l’ordre dans lequel se succéderont les coupes principales annuelles, |

Ainsi, pas de doute à cet égard : le cadre adopté pour la formation du tableau d’exploitation des taillis, est inadmissible pour la formation du même tableau, dans les futaies traitées par la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques. Il est inconciliable avec les principes de la culture; surtout quand on les considère : dans ein application aux coupes principales. kg #8

ARTICLE II

DE LA DIVISION DE LA RÉVOLUTION PRINCIPALE EN PÉRIODES ET DU PARTAGE DE LA FORÊT EN AFFECTATIONS CORRESPONDANTES.

Le cadre: dont nous nous sommes servi pour dresser le tableau des exploitations du taillis simple offre cependant de grands avantages, auttriple point de vue de la simplicité, de la facilité et de la sûreté qui en résultent pour la marche de ces exploitations. Il est désirable, en conséquence, que l’on s’en écarte le moins possible dans la formation du ‘tableau

d'exploitation de la futaie, et que l’on y apporte seulement les modifications impérieusement commandées par l'intérêt de la conservation et de la régénération des massifs.

: Si lon ne peut prévoir l’année dans laquelle devra se faire l’une quelconque des coupes de régénération, sur un point déterminé, on peut, sans se tromper, assurer que cette coupe aura lieu dans une certaine période de temps.

: Étant donné un massif exploitable en vingt années, si on ne peut, sous peine de compromettre sa régénération, régler la contenance des coupes annuelles et fixer, en outre, l’ordre dans lequel ces coupes devront se succéder, on comprend qu’en laissant à un forestier expérimenté la faculté d’exploiter ledit massif de la manière qu'il jugera la plus convenable, il se charge de le sprl complétement dans le délai voulu.

1 Ceci admis, il s'ensuit que s’il n’est pas possible d'arrêter, dans le plan d'exploitation d’une forêt divisée en cent parties, exploitables en cent ans. l'ordre dans lequel ces cent parties devront être successivement exploitées et régénérées, il est permis de demander et de prescrire que l’on coupe et que l’on régénère, dans un certain nombre d’années, préalablement fixé et obligatoire, un même nombre de parties prises dans leur ensemble. :

Quel sera ce nombre d'années, quelle sera la durée de la période pendant laquelle l'assiette des coupes devra rester indéterminée ?

Ïl est aisé de le deviner:

Cette durée sera au moins égale au double de l'intervalle probable de temps qui séparera, pour un même point, la coupe d’ensemencement de la coupe définitive. Si cet intervalle est de 40 ans, la durée de la période devra être au moins de 20 ans; s’il est de 5 ans, la période pourra être réduite à 10 ans; s’il était égal à zéro, ce qui signifierait que, par une seule et même coupe, on pourrait enlever tous les arbres exploitables et assurer le repeuplement, la période deviendrait nulle, et la fixation par contenance des coupes annuelles, possible.

Plaçcons-nous dans la première. hypothèse d’un intervalle de 40 ans, entre la coupe d’ensemencement et la coupe définitive. Supposons aussi, pour : ne pas compliquer inutilement.la démonstration, que les coupes claires ou secondaires ne soient pas nécessaires, et que les arbres exploitables dans une contenance déterminée se distribuent par portions égales, entre la coupe d’ensemencement et la coupe définitive. Mettons-nous, enfin, en présence de la forêt que nous avons déjà prise pour exemple, laquelle serait une futaie partagée en cent parties, exploitables en cent ans. Cette année, nous nous transporterons dans la partie la plus âgée, et nous y procéderons à une coupe d’ensemencement ; mais cette coupe ne devant nous donner que la moitié des arbres que nous aurions à prendre, si nous n'avions à nous préoccuper de la régénération, nous comblerons Je déficit en pratiquant une autre coupe d’ense-

mencement sur toute la partie contiguë. L'année prochaine, nous ferons, par. des raisons analogues, lespremières coupes de régénération sur là troisième et la quatrième partie, et dans dix ans; c’est-à-dire à l’époque où nous pourrons revenir au point de départ pour commencer les coupes définitives, nous aurons les vingts parties les plus âgées de la forêt, à l’état de coupes: d’ensemencement. Or, il est clair que celles de ces vingt parties qui auront été mises les dernières en cêt état, ne pourront être exploitées définitivement que 40 ans plus tard, c’est-à-dire dans 20 ans. © … La durée de Wg période pendant laquelle l’assiette et la contenance des coupés resteront incertaines, dépend donc de la promptitude plus ou moins grande avec laquelle les peuplements sont susceptibles de se régénérer par les semences. Toutes les essences ne présentent pas, sous ce rapport, les mêmes propriétés. La nature: du climat et la qualité du sol:influent d’ailleurs beaucoup sur les repeuplements naturels. Toutefois, on peut porter en général à une douzaine d'années, en moyenne, le délai nécessaire pour la régénération suffisamment complète d’un peuplement quelconque, si l’on à soin, d’ailleurs, de venir en aide à la nature par des travaux intelligents. Les forestiers qui ne parviennent pas à obtenir des - repeuplements naturels, qui sont disposés à les croire impossibles, et qui en accusent la force des choses, devraient en accuser surtout leur incurie. Il est probable qu'ils changeraient d'avis s’ils prenaient quelques soins pour faciliter ces repeuplements par

des préparations de terrain faites ‘en temps opportun, etc. Au surplus, si, malgré toutes les précautions prises, il devait s’écouler plus de 10 à 12 ans entre la coupe d’ensemencement et la coupe définitive, je conseillerais de recourir alors aux repeuplements artificiels, afin de ne pas être amené à prolonger la durée de la période d'exploitation. En effet, il ne faut pas perdre de vue que tout retard dans la régénération d’un peuplement exploitable se traduit par une diminution dans le revenu, et qu'on méconnaîtrait les règles ‘ d’une saine économie, si on permettait que le chiffre de cette diminution pût s'élever au-dessus des frais qu'occasionnerait le semis ou la plantation du ane à régénérer ‘.

Une autre considération pour ne pas on au delà de 20 à 24 ans la durée de la période dont nous nous occupons, c’est qu'il convient de restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans les exploitations, des bois qui ne sont pas encore parvenus à l’âge d’exploitabilité,

À ces principes ajoutons-en un autre : il importe beaucoup que la période en question contienne un nombre d'années qui soit une partie aliquote de la révolution. S'il n’en était pas ainsi, on se verrait obligé d'adopter pour les périodes successives de cette révolution une durée inégale, et on s’exposerait dès lors; soit à rester en decà, soit à aller au delà du

1. Sur la durée de la période, voir la note au bas de la page 280.

terme reconnu le plus convenable, éu égard aux

exigences de la culture *.

Ces préliminaires posés, mes lecteurs doivent

maintenant prévoir quelles sont les modifications que

nous ferons subir au tableau d'exploitation du taillis, pour l’approprier à la futaie. Au lieu de dresser un cadre comprenant autant de colonnes qu'il y a d'années dans la révolution, et précisant la partie de la

forêt, la parcelle ou portion de parcelle à régénérer

chaque année, nous nous bornerons à ouvrir autant de colonnes qu’il y a de périodes dans la révolution, et à préciser la partie de forêt, les parcelles et portions de parcelles, à régénérer dans le cours de chaque période. Le plan d'exploitation ne fixera plus l’assiette et la contenance de chaque coupe principale annuelle; il fixera seulement l'assiette et la contenance des coupes principales, considérées en bloc, à faire dans chacune des-périodes de la révolution. La révolution principale étant, par exemple, de 400 ans, et le temps reconnu nécessaire pour régénérer naturellement le peuplement étant de 40 ans, il ne s’agit plus de former un plan qui fournisse, chaque année, une coupe dont le produit

- soit constant ; il s’agit d'en former un qui partage

la forêt en cinq parties, exploitables chacune dans une période de 20 ans, et qui soient telles qu'on

4. Quand nous aurons à traiter des conversions, on verra qu'il est utile en outre que la durée de la période soit divisible par le nombre des périodes, et en général par le plus grand sapin de facteurs possible. (Note de la 2° édition.) «

en obtienne autant que possible des produits égaux.

Ces parties de forêt à régénérer successivement dans les périodes d’une révolution principale ont reçu le nom d’affectations. On les distingue l’une, de l’autre par un numéro d'ordre différent, selon qu’elles correspondent à la première, à la deuxième, etc., ou à la dernière période, et on donne aux parcelles une désignation définitive qui permet, au moyen d’un indice numérique, de reconnaître à quelle affectation elles appartiennent ‘.

1. Quand les idées que je viens d'exposer sur la formation des affectations ont été publiées pour la première fois dans les Annales forestières, elles ont soulevé des objections. Voici ces objections et la réponse que j'y ai faite. On verra que je suis d'accord avec mon contradicteur sur l'influence que peuvent avoir les coupes secondaires en ce qui concerne la durée de la période; mais je ne peux rien concéder sur les autres points. |

Page 1