DE L EXPLOITAULITK DA.NS LES FUTAIES
Nous avons déjà vu que les exigences de la régénération imposaient aux recherches sur l'expioitabilité, quelle qu'elle fût d'ailleurs, de certaines limites. En deçà de l'âge auquel les arbres portent des semeoces fertiles, il n'y a pas d'exploîtabilité possible, à moins qu'on ne soit disposé à recourir, pour la régénération, aux repeuplements artificiels. Mais depuis l'âge où ils portent des semences, jusqu'au terme de leur existence, il y a un long temps à courir; et, pour trouver dans ce laps de tempe le point ptécis.^ carrespond à une exploitabilité donnée.
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il faudrait des expériences qui,malheureusemenl,ne sont guère possibles dans Tétat actuel des choses.
L'âge d'exploitabilité se détermine donc, dans les futaies, par des considérations plus ou moins vagues, basées principalement sur la longévité des essences et sur la tradition.
En thèse générale, toutes les fois que Ton veut appliquer Texploitabilité absolue, ou Texploitabilité relative aux produits les plus utiles et au revenu le plus grand, on pousse les révolutions aussi loin que possible eu égard à la longévité des espèces. Lorsque, au contraire, on veut se procurer la rente la plus élevée, on avance ordinairement le terme de ces révolutions autant que le permettent les exigences de la régénération.
Les raisons qui justifient cette manière d'opérer sont les suivantes :
10 Toutes les expériences faites sur des arbres isolés, et elles sont nombreuses, prouvent que le plus grand accroissement moyen de la plupart de ces arbres, ne se réalise qu'à un âge très avancé, lorsque déjà ils commencent à être altérés dans le cœur, et qu'ils ont perdu une partie de leurs qualités industrielles. Pour ce qui concerne ces arbres envisagés individuellement, on peut donc regarder comme certain, qu'en les coupant au moment où ils entrent en retour, on gagne plus, pour la qualité et la valeur, qu'on ne perd, pour le volume.
11 est vrai que, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, ce n'est pas par des expériences individuelles que l'on doit essayer de déterminer les phc^es de
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l'accroissement d'un massif, mais par des expériences qui embrassent elles-mêmes des massifs. En opérant ainsi^ ce qui, nous l'avons vu, est difficile, on trouve que l'époque du plus grand accroissement moyen se présente avant celle du dépérissement. Ce fait, qui pourrait paraître au premier abord anormal, et qui est dû à la quantité, souvent considérable, de bois que les nettoiements et les éclaircies enlèvent à l'accroissement, ne saurait être admis sans explication.
Les nettoiements et les éclaircies ont pour but principal de favoriser l'accroissement; on peut dès lors supposer que si, au moment où on les pratique, ces opérations enlèvent des éléments à l'accroissement futur, elles rendent d'autant plus puissants ceux qu'elles respectent ; et que, en conséquence, si on les opérait chaque année, chaque mois, chaque jour, le volume de bois qu'elles emporteraient, serait moindre que celui dont elles provoqueraient l'accroissement. Comment se fait-il donc que ces opérations aient cependant pour effet, non seulement de modifier le rapport entre l'accroissement futur et l'accroissement passé, mais encore d'avancer l'époque du plus grand accroissement moyen? — C'est parce que, lorsque les massifs sont arrivés à un âge avancé, on ne se borne pas à en extraire tous les sujets nuisibles à leur développement; on enlève aussi ceux qui pourraient contrarier l'amélioration de la qualité du bois; en sorte qu'il arrive un moment où la quantité de bois tombant dans l'éclaircie, est plus grande que celle qu'on peut espérer de Taccroisse-
amêhaobmbnt des forêts. 10
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ment ultérieur. On comprend fort bien alors, que les éclaircies aient pour résultat de hâter le terme de l'exploitabilité absolue. Dans tous les cas, cette influence sur le rapprochement de Tépoque du plus grand accroissement moyen, ne saurait modifier sensiblement la loi naturelle, qui veut que Tapogée de l'accroissement ne soit atteint généralement, que lorsque les bois ont déjà éprouvé un commencement de dépérissement. C'est donc, en défmitive, Tétat de santé des arbres qu'il faut surtout consulter, eld'après lequel on doit se guider, quand il s'agit de fixer Texploilabilité d'une forêt, dont on veut retirer les produits les plus considérables ; et il en est de même, presque toujours, lorsqu'on recherche les produits les plus utiles ; car, sauf des exceptions peu nombreuses, l'utilité, on se le rappelle, est proportionnelle aux dimensions.
La détermination de l'âge correspondant à l'exploitabilité relative aux produits les plus considérables ou les plus utiles, dans les futaies comme dans les taillis, repose, on le voit, sur la constatation d'un fait physiologique; constatation toujours possible, quoique cependant elle ne soit pas susceptible d'une précision parfaite.
Quant à l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée, le raisonnement a montré que l'accroissement des capitaux pécuniaires suit une marche progressive
telle, qu'il y a presque toujours avantage à raccourcir, autant que le permettent les exigences culturales, la révolution des massifs dont on veut retirer la plus forte rente. Le plus souvent, l'époque de
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celte exploilabililé sera donc fixée par Tâge auquel les bois peuvent se régénérer naturellement par les semences. Néanmoins, il sera utile, toutes les fois qu'un doute s'élèvera sur ce point, par suite de la valeur extraordinaire des bois de certaines dimensions, de procéder à des expériences, afin de s'assurer que cette valeur n'est pas de nature à reculer le terme de Texploitabilité; et ces expériences sont suffisamment indiquées par le tableau ci-contre qui, bien exactement rempli, renfermera tous les éléments nécessaires, pour qu'on sok h même de déterminer l'âge correspondant à une quelconque des exploitabilités applicables à un massif.
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DE L'EXPLOITABILITÉ. 149
ARTICLE IV
DB L'BXPLOITABIUTé DANS LB8 TAILUfl COMPOSÉS
L'âge d'exploitabilité, dans les taillis composés, ne saurait être déterminé exactement que pour le sous-bois ; et il se fixe d*après les considérations et les procédés applicables au taillis simple, sauf les modifications imposées par les conditions culturales dans lesquelles ce sous-bois est placé.
Aux inconvénients qu'entraînent» dans les taillis simples, les courtes révolutions, viennent s'ajouter, dans les taillis composés, les difficultés qui en résultent pour un balivage satisfaisant. Comme le fait observer M. Parade, dans son Cours de Culture^ il n'est guère possible d'obtenir des futaies de bonne qualité et d'un fût élevé, dans des taillis composés soumis à de trop courtes révolutions.
D'un autre côté, il est prouvé que les sujets qui croissent sous le couvert, perdent plus tôt que les autres la faculté de rejeter par la souche.
Ainsi, il y a dans les taillis composés deux circonstances culturales particulières qui peuvent : Tune, faire prolonger la révolution du sous-bois ; l'autre, la faire raccourcir. La nature des essences, Tétat du climat, la qualité du sol, montreront celle de ces deux circonstances à laquelle appartient la préponrance.
Quant aux réserves, on en multipliera naturellement plus ou moins le nombre et les classes, selon
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l'espèce de produits qu'on voudra en retirer; mais de quelque manière qu'on s'y prenne, on ne parviendra jamais à leur appliquer un règlement d'exploitation rationnel, au point de vue économique; puisque leur destination, en tout état de cause, est d'être exploitées à des âges différents qui ne sauraient être avantageux au même degré *.
Le taillis composé, peu recommandable sous le rapport cultural, l'est peut-être moins encore sous le rapport économique.
Je terminerai ce que j'ai à dire surl'exploitabilité, par la récapitulation des desiderata qui se rapportent H cette grande question.
ARTICLE V
DBS UESCRBS A PRENDRE POUR ASSURER LA DÉTBRMIIVATION DE l'aOB D*BXPLOrrAliILITÉ
Nous avons reconnu que le manque d'expériences sur Taccroissement et les propriétés physiques des bois, rendait fort difficile, du moins dans les futaies, la détermination de l'âge d'exploitabilité.
En effet, dans l'état actuel des choses, on est obligé de recourir, pour se faire une opinion sur le rendement futur d'une futaie dans un temps donné : soit à des expériences individuelles qui sont bien insuffisantes, quand il s'agit de l'exploitabilité absolue, qui ne peuvent être concluantes tout au
1. Consulter» sur Texploitabilité des taillis composés, le Cours d'aménagements de 51. Nanquette, p. 65 et suivantes. On y trouvera d'excellents conseils. (Note de la 2« édition.)
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plus que pour rexploitabililé relative aux produits les plus utiles; soit à des cubages de massifs choisis dans la* forêt même que l'on aménage, et s'éloignant plus ou moins de Télat régulier ou normal, en supposant qu'elles végètent dans les mêmes conditions. Ces expériences n'aboutissent qu'à des résultats très douteux. Il faudrait donc commencer, en France, et les commissions d'aménagement seraient pour cela d'un grand secours, des expériences sur l'accroissement et l'utilité des bois, d'après une méthode bien définie. On ne saurait assurément avoir la prétention de constater la marche de Taccroissement, en quantité et en qualité, de chaque essence, suivant les mille conditions particulières, exceptionnelles, où elle pourrait se trouver. Parmi ces conditions, on devrait ne choisir que les plus tranchées, les plus caractérisées, eu égard au climat, à l'exposition, au sol. Je place le sol en dernière ligne, parce qu'il est établi que le maintien du couvert et l'amendement qui en résulte, tendent à effacer les différences de fertilité, que semblerait impliquer la diversité de ses éléments constituants et primordiaux. Quelle que soit au contraire l'action de couvert, on n'arrivera jamais à obtenir dans un climat sec et froid, une production aussi rapide, que dans un climat chaud et humide. On ne fera jamais que, sous le même climat, la croissance ne soit pas plus rapide à l'exposition du nord, parce que l'humidité y abonde, qu'à celle du midi, parce que la chaleur y est trop intense par rapport à l'humidité.
Si l'on avait, en France, suivant la latitude, l'alti-
tude, rexposîtion, la nature géologique et minéralogique du sol, pour chaque essence principale, des résultats d'expériences indiquant, par périodes de 20 et même de 10 ans, Taccroissement possible de cette essence en quantité et en qualité, on pourrait asseoir les plans d'exploitation sinon sur des certitudes, car la matière ne les comporte pas, du moins sur de suffisantes probabilités.