‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 36 sur 71 · Voir la page · texte numérisé non relu

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ce que comporterait l'application rigoureuse de la Ihéorie.

En réalité, on ne s'attache pas, je Tai déjà dit, dans la division d'une forêt en parcelles, à ces nuances à peine perceptibles qui résulteraient de Taccroissement d'une année, en plus ou en moins. En réalité, on fait ordinairement ces parcelles assez grandes pour que Ton puisse en former plusieurs coupes; on néglige, enfin, beaucoup de détails auxquels je me suis cependant arrêté. Ai-je eu tort d'agir ainsi? — Je ne le pense pas.

11 serait peu rationnel de voir la preuve d'un esprit minutieux, dans les soins apportés à l'étude d'une question. Tous les préceptes petits ou grands que l'on déduit de cette étude, apprennent, en supposant qu'ils ne trouvent pas leur application sur le terrain, à observer avec méthode et avec fruit, et à ne négliger, dans ses investigations, aucun point essentiel. — C'est un précieux avantage.

Ce n'est pas dans la théorie que l'on doit craindre les détails ; ils ne sont jamais inutiles quand on les met à la place convenable, et ils sont même nécessaires pour l'enchaînement logique des idées, la force du raisonnement. C'est dans la pratique seulement que les détails peuvent être regrettables ; mais je crois que c'est précisément quand on s'est appli que à ne pas les négliger dans le premier cas, que l'on s'en affranchit, avec le plus d'à-propos, dans le second.

CIIAIMTRE III

I)L' PLAN DKXPLOIFATIO.N DANS LE-J FUTAIES TRAITEES 1»AR LA ilÉrUODE 1)1' RKENSEMENCBME.NT NATUREL ET DES ÉCLAIRCIES PÉRIODIQUES

liCri continuaiil mon étude sur la formalion du plan d'exploilalion dans les aménagements de forêts, je crois devoir prévenir que Ton tirerait peu de profil de ce que j'ai à dire sur les futaies, si Ton n'avait pas présents à la mémoire les principes et les considérations que j'ai développés, en traitant la même question pour les taillis. Je serai en effet obligé, d'abord pour éviter des redites fastidieuses, et, ensuite, pour mettre en relief les points essentiels et fondamentaux de l'opération qui va faire Tobjel de ce chapitre, de sous-entendre beaucoup de points secondaires et beaucoup de détails qui ont élé discutés dans le précédent.

Qu'on ne s'étonne pas de cet avertissement : si je me donne la peine d'écrire, ce n'est pas précisément pour les gens instruits, c'est pour ceux qui seraient embarrassés de donner une définition, exacte et complète des mots sé?îe, affectation^ classe dâge^ parcelles^ etc., et qui procèdent à un martelage sans se soucier d'autre chose que de ce qui se trouve dans

Di: PLAN D'EXPLOITATION. 2il

Tenceinte de lacoupe; sans songer qu'entre celle coupe et le surplus de la forêt, il existe une solidarité dont ils devraient tenir compte; sans se préoccuper enfin le moins du monde de subordonner leurs opérations à un plan d'ensemble, seul moyen pourtant de les faire concourir a un même but.

Ces erreurs, profondément regrettables, seraient évidemment moins communes, si la notion du plan d'exploitation était plus répandue.

ARTICLE PREMIER

DES RAISONS CL'LTURALES QUI s'OFPOSENT A CK QLK l.'ON ADOPTE, POLIl LE TABLKAU DES EXPLOITATIONS DES FUTAIES, LB MÂME CADRE QUE POl'R CELUI DES TAILLIS.

Nous avons à réglei' la marche et la quotité des exploitations d'une futaie, dont la contenance est de 200 hectares, dont les parcelles sont toutes exploitables cl 100 ans *; nous avons sous les yeux le cahier de la description spéciale, et le plan topographique sur lequel chaque parcelle figure avec l'indication de son étendue et de son âge ; essayerons-nous, et suffirait-il, pour atteindre le but que nous nous proposons, de remplir un tableau semblable à celui que nous ayons dressé pour le taillis simple et qui com-

1. Ce chiffre de 100 ans n*a aucune signification pratique. U est évî- (leminent trop faible pour la plupart des futaies, et on yerra plus tard qu'il convient d'ailleurs d'adopter autant que possible, pour la révolulion, un chiffre divisible par un jyrand nombre de facteurs. (Note de la 2« édition.)

prendrait, en conséquence, autant de colonnes qu'il y a d'années dans Tâge d'exploitabilité, ou, ce qui revient au même, dans la révolution?

Un semblable travail rencontrerait des difficultés mécaniques presque insurmontables, dans le grand nombre des colonnes entre lesquelles devrait se faire la répartition des parcelles; mais il y a, pour ne pas rentreprendre,uneraisonculturale péremptoire, raison qui consiste en ce que l'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques, ne pourrait se concilier avec un plan dans lequel la contenance, l'emplacement et Tépoque des coupes annuelles, seraient préalablemenl et invariablement fixés.

Admettons en efl*el que, surmontant les difficultés mécaniques de la répartition des parcelles, ou soit parvenu à classer ces dernières dans les cent colonnes du tableau d'exploitation; supposons que, la gradation des âges étant parfaitement régulière et les conditions de végétation uniformes, on ait trouvé une égale contenance pour le total de chaque colonne; faisons abstraction des règles d'assiette.

Nous serait-il permis d'affirmer, en présence de cet étal de choses, que le plan d'exploitation ne laisse rien à désirer, et qu'il ne reste plus qu'a l'appliquer sur le terrain?

Nous n'y serions nullement autorisé ; et c'est ce dont on s'assurera facilement, si on se rappelle, d'une part, le troisième des principes que nous avons posés comme l'une des bases essentielles d'un bon plan d'exploitation, et, de Tautre, les règles de

culture relatives au traitement des futaies destinées à être régénérées par les semis naturels.

Que dit ce principe? — Que Ton doit établir, pour la répartition des produits à réaliser dans le cours delà révolution, un règlement qui, tout en se conciliant avec les exigences de la culture, soit de nature à assurer le rapport annuel soutenu.

Que disent ces règles? — Que l'exploitation des massifs à régénérer doit êlre faite en plusieurs fois, si Ton veut procurer d'abord l'ensemencement complet du terrain, placer les graines dans les conditions les plus favorables à leur germination, et ne livrer ensuite les jeunes repeuplements aux influences de l'atmosphère, qu'avec les ménagements que réclame leur tempérament.

On ne saurait donc prévoir le nombre d'arbres que l'on abattra dans la coupe d'ensemencement; on ne saurait préciser ni l'époque, ni l'importance, ni l'emplacement de la coupe secondaire et de la coupe définitive; on ne saurait enfin fixer le rang de chacune des coupes de régénération, lui donner un numéro d'ordre, et l'exploiter dans l'année correspondante ; et, par conséquent, un plan dans lequel ces différents points seraient arrêtés, violerait les règles élémentaires de la culture. Nous verrons plus tard que tous les efforts faits, pour concilier ces règles avec le rapport soutenu et les avantages inhérents h la détermination, par contenance, des coupes annuelles, n'ont abouti et ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. Pour le moment, je me borne à constater qu'il n'est pas possible de régler d'avance

IVt AMÉNxVGKMENT DES FORhTS.

dans une futaie, comme on a proposé de le faire dans les taillis, Tordre dans lequel se succéderont les coupes principales annuelles.

Ainsi, pas de doute h cet égard : le cadre adopté pour la formation du tableau d'exploitation des taillis, est inadmissible pour la formation du même tableau, dans les futaies traitées par la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques. Il ne répond pas aux exigences de la culture, surtout quand on les considère dans leur application aux coupes principales.

ARTICLE II

DE LA DIVISION DE LA RÉVOLCTIO.N PIUNCIPALE EN PÉHIOOES, ET DU PAIlTAflF. DE LA FORÊT EN AFFECTATIONS CORRESPONDANTES

Le cadre dont nous nous sommes servi pour dresser le tableau des exploitations du taillis simple, offre cependant de grands avantages, au triple point de vue de la simplicité, de la facilité et de la sûreté, qui en résultent pour la marche de ces exploitations. Il est désirable, en conséquence, que Ton s'en écarte le moins possible dans la formation du tableau d'exploitation de la futaie, et que Ton y apporte seulement, les modifications impérieusement commandées par l'intérêt de la conservation et de la régénération des massifs.

Si l'on ne peut prévoir Tannée, dans laquelle devra se faire Tune quelconque des coupes de régénération, sur un point déterminé, on peut, sans se trom-

per, assurer que celle coupe aura lieu dans une certaine période de lemps.

Étant donné un massif exploitable en vingt années, si on ne peut, sous peine de compromeltre sa régénération, régler la contenance des coupes annuelles et fixer, en outre, l'ordre dans lequel ces coupes devront se succéder, on comprend qu'en laissant à un forestier expérimenté la faculté d'exploiter ledit massif, de la manière qu'il jugera la plus convenable, il se charge de le régénérer complètement dans le délai voulu.

Ceci admis, il s'ensuit que s'il n'est pas possible d'arrêter, dans le plan d'exploitation d'une forêt divisée en cent parties, exploitables en cent ans. Tordre dans lequel ces cent parties devront être successivement exploitées et régénérées, il est permis de demander et de prescrire que l'on coupe et que l'on régénère, dans un certain nombre d'années, préalablement fixé et obligatoire, un même nombre de parties prises dans leur ensemble.

Quel sera ce nombre d'années, quelle sera la durée de la période, pendant laquelle l'assiette des coupes devra rester indéterminée ?

Il est aisé de le<ieviner :

Cette durée sera au moins égale au double de rintervalle probable de lemps, qui séparera, pour un même point, la coupe d'ensemencement de la coupe définitive. Si cet intervalle est de 10 ans, la durée de la période devra être au moins de 20 ans ; s'il est de 5 ans, la période pourra être réduite à

i • 10 ans ; s'il était par impossible égal à zéro, ce qui

I A.VK.NAOE.MB.NT DES FOnÊFS. J.'j

22G amkna(;kment des foukts.

signifierait que, pur une seule et même coupe, on pourrait enlever tous les arbres exploitables et assurer le repeuplement, la période deviendrait nulle, et la fixation, par contenance, des coupes annuelles, possible.

Plaçons-nous dans la première hypothèse d'un intervalle de 10 ans, entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. Supposons aussi, pour ne pas compliquer inutilement la démonstration, que les coupes claires ou secondaires ne soient pas nécessaires, et que les arbres exploitables dans une contenance déterminée, se distribuent par porlioi^s égales, entre la coupe d'ensemencement et la coupé définitive. Mettons-nous, enfin, en présence de la forêt que nous avons déjà prise pour exemple, laquelle serait uiv^ futaie partagée en cent paj'ties, exploitables en cent ans. Cette année, nopè nous transporterons dans la partie la plus âgée et nous y procéderons à une coupe d'ensemencement ; mais celle coupe ne devant nous donner que la moitié des arbres que nous aurions à prendre, si nous n'avions à nous préoccuper de la régénération, nous comblerons le déficit en pratiquant une autre coupe d'ensemencement sur toute la partie (ïbntigug. L'année prochaine, nous ferons, par des raisons analogues, les premières coupes de régénération sur la troisième et la quatrième partie ; et dans dix ans, c'est-à-dire à l'époque où nous pourrons revenir au point de départ, pour commencer les coupes définitives, nous aurons les vingt parties les plus âgées de la forêt à l'état do coupes d'ensemencement. Or, il est clair

DU PLAN D'ESPLOITMIO^. 257

que celles de ces vingt parties, qui auront tété aimes les dernières en cet état, ne poiuronl êlreiex.ploîtée« définitivement que 10 «ans iplus tard, c'est-JHdÎRe dans 20 ans.

La durée de la période pendantt laquelle d'afifiietle et la contenance des coupes redleront incentainei!:, dépend donc de la promptitude iplusou^moins^^anile, avec laquelle les peuplements ^ont capables de se régénérer par les semences. Toutes les essences ne présentent pas, sous ce rapport, les mêmes propriétés. La nature du climat et la qualité du.sol influent d'ailleurs beaucoup sur les reipeuipleiiieals naturels. Toutefois, on peut .porter en génânal k une douzaine d'années, en moyenne, dans les «pays de plaines ou de coteaux, île délai nécessaire ^pauria régénération suffisamment complète d'^un peuplement quelconque, si Ton a soin, d'ailleurs, de avenir en aide à la nature par des travaux intelligents. Les forestiers qui ne parviennent ipas à obtenir des repeuplements naturels, qui «ont disposés àieS'OPoire impossibles, et qui en accusent la force des choses, devraient en accuser surtout leur mourie. !U est probable qu'ils changeraient d'avis, «'ils pi^enaLent quelques soins, pour faciliter ces repeuplements par des préparations de terrain faites en temps opportun, etc. Au surplus, si, «malgré toutes les précautions prises, il devait s'écouler plus de 10 à 45 ans entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive, je conseillerais de recourir alors aux repeuplements artificiels, afin denevpasêtre.amenéàiprQlanger la durée de la période d'exploitation. En eflét,

il ne faut pas perdre de vue que tout retard, dans la régénération d'un peuplement exploitable, se traduit par une diminution dans le revenu, et qu'on méconnaîtrait les règles d'une saine économie, si on permettait que le chiffre de cette diminution, s'élevât au-dessus des frais qu'occasionnerait le semis ou la plantation du terrain à régénérer *.

Une autre considération pour ne pas prolonger au delà de 20 à 24 ans, la durée de la période dont nous nous occupons, c'est qu'il convient de restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans les exploitations, des bois qui ne sont pas encore parvenus à l'âge d'exploilabililé.

A ces principes, ajoutons-en un autre : il importe beaucoup que la période en question, contienne un nombre d'années qui soit une partie aliquote de la révolution. S'il n'en était pas ainsi, on se verrait obligé d'adopter, pour les périodes successives de cette révolution, une durée inégale, et on s'exposerait dès lors, soit à rester en deçà, soit à aller au delà du terme reconnu le plus cx)nvenable, eu égard aux exigences de la culture ».

Ces préliminaires posés, mes lecteurs doivent maintenant prévoir quelles sont les modifications que nous ferons subir au tableau d'exploitation du taillis, pour l'approprier à la futaie. Au cadre comprenant autant de colonnes qu'il y a d'années

1. Sur la durée de la période, voir la note au bas de la page 229.

2. Quand nous aurons à Iraitcr des conversions, on verra qu'il est utile en outre que la durée de lu période soit divisible par le nombre tics périodes, et en général par le plus grand nombre de facteurs possiblr. ^Notc de la 2« édition.)

dans la révolution, et précisant la partie de la forêt, la parcelle ou portion de parcelle à régénérer chaque année, nous en substituerons un comprenant seulement autant de colonnes qu'il y a de périodes dans la révolution, et précisant la partie de forêt, les parcelles et portions de parcelles à régénérer dans le cours de chaque période. Le tableau des exploitations ne fixera plus l'assiette et la contenance de chaque coupe principale annuelle; il fixera seulement l'assiette et la contenance des coupes principales, considérées en bloc, à faire dans chacune des périodes de la révolution. La révolution principale étant, par exemple, de 100 ans, et le temps reconnu nécessaire pour régénérer naturellement le peuplement, étant de 10 ans, il ne s'agit plus, en ce moment, de former un plan qui fournisse, chaque année, une coupe dont le produit soit constant ; il s'agit d'en former un qui partage la forêt en cinq parties, exploitables chacune dans une période de 20 ans, et qui soient telles qu'on en obtienne autant que possible des produits égaux.

Ces parties de forêt à régénérer successivement dans les périodes d'une révolution principale, ont reçu le nom à! affectatiom . On les distingue l'une de l'autre, par un numéro d'ordre différent , selon qu'elles correspondent à la première, à la deuxième, etc., ou à la dernière période ; on donne aux parcelles une désignation définitive qui permet, au moyen d'un indice numérique, de reconnaître à quelle affectation elles appartiennent * ; et

1. Quand les idées que je viens d'exposer sur la formation des

230 AMttiNAGftMKNT DES FOIICTS..

OIT dresse un laJbleau que Ton appelle le tableau des ûffectaimns .

ail^cf atioDB- ont été publiées pour la première fois dans les Annales forestières^ elles ont soulevé des objections. Voici ces objections et la réponse que j'y ai faite. On verra que je suis d'accord avec mon contradicteur, sur rinflnence que peuvent avoir les coupes secondaires, en ce qui concerne la durée de la période ; mais je ne peux rien concéder sur les autres points.

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