‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 5 sur 71 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

A l'époque où la civilisation romaine fut apportée dans les Gaules par Jules César, ce pays était presque entièrement couvert de bois^

Parmi les forèls qui couvraient alors notre territoire, la plus remarquable, par son étendue, était celle des Ardennes (la forêt profonde) ; elle avait plus de cent lieues de long. Ces vastes déserts qu'on appelle la Sologne, la Dombes, la Brenne, les Landes, les Dunes, étaient boisés. La ville de Paris, Tancienne Lutèce, était entourée de forêts, dont celles de Boulogne, de Montmorency, de Vincennes, de Fontainebleau, ne sont que les vestiges.

De ces richesses, il nous reste à peine huit millions d'hectares, dont la plus grande partie en taillis simples, clairières, n'offrant quelque intérêt que pour le chauffage.

1. Le mot Gaule parait être d'invention romaine; J es gens du pays rappelaient Celtique. Toutcfoi^f quoique le mot Gallia soit latin, il vient évidemment du mol celtique gaêl, forêt (Ozanbaux).

AJIKxNJlGKMB.NT DES FORiÎTS. 4

AMÉNAGKMEM DES FOUETS.

Toulc la région comprise entre le Rhône, la Méditerranée et les' Cévennes, est presque entièrement dénudée. Il en est de même des côtes de TOcéan et de tout le Plateau central.

Quelles sont les causes de cet appauvrissement?

Quand on songe à la violence et à la durée des guerres dont notre pays a été le théâtre, et qu'on se reporte à cette lutte effroyable de dix années, qu'eut à soutenir Jules C'-sar pour en achever la conquête; quand on se rappidle que si, depuis cette conquête (60 ans avant , T. -C) jusqu'à l'invasion franque (406), la Gaule jouit d'une tranquillité relative, vingt j^euples divers, sortis dos profondeurs de la Germanie, se précipitèrent alors sur elle, et qu'il y eut un désastre immense, universel; que quarante ans plus tard (iSi), de nouvelles hordes vinrent fondre encore sur cette malheureuse contrée à la suite d'Attila; qu'en 711, les Arabes, à leur tour, franchissant le détroit, y portèrent le fer et la flamme ; quand on réfléchit a la puissance dévastatrice de ces multitudes en mouvement, on se dit que c'est là qu'il faut chercher la cause principale du déboisement actuel de notre sol. On ne l'y trouverait cependant pas.

Il paraît, en effet, certain que, peu de temps après ces affreuses guerres, qui ont rempli les premiers siècles de notre histoire, la végétation forestière avait repris une grande partie du terrain qui lui avait été enlevé. Et cela s'explique : la guerre, avec les fléaux qu'elle traînait à sa suite, la peste et la famine, occasionnait d'épouvantables mortalités parmi les hommes et dépeuplait les campagnes. Les terres, abandonnées par la eniture, étaient de nouveau envahies par les forêts.

Des ruines qui ont été découvertes dans les forêts du

PIUÔFACK D.\ LA PHKMlÈHt: KblTlOX. u

HaaURIlio, dans celles de Grand (Vosges), de Damville (Mcurliie), et qui remonlent à i époque romaine, indiquent que le sol de ces forêts était autrefois cultivé. Des ruines également romaines existent à la Pelite- Houssaye dans la forêt de Brotonnc, en Normandie, dans la foret de Beaumont-ie-Roger (Eure). Le plateau de Linenberg, près Abreschcvillor, en Lorraine, jadis en culture, est aujourd'hui entièrement boisé *. Au quinzième siècle, c'était un dicton populaire en France, que les guerres des Anglais y avaient fait pousser le bois *.

Ce n'est donc pas la guerre qui a été la cause principale de Tappauvrissement dont le sol forestier souffre aujourd'hui; c'est la civilisation avec les besoins qu'elle a créés et les appétits qu'elle a développés.

Je n'apprendrai rien assurément à mes lecteurs, en leur disant que les hommes ont puisé dans les forêts les premiers éléments de leur bien-être et de leur émancipation : à l'origine, ils vivaient surtout des fruits sauvages et du produit delà chasse. Les bois leur fournissaient aussi et les abris grossiers dont ils se contentaient et les armes dont ils se servaient. Plus tard, quand ils connuient l'art de domestiquer les animaux, ils devinrent pasteurs; ils franchirent le premier degré de l'échelle de la civilisation, et ce progrès eut pour conséquence forcée et immédiate le défrichement d'une certaine étendue de forêts : on dut créer des pâturages. Entin. l'agriculture fut inventée, et à partir de ce moment, la variété et la quantité toujours croissantes des matières alimentaires favorisèrent l'augmentation de la population, provoquèrent de nouveaux besoins. Le

i. Maury, l1i*toire de^ furélt.

Page 1