‹ Études sur l'AngleterreChapitre 10 sur 37 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

est nullement choqué; il les envisage peut-être comme indispensables pour produire un effet d'ensemble et d'harmonie. Les faits qui nous touchent ne sont-ils pas ceux dont nous chei'chons le moins à nous rendre compte? Mais un étranger n'acceptera pas sans explication un état social qui s'éloigne à un tel degré du milieu ordinaire; il n'y verra d'abord qu'excentricités et que contradictions, et il lui faudra du temps pour s'orienter dans ce labyrinthe, pour s'accoutumer à un ordre de choses, où le présent n'a souvent d'autre raison d'être que sa relation avec le passé.

Voilà une société moderne qui a devancé à beaur coup d'égards les autres États de l'Europe, qui s'estdonné la première des assemblées représentatives, qui votait déjà librement l'imppt lorsque les contribuables en France étaient encore taillables et corvéables à merci, qui a posé les grands axiomes du droit constitutionnel, qui avait accompli sa révolution cent cinquante ans avant la nôtre, qui a montré ce que pouvait faire la force mécanique dans l'industrie, qui a développé, au delà de ce que l'on avait jamais vu, la puissance commerciale, qui a inventé la vapeur et les chemins de fer, qui a étendu et élevé la sphère du crédit, au point de créer, par voie d'emprunt, un capital de vingt miUiards de francs, égal ou peu s'en faut à la fortune immobilière du

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pays, et qui, avec la complication de tant d'intérêts nouveaux, se gouverne néanmoins par des lois ou par des coutumes dont la plupart remontent aux temps d'Alfred, de Guillaume le Conquérant ou de Henri F.

Tous les peuples chez lesquels le gouvernement aristocratique a prévalu, tenaient la multitude éloignée des affaires. En Angleterre, on dirait que la démocratie et l'aristocratie font concurremment la base du pouvoir ; car si la domination appartient à un petit nombre de familles, la masse des citoyens est appelée à prendre part à la discussion et au vote. On compte plus d'un million d'électeurs politiques dans le Royaume-Uni ; et quant à l'administration des intérêts locaux, elle est organisée en forme de république : ceux qui les gèrent sont les élus des contribuables» qui prennent tous indistinctement part à l'élection*

En voyant la royauté anglaise honorée presque à l'égal de la Divinité, surmontant les institutions, in-^ Voquée dans les circonstances les plus indifférentes Comme dans les occasions les plus solennelles, la première et la dernière pensée de tout citoyen, qui ïïe croirait qu'elle dispose d'une autorité sans bornes? Cependant, elle est moins puissahte en réalité que des gouvernements électifs de leurnature, moins puissante que le président des États-Unis qui ne peut

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