Coll. de l'anc. Rome, p. 93. — Petr. Satyricon, XXXII
doré; à la dernière phalange du doigt voisin, un anneau plus petit, tout en or constellé d'acier. Et comme si ce n'était pas encore assez, le voilà qui met à nu son bras droit orné d'un bracelet d'or s'enroulant dans une torsade d'ivoire. Puis, après s'être fouillé la mâchoire avec un cure-dents d'argent : « Mes amis, fait-il, je ne me sentais pas encore en goût de vous rejoindre; mais mon absence vous eût fait languir, et j'ai coupé court à mon amusement. »
Alors commence le festin le plus excentrique, chefd'œuvre de l'imagination du cuisinier d'un pareil maître. Et Trimalchion fait défiler toute sa vaisselle, verrerie en cristal de roche, surtouts de Gorinthe, argenterie ciselée avec le nom du maître et le poids du métal gravés sur chaque pièce1, bassins d'argent pour parfumer les pieds des convives, squelette d'argent articulé, qu'un esclave fait mouvoir, ce qui provoque chez Trimalchion un accès de lyrisme sur la fragilité de la vie et la nécessité de jouir de l'heure présente 2.
Tables, réchauds, plateaux, tout est pour le moins en argent massif, jusqu'au vase intime que Trimalchion demande en faisant craquer ses doigts, et que des eunuques lui présentent majestueusement. « L'orfèvrerie, dit-il, j'en raffole. J'ai des coupes qui tiennent une urne3, un peu plus, un peu moins; on y voit comment Cassandre égorgea ses enfants : les cadavres sont si bien jetés, qu'on les croirait naturels. J'ai une aiguière que Mys a léguée à mon patron ; c'est Dédale qui enferme
1. In quarum marginibus nomen Trimalchionis inscriptum erat et argenti pondus. Les mêmes indications figurent, comme on sait, sur les pièces de Bosco Reale.
2. Voir l'excellente notice de M. de Villefosse. Galette, XIII, 100.