‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 140 sur 190 · CONSTANTIN DE SALM A VIENNE · texte numérisé non relu

CONSTANTIN DE SALM A VIENNE

« la protection n'y doit point influer, c'est absolument « une affaire de justice à laquelle on doit laisser son « cours. »

Voilà comme s'est terminé l'entretien. Mon cher neveu a du être mécontent, et on l'a jugé du premier coup d'œil ce qu'il est : un petit sot et un enfant à fouetter.

Après ce que d'autres lui ont dit, il n'a pas crû devoir se dispenser de voir M. de S... Il est donc venu le chercher un beau matin. Vous n'êtes point en peine à penser ce que l'oncle a dit au neveu sur son inj^ratitude, sa conduite en général et nommément sur sa belle

équipée ici et ce charmant début dans le monde Il

me l'a amené pour me faire des excuses. Je l'ai fort assuré que je n'avois que de la pitié mais point de rancune contre lui, que je savois trop bien qu'il seroit mis à la raison pour avoir voulu perdre mon tems à me fâcher contre un enfant, que d'ailleurs je ne reconnoissois ni son cœur et encore moins son stile dans ces belles epitres. Il m'a assuré avec beaucoup d'esprit que tout venoit de lui. J'ai levé les épaulles et je suis tombé de la sur M^ de Lœuvenstein que je n'ai pas épargné ; quand à son abbé, j'ai tranché le mot en disant que c'étoit un malheureux, un coquin, qui ne seroit jamais que coffré et de ma façon, que c'étoit ainsi qu'on faisoit grâce à un perturbateur du repos des familles. Je lui ai fait envisager la honte qui rejaillissoit sur lui d'arriver dans la première cour de l'Europe escorté d'un fripon et d'un autre espèce, son conseiller de Mayance, qui, par parentèse, s'est trouvé mal embarqué et mouroit de peur.

M. de S... a appuyé tout ce que je disois, il a fini par lui conseiller de ne pas voir l'Empereur, mais de revenir dans quelque temps, de votre consentement, lorsque tout seroit oublié et de se faire présenter pour lors d'une manière convenable ; mais c'est de quoi il n'a

tenu compte non plus que tout ce qu'on lui a dit Il

nous a dit d'autres impertinances que j'ai oublié. Enfin deux jours après, M. de S... sortant de chés l'Empereur

280 GRANDS d'eSPAGNE

qui étoit prévenu, M. de S..., dis-je, a trouvé notre neveu dans les antichambres. Il est entré et l'Empereur a dit que, prévenu par mon mari, il avoit fait la leçon au jeune homme en lui faisant sentir son bonheur d'être dans la dépendance de son oncle, homme d'esprit, de mérite et dont la réputation étoit bien faite... Le neveu a paru sentir ses torts, s'en repentir, et l'Empereur Ta exorté à s'en remettre à vos bontés. De là il a quitté Vienne avec sa courte honte...

M. de S... dit à présent que vous ne devez pas mollir sur sa séparation d'avec M^ de Lœuvenstein, absolument essentielle, de même que sur le renvoyé des deux espèces Comorel et Bleaux ; si vous faites g-race à cet égard, il n'y a rien de fait....

Adieu, mon cher frère, vous aurez de la peine à lire ceci, et j'en suis moi fatigué ^ ».

Tous ces démêlés si piquants, mais dont nous ne pouvons pas poursuivre l'histoire plus longtemps, avaient amené le prince Emmanuel à Bruxelles auprès de sa sœur de Starhemberg. Il est vraisemblable qu'il profita de son séjour en Belgique pour s'arrêter à Spa et y prendre les eaux que réclamait, paraît-il, l'état de sa santé. C'est ce qui résulte de moins d'une lettre que lui adressa son ami le comte de Grillon: « lime tarde bien, mon cher ami, de « vous savoir arrivé à Spa, et surtout d'apprendre « que les eaux vous font du bien... Revenez-nous... « avec cette santé que j'aurais enviée à tout autre « et cette gaieté qui vous rend heureux vous et vos

Page 1