LETTRES DE D. JOSE DE YIKRA A D. AMO.MO CAVANILLES
Ces deux lettres de Tabbé José de Viera à son ami l'abbé Antonio Cavanilles* se trouvent parmi les papiers d'Hlmmanuel de Salm Salm (Bibliothèque Nationale, Ms. espaj^nol 407 *", fol. 290 et suiv.) ; la première est une copie de Tépoque; la seconde, l'original même que Cavanilles, sur la demande de Viera — comme l'indique le post-scriptum de la lettre — avait communiqué au prince. L'une et l'autre furent écrites après des séjours que le précepteur du marquis del Viso avait faits à Paris, en 1777, 1778 et 1781, et donnent sur les Infantado et les Santa Cruz divers renseignements assez curieux.
Il convient d'autant plus d'imprimer ces deux lettres que nous avons lieu de les croire inédites ; en tout cas, elles ne figurent pas dans la correspondance familière de \'iera publiée, il y a une quarantaine d'années aux Canaries, en un volume petit in- 4°, à la suite de récits de voyages du même auteur. N'ayant pas pu prendre connaissance de cet ouvrage assez à temps pour l'utiliser dans le corps même de notre volume, il nous a paru
1. L'amitié que Viera portait à Cavanilles était payée de retour. Ce deruier rendit même publiques, dans un écrit imprimé à Paris, l'entime et l'afrection que lui inspirait le savant canarien : « Son vrai mérite et sa vaste érudition, dit-il de « Viera, autorisent mon amitié à lui ofirir l'hommage de mes « sentiments pour lui » (Observations de M. l'abbé Cavanilles sur l'article Espagne de la nouvelle Encyclopédie, Paris, 1784, p. 35).
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indispensable d'en extraire ici ce qui peut servir à compléter l'histoire des principaux membres de la colonie espai^nole à Paris.
Le volume en question porte ces titre et adresse : Blhlioteca Isleîîa. Viages a Francia^ Flandes, Ital'ui ij Alemania, por los ahos de 1777 a 1781, de D. José de Viera y Clavijo, escritos por elmismo. Santa Criiz de Tenerife. 1849. Imprenta y libreria isleîia. Reg. Miguel Miranda, et se compose de quatre parties qui ont chacune une pagination spéciale. V Apuntes deldiario éitinerario de mi viage a Francia y Flandes, en compaiîia de mi alumno el Exmo. Sr. D. Francisco de Silva y Bazan de la Ciieva, Marques delViso^ primogénito del Exmo. Sr. Marques de Santa Cruz, de su esposa la Exma. Sra, Dona Maria Leopolda, de los padres de esta seilora^ Exmos. Duques del Infantado, y de toda su familia y comitiva^ en los ahos de 1777 y 1778, por Don José de Viera y Clavijo (144 pag'cs). Ce premier récit commence le 24 juin 1777, jour du départ de Madrid des Infantado, accompagnés du marquis et de la marquise del Viso> de Gavanilles et de Viera, et se termine le 12 octobre 1778, date du retour à Valence du jeune marquis fort malade, que son père avait été chercher à Paris et ramena avec son précepteur en Espagne où il devait mourir quelques mois plus tard. Comme celles qui suivent, cette première relation de voyage est rédigée en forme de journal sans aucune recherche de style ; de simples notes, mais bien prises par un homme instruit, intelligent, curieux et dont les réflexions sont parfois assaisonnées d'une petite pointe de malice. Il y règne la même humeur et le même ton que dans le Voyage à travers la Manche, que nous supposions bien être de Viera et que nous pouvons maintenant, grâce à cette constatation, lui attribuer sûrement. — 2° Estracto de los apuntes del diario de mi viaje desde Madrid a Italia y Alemania, en compahia del Exmo. Sr. D. José de Silva Bazân, Marqués de Sta. Cruz,... y de suhermano el Sr. D. Pedro de Silva,
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Preslntevo Comendddor de Eljns en la ôrden de Alcdnl-iray Cnpellnn mai/or del Convenio Real de la Encartuwion, par los nTios de 17!^0 y 1781 (201 paj:^cs). — 3" yinje a Alemnnia (93 pages). C'est le voya^^e qu'entreprit le marquis de Santa Cruz pour aller épouser à N'ienne la comtesse de Waldstein. — i" Carias familiares t'scritas por don José de Vieray Clavijoà varias personas l'sclarecidas por sus dignidades , clase, empleos^ literxi- (iira ô buen caràcier de amistad y virliid (61 pajj^-es). Lettres de Viera des années 1777 à 1791, à Antonio Capmani, Gasimiro Ortega, Domingo Iriarte, Antonio Cavanilles, marquis de Santa Cruz et autres personnages. Voyatje en France et en Flandre (1777 et 1778). — l>/'part de Madrid le 24 juin 1777. La compagnie passe par Lerma, ville du duc de l'Infantado, où, le 28 juin, Fernan Xunez et D. Pedro de Silva viennent prendre congé de leurs parents. — Burgos, Miranda de Ebro. A l'entrée de la province d'Alava, berceau des Mendoza, diverses députations du solar de la Torre de Mendoza et des Siete Hermandades viennent complimenter leur seigneur. — Irun, Bayonne. Logé à V Hôtel Saint Etienne oh avait habité peu auparavant Joseph II; vu, dans la cathédrale, l'épitaphe de Mirlp T /xuw^l.liMo de Lorraine, première femme du ■ Orlhez, Pau, Tarbes, Toulouse, puis Unrcassonne, ou la foule, à la promenade, se presse sur les pas du duc de l'Infantado le prenant pour un « infant d'Espagne, un prince du sang, un frère du Roi ». — Pézenas, où Il duc reçoit les compliments de M. Benesech, ancien cuisinier du duc d'Arcos ; Montpellier, Nîmes, Valence et Lyon. Passé dix jours dans cette ville où Emmanuel do Solm Salm est venu â la rencontre de sa sœur ei de son beau-frère. Visites aux manufactures de soieries : la femme d'un des fabricants, amie d'OIavide, se lapiente sur le sort de cette victime de l'Inquisition. — Màcon, Chalon, Dijon, Sens et Fontainebleau. — Entrée a Paris, le l.'i août, par la barrière d'Enfer. T i^'^ardes de
d/0 APPENDICE V
Toctroi arrêtent les voitures et les fouillent dans tous les coins et recoins, jusqu'à lever les jupes des dames avec assez d'insolence. » Descendus à ï Hôtel de Tréville, rue de Tournon ; « A la porte, des poissardes viennent offrir des bouquets à la duchesse et l'acclament bruyamment. » Cet hôtel ayant paru mal tenu, le duc et sa famille s'installent, le lendemain, à V Hôtel de Tours^ rue du Paon. — 14 août. Reçu la visite de la duchesse de Veraguas et d'une princesse de Salm. — 15 août. Dîné chez Aranda. — 16 août. Passé la soirée à la Comédie Française dans la loge de D. Luis Pignatelli avec Emmanuel de Salm et le comte de Grillon. On jouait \ Amant bourra de Monvel. — 18 août. Visité la place des Victoires avec D. Ignacio de Heredia, secrétaire de l'ambassade d'Espagne. — 27 août. Dîné chez Aranda. — 2 septembre. Arrivée de l'évêque de Tournay, Guillaume Florentin de Salm, frère de la duchesse. — 9 septembre. Le duc et sa famille quittent V Hôtel de Tours pour venir habiter la maison du prince de Salm, située rue d'Enfer. — 10 septembre. Première messe aux Feuillants, couvent voisin de l'hôtel de Salm. — 11 septembre. Dîné chez Aranda avec la duchesse de Veraguas, le marquis et la marquise de Mejorada, D. Luis Pignatelli, Emmanuel de Salm, l'abbé Rojas et D. Ignacio de Heredia. — 24 septembre. Dîné chez Aranda. — 16 octobre. Départ de la famille pour la Belgique. — 18 octobre. Mons, où Emmanuel de Salm se joint à la compagnie. — 20 octobre. Arrivée à Bruxelles ; dîné le soir à VHôtel d'Angleterre avec la princesse de Starhemberg, sœur de la duchesse. — 21 octobre. Dîné chez la princesse de Starhemberg avec le duc de Bragance. — 3 novembre. Départ de Bruxelles et retour à Paris par Mons, ' Valenciennes, Gambrai, Saint-Quentin et Gompiègne. — 7 novembre. Arrivée à Paris. — 8 novembre. Assisté à la représentation du Père de famille de Diderot, à la Gomédie française, avec Emmanuel de Salm. — 17 novembre. Ouverture du cours de
physique de Sigaud de Lafond, auquel assistent régulièrement le duc, le marquis del Viso, le comte Garlet de \'alence, Gavanilles et Viera. — 22 novembre. Visite au laboratoire du chimiste Sage. — V^ décembre. Dîné chez le prince Emmanuel de Salm. — 6 décembre. Ouverture du cours d'histoire naturelle de Valmont de Bomare. — 10 décembre. Dîné chez le prince de Salm avec l'astronome Messier. — 15 décembre. Dîné chez Emmanuel de Salm avec le duc de Bragance. — 12 janvier 1778. Visite de l'abbé La Garenne, ancien précepteur des fils du comte de Fuentes à Madrid. — 15 janvier. Assisté avec le duc de Veraguas à une réunion littéraire chez Pahin-Ghamplain de La Blancherie. — 27 mars. Dîné chez Aranda avec D. Sébastian de Llano, ministre d'Espagne en Suède. — 20 mai. Emballage, sous la direction de Sigaud de Lafond, des instruments de physique destinés au laboratoire du marquis de Santa Gruz à Madrid. — 29 mai. Informé le marquis de Santa Gruz de la maladie de son fils que le célèbre médecin Bouvard déclare atteint de mélancolie. — 27 juin. Reçu une lettre du marquis de Santa Gruz annonçant son arrivée prochaine à Paris. — P' juillet. Arrivée du marquis de Santa Gruz. — 4 juillet. Gonsultation des médecins qui ordonnent le renvoi du marquis del Viso en Espagne. — 6 juillet. Grand dîner chez Aranda auquel assistent les ducs de llnfantado et de Veraguas, les comtes de Priego et de Siruela, les marquis d'Almod<îvar et del Viso, le comte Garlet, la duchesse de Veraguas, la comtesse de Siruela, D. Ignacio de Ileredia, Gavanilles et Viera. — 8 juillet. Achat d'une voiture au Marais pour emmener le marquis del V^iso. — 21 juillet. Départ de Paris avec les marquis de Santa Gruz et del \'iso, et retour en Espagne par Blois, Tours, Bordeaux et Bayonne. — Du 4 août au 18 septembre. Séjour à Saint- Sébastien. — 10 septembre. Tolosa, où les marquis se rencontrent avec le duc et la duchesse de Villahermosa qui se rendent à Turin, et avec D. Pedro de Silva venu
au (levant de son frère et de son neveu. — Du 11 au 17 septembre. Verg-ara, Victoria, Pamplona, Olite et Cadreita, ville appartenant au marquis del Viso. — •28 septembre. Sarajj^osse. — 12 octobre. Arrivée à A'alence. I/état du marquis del Viso s'agj^rave de jour en jour; il meurt le 5 janvier 1779. *
Quoique très intéressant à divers ég-ards, le voyag^e en Italie de Viera avec le marquis de Santa Cruz et D. Pedro de Silva ne Test pas autant pour nous, parce qu'il contient moins de détails sur les personnages qui nous occupent. Transcrivons seulement le récit de la visite que les voyageurs firent à Farinellien passant par Bologne ; il est curieux de le comparer à la relation de Fernan Nunez qui a été citée en son lieu. « 7 octobre 1780. L'après-midi « nous allâmes à la maison de campag-ne du célèbre « Farinelli, située non loin dés portes de la ville. Ce « vieux capon, chevalier de Galatrava, qui, ainsi qu'il le « disait, portait déjà trente-cinq ans sur chaque épaule, (( se montra si ému et si incapable de prononcer une (( parole, en embrassant le marquis, qu'il nous parut « très drôle. Sa figure, sa grande veste et sa perruque « lui donnaient une tournure et un aspect sing-uliers. Il « témoig'nait être très attaché aux Espagnols et conser- « vait dans son salon des tableaux représentant les scènes <( principales des opéras joués devajit Ferdinand VI. 11 <( gardait aussi comme une chose sacrée un piano dont « lui avait fait présent la reine Barbe et nous y joua un <( fandang'o. »
Nos trois Espagnols arrivèrent le 18 novembre 1780 à Vienne, où le marquis de Santa Cruz et son frère furent splendidement reçus, aussi bien par leurs deux tantes, la comtesse de la Puebla et la comtesse de Gollalto, que par l'ambassadeur d'Espagne, comte d'Aguilar, et les autres Espagnols attachés, à divers titres, à l'ambassade: les secrétaires, D. Domingo de IriarLe et D. Isidoro