‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 29 sur 190 · Cordoue, 26 septembre · texte numérisé non relu

Cordoue, 26 septembre

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proposition ofïîcielle. Le résultat ? Ils ont nommé le premier, lui ont aussitôt après donné le grade de colonel et l'ont envoyé au Chili commander un bataillon. Qu'en dis-tu ? — Autre chose. Il y a quatre jours, j'ai proposé pour sous-lieutenant de grenadiers le numéro 1, plus ancien, et, sur un rapport que le frère du numéro 2, proposé contre le 1, fit tenir à l'inspecteur, on a nommé le 2. Je compte bien que la même chose m'arrivera pour une autre proposition de sous-lieutenant. J'ai proposé le troisième cadet, parce que les deux plus anciens ont des défauts que je leur ai déjà reprochés et dont il convient qu'ils soient exempts s'ils veulent avancer. Or, je sais que l'inspecteur a demandé un rapport sur tous les cadets au directeur de l'Académie qui a dit le plus grand bien de tous et rédigé un rapport d'une indulgence ridicule. Je m'attends donc à voir nommer le premier. Que signifie cela, sinon qu'on se défie des colonels et qu'on met en doute leur sincérité ? Y-a-t-il quelqu'un qui puisse souffrir avec indifférence les inconvénients qui résultent de la façon dont on pourvoit aux emplois ? Eh bien, tous les jours nous supportons cela et bien pis! Donc, il faut tout planter là (ce qui ne serait pas impossible) ou s'en tenir strictement au système que j'ai dit, sans jamais céder. Et pour te donner une idée de mon entêtement, voici un cas. Dans une proposition, j'ai donné la préférence au cinquième cadet, qui la méritait, sur les quatre autres placés avant lui. On a nommé le plus ancien. Gela ne m'a pas empêché de continuer de même, dans les trois autres propositions, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à mon candidat. Le Roi est maître de choisir, mais moi je ne le suis pas de ne pas lui dire ce que je crois juste ou utile à son service... En résumé, mon ami : ou agir comme je fais, ou se pendre, il n'y a pas de milieu, et nous ne sommes pas gens à pouvoir porter remède à une situation aussi misérable. Tu me diras : quel respect auront pour leur chef des ofTiciers qui voient qu'on traite ainsi ses propositions et qu'un bavardage ou une intrigue de leur part

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peut plus que tous ses avis ? Et comment nous traiterat-on maintenant, puisque, paraît-il, la nouvelle Ordonnance, avec la mécanique et le cérémonial qui nous sont imposés, fait de nous des subalternes ? Enfin, mon ami, ces choses ne devraient pas s'écrire, car la plume s'échauffe et ce qui est écrit ne s'efface plus. Il est vrai qu'avec toi, cela est sans inconvénient : tout reste entre nous. Mais aujourd'hui même j'écris au lieutenant-colonel de mon régiment qu'il veille sur les propos que pourrait susciter la nouvelle Ordonnance, qu'il mette à mes frais des espions dans les cafés et punisse exemplairement le premier qui se hasarderait à déblatérer^ ».

L'ofïicier qui a écrit ces pages portait, incontestablement, un vif intérêt h son métier et le prenait à cœur. Il est impossible de ne pas être frappé de la chaleur et de la conviction profonde avec lesquelles Fernan Nunez, un privilégié pourtant, proteste contre l'arbitraire, la légèreté et l'incurie des chefs de l'armée. Pour qu'il sente si fortement les graves défauts du système, lui qui n'en souffre pas directement dans sa personne, il faut d'abord qu'il ait eu un cœur droit, un sentiment inné de la justice ; il faut aussi que ces défauts, ces abus aient été criants. Avionsnous tort de dire que les pratiques gouvernementales et administratives avaient dégoûté les classes nobles de servir dans l'armée ? Et si un grand d'Espagne, chef du premier régiment d'infanterie espagnole, est obligé de ronger son frein et de supporter en silence des affronts et des injustices, quelle devait être la situation de tant d'autres colonels, simples gen-

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