‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 48 sur 190 · CHANGEMENTS DE GARNISON · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DE GARNISON

de Murcie), Fernan Nuïïez a rejoint son régiment à Carthagène, avec d'autant plus d'empressement que les bruits de guerre prennent de la consistance et qu'on embarque force troupes pour l'Amérique. « Ton régiment a échappé (par considération pour « ta personne) comme le naufragé sur une planche, « mais il est resté semblable à un squelette à cause (( des six cents hommes qu'il a dû fournir à Irlande, (( Tu sais sans doute tout cela par ton lieutenant- « colonel . Le bataillon de Murcie et celui de Flandre {( doivent s'embarquer dans notre port pour la Vera- (( Cruz ; j'ai été commissionné par l'ami O'Reilly c( pour les compléter et en faire l'inspection. A ce (( propos, je t'ai saigné, car M. Andremon ayant « passé par ici avec cent recrues (médiocres) pour (c ton régiment, je les ai fait débarquer et ai choisi « les vingt-quatre meilleures, auxquelles j'ai proposé (( d'aller comme volontaires en Amérique. S'il ne « s'était pas agi de ton régiment, sois sûr que, n parmi ses soixante vieux soldats, j'aurais pris de « quoi compléter le bataillon de Flandre. Mais je « n'ai soufflé mot de ces hommes et me suis contenté (( des vingt-quatre recrues. » — Nouvelles de quelques amis communs, a Mora a quitté l'armée et je f( partage à ce sujet ton opinion. On me dit qu'il est « malade, qu'il a les nerfs attaqués et la tête faible ; « mais la plupart pensent que ce sont là des pré- (f textes honorables. » Evidemment, il s'aofit ici de D. José Maria Pignatelli, marquis de Mora, créé brigadier le 3 avril 1770 et déjà atteint de la maladie qui, quatre ans plus tard, devait l'emporter et l'arra-

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cher à l'affection passionnée de M^^^ de Lespinasse. Fernan Nunez, qui fait une allusion fort discrète à ces relations, semble, tout en excusant Mora, le blâmer un peu de se dérober à ses devoirs militaires au moment où Ton pouvait croire l'Espagne menacée d'une guerre. Le 15 janvier 1771, en effet, le différend avec l'Angleterre au sujet des îles Malouines ou Falkland n'était pas réglé. Ce fut seulement le 22 janvier que le prince de Maserano, ambassadeur de Charles III à Londres, renonça officiellement à l'occupation de ces îles et donna satisfaction au gouvernement anglais : reculade qui était une conséquence de la chute du ministère Choiseul (24 décembre 1770) et de la volonté formelle de Louis XV de ne pas déclarer alors la guerre à l'Angleterre \ — Encore et toujours la Marcuci : a Je passe comme je peux mes « moments de loisir ; mais mon pays me déplaît et « je déplore Tabsence de la petite Marcuci, qui m'est « fidèle comme on ne le croirait pas, malgré une « longue absence de six mois . Je ne sais si tu l'as été « autant pendant ton voyage, et je crains bien que tes (( compatriotes ne te tentent plus que les miennes. » Au printemps de 1772, nos deux amis se rencontrent en Andalousie, le régiment de Salm, comme nous le verrons tout à l'heure, ayant été envoyé tenir garnison sur la côte d'Afrique. Il est probable qu'à cette occasion Don Carlos fit à Salm les honneurs de

1. Boutaric, Correspondance secrète inédite de Louis XV, Paris, 1866, t. I, pp. 412 et 414 ; Ferrer del Rio, Historia de Carlos III, t. III, pp. 86 et suiv.

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son solar de Fernan Nunez ; c'est ce que laisse entendre cette lettre où le colonel de Vlmméniorial donne Titinéraire détaillé de son retour d'Andalousie h Madrid :

« Depuis notre séparation, je suis resté comme « une âme en peine et, après t'avoir perdu de vue, « je suis retourné pian pian dans mon château ence chanté, où j'ai demeuré jusqu'au vendredi matin... « Le jour suivant, départ pour Andùjar ; embourbé « en montant la côte. Heureusement qu'avec du « temps et de la patience nous avons réparé le mal. « Plus loin, les chemins étaient bons. Dîné, soupe « et couché à La Penuela, le dimanche, pourvoir par (( le menu les progrès de la Colonie. Le soir, nous « avons eu un moment de musique ; deux colones (( allemandes ont chanté en leur langue quelques « chansons gracieuses qui m'ont plu. » La Penuela ou, comme on disait déjà, La Carolina, était un des villages des colonies allemandes de Sierra Morena, créées et dirigées par le fameux Olavide : beaucoup reçurent des noms nouveaux qui rappelaient ceux de membres de la famille royale ou de personnages influents qui s'étaient intéressés aux colonies, mais ces noms, pour la plus grande part, n'ont point survécu à la ruine à peu près complète de cette entreprise qui fut, dès l'origine, mal conçue \ Don Carlos connaissait l'aventurier péruvien, surintendant de ces colonies, qu'il avaitsans doute fréquenté àCordoueou aux environs, en 1768 et 1 709 ; il connaissait aussi sa

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