‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 52 sur 190 · LE DUC DE HOOGSTRAETEN · texte numérisé non relu

LE DUC DE HOOGSTRAETEN

raison invoquée méritait qu'on la prît en considération. Salm devait se rendre en Allemagne et aux Pays-Bas où l'appelait le règlement de la succession de son père, mort le 4 février de cette année, dans son domaine de Hoogstraeten, près d'Anvers. Entre de si nombreux héritiers, l'accord n'était pas facile à établir, d'autant mieux que le père n'avait pas peu contribué de son vivant à semer la discorde dans sa famille. Vrai tyran domestique, il s'était arrogé le droit de régler h sa guise la succession de ses biens et de ses titres. Tous ses fils, sauf un, il prétendait les contraindre h entrer dans les ordres : « Procu- « rava il Principe nostro padre d'obligare tutti i « figli alla chiesa, perché un solo rimanesse al sert colo », écrit l'un d'eux, qui avait été envoyé à Rome pour se faire prêtre et n'avait échappé à l'Eglise qu'en contractant un mariage secret*. D'autres et notamment l'aîné, Louis Othon, que son père avait fait élever à Paris par une demoiselle Le Fèvre, chargée de surveiller ses moindres actions et de l'endoctriner, ne purent pas résister à cette pression constante et durent, bon gré mal gré, embrasser l'état ecclésiastique*. Après la mort de ce terrible

1. La lettre est datée de Rome, 3 avril 1775, et signée Carlo Principe di Salm Salm (Arch. Nat. T. 1541-3).

2. Louis-Othon ne payait pas de mine : « Ce petit abbé, dit le duc de Luynes, qui n'est ni bien fait ni d'une jolie figure et qui a le cordon rouge de l'ordre de Saiut-Hubert de l'électeur palatin, est l'aîné du prince de Salm » {Mémoires, t. XIII, p. 1 ; juillet 1753). En 1771, il ne fut pas admis à la présentation dans le cabinet du Roi, sa qualité de prince héritier n'ayant pas été reconnue par nos ministres (Aff. Etr. ; France.

père et après de vives protestations de Louis Othon, qui entama plus tard un procès en cour de Rome pour faire annuler ses vœux et défendre son droit d'aînesse, un pacte de famille détermina à nouveau le droit dans primogéniture établi de la sérénissime maison de Salm par différents pactes antérieurs*. Louis Othon transigea ; ce fut son frère Maximilien qui prit le titre de duc de Hoogstraeten et devint ainsi le chef de la maison princière de Salm Salm, dont les possessions comprenaient, à cette époque, d'abord la principauté de Salm (ancien haut comté dans les Vosges et ancien bas comté dans le Luxembourg), puis le territoire d'Anholt, en Prusse.

Ses affaires de famille terminées, le prince Emmanuel put voyager pour son plaisir et songer à se distraire. En repassant par la France, il alla, en compagnie du comte de Grillon, porter ses hommages au châtelain de Ferney (août 1771). Voltaire reçut les deux jeunes officiers comme il avait coutume de recevoir les gens de naissance qui venaient lui faire leur cour : avec une politesse exquise mais nullement servile. Rendant compte de cette visite à D'Alembert, il combla d'éloges les deux voyageurs : « J'ai vu le descen- « dant du brave Grillon, qui est venu avec le prince c( de Salm, tous deux instruits et modestes, tous (( deux très aimables et dignes d'un meilleur siècle *. »

Mém. et doc, vol. 1859, fol. 123, 124 et 127). Le pape le dispensa du sous-diaconat en 1775; voy. la Gazette de France du 28 juillet 1775.

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