D. Q., II, 26; El Amante libéral
330 V. l'espagne du « don Quichotte ».
la justice, des institutions dont les hommes de tous les temps abusent et qu'il serait puéril en conséquence de prétendre réformer, Cervantes n'a pas eu de motif sérieux de pressentir que cette grande monarchie^'acheminait à son déclin et que la pourriture de certains membres non amputés à temps envahirait le corps entier. Il avait vu Tapogée du système et il aimait à vivre sur ses souvenirs. La puissance militaire espagnole lui apparaissait toujours dans le splendide décor de Lépante où rayonnait le dieu Mars lui-même sous les traits de ce fougueux et fringant Don Juan d'Autriche. Les tercioSy lorsqu'il mourut, faisaient ferme encore et les tambours n'avaient pas battu la chamade. Le grand empire, avec ses infinies dépendances, avait l'air de tenir debout, les galions continuaient d'apportei' Tordes Indes à Séville, les vice-rois régnaient toujours à Naples et en Sicile, le Portugais n'avait pas pris sa revanche, l'art et la littérature brillaient d'un vif éclat. Gomment eût-il prévu la décadence irrémédiable et prochaine ? Il lui aurait fallu pour cela une inquiétude d'esprit en même temps qu'une perspicacité rare qui n'étaient pas dans sa nature. Il mourut donc convaincu de la grandeur de sa nation, et ce dut lui être, dans ses heures dernières,