LES GALANTERIES DE GRENADE
Que ne Ta-t-on suivie, au lieu de s'astreindre à des traductions littérales qui fatiguent et dégoûtent le lecteur, bien loin de le gagner à Tétude des originaux.
Une autre Espagne, dont on n'a pas parlé encore et qui avait cours déjà dans notre littérature du xv!!"* siècle, est TEspagne arabe, non pas celle du haut moyen âge, trop rude et trop sauvage pour plaire à notre société polie, mais celle des derniers temps de Grenade, l'Espagne des rivalités et galanteries des Zegris et des Abencerrages. Celte Espagne-là relève en grande partie d'un livre charmant de la fin du xvi® siècle, les Guerres civiles de Grenade, de Ginés Ferez de Hita. Tout autant que V Amadis, ce roman historique, car c'est le nom qui convient le mieux à l'œuvre de Hita, a servi de modèle à nos romans héroïco-galants de la fin du xvii® siècle : VAlmahide de M**'® de Scudéry (1660), la Zayde de M™" de Laiayette (1670), pour ne citer que les plus connus, ne sont guère que des variations sur le thème du vieux conteur espagnol '.
Cette chevalerie raffinée, aux sentiments
1. Ph. H. Kôrting, Geschichte des franzôsischen Romans un XVUJahrhiindert, Leipzig, 1885, t. I, p. 443 et 474.
G6 I. l'espagne en france.
galants et tendres, plut encore au siècle suivant et même au nôtre ; elle se continue dans une série de nouvelles, dont on peut chercher les titres, rien que les titres, dans la Bihliothèque universelle des romans; c'est toute Tattention que méritent ces insipides délayages. On ne se souvient plus aujourd'hui que du Gonzalve de Cordoue de Florian, ce bon Florian qui, naïvement, abrège le Don Quichotte sous prétexte d'en effacer les tac^hes ; on lit encore le Dernier Abenceraije, dernier rejeton de cette famille, à tous égards. Comme une lumière sur le point de s'éteindre et qui brille quelques secondes d'un incomparable éclat, le roman grenadin, ravivé un instant par le génie de Chateaubriand, est retombé après lui dans le gouffre profond des genres à jamais démodés.
Revenons maintenant aux philosophes. Ce n'est pas d'eux que nous avons à attendre ni une vraie connaissance de l'Espagne ni des vues justes sur les hommes et les choses de la nation voisine. Détracteurs systématiques, le plus souvent très superficiels et même très ignorants, ils frappent sur la pauvre Espagne à coups redoublés. Rien de ce pays ne trouve grâce à leurs yeux : ni les lettres, ni les sciences, ni les arts, ni le commerce ou l'in-