‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 39 sur 206 · ÉTUDES ESPAGNOLES D^BEL HUGO · texte numérisé non relu

ÉTUDES ESPAGNOLES D^BEL HUGO

du Gid, assez habilement faite et dont il ne faut pas dire de mal, puisqu'elle est, comme on l'a montré, la source directe du Cid de Ilerder. Plus tard le bon Greuzé de Lesser mit au service de la mémo cause sa sensiblelie et son style troubadour*. Puis ce fut le tour de la traduction plus littérale d'Abel Hugo, Tancien page du roi Joseph et Tun des très rares écrivains antérieurs à 1830 qui fussent en état de traduire correctement d'espagnol en français des textes faciles. Nous lui devons un petit recueil de Romances historiques (1822), dont son frère Victor ne s'est pas peu servi^. D'Abel Hugo il faut lire aussi de charmants récits de son séjour à Madrid, à la cour de Joseph, qui nous font revivre très agréablement parmi ces ralliés à la dominalion française, où figuraient des représentants de toutes les classes et jusqu'à des grands d'Espagne ^

1. Les romances du Cid imitées de l'espagnol. Nouvelle 'lit ion. Paris, 1821. La 1" édition est de 1814.

2. Cette traduction est précédée d'un « Discours sur la poésie lilstoriquc chantée et sur la romance espagnole », tiré d'un cours de littérature espagnole professé par l'auteur, en 1821, à la Société des Bonnes-Lettres.

3. Souvenirs sur Joseph Bonaparte, roi d'Espagne ÇBevue des Deux-Mondes, 1" et 15 avril 1833). Il y a d'Abel Hugo

'82 I. l'espagne en france.

Mais, puisqu'ils ne lisaient guère, avec quoi donc nos romantiques ont-ils broyé leur couleur locale espagnole ? En général, avec des souvenirs de campagne ou de voyage.

Les soldats de Napoléon qui avaient combattu en Espagne, ceux-là surtout qui avaient subi l'affreuse captivité des pontons de Cadix ou des rochers de Cabrera', revinrent en France avec une ample provision d'impressions personnelles qui défraya longtemps la curiosité de notre public.

Témoins, à leur arrivée dans la Péninsule, de ce qui y subsistait encore des mœurs de l'ancien régime et des pratiques surannées de son gouvernement absolu, victimes bientôt, au cours de cette lutte terrible et de tous les instants, des traitements les plus sanguinaires, ces soldats voyaient surtout dans l'Espagne une nation entichée au dernier point de vieux usages et de coutumes locales, passionnée, cruelle et superstitieuse, et la dépeignaient comme telle, ce qui n'était pas pour déplaire à nos coloristes. Nulle part l'impres-

deux articles assez insignifiants sur Lopc de Vega, dans le Conservateur littéraire, t. III (1820), p. 173 et 254.

1. Il faut lire, à ce sujet, les émouvants récits réunis par M. Lorédan Larchey : Les suites d'une capitulation. Paris,

LES MÉMOIRES d'uN APOTHICAIRE. 83

sien que les Français de la Révolution reçurent au contact de cette société rococo, bigote et frivole dans les hautes classes, ignorante, fanatique et sauvage dans les couches inférieures, n'est mieux rendue que dans ces relations militaires, et par exemple dans ces curieux Mémoires sur la guerre d'Espagne par « un apothicaire^ )>, tableau le plus vivant et, malgré sa forme humoristique, le plus fidèle de ce qu'était l'Espagne de 1808 à 181i.

Il était facile de puiser à pleines mains dans ces souvenirs de campagne ^, et l'on n'y manqua pas. Le type espagnol qu'on y recueille et qu'on fait passer dans la littérature diffère déjà sensiblement de celui du xviii'' siècle. Quelque chose reste de l'Espagnol à la guitare de Montesquieu et du Barbier de Séville, mais Figaro n'a plus le même accent de gaieté insouciante et sa veste de majo est parfois tachée de sang. A cette heure, la mode est aux couleurs noires, aux fantaisies macabres ; on ne raille plus, on ne cherche plus à divertir le public par des caricatures plaisantes de nos

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