‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 46 sur 206 · LE DRAME ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

LE DRAME ROMANTIQUE

Une autre question est de savoir si Hugo a fait passer dans son drame romantique quelques types et des ressorts dramatiques de l'ancien théâtre espagnol.

On l'a prétendu, mais, à ce qu'il semble, sans y regarder d'assez près, a C'est avec les types (( étendus, agrandis, sublimés de la comédie c( de cape et d'épée, avec le théâtre mi-parti « espagnol et italien que sont faits les drames (c en vers de Victor Hugo. . . Victor Hugo re- (( lève de Galdcron bien autrement que de (( Shakespeare. » Ainsi parle M. Blaze de Bury, l'historien si autorisé du romantisme ^ mais qu'entend-il par un théâtre mi-parti espagnol et italien? Est-ce Don Juan? Et puis nous avons beau chercher, nous ne voyons pas d'analogies entre les deux systèmes dramatiques qui ne soient, ou d'ordre très général, ou, pour ainsi dire, fortuites ; aucune ne nous indique qu'il y ait eu, de la part de Hugo, emprunt, imitation voulue. Tout ce qui est commun à la fois à l'ancienne comedia et au drame de Shakespeare et de Schiller, c'est-àdire au théâtre libre, dégagé des règles qui ont emprisonné notre théâtre classique, tout cela

1. Alexandre Damas, sa vie, son temps, son œuvre, Paris, 1885, p. 179.

96 I. l'espagne en France.

se trouve dans Hugo. Ce qui n'appartient qu'à Lope ou à Calderon, leur ton et leur tour particuliers, nous le chercherions en vain chez notre poète, et cela suffit pour établir son indépendance à l'égard de ces maîtres espagnols, qu'il a pu saluer de loin, en bon confrère romantique, mais auxquels il n'a rien pris luimôme directement. Les emplois de la comedia, père noble, jeune premier, etc., cet attirail était du domaine commun et depuis longtemps.

Et maintenant que reste-t-il encore d'espagnol dans l'œuvre de Hugo? Quelques pièces dans ses divers recueils de vers, et surtout les petites épopées de la Légende des siècles. En présence de cette Espagne formidable et terrible du Jour des rois ou du Petit roi de Galice, le critique reste comme déconcerté; il n'ose appliquer ici ses procédés habituels d'analyse, il sent qu'une telle poésie défie d'avance toutes ses morsures. Quand l'histoire est à ce point transfigurée et agrandie, à quoi bon ergoter sur les faits, les noms et les couleurs? H faut ou tout laisser ou tout prendre. L'Espagne de ces poèmes ne ressemble à rien de ce qu'on a pu connaître, ce pays fantastique est à un suprême degré une création du poète, et de là son étrange, son effrayante beauté.

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