Lope de Vcga, Pobreza no es \ileza, acte III, se
de Fespiit flainancl, de tout ce qui émane de voire raison pratique et de votre volonté, les Espagnols changent d'avis et prennent un autre ton. Ici, ils ne critiquent plus, ils admirent et envient ; ils ne vous reprochent vraiment qu'une chose : l'indépendance de caractère et l'amour de la nouveauté qui poussèrent beaucoup des vôtres à embrasser la Réforme. Gela, bien entendu, ils le condamnent avec àpreté et, on peut le dire, avec injustice, car, à les entendre, il n'y aurait eu en Flandre qu'hérétiques et iconoclastes. Les soldats du duc d'Albe aj)pellent « tout le monde héréticque, (( qui at esté cause, avec les oultraiges qu'ilz « ont faict, que plusieurs sont estez tuez », écrit un correspondant du cardinal de Granvelle * . En eft'et, cette conception si fausse froissa extrêmement les très nombreux Flamands demeurés fidèles à la doctrine catholique et fut une des causes du long malentendu qui régna pendant tout le xvi" siècle entre vos provinces et le gouvernement de Madrid.
Mais la question d'hérésie mise à part, sur tout le reste les Espagnols ne tarissent pas d'éloges. Que de choses les surprennent
1. Morillon à GranvcUe, Bruxelles, 2'i aoùl 1567 (To/vespoitdauce do Grans'olle, \. H, p. .599).
ÉDUCATION flamandp:. 279
agréablement qui leur font faire aussi de mélancoliques retours sur eux-mêmes! L'amour de l'instruction d'abord qui incite les Flamands, même de condition à peine moyenne, à apprendre, outre les deux langues parlées aux Pays-Bas, celles des pays avoisinants ou encore des pays avec lesquels ils entretiennent des relations, qui leur ouvre et leur éclaire l'esprit, leur suggère cet excellent système d'éducation consistant à envoyer de bonne heure les enfants hors de la maison paternelle, à les échanger avec des enfants d'autres provinces afin de hâter leur développement, tout en conservant aux uns et aux autres le bénéfice d'une éducation familiale.
En second lieu, l'esprit d'association, qui suppose à la fois chez l'individu l'initiative, le >iresoin d'une règle, le respect de la volonté d'autrui. Energiques et initiatifs, les Espagnols l'étaient certes encore au xvi° siècle, mais ils l'étaient d'une façon plus aventureuse et désordonnée ; ils l'étaient souvent aux dépens de la tranquillité publique et de la moralité. Ce qu'ils estiment donc particulièment dans vos confréries militaires ou vos associations civiles, c'est la belle entente qui y règne entre tous leurs membres, la régularité des délibérations, la superbe ordonnance
des fêtes. Avec un enthousiasme qui ne se contient pas, ils racontent et peignent le tir à l'oiseau, jugeant avec raison qu'un tel exercice, devenu peu à peu une institution nationale, a une importance exceptionnelle. Ils voudraient le voir imité en Espagne. « C'est à « ces exercices, auxquels ils sont accoutumés « depuis si longtemps, que les Flamands « doivent d'être de si grands soldats et si « habiles au maniement des armes. )>
L'ordre, le bon sens pratique, le sentiment de la responsabilité n'existent pas que dans ces associations. Ces principes régissent et l'économie domestique et l'administration des vil- ; les. La propreté des maisons, leur aménage- ! ment commode et confortable ; la sécurité de \ ces demeures assurée, contre les accidents, ! par d'intelligentes précautions, contre les voleurs, par des veilleurs de nuit qui font I la ronde et crient les heures ; la solide organisation de la police et les règlements conceri nant la mendicité: tout cela, ces derniers \ points surtout, causaient l'étonnement des Espagnols qui se souvenaient de leur pays infesté de malandrins et de loqueteux, de leurs demeures si pauvrement agencées et de leur déplorable administration urbaine.
Ils n'étaient pas moins frappés par l'activité