Au xvii» siècle déjà, W. Temple parle avec admiration dç
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que croître et le Don Quichotte, adopté et consacré grâce à une légion de traducteurs, avait conquis sa place dans ce petit groupe d'œuvres de choix que les Allemands appellent la littérature universelle. De plus en plus, il supplantait toutes les fictions qui à différentes époques avaient réussi à se frayer un chemin à travers lesVyréwées., Amadis, Célestines et romans picaresques ; il tendait à devenir chez les nations étrangères l'unique représentant du génie littéraire des Espagnols, et Montesquieu allait pouvoir risquer sa fameuse boutade : « Le seul « de leurs livres qui soit jjon est celui qui a fait (( voir le ridicule de tous les autres. »
()uand un ouvrage d'imagination acquiert une telle notoriété et passe à ce point pour la quintessence de l'esprit et du talent de tout un peuple, il n'est pas surprenant qu'on cherche à le comprendre à fond, à en élucider les pas-
Cervantes Qlie inatchless writer of Don Quixofe) et regarde son roman comme la plus belle œuvre d'imagination des temps modernes ( T'/te Works of sir William Temple, Londres, 1757, t. III, p. 422). Temple nous rapporte aussi les propos d'im « ingenious Spaniard », de Bruxelles, qui prétendait que le Bon Quichotte ruina la monarchie espagnole en jetant le ridicule sur les principes d'honneur chevaleresque qui avaient l'ait sa force (Ifjid., p. 469). Opinion défendue aussi en Espagne au XVIII'' siècle par D. Juan Marujân (M. Mcnéndez Pelayo, Itistoria de las ideas estéticas en Espaîia, t. III, 1, p. 380).
300 Y. l'eSPAGNE du « DON QUICHOTTE )) .
sages les plus difficiles on les allusions les plus cachées et qu'on s'efForce aussi de savoir ce que fut son auteur, comment il vécut et quel rôle il tint dans son milieu : curiosité bien légitime et à laquelle aucun des premiers traducteurs n'avait été en mesure de répondre. Il était réservé à l'Angleterre de lui donner satisfaction, et ce n'est pas un mince honneur pour elle qu'un de ses hommes politiques les plus considérables de la première moitié du xviii° siècle et des plus lettrés ait su prendre l'initiative d'un grand travail littéraire au profit de Cervantes. En faisant publier à ses frais à Londres, en 1738, une belle édition du Don Quichotte qu'il dédia à la comtesse del Montijo, dont le mari avait été ambassadeur à la cour d'Angleterre, en demandant à Don Gregorio Mayans, l'un des meilleurs savants espagnols de l'époque, d'écrire spécialement pour cette édition une biographie de Cervantes, entreprise qui n'avait pas été encore tentée et que l'érudit valencien exécuta de son mieux, lord John Carteret a pour toujours uni son nom à celui du maître de la littérature d'imagination en Espagne et a contribué à fonder dans son pays l'étude criti(|ue et savante du Don Quichotte.
L'exemple de lord Carleret devait porter ses