‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 188 sur 197 · V. L ESPAGNE DU « DON QUICHOTTE · texte numérisé non relu

V. L ESPAGNE DU « DON QUICHOTTE

leurs de palmes aux plus méritants, ou bien commentent Aristote, délayent surtout les commentateurs italiens du maître, ou bien composent des arts poétiques sur le patron de celui d'Horace, ou enfin écrivent des panégyriques, des Temples de mémoire. Ce dernier genre a la vogue. On loue les autres pour être loué à son tour, on soigne sa propre réputation en prônant celle du voisin. Cervantes s'y est essayé dans le Chant de Calliope de la Galatée. Rien de plus fade que ces coups d'encensoir donnés à tort et à travers, que ces pluies d'épithètes laudatives qui finissent par n'avoir plus de sens tant elles sont prodiguées. Aucune nuance dans l'éloge qui s'abat indistinctement sur tous, le plus médiocre comme le plus illustre étant toujours admirable, excellent, divin. Qu'apprenons-nous de précis dans ces stances, ou dans l'interminable rapsodie de Lope de Vega intitulée Laurier d'Apollon, sur les qualités propres des poètes d'alors, sur la marque de leur invention, la facUire de leur style, le rythme de leurs vers? Bien peu de chose. Le Voyage au P amassée vaut mieux ; ici le ton burlesque, la tendance satirique autorisaient Cervantes à mêler la critique à l'éloge, à cacher quelques serpents sous des fleurs, à aiguiser des traits contre les per-

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sonnes. Mais la personnalité clans la critique est un autre écueil. Trop souvent la dispute littéraire dégénère en une diatribe où l'adversaire seul est visé : ce ne sont plus les fautes de l'écrivain, ce sont les travers de Thomme qu'on dénonce et qu'on persifle. Aujourd'hui même un étranger s'étonne de la place considérable que les questions personnelles, les piques entre écrivains de partis politiques ou religieux opposés prennent dans les discussions littéraires en Espagne'.

Les divers morceaux de critique insérés dans le Don Quichotte n'ont pas tous une égale valeur. Tel roman de chevalerie loué ou déprécié, telle pastorale ou tel poème épique dont Cervantes explique les mérites ou les faiblesses ne nous occupent pas. Ces œuvres fanées nul ne les lira plus ; partant ce qu'en pense notre auteur nous importe infiniment peu. Les jugements de Cervantes qui ont conservé leur intérêt sont relatifs au théâtre ; mais, avant de les examiner, il convient de nous rendre compte de sa doctrine. Cervantes est avant tout un disciple de l'Italie, un élève enthousiaste de celui qu'il nomme le divin Arioste'.

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