LE CID DE VICTOR HUGO
Mais à côté de ces trouvailles du génie, figurent aussi, dans ses recueils, quelques morceaux d'inspiration historique. Tel le Romancero du Gid de la seconde Légende des siècles\ peut-être la plus espagnole des œuvres de Hugo. L'esprit et, ce qui était plus difficile, quelque chose, beaucoup même de l'allure des petites épopées castillanes se retrouve dans les couplets alertes du nouveau romancero français.
Il fallait parler de Hugo, et nous en avons parlé plus longuement peut-être qu'il ne convenait et que nous n'aurions fait, s'il n'avait pas été nécessaire de ramener à une juste mesure Tespagnolisme du grand poète. A notre point de vue, Hugo n'a pas l'importance de Mérimée, il n'a même pas celle de Gautier.
Inventeur d'une Espagne outrée et fantasmagorique, plus grande, plus noble, plus terrifiante que nature, d'une Espagne à lui seul, qu'il a bronzée et dorée de sa puissante poésie, il s'est fait dans le groupe de nos hispanisants une place à part, où il reste isolé. En tant que connaisseur ou interprète de la vraie Espagne, Hugo ne vient qu'après plusieurs autres.
1. La légendo des siècles. Nouvelle série, Paris, 1877, t. I, p. 117.
98 I. l'espagne en frange.
D'une chose il est pourtant équitable de le louer. Quand il s'est trompé, il l'a fait en quelque sorte sciemment. Des erreurs, soit, des erreurs énormes et si énormes qu'on finit par ne plus les voir, mais pas de méprises ni de contre-sens; il n'a pas affadi l'Espagne en l'idéalisant dans un goût faux. La sonorité des noms espagnols lui plaît et il en abuse, même il lui est arrivé d'en créer d'assez extravagants, mais au moins Huo-o n'a-t-il à sa charge aucune des fautes o-rossières contre l'usao-e et la
langue dont foisonnent tant d'autres écrits contemporains.
Car on ne saurait imaginer' l'amas de bévues et de quiproquos qu'ont entassés surtout les romanciers et les dramaturges, et à quel point ils ont plaisamment étalé leur naïve ignorance, toutes les fois que l'idée leur est venue de donner à leurs élucubrations l'Espagne pour théâtre. Histoire, noms, costumes, langage et caractères, tout y est faux et ridiculement altéré. Et ce travestissement des mœurs ou de la fameuse couleur locale a ceci de particulièrement choquant qu'il est presque toujours assaisonné d'une forte dose de sensiblerie, ingrédient anti-espagnol, s'il en fut jamais. Passe pour l'Espagne sombre et truculente, il Y a de cela, il v a eu surtout de cela chez