Acte m, scène
2. Lettre de I^oiiis XI Y au marquis d'IIarcourt, du 8 lévrier 1699 (Hippeau, A>,'ènement des Bourbons au trône d'Espagne , Paris, 1875, t. II, p 20).
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deux façons de procéder. Ou reculer la date du drame, le placer avant 1689, pour ne pas perdre le bénéfice des Mémoires, pour être pleinement en droit d'utiliser les informations et bavardages de cette gazette du palais ; ou bien garder 1699 et Marie de Neubourg, en renonçant alors à la comtesse, dont le livre ne concerne en aucune façon ni cette dernière reine ni cette époque, et en cherchant ailleurs de quoi composer le personnage. En résumé, ou Marie-Louise d'Orléans avec M'"" d'Aulnoy, ou Marie-Anne de Neubourg sans M'"" d'Aulnoy.
Hugo n'a pas admis ce dilemme ; il a préféré donner une entorse à l'histoire, et, ])ar substitution, créer une reine, qui, dans son drame, se nomme Don a Maria de Neubourg et qui est en réalité la Marie d'Orléans des Mémoù^es de M"'" d'Aulnoy^,^ ■
On conçoit bien, sans doute, que le poète n'ait pas voulu se priver d'un livre où il avait flairé de très friands morceaux et jusqu'à des vers tout faits ; mais alors, pourquoi ne pas ramener l'action du dranu^ au temps de la première femme de Charles 11, ce qui eut tourné la difficulté ? Est-ce à dire que, pour assombrir la situation, pour la rendre plus tragique, il a j)i'éféré le moment où tout s'écroule
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et se décompose, royauté, gouvernement et société, le moment où les princes de l'Europe, rôdant comme des chacals autour du souverain moribond, prêtent l'oreille à ses hoquets et se partagent à l'avance les dépouilles du vaste empire ? A notre avis, l'effet cherché n'eût pas été beaucoup moindre, si la scène s'était passée quelque quinze ou vingt ans plus tôt, car entre TEspagne de 1680 et celle de 1699 la différence paraît peu appréciable. Sauf les compétitions des divers prétendants, — dont il n'est d'ailleurs pas parlé dans la pièce, — sauf les intrigues des ambassadeurs circonvenant les ministres et les soudoyant, parce qu'ils sentent que la mort frappe à la [)orte du palais et qu'il faut se presser si l'on veut avoir le testament en sa faveur ; sauf cela, le milieu du règne ressemble beaucoup à la lin. Môme corruption en haut, même misère en bas, même anarchie partout.
Hugo ne l'a pas entendu ainsi ; il a maintenu la date de 1699 et a fait sa Marie deNeubourg de tous les traits qu'il avait soigneusement récoltés dans les Mémoires de M'"" d' Aulnoy et qui s'appliquent à la fille de Henriette d'Angleterre. Tranchant la difficulté aux dépens de l'histoire, il est sorti de l'impasse par un compromis qui nous paraît être la plus
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grave faute de son drame. Que le public en trénéral ne soit nullement sensible à cette substitution, qu'il l'ignore môme, peu importe. Il sutïit qu'elle existe et que de piètres lettrés puissent l'apercevoir en ouvrant l'un ou l'autre des livres que nous avons cités.
Et si encore la seconde reine avait eu un rôle assez effacé pour qu'il fût permis à un poète de lui prêter un caractère et des allures {|uelconques, sans encourir le reproche d'altérer la vérité et de travestir l'histoire! Mais on sait qui fut cette princesse et il ne faut pas dire avec Paul de Saint-Victor que sa « pâle ligure est restée obscure » et que le poète ce avait le droit de la transformer, en la retirant de ses limbes ' ». On sait très bien comment elle se comporta pendant ses dix années de règne, comment elle manœuvra pour conserver un empire absolu sur son mari et poursuivit son intérêt personnel à travers toutes les machinations de la diplomatie.
Hautaine, jalouse et violente, — si violente qu'en apprenant un jour la nouvelle du troisième partage de la monarchie espagnole,
1. Vicfur Hu^o, par I^aul de Saint- Viclor, Paris, 1885, p. 134.