‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 143 sur 212 · Paris, Félix Locquin, 1841, in-8<* de treize pages · texte numérisé non relu

Paris, Félix Locquin, 1841, in-8<* de treize pages

GRANDS D ESPAGNE

lequel il supporta certains mécomptes et coups de la fortune.

On voudrait connaître la mère de ces deux « pendants d'oreille » ; malheureusement, Don Carlos ne la nomme nulle part. Peut-être était-ce la dame qui, en 1775, habitait l'Italie avec un ninOj la dame dont alors le comte s'occupait avec une sollicitude inquiète et qui, à en juger par certaines recommandations à Salra, lui inspirait encore, sinon de l'amour, du moins un sentiment assez tendre : conjectures et qui ne nous avancent pas beaucoup. Dans ce brouillard épais qui obscurcit la vie de notre personnage, impossible de rien discerner, et il nous faudrait d'autres documents pour apprendre si la mère de Don Ângel et de Don Camilo doit être confondue avec la dame en question ou représente une autre conquête du galant comte de Fernan Nunez.

En acceptant le poste de Lisbonne dans un moment de calme plat et où l'on ne découvrait à l'horizon de la politique aucune menace prochaine. Don Carlos avait compté sur une ambassade des plus faciles ; il s'était proposé, comme on l'a vu, d'y faire fort paisiblem'ent son apprentissage diplomatique en même temps que l'éducation mondaine de sa femme. Mais les événements se^ chargèrent de déranger quelque peu ces projets. La rupture entre la France et l'Angleterre, qui entraîna à bref délai (juin 1779) celle de l'Espagne avec cette dernière puissance, donnait au poste de Lisbonne une importance qu'il avait perdue depuis longtemps. Le Portugal demeurant neutre, mais tout de même soumis à l'influence an-

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glaise, il incombait au ministre d'Espagne de surveiller attentivement le gouvernement portugais et d'empêcher qu'il ne violât ou laissât violer sa neutralité au profit de l'Angleterre, qui prétendait se servir des ports du Portugal comme de refuges pour ses corsaires ou ses bâtiments marchands poursuivis par les alliés. Pendant toute la durée de la guerre, de 1779 à 1783, Fernan Nunez eut donc à déployer, en mainte occasion, les qualités les plus solides de son caractère et les ressources variées de son esprit ; l'ambassade de Lisbonne, qu'il jugeait devoir être une douce sinécure, fut pour lui, dès le début, une école difficile, mais où il se forma et s'instruisit plus vite et mieux qu'il ne pouvait l'espérer. Ces quatre années doivent être tenues pour les plus considérables et les plus brillantes, sinon précisément les plus heureuses, de la vie de Don Carlos. Jamais jusqu'alors il n'avait trouvé l'occasion de montrer à ce point ce dont il était capable ; et, plus tard, dans son autre ambassade, sur un bien plus grand théâtre, des circonstances très défavorables et tragiques ne lui permirent pas de tirer parti de son talent ni de ses aptitudes et de réussir comme il avait précédemment réussi au Portugal.

Une de ses lettres à Salm, écrite le 3 août 1779, au moment de la jonction des escadres française et espagnole, commandées par d'Orvilliers et D. Luis de Côrdoba qui devaient faire une si piètre besogne, nous le montre très attentif aux événements militaires et très préoccupé de cette action en commun contre la grande puissance maritime. Au reste, s'il

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remplit très consciencieusement et même avec entrain les devoirs de son emploi, ce n'est pas, tant s'enfaat, qu'il ait de grandes visées. Il se donne toujours pour un philosophe et un détaché k son ami Salm, qui, paraît-il, l'excitait à se pousser dans la carrière et à ne pas se contenter du présent :

« Avec plus de talent, d'instruction et de vigueur que moi, tu te crois heureux (et tu Tes) parce que tu as de l'argent, quelques amis et que tu ne te connais ni ambition ni ennemi. Et tu prétends me contraindre à peiner une grande partie de ma vie, à dépenser plus que je ne puis, à me créer des ennemis tout comme si j'avais de l'ambition, à perdre peut-être quelques-uns des amis que je possède pour en gagner d'autres qui le seront seulement de mes emplois, enfin à feindre ce je ne pense pas la moitié du temps ! Non, mon ami, la partie n'est pas égale. Je jouis maintenant de la tranquillité ; je n'ai jamais connu l'ambition. Je suis marié selon mon goût, quoique je sente bien qu'il manque quelque chose à ma moitié ; mais on ne peut tout avoir à souhait. Et puis, outre les trente-sept ans sonnés que j'ai depuis le onze du mois dernier, je possède (sans compter les deux de contrebande toujours fort appliqués à Sorèze) un premier enfant et un autre qui est en route, à ce que je crois ; il faut donc que je m'occupe de moi et d'eux. Nous verrons ce que nous réserve l'avenir, qui est très obscur, et, selon ce qu'il nous apportera, le sacrifice que je ferai de ma personne à la patrie sera ou plus grand ou moindre ».

Comme il le désirait ardemment au moment de quitter Madrid, Don Carlos avait réussi à attirer sa sœur à Lisbonne. La duchesse de Béjar était venue assister au baptême de son neveu et avait trouvé

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