‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 78 sur 212 · BRUITS DE GUERRE · texte numérisé non relu

BRUITS DE GUERRE

saurions le dire explicitement, car aucune de ses lettres à Salm ne permet de lever le voile qui nous cache cette mystérieuse intrigue. Peut-être bien s'agit-il encore de la Gertruda Marcuci, qui se serait retirée en Italie, et d'un enfant né de ses relations avec le comte. Mais ce n'est qu'une conjecture.

Fort heureusement pour Fernan Nunez, un événement assez considérable et imprévu vint le tirer de l'état d'abattement et de découragement où les souvenirs de la vie passée, compliqués d'autres sujets de tristesse, l'avaient peu à peu conduit. La guerre, à la veille d'éclater entre l'Espagne et les États Barbaresques, rappelle tout à coup Don Carlos à son poste de combat. Le 8 mai, il annonce à Salm que les préparatifs contre le Maroc vont bon train et que, si cette puissance n'accède pas aux conditions imposées par l'Espagne, l'envoi d'un corps expéditionnaire sur un point quelconque de l'Afrique aura lieu sans tarder. Plus d'humeurs noires ni de vague dans l'âme : le colonel de V Immémorial reprend le dessus et ne songe qu'à remplir son devoir de soldat, comme l'exigent l'emploi qu'il occupe dans l'armée, les liens qui l'attachent à la personne même du Roi et les obligations de son sang. Il a informé Ricla, par l'intermédiaire d'O'Reilly, que le fait de se trouver en congé régulier ne l'empêche pas de se tenir à la disposition du Roi et qu'il est prêt à partir au premier avis. O'Reilly ne lui a rien répondu officiellement, mais lui a fait dire par la duchesse de Béjar qu'il l'engageait à partir sur-le-champ pour

GRANDS D ESPAGNE

Barcelone, et que cet empressement, quoi qu'il arrivât, lui ferait grand honneur et le recommanderait beaucoup auprès du souverain. Il quittera donc Paris le soir même. Au surplus, son premier bataillon a reçu l'ordre d'être prêt ; il faut le rejoindre. Quant à l'expédition en soi, Fernan Nunez n'a pas l'air de la prendre très au sérieux, ou peutêtre affecte-t-il à dessein l'indifférence. Conmie s'il était sûr d'en revenir sain et sauf, il annonce avec la dernière précision ce qu'il compte faire à son retour d'Afrique :

« S'il y a expédition, nous ne pourrons guère débarquer, au retour, qu'à Cadix. En ce cas, je fais une visite à Fernan Nunez, je passe un mois avec ma sœur et reviens, chargé de lauriers, passer Thiver à Paris et y chercher une femme riche et honnête, ce qui est l'essentiel pour vivre heureux et en bonne amitié. S'il n'y a pas expédition, comme d'une façon ou d'une autre je puis compter d'être fait maréchal de camp à la première promotion, de Barcelone je me rends à Madrid pour baiser la mainy je passe quelques jours à Feman Nunez et reviens ici, libre enfin de la servitude du régiment. Puissé-je te rencontrer et avoir désormais plus de chance avec toi dans mes voyages » I

Avant de suivre Fernan Nunez sur le terrain de ses exploits et de l'observer dans son nouveau rôle de militaire combattant l'ennemi héréditaire, occupons-nous de décrire un peu cette société espagnole de Paris sur laquelle les lettres du comte nous ont déjà ouvert quelques aperçus.

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