‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 80 sur 212 · TE DE FUENTES · texte numérisé non relu

TE DE FUENTES

qu'au mois de février 1764*. Tout ce que l'on peut dire de lui est qu'il remplit sou râle avec dignité, sinon avec éclat. Comme il convenait, le comte dépensa beaucoup à Paris, y ébrécha son patrimoine et s'y serait même ruiné, si Charles III, en 1768, pour le tirer de peine, ne l'avait pas nommé président du Conseil des Ordres avec un beau traitement. « Je crois, écrit l'abbé Beliardi à Choiseul, que (t M. le marquis de Grimaldi fera tout son possible <i pour faire pousser la gratification jusqu'à quarante H mille livres ; cette nouvelle grâce achèvera de « dissiper le noir que font à Paris M. et M"* de « Fuentes, car il n'y a rien de mieux pour tranqniln liser les esprits que de se voir sans inquiétude « dans les moyens de subsister'. » Il semble aussi que le soin de sa santé et diverses affaires domestiques aient contribué avec les embarras d'argent à aigrir son caractère et à lui faire prendre en dégoût son emploi d'ambassadeur. II y renonça en 1773, étant à Madrid, et dut s'excuser, par écrit, auprès de Louis XV, de ne pas venir en personne lui pré-

1. Il présenta ses lettres de créance à Louis XV le !6 réïrier.

2. Lettre du 21 mars 1768 (AIT. Etr.; Espagne, vol. 551. foL Î95). Cet abbé Beliardi, romagnol de naissaoce, sut s'introduire auprès de Choiseul, qui le nomma consul général de France en Espagne et le chargea de la partie commerciale du Pacte de famille (Galiani à Tanucci, Compiègne, IGjuilletlîei; Arckivio storico itaiiano, it' série, ann. 1878, t. I, p. 25). 11 intrigua, malversa et fut brusquement rappelé en 1771 (Clément, Journal de correspondances et de voyages d'Italie et d'Espagne. Paris, 1802, t. 11, p. 91 ; et AIT. Etr.; Espagne, Tol. 564, fol. 238. 309 et 32t).

GRANDS d'eSPAGNE

senter ses lettres de rappel, « à cause des circonstances malheureuses de Tétat de sa famille^ ». Fort malheureuses, en effet, et qui le devinrent encore plus. Le 12 octobre, le comte de Fuentes perdait sa femme, D* Maria Luisa Gonzaga y Caracciolo ; et, le 27 mai 1774, expirait à Bordeaux son fils aîné, D. José Maria Pignatelli, marquis de Mora, le seul membre de la famille des comtes de Fuentes dont la mémoire se soit conservée en France.

Le père, lui, n'est plus connu chez nous que par le fils, et sa physionomie effacée aurait à peine laissé de faibles traces dans l'histoire diplomatique si, k propos des amours du marquis de Mora et de sa romanesque liaison avec M^'® de Lespinasse, les biographes de la grande amoureuse n'avaient eu à s'enquérir aussi des parents de ce Pignatelli et à en parler avec quelque détail. En revanche, Mora était jusqu'à ces derniers temps des plus ignorés en Espagne, où le recueil des lettres de M*^' de Lespinasse et les autres écrits des amis français du marquis, ceux par exemple de D'Alembert, n'ont guère de lecteurs. Il nous serait difficile d'ajouter beaucoup aux renseignements que M. Eugène Asse, avec un soin et une persévérance admirables, et, plus tard, M. Charles Henry, ont su grouper autour de ce nom cher aux admirateurs fervents de la femme le plus ardemment et sincèrement passionnée du xviii® siècle. Pourtant nous avons recueilli dans les documents contempo-

1. Lettre à Louis XY du 21 juin 1773 (Aff. Etr. ; Espagne 570, fol. 398).

LE MARQtJIS DE MORA 135

rains quelques indications, notamment sur la carrière militaire de Mora, qu'on ne nous saura peut-être pas mauvais gré de faire connaître. Ainsi, la Gazeta du 20 mai 1760 annonce la promotion, au grade d'enseigne du cadet aux Gardes Espagnoles d'infanterie D. José Maria Pignatelli, marquis de Mora\ qui, deux ans plus tard, en novembre 1762, est nommé colonel et agrégé au régiment de Majorque ; le 3 avril suivant, il est pourvu du commandement du régiment de Galice^. Il a été dit déjà, quand il fut promu brigadier, dans quelles circonstances et pour quels motifs il crut devoir quitter l'armée. A l'égard de son mariage avec la fille du comte d'Aranda, D* Maria Ignacia Abarca de Bolea^, le témoignage d'Horace Walpole, cité par M. Asse, prouve qu'il était déjà accompli en 1760, puisqu'à cette époque le marquis de Mora et sa femme accompagnèrent le comte de Fuentes en Angleterre*. Walpole fait, d'ouïdire, ce portrait enchanteur de la marquise : « On (( prétend qu'elle n'est point laide et que ses dents

1. Rappelons que le titre de marquis de Mora fut créé, en 1643, au profit du onzième comte de Fuentes, D. Juan Miguel Feruandez de Heredia. Dès lors, ce titre fat porté par le fils aine des comtes de Fuentes.

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