CAMPAGNE DE PORTUGAL
Pologne (12 mai 1760). Pour n'en point perdre l'habitude, Aranda trouva moyen, à Vienne, où il ne passa que quelques jours, de créer des embarras à son gouvernement en refusant de rendre la première visite au comte de Choiseul, ambassadeur de France. Charles III, qui avait le sentiment de la justice et des convenances, désavoua complètement Aranda ' ; mais, comme il avait bonne mémoire, il est probable qu'il se souvint plus tard de la petite mortification que lui avait infligée bien gratuitement le trop pétulant ambassadeur.
Sur ces entrefaites et pendant qu 'Aranda représentait l'Espagne à la cour de Pologne, éclata la guerre contre le Portugal. Le Roi, qui manquait d'officiers comme il manquait de bien d'autres choses pour mener à bout cette campagne*, rappela Aranda et l'adjoignit au vieux marquis de Sarria, commandant en chef des troupes espagnoles. Aranda quitta Varsovie le 18 mai 1762, arriva à Madrid le 28 du mois suivant et, de là, se rendit aussitôt à l'armée. Le 30 août, après la prise d'Almeida, le marquis de Sarria était relevé de son commandement, qu'il échangeait contre la Toison, et Aranda prenait sa
1. Aff. Etr. ; Espagne, vol. 529, fol. 232, et vol. 530, fol. 26 vo.
2. Voir le mémoire de Favier, dans Boiitaric, Correspond dance secrète de Louis XV, t. II, p. 216. Le P. Isla, témoin du départ pour* l'armée des nobles de Galice, qui, paraît-il, se faisaient prier, écrivait ceci : « Todo es ordenes y contraordenes, bulla, confusion y reboltijo, et praeterea nada ». (Lettre inédite, datée de Pontevedra, !•»■ octobre 1762. Communication du R. P. Gaudeau).
GRANDS D BSPAGNE Les talents militaires du nouveau commandact ef n'eurent pas l'occasion de se déployer et de r beaucoup pendant les derniers mois de cette : campagne ; mais il n'en remporta pas moins leur de l'avoir conduite à bonne fin, et, Tannée ite, le Roi mettait le comble à ses faveurs eo it Aranda au grade suprême de la hiérarchie ire, grade jusqu'alors peu prodigué, celui de liae général (3 avril 1763). Il avait a cette date à quarante-quatre ans. Pour donner quelque alià l'activité dévorante d'Aranda et aussi peut- )our l'éloigner de Madrid, où il commençait à lir gênant, Charles III l'envoya gouverner ice (10 mars 1764 . II y demeura environ deui usqu'à la fameuse émeute de 1766, qui rendit ésence indispensable dans la capitale. Le Roi, l'autorité absolue avait été foulée aux pieds, la vie même avait couru quelques risques, ne ue s'adresser à celui que son entourage lui dësîcomme la plus forte tête et la maio la plus de son royaume. A contre-cœur peut-être, car es III n'aimait pas trouver sur sa route des tés si opiniâtres, mais contraint par la nécessité, jela en toute hâte Aranda, de Valence, et lui I, à la fois, la présidence du Conseil, la charge listrative et judiciaire la plus considérable de la ?chie, et la capitainerie générale de la Nouvellele'. On sait comment Aranda, par sa vigueur
B nominatioD de président du Conseil deCastilieestdn
ARANDA PRÉSIDENT DE CASTlLLE 147
et son habileté, sut réprimer en peu de jours la révolte, comment il sut se rendre sympathique aux Madrilènes, qui. s'empressèrent de baiser la main qui les châtiait, et comment il rétablit sur ses anciens fondements le pouvoir royal, que de bons juges avaient pu croire un instant sérieusement compromis. Les années pendant lesquelles Aranda exerça les hautes fonctions de président de Castille marquent Tapogée de sa fortune politique. Jamais il ne réussit mieux à appliquer ses rares aptitudes d'homme de commandement, d'administrateur énergique et réformateur, jamais aussi il ne réussit à conquérir à ce point la faveur populaire. Il était l'homme du moment et l'emploi lui convenait. Ne pouvant être roi d'Espagne, puisque la place était prise et par quelqu'un qui n'eût pas consenti à partager, Aranda au moins occupait, dans l'Etat, le poste qui de tout temps a passé en Espagne pour le plus voisin de la majesté royale. Et de fait, il s'acquitta avec la plus grande dextérité de ses difficiles fonctions. Tout en se montrant sévère, inflexible même, lorsqu'il s'agit de faire rentrer dans l'ordre une populace déchaînée et aifolée, il gagna la masse par ses manières franches et ouvertes, sa bienveillance envers les humbles et la facilité de son abord. Il donnait audience, nous apprend Fernan Nunez, jusqu'à six fois par jour et souvent plus, et il recevait tout le monde, même les plus misérables, qu'il laissait s'expliquer librement
11 avril 1766. Il lui fut enjoint de partir pour Madrid le jour suivant (Gazeta du 29 avril 1766).
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sans jamaU les interron n étaient, disait-il, les Quand l'effervescence calmée, il se porta ga ments des Madrilènes t à Aranjuez oii il bouda h oublier le passé et à retour fut salué par mérite de l'avoir déteri à Aranda, ce qui, comn encore sa popularité.
Tout cela, il est vrai national. Aux yeux des célèbre que l'année s Europe la part consid< la grande affaire d« Pour Voltaire, nos phi Aranda est dès lors l'h rogné les ongles du m« tend, à laquelle d'aill enfin, le type parfait di de sa patrie plongée dai tion et de l'erreur. Il coi etChoiseul. Aujourd'hu agitent plus guère, ce g d'effet et l'expulsion t gieux, en général pa participation au motin i pour ne pas dire invrai
1 Carta de Pernan Nuni
CARACTÈRE d'aRANDA 149
semble pas une victoire digne d'un capitaine général des armées du Roi Catholique : on voudrait qu'il en eût remporté de plus glorieuses. Néanmoins, cette mesure violente, qui n'avait pas même le mérite de Toriginalité, le sacra dans l'opinion publique des pays civilisés de l'Europe et, par contre-coup, rehaussa d'autant son importance dans son propre pays. Elle la grandissait même trop, au gré du roi Charles qui supportait impatiemment les allures hautaines et les vivacité de ce subordonné. Un petit dialogue qu'on cite souvent, entre le souverain et le ministre, donne le ton exact de leurs relations quotidiennes, a Àranda, lui dit un jour le Roi, tu es c( plus têtu qu'une mule aragonaise. — Que Votre « Majesté me pardonne, je connais quelqu'un de « plus têtu encore. — Et qui donc ? — La Majesté « sacrée du seigneur Don Carlos III, roi d'Espagne « et des Indes*. » A la vérité, Charles III se trouvait vis-à-vis du président de Castille dans une situation assez délicate et gênée ; il lui devait de l'avoir sauvé d'une révolte qui aurait pu prendre de grandes proportions et aussi d'avoir rapidement terminé l'affaire épineuse des Jésuites. De tels ser- . vices comptent. Mais Aranda dépassa si souvent la mesure, se permit des intempérahces de langage si blessantes que le Roi ne put s'empêcher de lui manifester, a plusieurs reprises, son très vif déplaisir. A la fin de 1770 déjà, la situation était des plus tendues entre Aranda, d'une part, le Roi et le mi-