LE COMTE DON FRANCISCO
de Philippe V ne manquent pas une occasion d'exalter son zèle et son désintéressement. Louville le porte aux nues, tout en paraissant faire plus de cas de son caractère que de son jugement; et en cela il se rencontre assez avec l'Anglais Stanhope qui, dans une lettre, le qualifiait de « punctilious, capricious, troublesome gentleman* ». Certes, ce n'était pas un esprit de grande portée ; mais un livre qu'il nous a laissé prouve qu'il n'était dépourvu ni d'idées ni de bon sens. Vers le milieu de sa carrière, et sans doute pour faire profiter ses compatriotes de l'expérience des hommes et des choses qu'il avait acquise dans ses campagnes ou ses missions, il composa une sorte de manuel du parfait gentilhomme, traité d'éducation, d'économie domestique et de vie mondaine, dans le goût de Uhoneste homme de Faret, qu'il intitula L'homme expérimentéj en espagnol El hombre prdctico*. Simplement et sobrement écrit, ce qui est un rare mérite pour l'époque, le livre en question n'évite pas, bien entendu, les banalités : c'est l'éternel écueil de ce genre d'ouvrages; mais il se distingue heureusement par des vues intéressantes et qui témoignent d'une intelligence éclairée et ouverte. Détachons-en quelques-unes à titre de curiosités.
Don Francisco est religieux, non bigot ; il ne veut pas qu'on enseigne à l'enfant d'autres prières que
i. Lettre de Stanhope à ramiralSir George Rooke. Madrid, 14 février 1696 (Spain under Charles the second, or extracts front the correspondence of the hon, Alexandre Stanhope, Londres, 1840, p. 72).