RÈGLEMENT
concernant la souscription nationale d'encouragement aux beaux-arts
et à l'industrie.
Art. 1er. — La souscription nationale autorisée par le décret en date de ce jour se composera de plusieurs émissions successives d’un milion de francs chacune.
Art. 2. — Chaque émission sera représentée par un million de billets de souscription, du prix d’un franc, numérotés de 0 à 999,999, sans interruption.
La première émission a eu lieu à partir du leP août.
Art. 3. — Les billets de souscription seront émis par l’agent comptable du Trésor, institué par l’article 1er du réglement du 13 octobre 1877. Ils seront détachés d’un livre à souche et frappés du timbre-estampille de l’agent comptable.
Art. 4. — La vente des billets de souscription sera faite, savoir :
Par les débitants de tabacs et autres intermédiaires déjà autorisés à vendre les tickets, à l’exception toutefois des receveurs des postes et des receveurs des bureaux télégraphiques ;
Par les concessionnaires chargés de la vente du catalogue général dans l'intérieur de l’Exposition.
Les intermédiaires ne pourront se procurer les billets de souscription qu’au bureau de l’agent comptable du Trésor. Le prix en sera payé comptant et la livraison s’en fera par feuilles entières de cinq billets.
Une remise de 2 p. 100 sera allouée aux intermédiaires.
Le prix des billets invendus par les intermédiaires ne leur sera^as remboursé.
Art. 5. — Les habitants des départements autres que celui de la Seine pourront se procurer des billets de la souscription nationale en en versant le prix entre les mains du percepteur de leur résidence, qui leur délivrera une quittance, à souche. Dans un délai aussi rapproché que possible et en échange de la dite quittance, le percepteur remettra aux souscripteurs les billets qui lui auront été transmis par l’agent comptable.
Les percepteurs auront droit à la remise de 2 p. 100 mentionnée à l’article précédent.
Art. 6. — Les frais inhérents à la souscription nationale, tels que fabrication des roues et numéros de tirage, impression et numérotage des billets de souscription, remise de 2 p. 100 aux intermédiaires, frais de personnel et autres frais accessoires, seront prélevés sur le produit brut de chaque émission.
Art. 7. — Le surplus, constituant le produit net de chaque émission, sera affecté, savoir :
1° Dans la proportion d’un tiers, à faciliter le voyage et l’entrée à l’Exposition des personnes peu fortunées qui seront désignées par le ministre de l’agriculture et du commerce ;
2° Dans la proportion des deux autres tiers, à acheter des objets, pris exclusivement parmi les produits exposés, et destinés à être répartis par la voie du tirage au sort entre les porteurs de billets de souscription de chaque émission.
Art. 8. — Une commission, nommée par le ministre de l’agriculture et du commerce, sera chargée de procéder à l’achat des lots, en exécution du § 2e de l’article précédent et dans la limite du produit net de chacune des émissions.
Les exposants dont les produits auront été achetés par la commission seront autorisés à mettre sur lesdits produits un écriteau libellé : Acheté pour la souscription nationale d'encouragement aux beaux-arts et à l'industrie.
Art. 9. — A partir du 1er novembre 1878, les lots achetés seront livrés à un garde-magasin nommé par le ministre de l’agriculture et du commerce.
Le garde-magasin en délivrera reçu aux ayants-droit et apposera sur chaque lot un numéro d’ordre, conformément à une liste préalablement arretée par la commission.
Art. 10. — L’agent comptable du Trésor est chargé :
D’encaisser le produit brut de la souscription nationale ;
D’acquitter les frais de l’opération, ainsi que les diverses natures de dépenses énumérées à l’article 7.
Il rendra compte à la cour des comptes des dites opérations, conformément aux règles tracées par les articles 25 et 27 du règlement précité du 13 octobre 1877.
Art. H . — Le prix des objets achetés sera payé aux ayants-droit au moyen de mandats délivrés sur la caisse de l’agent comptable par le président de la commission instituée par l’article 8. Ces mandats seront accompagnés de la facture des vendeurs et du reçu du garde-magasin mentionné à l’article 9.
Art. 12. — Le tirage au sort des lots aura lieu en séance publique, dans la grande salle des fêtes du Trocadéro, à une date qui sera ultérieurement déterminée.
Ce tirage sera effectué au moyen de six roues distinctes, contenant chacune les chiffres 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, et 9.
Les six chiffres extraits des six roues, placés en regard dans l’ordre de leur extraction, constitueront les numéros gagnants.
Dans le cas où le même numéro viendrait à sortir deux fois, le numéro double serait considéré comme nul et le tirage serait recommencé.
Art. 13. — Une commission nommée par le ministre de l’agriculture et du commerce et composé :
De trois membres choisis dans son département,
De trois membres appartenant au ministère des finances,
Et de trois membres désignés parle syndicat de la presse,
Sera chargée de procéder à l’insertion des chiffres numériques dans les roues des tirages, pour chaque émission, et d’effectuer le tirage des numéros primés, également pour chaque émission conformément au mode énoncé à l’article précédent.
Il sera dressé procès-verbal des opérations du tirage spécial de chaque émission.
Art. 14. — Dans un délai de trois mois, à partir du jour du tirage, les porteurs de numéros gagnants devront se présenter au président de la commission, qui, après avoir rapproché les billets de leur souche, les annexera au procès-verbal susmentionné et délivrera aux ayants-droit un bon de livraison sur le garde-magasin institué par l’article 9.
Les lots qui n’auront pas été réclamés dans le délai de trois mois ci-dessus fixé seront vendus par les soins de l’administration des domaines ; le produit de cette vente sera attribué au Trésor et appliqué aux recettes du compte spécial de l’Exposition ouvert en exécution de la loi du 29 juillet 1876.
Paris, le 22 juillet 1868.
Le ministre de V agriculture et du commerce , Teisserenc de Bort.
Le ministre des finances ,
Léon Say.
Réduction des cartes d’abonnement.
Le prix d’un abonnement à l’Exposition de 1878 a été réduit à 40 francs par personne à partir du 1er août.
Les cartes d’abonnement donnent le droit d’entrer tous les jours, et par toutes les portes dans le palais et les parcs du Champ de Mars, du Trocadéro et du quai d’Orsay, ainsi qu’à l’exposition spéciale des animaux (esplanade des Invalides), aux heures d’admission générale du public et aux heures réservées pour les études (huit à dix heures du matin).
Toute personne qui demande une carte d’abonnement doit présenter son 'portrait-carte photographié en double exemplaire, et apposer sa signature sur le registre de l’agent comptable du Trésor.
Les cartes d’abonaement sont nominatives et personnelles.
Toute carte prêtée sera retirée.
La personne qui prêtera sa carte et celle qui fera usage d’une carte ne lui appartenant pas, seront poursuivies conformément à la loi.
La délivrance des cartes à prix réduit a commencé le jeudi 1er août. Le bureau de l’agent comptable est situé rue de Rivoli, 192 (à l’angle de la place des Pyramides).
Correspondance
« A un étranger abonné aux Etudes sur l’Exposition qui n’a pu assister au congrès des chemins de fer. »
Nous avons communiqué votre lettre à notre comité des chemins de fer et nous espérons pouvoir donner prochainement soit dans notre chapitre chronique soit dans un numéro des Annales du Génie civil, un résumé des séances nonseulement du congrès des chemins de fer mais encore des autres questions techniques qui doivent le plus intéresser nos lecteurs, c’est ainsi que nous donnons dans notre numéro d’août des Annales du Génie civil, la conférence faite au Trocadéro par M. Rohart sur la question du Phylloxéra.
L’ESPAGNE A L’EXPOSITION
L’Espagne à l’Exposition (1).
Nous voici en face d’un pays de civilisation ancienne, et cependant presque nouveau dans le mouvement moderne.
L’Espagne est assez peu connue de nous, grâce à la difficulté des communitions et aux commotions qui l’ont bouleversée si fréquemment depuis un siècle.
Ce pays est traversé de longues chaînes de montagnes ; c’est une des raisons qui ont rendu difficile l’établissement des voies de communication. Le sol est riche en produits minéraux et en produits agricoles, et l’industrie minière ainsi que l’industrie rurale, restées longtemps stationnaires sont enfin entrées dans une période de progrès qui ne pourra que se développer..
L’intention d’étendre partout les bienfaits de l’instruction, de faire progresser les sciences, l’industrie, le commerce, telle est la préoccupation décélée par •l’exposition espagnole.
Ce n’est pas la première fois, du reste, que l’Espagne figure aux expositions universelles, car en 1855, elle a obtenu 84 récompenses, à Vienne, elle comptait 2,210 exposants, dont 1,090 récompenses; à Philadelphie, elle en envoyait 4,214 dont 907 ont été distingués, et cette année près de 7,000 ont pris part à notre exposition. Ces chiffres indiquent clairement la voie du progrès dans laquelle l’Espagne s’est résolument engagée.
Le premier chemin de fer espagnol ne date que de 1848, et déjà les voies ferrées sillonnent la péninsule sur une longueur de 5,514 kilom. ; la longueur kilométrique des routes qui, en 1872 était de 16,150 kilom. 810 mètres est aujourd’hui de 33,853 kilom. 502 mèt. ; en 1873, 29 ports artificiels s’ajoutaient aux 115 fondêaderos , ou ports naturels qu’offre aux vaisseaux la côte accidentée de l’Espagne. En ce moment, 17 ports ont été mis à l’étude, 22 sont en cours de construction, 13 projets sont approuvés, et 15 attendent l’approbation. 184 phares peuvent guider les marins.
Le service des postes est journalier pour toutes les provinces continentales, et l’affranchissement préalable obligatoire produit à l’État une somme annuelle de 500 millions de réaux (Fs 4 1 ,500,000). En moyenne, les lignes télégraphiques, dont la longueur dépasse aujourd’hui 12,800 kilom., ont des stations dans toutes les capitales de province et dans presque toutes les villes d’une certaine importance
Avec le progrès est venu le bien-être et les statistiques signalent un accroissement de la population dû à l’augmentation du nombre des naissances dont le chiffre est de 3,16 pour cent et à une diminution du nombre des décès qui donne une moyenne de 3,01.
Après cette courte digression nous revenons à l’exposition espagnole.
Les beaux arts. — La façade du pavillon de la rue internationale, fig. 9, toute revêtue d’azuléjos (carreaux de faïence) aux vives couleurs, est dans le style mauresque et fait songer anx Alhambras des rois maures ; mais à peine
(1) Voir aussi page 43.
a-t-on traversé le porche qu’on se retrouve en plein dix-neuvième siècle. Des soldats en uniforme, dont la plupart parlent français, circulent dans les galeries et se mettent à la disposition du public pour lui montrer avec une bonne grâce toute particulière le contenu des vitrines, ou faire sonner la pendule à carillon, placée dans la première salle.
Les beaux-arts, occupent auprès de la Russie deux salles assez restreintes, dans lesquelles se pressent les œuvres de cent et quelques artistes dont les œuvres sont peu connues, du moins en France.
Cette exposition peu importante, suffit cependant, grâce au choix judicieux des œuvres, à donner une idée complète de l’état des beaux-arts en Espagne.
Honneur aux morts illustres. C’est par eux que nous commençons notre revue artistique. — D’abord le panneau consacré à l’œuvre du regretté Fartemy. Nous
Fig. 9. — Pavillon espagnol.
avouons ne comprendre qu’imparfaitement ce maître, fort remarquable cependant au point de vue de la couleur et dont on sent l’influence dans les toiles de Regnard, il faut, croyons-nous, être plus artiste que nous ne le sommes pour pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Puis la Mort de Lucrèce de D. Edouardo Rosalès, mort il y a cinq ans, au moment où il venait d’être nommé directeur de l’académie espagnole à Rome, bon tableau au point de vue du dessin, de la composition et de la pensée, mais de ce coloris terreux et terne qui caractérise l’école espagnole actuelle ; et la Mort de Sénèque de D. Manuel-Dominguez y Sanchez. La disposition des personnages est bonne, l’expression des têtes est juste, on sent que le souffle de la Liberté devait animer l’âme du peintre, mais quel coloris, bon Dieu ! où sont les traditions des Nuritla, des Velasquez et des Zurbaran ?.
Parmi les œuvres des peintres vivants, nous avons remarqué M. Madrazo y Kuntz, dont nous n’aimons que médiocrement le genre, mais qu'on doit signa-
L’ESPAGNE A L’EXPOSITION
1er comme l’un des chefs de la réaction coloriste, ses deux meilleures toiles sont, sans contredit, le Portrait de Fortuny et la Pierrette toute vêtue de satin rose. La couleur très- éclatante des tableaux de M. Madrazo, ne nous plait qu’à moitié, les teintes crient et se heurtent dans une lumière vive qui s’éparpille un peu, il en résulte une tonalité un peu criarde. Nous préférons le tableau de M. Francisco Pradilla, qui porte le n° 54. Le Transport du corps de Rhilippele-beau de Miraflores à Grenade. Le convoi fait une halte, de gros cierges brûlent à côté du cercueil, aux armes de la maison d’Autriche, à demi voilé d’un drap noir, deux longues files de peuple, les hommes d’un côté les femmes de l’autre, s’étagent jusqu’au fond du tableau; d’un côté brûle un feu auquel se chauffent d’un air indifférent et fatigué les femmes de Jeanne-la-folle. Celle-ci, debout auprès du cercueil, toute vêtue de noir et de cette pourpre obscure qui est le deuil des rois. C’est sur elle qu’est concentré tout l’intérêt du tableau, la tête, admirablement étudiée, est pleine de douleur, le regard fixé sur le brancard funéraire, dit éloquemment que le cercueil ne s’est pas seulement refermé sur Philippe, mais que le cœur de la reine est mort de la mort de son époux. Ce tableau peint dans une gamme sobre et solide, est le meilleur de l’exposition espagnole.
M. Martinez Cubells, a envoyé une grande toile qui, de même que celle de M. Pradilla, indique que la peinture d’histoire n’est pas encore morte en Espagne. La robe de satin jaune de la reine est admirable ; mais elle a peut-être le tort de retenir un peu trop la lumière et de faire du petit prince Juan, dont l’éducation est le sujet du tableau, un personnage épisodique au même titre que l’homme qui tient un si beau velours rouge.
La peinture religieuse est représentée par Y Enterrement de Saint-Sébastien de M. Perraut y Fischermans, il est bien étudié et bien peint ; mais comme tous les tableaux religieux de notre époque, à quelque pays qu’ils appartiennent, il lui manque la réalité du sentiment religieux.
Notons encore de M, Gonzaloo Perez, de très-remarquables vues de Venise et de diverses cités espagnoles, entr’autres, la sacristie de la cathédrale d’Avila, la Basilique de Saint-Vincent d’Avila, une Église de Saragosse qui, en outre de l’intérêt de la peinture, ont celui de nous faire connaître les riches édifices de l’ancienne Espagne. Puis les Paysages de M. Haës, l’Hamlet de M. Corchon y Diaque, et de M. Beulliure y Gill, un intérieur de posada très-moderne et trèsspirituel. C’est pendant la guerre, les soldats assis autour d’une table, écoutent dans des attitudes et avec des expressions diverses la lecture du journal, la note gaie est donnée par le soldat au béret blanc, qui lutine la servante de la posada.
11 nous semble avoir vu les deux petites toiles de M. Juan-Antonio Gonzalez à une exposition de Paris, il y a un an ou deux, le Retour du baptême surtout, ne nous paraît pas inconnu, mais la couleur très-papillottante a déjà perdu en partie son éclat.
Les portraits moins nombreux là qu’ailleurs, sont pour la plupart des portraits officiels, et ne présententent rien de bien remarquable.
Les sculptures sont en petit nombre, et nous n’y avons pas trouvé d’œuvres très-saillantes, sauf peut-être, un Ange déchu de M. Belver y Ramon, placé dans les galeries de l’exposition industrielle, à la limite de l’Espagne et de la Chine.
La gravure est généralement d’un travail très-patient et très-cherché ; mais un peu mesquin : la gravure en médaille est brillamment représentée par le graveur de la Monnaie de Madrid, M. Sellan y Gonzalès.
L’enseignement. — L’instruction est aujourd’hui une des grandes préoccupations de l’Espagne. La loi rend l’instruction primaire obligatoire de six à neuf ans, et assure la gratuité à ceux qui ne peuvent payer l’école. Tout village doit avoir son école : des écoles normales d'instituteurs sont établies dans toutes les capitales de provinces, et des écoles normales d’institutrices fonctionnent déjà dans la majeure partie de ces capitales.
L’enseignement secondaire est confié à soixante-quatre Instituts, établis dans les quarante-neuf capitales de provinces et dans certaines grandes viiles. Ces Instituts dépendent des districts universitaires de Madrid, Barcelone, Grenade, Oviédo, Salairîanque, Séville, Valence, Valladolid et Saragosse. On y fait des études générales ou classiques et des études d’application comprenant les langues vivantes, le dessin linéaire et d’imitation; des notions d’agriculture, d’art, d’industrie, de commerce, de navigation.
L’enseignement supérieur embrasse les études de faculté qui se font dans les universités, dans les écoles supérieures et dans les écoles professionnelles.
Les écoles supérieures sont : Celle des ponts et chaussées; fondée en 1803 ; l’École des mines, fondée en 1779; celle des ingénieurs orographes, créée en 1843, et qui correspond à notre corps des eaux et forêts; celle du génie agricole, dont l’origine remonte à un décret rendu en 1855, et l’École du Génie Civil à laquelle est annexée une école d’arts et métiers ; l’École d’Architecture, autrefois dépendante de l’académie Saint-Ferdinand est réunie aujourd’hui à l’Université centrale ; une école des beaux-arts, une de diplomatie et une du notariat. Sont dites écoles professionnelles, l’École vétérinaire, l’École du commerce et les écoles d’ouvriers, contre-maîtres et artisans.
Par suite de la suppression en 1868, de la Faculté de théologie, les facultés se trouvent réduites à cinq : la philosophie et les lettres, les sciences exactes, les sciences physiques et naturelles, la pharmacie, la médecine et le droit, pour lesquelles les dix universités ont en 1876-77 conféré 1,644 grades de licenciés et 157 de docteur.
L’exposition de l’enseignement est relativement considérable, 344 universités, ou écoles particulières y ont pris part ; les livres destinés à la première enfance sont nombreux et pour la plupart bien faits.
La province d’Albacete est représentée par l’École normale d’instituteurs; dans le catalogue de la bibliothèque de cette école, nous avons remarqué l’ouvrage de D. Mariano Tajada : arithmétique, économie domestique et géométrie. Ce titre nous a fait rêver et nous nous sommes demandé si dans nos écoles, non pas d’instituteurs, mais d’institutrices, on songe à enseigner à nos filles Yêconomie domestique, nous croyons bien qu’il n’en est rien. Le pendant du livre de M. Tajado est envoyé de la province de Barcelone, par Mme Marti de Detrell, sous ce titre : Formulaire de comptabilité domestique.
Dans la province de Burgos, le Collège des sourds-muets et des aveugles, envoie les ouvrages de ses élèves ; il y a là une vitrine de broderies admirables, les unes auplumetis, les autres de cette broderie particulière aux pays espagnols
L’ESPAGNE A L’EXPOSISION.
dite al cefiro et dont le bonnet de nuit de Charles-Quint, au musée de Cluny, est un si bel échantillon.
La Guipuzcoa, voulait à toute force figurer auprès des autres provinces et M. del Villar, de San Sebastien a exposé une arithmétique de soixante-quinze centimes dont il est l’auteur. Entre parenthèse, nous félicitons la commission espagnole de ridée qu’elle a eu de mettre à la suite de chaque article son prix dans le pays, c’est une donnée très-utile pour se rendre compte de l’état d’une industrie.
Nous voici à Madrid, d’après l’ordre du Catalogue, voici d’abord le college national des sourds-muets et aveugles, qui ne se borne pas à instruire ses élèves, mais qui leur donne encore des professions ainsi que l’attestent les travaux de lithographie, de typographie, de reliure, de serrurerie, de charpente, etc., exécutés par les élèves sourds-muets qui ont également exposé des vêtements et de la chaussure faite par eux, puis l’École normale d’instituteurs et l’École normale d'institutrices.
L’institut d’enseignement secondaire de Madrid nous montre seulement quelques dessins de Murcie, voici des broderies en soie au point dit de lithographie, des tapisseries, etc., de l’École normale d’institutrices.
On voit bien que l’Espagne est encore arriérée, car les femmes y sont expertes en ces travaux d’aiguille que quelques dames apprécient encore, mais auxquels elles rougiraient de se livrer. La province de Valence a trois écoles, une d’artisan, une d’instituteurs et une école pratique annexée à la dernière et pour laquelle les professeurs n’ont pas dédaigné de mêler leurs travaux à ceux de leurs élèves.
Beaucoup d’instituts provinciaux ont simplement donné signe de vie en envoyant leurs statuts.
Enseignement professionnel et supérieur. — Ici, écoles, sociétés, juntes provinciales, académies s’empressent à l’envi, voici le bel herbier de la junte provinciale d’agriculture, d’industrie et de commerce de Cordoue, les dix universités, la direction de l’Institution publique occupent dix pages du Catalogue ; l’école spéciale des ponts et chaussées avec des échantillons de pierres et de marbres, des modèles appartenant au cours de construction, des plans en relief et des travaux d’élèves, l’école d’agriculture, etc, etc., la Société géographique réorganisée depuis ciuq ans seulement, a envoyé une grande partie de ses travaux et se hâte d’en achever certains autres pour les adresser encore à temps.
Après l’enseignement, vient l’imprimerie qui en est le plus puissant auxiliaire. Les plus célèbres imprimeurs de Madrid et de Barcelone se sont abstenus, toutefois les spécimens qui sont ofTerts à l’examen des visiteurs suffisent pour indiquer l’état actuel de l’imprimerie en Espagne.
Le mobilier , les poteries, etc. — Rien de bien extraordinaire, un meuble original contenant 2 lits, et présentant l’avantage d’un déménagement facile, mais dangereux pour le propriétaire.
Une armoire-bibliothèque en vieux sapin, elle rappelle l’art oriental par ses sculptures, nous avons aussi remarqué une porte en sapin sculpté, un buffet et surtout le meuble de mosaïque en bois, exécuté par le célèbre mayorcain Iscra et qui est composé de 18,000,000 de petits cubes de bois.
Le travail du bois a pris une très-grande extension dans les provinces basques
et dans la province de Barcelone où l’on compte déjà un certain nombre de scieries mécaniques, nous avons remarqué en ce genre les produits de Badalona' (Catalogne) ceux de Murcie et surtout ceux de Gijou qui peuvent rivaliser môme avec ceux des contrées du Nord. La poterie de terre et la céramique sont de toute antiquité des industries espagnoles, très-remarquables au point de vue de la matière et du bon marché, surtout dans la céramique industrielle et la poterie commune, ces deux branches d’industrie laissent un peu à désirer sous le rapport du goût pour tout ce qui rentre dans la céramique de luxe ou d’art.
Citons les carreaux, les briques crues (adobas), les briques cuites soit pleines, soit creuses, d’une argile si fine de grain et sonore comme du cristal au prix de 0 fr. 06 c. la pièce, les briques à la mécanique à 4 fr. 25 c. le cent, les tuiles, les tuyaux, les creusets, les mosaïques de MM. Nolla et Garetta, les cruches, gourdes, plats et autres poteries domestiques vernies et non vernies, depuis 0 fr. 05 c. jusqu’à 1, 25 c., les alcarazas d’Almeria à 0 fr. 12 c. la pièce, ceux de Cordoue, de style tout mauresque, les faïences décorées reproduisant l’ancienne école de M. Sanchez Corral de Talanera et les beaux azulejos de Valence et de Séville.
Albacete et Teruel représentent la coutellerie ainsi que les allumettes chimiques bonnes et à bon-marché. Cette dernière fabrication donne lieu à un commerce intérieur et d’exportation assez actif pour que des usines destinées à moudre le verre se soient déjà installées à Alava, comme établissements auxiliaires des fabriques d’allumettes.
L’orfèvrerie, quoique mal représentée au Champ-de-Mars est loin cependant d’ôtre en décadence, les noms des Soria, Samper, Pizala, Margo, etc., orfèvres à Madrid sont aussi connus que sont célèbres le diadème de lys de la reine Isabelle et la couronne de la Vierge d’Atoclia.
Les métaux argentés- et dorés exposés par M. [saura, sont des bons produits industriels mais de forme généralement peu artistique. Le bijou en fer ciselé et damasquiné semble une industrie léguée à l’Espagne par les Maures, le travail en est élégant et l’effet à la fois bizarre et harmonieux, cela est bien plus joli que le bijou en fer Berlinois, comment n’est-ce pas plus connu de nos élégantes? On en fait des bagues, des bracelets, des broches en forme de poignard, des coffrets, des cadres pour photographie, des vases, etc., le tout d’un prix relativement bon marché. Le monopole de ce genre de bijouterie semble acquis aux provinces de Séville et de Guipuzcoa, les deux vitrines de M. Cigorraga de Erija et de M. lbargabal de Eibar sont très-intéressantes.
Les cotons filés et les tissus de coton ne sont que d’un intérêt relatif à Alicante, aux Baléares et dans les provinces du Nord-Ouest, mais ils sont d’une véritable importance à Barcelone, les tissus de fil de lin ou de chanvre sont fabriqués dans la Castille, l’Aragon et la Navarre, les draps formés des belles laines de l’Estramadure sont tissés dans dix provinces différentes pour lesquelles ils forment une branche active de commerce, les plus remarquables sont ceux d’Alcoy dans la province d’Alicante et ceux de Bejar dans la province de Salamanque, ces derniers sont adoptés pour la confection des uniformes de l’armée» les autres tissus de laine se font surtout à Tarasa et à Sabadell.
Valencia avec ses 150 ateliers produit chaque année 26,000 couvertures.
L’ESPAGNE A L’EXPOSITION
Quoique bien déchues de leur antique renommée, les soies et tissus de soie de Murcie, Séville et Valence ont encore la palme sur les autres provinces.
Valence n'a envoyé aucun échantillon de ses draps d’or et d’argent. Tolède représente seule cette fabrication, encore est-ce sous forme d’une vitrine de chasublerie.
A l’exemple de Valence, la Catalogne et Almagro se sont abstenues, de sorte que les dentelles et les tulles ne sont pas aussi brillamment représentés qu’ils auraient pu l’être, nous avons cependant remarqué une mantille en blonde crème à fleurs épaisses, du genre connu à Paris, sous le nom de blonde espagnole.
Nous voici enlin arrivé aux rameaux d’industrie véritablement importants que comprend le cinquième groupe.
La richesse forestière de l’Espagne, dont l’administration, en ce qui touche les forêts de l’État, est confiée aux soins et à l’habileté du corps des ingénieurs de Moutes, ingénieurs orographes, bien que diminuée par suite des lois sur la propriété et de l’utilisation des communaux est encore considérable, les provinces les plus boisées sont Cuenca, Léon, Tcruel et Saragosse.
Plus de mille sources d’eaux minérales acidulées, ferrugineuses, sulfureuses, salines, ou azotiques sont disséminées dans la Péninsule. La majeure partie est en exploitation, mais il ne nous est permis de juger d’un grand nombre que par la lecture des mémoires qui en donnent l’analyse et en indiquent l’application.
Les forges de fer des Asturies, de la Biscaye et de Malaga, nous présentent des produits aussi beaux que ceux des contrées moins tard venues dans cette industrie. Dans la province d’Albacete, la compagnie métallurgique de Saint- Juan de Alcarez occupe une multitude de familles à la fabrication des objets en cuivre jaune.
Tout le monde sait combien sont nombreuses et riches les mines d’Espagne, il y a telle province dans laquelle on extrait chaque année jusqu’à 6 et 8 milions de quintaux de métal, bien que les procédés d’extraction n’aient pas encore atteint partout la perfection dont ils sont suceptibles. Il ne sera peut-être pas sans intérêt pour nos lecteurs d’indiquer en quelques mots comment sont réparties les richesses minérales de l’Espagne.
Les principaux bassins houillers sont ceux d’Oviedo, Léon et Palencia, la Biscaye, Alineria, Oviedo et Santauder ont des mines de fer, Murcia, Jaen et Alméria des mines de plomb; cette dernière province compte à elle seule 204 mines diverses en exploitation. Iluelva a du cuivre, Ciudad-Réal du mercure, Cadix du soufre, Grenade du plomb, de l’argent et du zinc. Quels que soient les progrès de la mécanique et de la construction des machines, les perfectionnements apportés dons la province de Barcelone méritent seuls d’attirer l’attention pour cette branche de l’Industrie. Cependant les appareils de l’industrie vinicolc sont nombreux et remarquables.
Le corps des ingénieurs des ponts-et-chaussées, en outre d’une nombreuse collection de mémoires, de revues, de brochures relatives aux travaux publics a envoyé des descriptions et des dessins de ponts, de chemins de fer, de phares, etc., ainsi qu’une grande carte d’Espagne sur laquelle sont indiquées les routes achevées ou en cours d’exécution tant de premier que de second et de troisième ordre, les chemins de fer, les phares, les canaux de navigation et les canaux d’irrigation.
Le ministère de la marine expose divers objets et outils de Cadix, de Carthagène et de Ferrol, ainsi que des cartes et des plans intéressants provenant du dépôt hydrographique.
Le ministère de la guerre, grâce au zèle de la Commission aussi active qu’intelligente qu’il a chargée d’organiser son exposition, occupe aussi une place très-distinguée.
Les produits alimentaires nous prouvent une fois de plus, l’extrême richesse de l’Espagne et les progrès qui lui restent encore à faire dans les procédés d’exploitation.
L’École nationale d’agriculture fondée à Aranjuez en 1856, et qui malgré les vicissitudes qu’a subies l’Espagne depuis lors, a réussi à former le corps des ingénieurs agronomes, fait déjà sentir son influence bienfaisante. Par l’enseignement qui s’y donne par les ouvrages que publient les professeurs, par les prudents conseils que ces M, M. donnent à l’administration centrale, provinciale ou locale, cette École a défendu, démontré et généralisé l’emploi des procédés modernes de culture, en même temps quelle a encouragé l’industrie agricole elle l’a aussi replacée au rang honorable quelle doit occuper.
Sur les 49 milions et demi d’hectares de l’Espagne, 12,160,000 hectares sont affectés à la culture des céréales, 810,000 à celle de l’olivier, 6,680,000 sont couverts de pâturages, et les prés en occupent 176,000. Quant aux vignobles, ils sont répartis sur une surface de 1,334,000 hectares.
La variété et l’importance des vins d’Espagne sont connues et appréciées du commerce, et nos lecteurs comprendront l’intérêt que prend l’administration à cette source de richesse, stimulant et protégeant par tous les moyens l’industrie vinicole, lorsque nous leur dirons qu’à l’Exposition de Madrid, l’année dernière, il y eut 8,000 exposants et nous en comptons 1,687 au Champ-de-Mars.
Les vignobles d’Espagne sont divisés en sept régions principales, qui sont : le bassin Ibérique, le bassjn Edetin, le bassin Bétique, le bassin Orétain, le bassin Castillan, le bassin Septentrional et le bassin Méridional, auquel appartient Malaga, qui produisent un total de 20,118,082 hectolitres de vin, soit une moyenne un peu plus de 15 hectolitres par hectare. Les huiles d’olive sont également abondantes et de bonne qualité, l’Estrarnadure, les Asturies et la Galice préparent des viandes salées, d’autres provinces font le commerce des conserves alimentaires ; Valence et Malaga ont leurs oranges, les raisins secs et les fruits confits. Les fabriques de chocolat sont toujours sans rivales quant à la qualité de leurs produits, les plus importantes sont d’abord celle de la Compagnie coloniale à Pinto, près de Madrid, puis celle de M. Mathias Lopez dont les bâtiments couvrent une surface de 6,500 mètres carrés et sont entourées de maisons construites pour les ouvriers de l’usine. Cette fabrique produit chaque année 2 milions et demi de livres de chocolat, et elle est agencée de manière à pouvoir prendre encore une grande extension, tout le travail y est déjà fait par des machines à vapeur.
Terminons ces quelques mots, sur les richesses agricoles de l’Espagne par un coup- d’œil rapide sur l’élevage des bestiaux, bien que cette branche de l’agriculture ne soit pas représentée à Paris, on comprend facilement pourquoi. Les chevaux andalous, les mulets de la Nouvelle-Castille et le mouton à laine de l’Estramadure sont également et justement célèbres. Les Asturies et la Galice
L’ESPAGNE A L’EXPOSITION
pour les vaches, l’Estramadure et Léon pour les chèvres, l’Estramadiire déjà nommée et Salamanque pour les moutons à viande peuvent offrir des types et des races dignes de concourir avec les plus estimées d’Angleterre et de France. Les différentes espèces réunies donnent un total de 37 milions de têtes réparties ainsi qu’il suit : 672,000 chevaux, un peu plus de 1 million de mules et mulets, 1,200 ânes, 3,000,000 d’individus de l’espèce bovine, 22,000,000 de moutons à laine, environ 4 milions de chèvres et un peu moins de moutons à viande, plus 3,000 chameaux appartenant spécialement aux îles Canaries.
On j>eut parce rapide aperçu se faire une idée générale des produits naturels de l’Espagne et de la place qu’elle est appelée à prendre dans le commercé et l’industrie lorsqu’elle aura réalisé tous les progrès vers lesquels elle tend. Son exposition rétrospective va nous dire, maintenant, quel rang élevé elle a occupé jusqu’à la moitié du seizième siècle dans les arts de la civilisation.
Invitée par la Société anthropologique de France à prendre part à l’Exposition, la Société anthropologique espagnole s’empressa d’accepter l’invitation, et comme elle est trop nouvellement née pour avoir des collections très-riches, afin de pouvoir figurer honorablement pour l’Espagne parmi les sociétés scientifiques, elle sollicita et obtint l’appui du gouvernement. Les portes des musées nationaux lui furent ouvertes afin qu’elle pût choisir les objets dignes d’être réunis et exposés, ainsi que ceux qui pouvaient le mieux donner une idée de letat de l’ethnographie et de l’archéologie en Espagne. Elle adressa également aux particuliers un appel auquel on se hâta de répondre, et son exposition rétrospective put ainsi compter un grand nombre d’objets tous d’un trés-vif intérêt.
Tant de peuples et de dominations se sont succédé sur le sol de la péninsule ibérique, que ses musées sont riches en vestiges précieux, depuis ceux des âges de pierre, de bronze et de fer, jusqu’à ceux que la puissance arabe a laissé dans les provinces du Sud, en passant par la domination romaine et par celle des Goths.
Le musée archéologique national a également envoyé des antiquités mexicaines, cinq pierres de moulin en balsate poreux, provenant des guanches et trouvées aux îles Canaries.
Les fouilles exécutées dans les provinces de Ségovie, Alava, Guipuzcoa, à Malaga, Cadix, Burgos etc., ont fourni un grand nombre d’ossements et de crânes humains; l’université littéraire de Séville joint aux riches expositions des autres musées, les deux mâchoires, plusieurs os et quelques vertèbres d’un animal fossile avec un échantillon du sol dans lequel on l’a trouvé, ainsi que deux dents de Mamouth.
La collection ethnographique qui commence à la période préhistorique, est complétée par une série de photographies coloriées, représentant les types actuels et les costumes des différentes provinces d’Espagne. Ces photographies, comme les tables d’Ossuna, dont nous parlerons plus loin, appartiennent à la direction générale de l’Agriculture et du Commerce, et sont aussi intéressantes que pittoresques.
Mentionnons encore les cinquante et un objets trouvés dans des dolmens celtiques, lors des fouilles faites en 1874, dans la juridiction de Garovillas, de Alcovctar. Au nombre de ces objets sont plusieurs fragments do sculpture ayant
fait partie de représentations de têtes humaines, et ce qui est plus curieux encore pour les savants, deux plaques d’ardoises couvertes de caractères inconnus jusqu’ici.
Bien d’autres choses encore méritent un examen attentif et un compte-rendu plus détaillé que ne le comporte une simple chronique; ne pouvant ni nous attarder trop longtemps, à l’époque préhistorique, ni copier simplement le catalogue, ce qui serait fastidieux pour nos lecteurs, nous passerons à la section purement archéologique.
Cette section commence aux objets provenant de Sagonte et remontant à l’époque de la domination romaine, pour finir par les copies des fresques de Goya qui vivait au siècle dernier. Sagonte est représentée par des statuettes élégantes, des terres cuites et des amphores.
Le musée archéologique national a envoyé plusieurs monuments historiques du plus haut intérêt. Ce sont d’abord : un fragment de la loi donnée par César à la colonie Julia-Genetiva, qui provient d’Ossuna, dans la province de Séville. Cette plaque de bronze, dont un angle seulement est endommagé, contient du chapitre 61 de la loi jusqu’au chapitre 82 et les caractères en sont encore parfaitement lisibles. Puis, ce qui est peut-être plus rare encore ; une inscription celtibérienne provenant de Valence, plusieurs statues et fragments de statues romaines, et enfin, un sépulcre du temps de Trajan ou d’Antonin. M. Rada y Delgado a rapporté de sa mission scientifique en Orient et en Grèce, des vases grecs en terre blanche, relevés de dessins rouges au trait, aussi élégants de forme que de décoration, des verreries cypriotes et trente-huit objets trouvés à l’intérieur de chambres funéraires à Larnaca dans file de Chypre. Il nous faut arriver ensuite au ixc siècle pour voir renaître l’art en Espagne; une série de coffres, d’arches, de coffrets en noyer et en ivoire, commence à cette époque pour finir au xvie siècle.
L’architecture arabe fournit plusieurs numéros au catalogue : la reproduction en plâtre d’une fenêtre de Taragone; un modèle en bois peint de l’ancien alcazar de Madrid, détruit par un incendie en 1724; le modèle d’un des côtés du salon des ambassadeurs de l’alcazar de Séville, et une réduction en plâtre de la porte de la mosquée de l’Alhamhra.
L’impression produite par ces reproductions, est à la fois agréable et grandiose, si touffue que soit l’ornementation ; elle n’est jamais lourde ni confuse, si vives que soient les peintures en teintes plates qui servent de fond aux enroulements capricieux des sculptures, si éclatants que soient les ors, rien ne papillote, tout est harmonieux et plein de lumière. On songe en les regardanà un monde oublié, à une civilisation toute différenle delà nôtre.
L’art chrétien espagnol, bien différent de l’art arabe, est sévère, et dans cef tains tableaux peints sur cuivre, aussi raide que l’art français de la même époque ; mais nous nous sommes astreint à suivre les dates et, il n’est pas encore temps de parler des tableaux.
Un grand crucifix d’ivoire du xie siècle nous a retenu ongtemps à l’admirer» et si nous n’avions eu le catalogue pour nous en indiquer l’époque, nous l’aurions cru de beaucoup moins ancien. Dans la même salle et également à droite en venant de la Belgique, nous avons remarqué plusieurs statues en bois sculpté et peint du xme et du xive siècle, dont les têtes sont belles et pleines d’expres-
L’ESPAGNE A L’EXPOSITION
sion, et les draperies fort habiles. On sait que la belle époque de l’Epagne comprend le xvc et le vie siècle ; aussi ne s’étonnera-t-on pas que ces deux siècles aient, plus que tout autre, fourni des matériaux à l’exposition de l’art rétrospectif.
Quatre lames de bronze provenant de la couverture d’un tombeau royal du xve siècle nous fait voir que l’art de la gravure sur métaux était, à cette époque, plus avancée qu’en France et que dans les pays bas déjà si riches cependant, et il est d’autant plusfacile de s’en convaincre, que dans la salle précédente, sont exposées par la Belgique, deux plaques tombales en cuivre gravé, d’un beau travail, mais cependant inférieur au travail espagnol quoique plus moderne. Plusieurs tryptiques sur cuivre et sur bois, nous donnent une idée de la peinture avant la grande école espagnole. Pourquoi a-t-on placé si haut et dans une si mauvaise lumière cette descente de croix où il y a une si belle vierge? Marie déjà vieille, elle avait quarante-huit ans à la mort de Jésus, et à cet âge, en Orient, les femmes sont vieilles, est à genoux les mains tendues en avant pour recevoir le corps du Christ. La tête est admirable de douleur et de tendresse, le mouvement en avant du corps et des bras exprime le désir de reprendre au gibet le corps de son fils. Cette vierge est à elle seule tout un tableau. Le Saint- Pierre pape, rappelle le style bysantin, le Saint-Vincent, sur bois, est fort singulier avec ses parties sculptées, puis dorées ou peintes ensuite. Bien que nous ne devions parler ici quî de l’Espagne, nous ne pouvons cependant passer sous silence la belle Madeleine de Léonard de Vinci, appartenant à M. Gomez Jara.
Une très-intéressante vitrine contient des instruments scientifiques parmi lesquels des astrolalos en bronze du xie au xvi° siècle, un abacus, une boîte en ébène et ivoire contenant des tablettes pour calculer, etc.
Indiquons rapidement un fauteuil de sacristie en chêne sculpté de style gothique, deux chaises chinoises, plusieurs sièges couverts en cuir gravé, une grille en fer forgé et ouvragé, des tapisseries, et pour finir enfin, les belles armures exposées par le « Armorea real ». Au centre de la salle, sur un piédestal, est l’armure équestre de Charles- Quint, aux quatre coins du piédestal, l’armure du grand duc d’Albe, repoussée et ciselée comme l’armure de Henri II, au musée des souverains, laquelle est, du reste, de la même époque ; celle du duc de Lenda, celle de Christophe Colomb et une autre, commandée par Philippe III, lorsqu’il n’était encore que prince. Puis l’armure polie de don Juan d’Autriche, celle du grand capitaine la bourguignote de Ferdinand-le-catholique, gravée et dorée, le casque de Boaledil, dit le petit roi de Grenade, celle de Charles-Quint et celle de Philippe II, un siècle de gloire et de grandeur, la fondation de la puissance espagnole avec Ferdinand, Gonzalve et Colomb, son apogée avec Charles-Quint, puis Philippe II encore grand mais despote, et trop fanatique, pour que son règne n’écrasât pas son peuple.
Nous n’avons vu parmi toutes ces armures ni un poignard ni une épée de fabriques de Tolède, dont la marque, les trois chiens courants est si bien connue des collectionneurs, et dans toute l’exposition nous n’avons pas aperçu la moindre feuille de ces cuirs gaufTrés, peints et dorés dits : cuirs de Cordoue.
Le n° 6i43, exposé par M. Hermandez y Hermandez, n’a qu’un pur intérêt historique, c’est une couverture ou courte-pointe en toile, qui servit à Charles- Quint pendant son séjour au monastère de Saint-Just.
Arrêtons-nous ici : après le grand empereur, l’Espagne se débat d’abord sous le joug de Philippe II et de l’Inquisition ; elle organise pendant deux siècles en proie au fanatisme, et ne reparaît qu’aux temps modernes, alors qu’ayant repris possession d’elle-même et s’étant retrempée par la liberté, elle s’est retrouvée forte et prête pour le progrès.
Nous continuerons cette courte étude sur l’Espagne par un emprunt fait au bulletin de la réunion des officiers.
L’exposition militaire. — « L’Espagne est la seule nation qui ait donné un certain développement à son exposition militaire. Ses diverses expositions militaires sont artistement groupées dans un vaste salon à peu près carré, séparé de la section chinoise par un simple couloir.
Les efforts faits par ce pays, pour figurer dignement au Champ de Mars, méritent d’autant plus l’attention qu’il s’est résolu à entrer dans cette lice pacifique au moment où il sortait, tout meurtri, d’une longue et sanglante guerre civile, alors que les énormes sacrifices financiers imposés par ces luttes intestines devaient entraver son œuvre de réorganisation.
Celle-ci, tous nos lecteurs le savent, a été complète, et s’est opérée dans le courant de l’année dernière ; quant aux sérieuses modifications apportées à tout le matériel de cette armée, elles se poursuivent depuis plus longtemps et plusieurs sont encore en cours d’exécution. Tous les types n’ont pu naturellement se trouver compris dans les envois faits, à l’exposition de Paris, par les diverses directions d’armes ; leur nombre est cependant assez considérable pour offrir un très-sérieux intérêt.
On peut remarquer que les comités directeurs des diverses armes possèdent en Espagne une sorte d'autonomie, l’action centralisatrice du ministère de la guerre s’y faisant beaucoup moins sentir qu’en France. Il en résulte que le visiteur se trouve, en fait, en présence d’une agglomération de plusieurs expositions partielles faites par chaque arme, sous la direction d’une commission déléguée par le ministre et composée d’un colonel du génie, d’un lieutenantcolonel d’état-major et d’un lieutenant-colonel d’artillerie.
Elles se présentent à la vue du visiteur sous un aspect symétrique : en face, les panoplies exposées par la fabrique d’armes blanches de Tolède; un peu en avant de celles-ci, deux mannequins de grandeur naturelle, l’un revêtu de l’uniforme de conducteur du train du génie en tenue de campagne, tenant par la bride un mulet de bât ; l’autre, en tenue de télégraphiste, conduisant un mulet chargé des appareils de télégraphie de campagne. A droite et à gauche, deux canons sur leur affût, tous deux à chargement par la culasse ; celui de droite est une pièce de 0m,13 en fonte, cerclée en acier puddlé, exposé par la fonderie de Trubia ; celui de gauche, est une pièce de 0m,09 en bronze comprimé, exposé par la fonderie de Séville.
Les panoplies de la fabrique de Tolède sont disposées sur les quatre faces d’une sorte de petit pavillon dont on peut faire le tour. Elles contiennent une collection complète des modèles réglementaires de sabres et d’épées en service pour les officiers de tous grades et de toutes armes, ainsi que pour la troupe. On y a ajouté des reproductions exactes de quelques armes historiques conservées à l’Armeria real de Madrid, parmi lesquelles nous citerons l’épée du roi
L’FSPAGNE A L’EXPOSITION.
61 âge; celle du roi saint Ferdinand; l’épée de Gonzalve de Cordoue ; deux autres ayant appartenu à Charles-Quint et à Philippe II, etc., etc. Le musée d’artillerie de Madrid a fait disposer au même endroit quelques armes curieuses de diverses époques, depuis l’âge de bronze jusqu’au xvme siècle ; on remarque parmi ces dernières deux fusils revolvers et une mitrailleuse à 7 canons, à silex.
Un peu en arrière du pavillon dont les parois sont garnies de ces panoplies ont été rangés quinze mannequins de grandeur naturelle, complètement équipés et armés et représentant : un hallebardier, en grande tenue de service ; un artilleur, en grande tenue ; un deuxième artilleur, en tenue de campagne ; un soldat d’infanterie de ligne, en grande tenue et un chasseur à pied en tenue de route; trois cavaliers à pied: l’un, de l’escorte royale, en grande tenue; les deux autres portent l’uniforme de lancier, en tenue de route, et de hussard, en grande tenue ; ce dernier uniforme, qui est celui du régiment Princesse, rappelle beaucoup celui de notre ancien 8e hussards; un carabinier (douanier) en tenue de service; un élève du collège (jeune garde), des enfants d’officiers, sous-officiers ou gendarmes; un gendarme à pied, tenue de route et un gendarme à cheval, grande tenue; ce groupe se complète par un ouvrier d’administration, un ambulancier et un invalide ; il devait figurer un quatrième cavalier, un chasseur à cheval, mais un accident survenu dans le transport, l’a mis hors de service. 11 est certain que cette exhibition d'une série de mannequins n’offre pas à l’œil un aspect agréable, mais rien n’est plus sérieusement intéressant par la possibilité de se rendre compte en un instant de la coupe et des variétés des uniformes, du mode d’attache et de port des diverses pièces de l’équipement, ainsi que de l’armement des hommes; l’ensemble se saisit aussitôt et se grave aisément dans la mémoire.
Les ateliers pyrotechniques de Séville exposent des spécimens de cartouches, de fusées de divers systèmes, d’étoupilles à friction et électriques, dans les différentes phases de leur fabrication. La fonderie de la même ville, outre le canon déjà cité, nous offre des types d’obus et leur section. Il en est de même de celle de Trubia, qui nous montre également toute une série des produits de sa fabrication, qui porte particulièrement sur la construction des canons en fer fondus, frettes, des projectiles en acier et en fonte, des échantillons de minerais.
La manufacture d’armes portatives d’Oviedo a envoyé des fusils, modèle 1871, des carabines de cavalerie et des mousquetons du génie du même système, terminés et montés, ainsi que toute une collection de pièces détachées. Tout auprès figure le harnachement réglementaire sorti des ateliers d’ouvriers d’artillerie.
De longues vitrines garnissent les trois autres côtés du salon et renferment de nombreux modèles et des plans en relief. Nous citerons particulièrement un plan en relief de Bilbao et de ses environs, à l’échelle de 7r>ooo> qui permet de suivre toutes les opérations du dernier siège ; un plan également en relief et à la même échelle, de la ville de Saint-Sébastien et de son camp retranché ; des modèles de casernes, des détails de fortification, de blokhaus, de phares en fer, de chemins de fer, de voitures des équipages militaires et d’ambulances,
En somme, ont concouru à cette remarquable exposition, le corps d’étatmajor et son académie, le génie, son académie et sa brigade topographique, le
dépôt de la guerre, le musée d’artillerie, la direction d'infanterie, celle de la cavalerie, -les corps de carabiniers et de gendarmes, l’administration militaire et le corps sanitaire. Tous ont exposé des collections empruntées à leurs biblio' thèques, des travaux exécutés par les élèves de leurs académies et des écoles régimentaires. Parmi les recueils importants, nous signalerons les cartes et plans du dépôt de la guerre, les onze volumes de son Itinéraire militaire de l'Espagne et l’Atlas dé la guerre d’Afrique. On verra aussi avec plaisir les travaux de l’asile des orphelins militaires des deux sexes, asile dont l’organisation mérite une étude ainsi que celle du collège des jeunes gardes (gendarmerie).
L’Espagne a confié la garde et la police de son exposition à des soldats de sa nation.
Elle est représentée par de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie; le fantassin espagnol est revêtu d’une longue capote gris de fer avec un bourrelet de laine verte en guise d’épaulettes, pantalon garance et béret gris de fer avec bande de couleur.
Le dragon espagnol a un casque d’acier et de cuir brillants comme argent et or, l’épaulette de métal blanc, la tunique noire courte et plate, le pantalon noir à bande rouge et une longue latte suspendue au côté.
L’artilleur a un uniforme noir, tunique et pantalon, avec un béret rouge et bande blanche.
Le pavillon agricole de l’Espagne est situé au Champ de Mars, derrière le restaurant Belge.
Ce pavillon est des plus intéressants, grâce à l’heureuse disposition des produits. On y a empilé de la façon la plus originale et la plus gracieuse plus de 50,000 bouteilles contenant des vins et des liqueurs.
Entre ces amoncellements de bouteilles affectant les formes de pyramides, de colonnes, de couronnes, des glaces reflètent à l’infini leurs couleurs chatoyantes. Lorsque le soleil pénètre dans le pavillon à travers ces murailles de verres aux mille couleurs, l’effet est merveilleux.
Les fruits secs, les conserves, les semences, les farines, etc., forment aussi des pyramides et des motifs décoratifs du meilleur effet. La commission espagnole, sous la direction de M. de Santos, est arrivée à former une exposition des plus intéressantes avec des produits qui attirent peu la curiosité par eux-mêmes.
Nous terminerons ici notre visite en Espagne. Nos rédacteurs spéciaux compléteront ce que cet aperçu a de trop succint.
Avant de quitter nos amis d’Espagne nous les remercierons de la sympathie avec laquelle ils ont accueilli nos Etudes sur l’Exposition et notamment M. Conde de Toreno, ministre de Fomento qui a bien voulu souscrire à dix exemplaires pour les bibliothèques de son département.
Ces encouragements qui nous viennent de toute part et principalement de l’étranger nous encouragent à poursuivre notre publication avec encore plus de zèle et de soins. »
Suède et Norwège (1)
Aperçu historique. — La section Suédo-Norwégienne possède une façade en bois, qui donne sur la rue Internationale et est située entre l’Italie et les Etats- Unis d’Amérique. Sans appartenir au genre monumental, elle présente à l’œil un aspect original et donne une idée assez exacte du système ordinaire de construction de ce pays.
Les pavillons caractéristiques qui la composent sont bâtis à l’aide de poutres largement équarries, troncs de sapin superposés avec goût. Le ton naturel du bois donne à l’ensemble de la construction une coloration des plus harmonieuses.
Les ornements en bas-relief sont composés de pâte de bois mélangée avec certaines substances chimiques, de manière qu’ils résistent à tous temps et climats.
Les vitrines sont d’un style uniforme et correct, et l’aménagement intérieur ne laisse rien à désirer.
La Suède et la Norwège, quoiqu’unies sous un- seul souverain, ne peuvent cependant être considérées comme un seul État que dans leurs rapports avec les puissances étrangères.
A tous autres égards, ce sont deux royaumes totalement indépendants, qui constituent la péninsule Scandinave.
La longueur des deux pays est à peu près la même, mais la Norwège ne présente que dans sa partie méridionale une largeur égale à celle de la Suède. La Norwège s’étend beaucoup plus au nord, tandis qu’elle ne descend pas aussi bas vers le sud. La Suède méridionale est à la hauteur du Danemark, la Norwège au nord de cet état.
La superficie totale des deux pays est d’environ 760,000 kilomètres carrés, et à ce point de vue, les deux royaumes unis de Suède et de Norwège forment après la Russie, le plus vastc’état de l’Europe.
La population totale s’élève à 6,250,000 liab. dont 70 % Pour Suède et 30 °/o pour la Norwège .
La langue que l’on parle dans les limites de la Suède est presque exclusivement le suédois appartenant à la grande souche gothique ou germanique.
11 y a 8 ou 9 siècles que tous les peuples du nord (Suédois, Norwégiens, Danois et Islandais) ne parlaient qu’une seule et même langue. Us se sont toutefois séparés peu à peu à cet égard, mais pas assez pour qu’ils ne puissent se comprendre.
Les Islandais sont les seuls qui aient conservé l’ancienne langue à peu près intacte, circonstance à laquelle on doit la différence considérable qui les sépare des autres peuples du nord Scandinave.
Le roi et les membres du Conseil d’état (conseil des ministres) de même que
^1) Voir p. 179 et 185.
toute personne revêtant une charge ecclésiastique à laquelle est attaché renseignement de la religion ou celui de la théologie, doivent appartenir à la religion évangélique ou luthérienne.
Les autres charges, fonctions et emplois peuvent être occupés par des personnes appartenant à une autre église chrétienne.
Les ordres monastiques, de môme que la création de couvents ne sont pas tolérés.
Bien que située aux extrêmes limites du nord, la Suède n’a nullement reçu sa civilisation à une époque relativement rapprochée de la nôtre. Les riches trésors d’armes-, d’outils et de parures que le sol suédois a conservés depuis les temps primitifs, prouvent, avec les milliers de sépultures anciennes répandues dans le pays, que ses régions moyennes et méridionales, tout au moins, ont été habitées depuis l’antiquité la plus reculée. Cette antiquité préhistorique, ou l’époque payenne de la Suède, est divisée parles archéologues Scandinaves dans les trois âges ou périodes de la pierre, du bronze et du fer. La clôture simultanée de l’époque payenne de la Suède est rapportée à l’an 1060 après Jésus- Christ. Cependant, on ne possède pas d’histoire écrite de cette époque. La plupart des événements remarquables se sont perpétués par les chants héroïques et les jagas (légendes) jusqu’au moment où l’islandais Snorre Stprlasson les mit en écrit vers le milieu du xme siècle.
Les Nordmans (Suédois, Norwégiens et Danois) ont été connus depuis l’antiquité la plus éloignée pour de hardis navigateurs; mais leurs voyages maritimes ne prirent une importance historique, qu’au moment, où, vi/iings ou corsaires, ils firent connaître d’une manière formidable, leur présence aux peuples de l’ouest et du sud de l’Europe.
Ce fut à ce temps que les doctrines du christianisme retentirent pour la première fois sur la terre de Suède, quoique le christianisme eût été prêché en Suède dès l’an 830, il fallut toutefois plus de deux siècles à la nouvelle doctrine pour détruire la vieille croyance. Le commencement de L'époque chrétienne de la Suède est donc fixé à l’an 1060, époque où commence le moyen âge suédois, lequel dura près de cinq siècles.
Le moyen âge suédois ne rappelle que des luttes presque continuelles, lesquelles finirent par amener l’appel en Suède de régents étrangers et plus tard la conclusion, en 1397, de la fameuse Union de Kalmar, par laquelle les trois pays du nord, la Suède, la Norwége et le Danemark devaient former une confédération d’États sous le sceptre d’un roi unique; union qui ne conduisit qu’à des luttes encore plus violentes. Tantôt on la rompait, tantôt on la renouait, Christiern II, dernier-roi de l’Union, essaya d’étouffer la résistance du pays dans le sang de ses principaux personnages tant laïques qu’ecclésiastiques (massacre de Stockholm en 1320). Les paysans de la Suède, qui, à l’époque de l’aristocratie s’étaient vus bien près d’être dépouillés de leur antique liberté politique, sauvèrent leur pays sous la conduite de grands patriotes.
Gustave Iep, de la noble famille suédoise des Wasas, fut l’un de ces libérateurs de la patrie et avec son élection au trône de Suède (1521) commencent Y histoire moderne de ce pays et sa période luthérienne , qui a déjà plus de 350 ans d’existence.
Gustave brisa, comme on l’a vu, la hiérarchie catholique et fit de la Suède une puissance protestante. Sous lui la Suède devint une monarchie héréditaire.
le xvii® siècle constitue l’époque de grandeur de la Suède (1611-1718). Elle est ouverte par Gustave Adolphe le Grand, qui exerça une action si puissante sur le sort de l’Europe comme défenseur de la foi protestante, et qui tomba sur le champ de bataille de Liitzen en laissant après lui le plus grand nom que possède l’histoire de la Suède.
Après avoir atteint sou point culminant, la Suède finit par perdre, l’une après l’autre, ses nombreuses conquêtes sur le continent européen. Son grand roi Charles XII en tombant au pied des remparts de Fredrikshald (1718) signa la ruine de la Suède, qui cessa de prendre rang parmi les grandes puissances.
Cependant, la Suède conserva encore une importante partie de ses anciennes possessions pendant plus d’un siècle. Durant six siècles et demi, la Finlande avait partagé avec la Suède les bons et les mauvais jours. Elle dut être cédée à la Russie par suite de la guerre désastreuse de 1809.
Ce fut le 4 nombre 1814 que la Suède fut assez heureuse pour voir son roi porté au trône de la Norwège. Dès lors les deux peuples, réunis sous un sceptre commun tout en conservant chacun son indépendance et son autonomie, ont eu le bonheur, pendant plus de 60 ans de jouir d’une paix non interrompue, de travailler fraternellement, l’un à côté de l’autre, à leur développement matériel et moral.
Oscar II, le souverain actuel de la Suède et de la Norwège, né le 21 janvier 1829. occupe le trône des deux pays comme successeur de son frère aîné, le roi Charles XV, mort le 18 septembre 1872.
Après avoir eu son système monétaire basé sur l’étalon d’argent, la Suède a passé, il y a cinq ans, à l’étalon d’or. A teneur de la convention monétaire du 18 décembre 1872, ainsi que de conventions plus récentes, les trois Etats de Suède, Norwège et Danemark ont adopté le même système monétaire basé sur l’étalon d’or.
La Suède possède aussi du papier monnaie comme moyen légal d’échange. Ce sont les billets de la Banque de Suède, qui a un stock en circulation de 30 à 40 millions de couronnes.
Il existe encore 28 banques privées, ayant le droit d’émettre des billets, dont la masse totale en circulation comporte de 50 à 70 millions de couronnes; tout ce papier doit être échangé à vue contre de l’or.
Une pièce de dix couronnes d’or doit peser 4,4803 grammes (avec 9 parties d’or et 1 de cuivre) par conséquent il y a 4,032,258 grammes d’or fin.
11 existe aussi des banques populaires et des Caisses d’épargne. Les intérêts ne peuvent s’élever à plus de 6 °/0.
Industrie et Commerce. — L’industrie domestique occupe une large place en Suède, comme l’on doit naturellement s’y attendre dans un pays où les grandes distances forcent les populations des campagnes à ne compter que sur leurs propres forces. Du reste les longues soirées d'hiver obligent ces populations rurales à chercher des occupations dans le sein de leurs demeures et à profiter de leur talent naturel dans les ouvrages à la main où ils démontrent une dextérité artistique et une habileté hors ligne.
Parmi les métiers domestiques le tissage conserve toujours la place la plus importante, travail presqu’exclusif des femmes. Il faut ajouter à ces occupations féminines le travail des dentelles, les ouvrages en cheveux, le tressage de la paille, etc.
Nous signalerons parmi les occupations réservées aux hommes, les ouvrages de forge, de menuiserie, de vannerie, la fabrication d’ouvrages en paille, la cordonnerie, la tannerie, etc.
La construction des bateaux est une industrie très-florissante dans certaines localités. Les embarcations d’Orust etTjorn, dans le Bohuslàn, sont fort recherchées.
Il existe en Suède 2.719 établissements industriels qui occupent en moyenne 111,367 ouvriers sans compter les mines et les forges, qui rapportent 172.728.000 couronnes, c’est-à-dire à peu près 250 millions de francs.
Dans ces établissements le travail commence généralement à 6 h. du matin, dans quelques-uns déjà à 4 h. mais dans d’autres pas avant 8 ou même 9 h. Dans les industries où le travail continue jour et nuit, tels que les hauts fourneaux, les verreries, les papeteries, etc., il est censé commencer le matin avec une nouvelle équipe. La durée du travail est en moyenne de 12 à 13 h. par jour, un peu plus pour les ouvriers adultes et un peu moins pour les enfants. Il faut toutefois déduire de ce temps environ 3/4 d’heure dans la matinée, et de 1 h. t/2 dans l’après-midi pour les repas et les repos.
Il est interdit de prendre comme aide dans le commerce ou comme ouvrier dans les fabriques les jeunes gens qui n’ont pas atteint l’âge de 12 ans Les jeunes gens au-dessous de 18 ans ne peuvent être astreints à aucun travail de nuit dans les fabriques et les métiers entre 9 heures du soir et 5 heures du matin.
Les salaires varienf pour l'es hommes entre 20 à 25 fr. par semaine et pour les femmes entre 10 à 15 fr. Néanmoins un habile ouvrier, vitrier ou mécanicien, peut gaguer jusqu’à 55 francs par semaine.
D’après une statistique de 1876, lt; commerce d’importation en Suède y ligure pour 403,284,000 fr. tandis que l’exportation n’atteint que 314,221,000 fr.
Les principaux articles d’exportation de la Suède sont les produits agricoles, forestiers et métallurgiques.
Les principaux articles d’importation sont les suivants : céréales et farines, lard, harengs, beurre, boissons spiritueuses, sucre et mélasse, café, thé, tabac, matières textiles, cheveux, plumes, cuirs, peaux, etc.
Parmi les matières brutes, la houille occupe la première place et le sel la seconde.
Les métaux ou ouvrages en métal importés sont à titre principal l’or et l’argent en barres et en lingots ainsi que le fer marchand et les rails de voies ferrées .
Il faut encore noter qu’il y a des articles exportés qui dépassent beaucoup le chiffre de l’importation. L’exportation du beurre, par exemple, s’élève au double ou au triple de l’importation.
Beaux Arts. — ■ L’art moderne de la Suède ne date que de la deuxième moitié du xvne siècle, car les premières années du xvie siècle avaient en grande partie été remplies par les luttes religieuses . et politiques, aussi voit-on que si les traces du mouvement artistique provoqué par la première renaissance ne se sont pas totalement effacées, elles sont toutefois plus rares et bien loin d’atteindre la même importance. Il parvint, il est vrai, en Suède, à la suite de la prise de Prague (1648), une quantité d’objets d’art de premier ordre,
mais cependant ils ne semblent pas avoir exercé une grande influence sur l’art indigène. L’influence des artistes étrangers appelés en Suède par la reine Christine, fut également nulle. La reine partie, les artistes disparurent à leur tour et les trésors de l’art prirent le chemin de l’étranger.
Il y eut un moment, au milieu de ce même siècle où la noblesse suédoise put jouir en paix de ses richesses, ce fut alors que commença la première période artistique de la Suède, durant laquelle prédomine l’influence italo-allemande. Les productions les plus importantes de cette période sont la construction du château de plaisance de Drottningholm (près de Stockholm), sur les plans de Nicodèmc Tessin le vieux, et le commencement de l’édilication du château de Stockholm, l'entreprise architecturale la plus grandiose de la Suède depuis la clôture du moyen âge. Le constructeur du château, Nicodème Tessin le jeune, s’était formé sous la direction de son père, de même que sous celle de Bernini et de Fontana en Italie.
Elirenstrahl, le grand peintre de la période, étudia en Hollande et en Allemagne, puis en Italie, d’après les peintres plus jeunes de l’école vénitienne, élèves de Pietro Cortona. Ce- fut en 1735, après l’achèvement du château, dont les travaux de décoration furent confiés à des artistes français, que l’on tira parti des moyens artistiques indigènes pour fonder « l’Académie royale de dessin » ( Kongliga Ritare Akademien) sous les auspices du comte [Charles Gustave tessin. Le premier directeur de cette Académie qui subsiste encore aujourd’hui sous le nom à' Académie des Beaux-Arts fut G. Th. Taraval.
Après l’achèvement du château ce fut le tour des peintres de portrait et cette période en possède plusieurs d’un talent réel : O. Arenius (1701-1766) le peintre de pastel; G. Lundberg, (1695-1786); plus tard L. Pascli le jeune (1733-1805). Mais plusieurs artistes éminents quittèrent la patrie pour l’étranger. C’est dans cette occasion que A. Wertmüller eut l’honneur de peindre à Trianon (1785) le portrait de Marie-Antoinette et de ses deux enfants, portraits qui se trouvent actuellement au musée national de Suède.
Vers le milieu du xvme siècle, il y eut dans toute l’Europe civilisée, un revirement contre la mignardise et le maniérisme exagérés qui régnaient alors, une réaction en faveur de la nature survint qui se transforma bientôt en un culte passionné de l’antique, principalement sous l’émotion produite par les découvertes faites à Herculanum et à Pompéi.
L’opposition qui se manifesta dans la deuxième période décennale de notre siècle contre l’immobilité du style académique, et qui peut être considérée comme inaugurant une nouvelle période dans l’histoire de l’art suédois, porte un caractère romantique national. Certaines tendances romantiques s’étaient déjà manifestées chez le paysagiste Fahlcrantz (1774-1861) et chez le peintre de genre A. Laurœus (1783-1823), mais cette opposition ne reçut une expression déterminée qu’au moment ou la« Société pour l’étude de l’art » vit le jour (1814). Si les résultats ne furent pas bien remarquables, elle eut au moins le mérite d’appeler l’attention sur les questions artistiques et un intérêt plus profond pour l’art s’était manifesté dans le sein du public comme parmi les artistes mêmes. Cet intérêt se montra chez le premier sous la forme de la < Société Sué doisc des amis des arts h fondée eu 1831. Les artistes de leur côté commencèrent à comprendre l’insuflisauce des études académiques que pouvait leur
offrir leur patrie, et l’on vit recommencer les voyages d’études à l’étranger, négligés depuis le siècle précédent. Pendant les 30 années qui suivirent, Rome fut le but principal de ces pèlerinages artistiques, précédés ou suivis naturellement d’un séjour plus ou moins long à Paris.
Une colonie d’artistes Scandinaves se rassembla donc sur les bords du Tibre, parmi lesquels nous citerons le sculpteur F. W. Bystrôm, le peintre de genre et de batailles Wetterling, le peintre d’histoire Plageman et plus tard N. F. Blommer.
Le trait caractéristique de toute cette école est une interprétation romantique idéale de la nature et de la réalité, une certaiue prédilection pour l’élément plastique et le dessin, souvent unie à une faiblesse plus ou moins sensible dans le maniement des couleurs. Cependant cette direction idéaliste ne dominait pas à titre exclusif. Dès 1830 on saisit les premiers indices des sympathies coloristes et réalistes. J. C. Berger (1803-1871) était devenu, en Angleterre, un habile peintre de marine et de nature côtière. Plusieurs autres vinrent à Paris, où entre autres F. Hôckert (1826-1866) réussit à se faire une réputation artistique considérable.
Dans ces dix dernières années, Paris, Munich et Dusseldorf ont été les principales stations d’étude pour la peinture, tandis que les sculpteurs ont continué à se rendre à Rome.
Grâce à l’appui solide du feu roi Charles XY, lui-même artiste bien connu à Paris, l’enseignement subit d’heureuses réformes à l’académie, qui fut augmentée successivement d’une école de peinture, d’une école de paysage (auparavant on n’avait enseigné que le dessin) et d’une classe pour les dames. En 1866, le musée national de Stockholm alors achevé, fut inauguré par une riche et intéressante exposition des œuvres des artistes Scandinaves modernes. Depuis lors ces salles ont reçu les trésors artistiques de l’État en fait d’œuvres d’écoles et de périodes diverses, épars depuis des siècles sur divers points du pays, et spécialement la totalité des collections de l'ancien musée royal. Simultanément, la Société des amis des arts de Stockolm put rendre son exposition permanente et le nombre des sociétés de cette espèce s’est élevé de une à six qui mettent actuellement à la diposition des artistes une grande quantité de chefs d’œuvre, en même temps que le nombre des collectionneurs privés s’est sensiblement augmenté.
La Norwège ne compte pas comme la Suède une tradition artistique et on peut dire que son art a pris naissance à la constitution actuelle de son royaume. Ce fut seulement en 1819 qu’on fonda la première école artistique à Christiania; plus tard des établissements analogues surgirent dans différentes parties du royaume, mais plutôt dans le but de former des hommes techniques que des artistes proprement dits, cependant ces institutions élémentaires ne furent pas sans exercer une influence bienfaisante, attendu que plusieurs peintres distingués y reçurent leur première impulsion et leur éducation préparatoire.
D’après l’exposé historique que je viens de faire, il sera facile de constater la marche ascendante que suivent les beaux arts dans ces deux pays, et, en effet, l’exposition Suédo-Norwégienne est digne d’un grand intérêt. Personne n’a oublié les trois tableaux exposés en 1867 par le roi Charles XV, qui auraient
été remarqués alors même qu’ils n’auraient point été signés d’un nom royal, et il est bien facile de comprendre qu’un pays guidé par un roi artiste, ne pouvait manquer de subir son influence.
Il est très-étonnant de voir deux pays, unis sous le même gouvernement, marcher parfaitement d’accord tout en conservant leur indépendance et cet accord aussi bien que cette indépendance que l’on observe dans l’ordre politique on a lieu de les constater même dans le domaine des beaux-arts.
A bien des titres, la Suède et laNorwège ont droit de figurer parmi les nations qui se distinguent dans les arts. Déjà, dans les précédentes expositions universelles de 18oo et 1867, quelques artistes suédois ou norwégiens avaient été distingués et avaient obtenu des succès justement mérités; depuis, à nos expositions annuelles quelques-uns ont figuré avec honneur et ont conquis une véritable popularité. S’il n’y a pas encore un ensemble qui constitue ce qu’on appelle une École, il y a des peintres qui ont une originalité et une personnalité parfaitement caractérisée. Leurs qualités prédominantes se rencontrent dans le paysage, qu’ils cultivent avec le plus de prédilection et dans lequel ils sont parvenus à des résultats plus que satisfaisants, puis ensuite dans la peinture de genre, qui s’applique à rendre les mœurs et les habitudes du pays, c’est-à-dire partout où l’artiste se trouve forcément, directement aux prises avec la nature.
La peinture historique est très-bien représentée cette année, à l’Exposition universelle, par une œuvre des plus remarquables qui est due au pinceau de M. le baron G. O. Cederstrüm, agrégé de l’Académie royale des Beaux-Arts. Ce tableau a pour sujet : Le corps de Charles XII porte par ses officiers à travers la frontière norwégienne. C’est une composition tout à fait excellente, d’une vérité saisissante. La peinture est large, hardie et d’un effet remarquable, tel qu’il convient à une grande page historique. L’autre tableau de M. Cederstrüm, représentant : Marguerite de Suède et Albert de Mecklembourg , a bien aussi quelque mérite, mais il n’a pas la valeur du précédent.
M. Arbo, peintre norwégien, nous présente un tableau qui appartient à la galerie nationale de Christiania, et qui a pour titre V Asgardreid (légende norwégienne). C’est un tableau bien inspiré et d’un mérite hors ligne. Du reste, M. Arbo est bien connu à Paris où il a fait un long séjour.
Parmi les tableaux de genre, nous retrouvons plusieurs vieilles connaissances entre autres MM. Jernberg, Nordenberg, Asltevold, etc. Un coup rude et la Veille de saint Jean dans un district minier en Suède, ce sont deux toiles peintes avec une rare habileté par M. Nordenberg, de l’école de Düsseldorf. La Fête des moissonneurs et le Marché de M. Jernberg, appartenant à la même école ; ce sont deux tableaux qui ont la puissance de vous faire toucher des mains les mœurs locales. Si nous devions citer toutes les toiles dignes d’attention dans ce genre de peinture, il faudrait transcrire une grande partie du catalogue, voilà pourquoi nous nous bornerons à citer seulement les plus remarquables : En route pour le chalet ; le Soir au chalet de M. Askevold, peintre norwégien; les Vikings en mer de M. Bennetter; le Réfectoire de M. Lerclie; les Rineursde betteraves de M. Salmson, peintre suédois; les Scènes de Laponie de Mme Zetterstrom. Ces deux derniers artistes sont assez connus à Paris.
Mais les deux artistes, les plus populaires à Paris et qui jouissent à juste titre
d’une véritable réputation, ce sont les deux artistes suédois, MM. de Gegerfelt et A. Walberg. Ce dernier nous présente des paysages admirables : Clair de lune à Vaxholm ; Nuit d'été en Suède ; Paysage à Beaulieu , près Nice ; Côte de Bretagne ; Intérieur de forêt et Golfe de Gascogne — M. de Gegerfelt est peu supérieur à M. Walilberg.
Parmi les peintres de marine et de paysages, il faut encore noter : !Ile de Hestmand (soleil de minuit) par M. Baade ; Soir d'automne par M. Grimelund ; Paysage écossais par M. Gude, premier plusieurs fois à Paris; Paysage d'automne par M. Munthe; Forêt de sapins par M. Müller; Clair de lune par M. Norstedt ; un Effet du soir par M. Wedelin ; Marine par M. Skânberg ; et enfin un Paysage laponais par M. Lindstrôm.
Les œuvres de sculpture sont peu nombreuses et sont loin d’égaler en mérite les œuvres de la peinture, pourtant on ne peut se dispenser de signaler la Psyché et le Viking prisonnier de M. Borjesson, ainsi que les bustes de, M. Fallstedt.
Enseignement. Nous ne parlerons pas de l’enseignement en Norwègè, car il a été donné dans la livraison précédente ; nous nous bornerons donc, à parler de l’enseignement en Suède.
Enseignement primaire. — L’instruction primaire en Suède est gratuite et obligatoire. Chaque commune urbaine et chaque paroisse à la campagne doivent posséder au moins une école primaire avec un instituteur ayant reçu son brevet à l’une des écoles normales (séminaires) de l’État. Les écoles primaires sont divisées en deux catégories : écoles fixes et écoles ambulantes. Les premières se trouvent dans les villes, les grands villages et les districts les plus populeux ; les secondes seulement dans les localités à population disséminée sur une vaste étendue de pays.
Il y a encore une troisième catégorie d’écoles ayant pour mission de donner aux enfants les premières connaissances préparatoires, et qui ont' reçu pour cette raison le nom de « Petites écoles ».
Les écoles publiques sont entretenues aux frais des communes et subventionnées par l’État, qui en exerce- la surveillance.
Les matières d’enseignement sont les suivantes : religion, langue suédoise, histoire et géographie, histoire naturelle, géométrie et dessin linéaire, calcul, écriture, horticulture, chant et gymnastique.
L’instruction primaire est donnée par 9,627 instituteurs ou institutrices. Le nombre des écoles est de 8,770, et le nombre des élèves est de 699.624 sur une population de 4,341,559 Ames. Les dépenses totales de l’enseignement s’élevaient en 1876 à 10,642,000 francs.
Les appointements des instituteurs des écoles primaires varient entre 1,389 à 2,083 francs, outre le logement et le chauffage.
Enseignement secondaire . — Les écoles secondaires poursuivent le double but de donner une bonne instruction générale dépassant celle que l’on reçoit dans les écoles primaires, et de jeter les premiers fondements des connaissances qui seront développées plus tard aux Universités et dans les Écoles supérieures. Elles sont divisées en deux catégories, c’est-à-dire : supérieures et inférieures. Les premières ont 7 classes, tandis que les secondes n’en ont que 5 et ne donnent pas le droit de passer à l’Université.
Voici le plan d’études dans les écoles secondaires supérieures : religion, langue suédoise, latin, grec, allemand, français, anglais, mathématiques, sciences naturelles, histoire et géographie, propéuditique philosophique, histoire naturelle, physique, chimie, minéralogie, calligraphie et dessin. Dans toutes les classes, une demi heure par jour est affectée à la gymnastique et aux exercices militaires. Le nombre des écoles secondaires est de 96, lesquelles sont situées dans les villes ou dans les bourgs et sont fréquentées par 4,178 élèves. L’instruction secondaire est donnée par 984 professeurs et les dépenses totales s’élèvent à 3,612,000 francs.
Enseignement supérieur. — L’enseignement supérieur comprend les écoles supérieures suivantes : techniques, des arts et métiers, inférieures des mines, industrielle Chalmers, polytechnique, l’enseignement agricole, de la silviculture, les écoles de navigation, militaires, de médecine, de pharmacie, l’institut vétérinaire, l’enseignement des beaux arts, l’enseignement universitaire, les académies, les société savantes et autres institutions scientifiques de la meme nature.
La Suède possède deux universités, celle d’Upsale, la plus ancienne du Nord, et celle de Lund qui a été fondée en 1668. Le chancelier des universités est le chef supérieur de ces institutions. L’administration immédiate est exercée dans chaque université sous la surveillance d’un vice-chancelier, par le recteur et le consistoire académique. Le vice-chancelier de l’université d’Upsale est l’archevêque, et celui de l’université de Lund, l’évêque du diocèse ; chaque université possède les quatre facultés de droit, de théologie, de médecine et de philosophie. L’enseignement universitaire est libre et gratuit. Le nombre des étudiants au trimestre d’automne 1877 était de 1484 à l’université d’Upsale, et de 575 à l’université de Lund. Le chiffre des professeurs dans les deux universités est de 187. Les salaires des professeurs titulaires s’élèvent à 8,333 francs, et ceux des professeurs adjoints de 3,333 à 4,167 francs par an.
Les universités sont très-riches, particulièrement celle d’Upsale, qui reçut du grand Gustave-Adolphe, une dotation de 360 fermes, lesquelles lui rapportent à l’heure actuelle une somme d’environ 347,000 francs par an, Outre les deux universités ci-dessus, la Suède possède une faculté de médecine complète, Vlnstitutmcdico-chirurgical : Carolin, à Stockolm.
Il faut encore signaler le musée national, le musée historique de l’État, le musée de la Société suédoise des arts et métiers, le musée ethnographique Scandinave, la bibliothèque royale \ Stockolm, qui possède plus de 200,000 volumes et 8,000 manuscrits, et la bibliothèque de l’université d’Upsale, qui contient 190,000 volumes, et les académies : suédoise et royale des sciences.
Imprimerie et Librairie. — La liberté de la presse en Suède est illimitée, car la Constitution suédoise dit : « que tout Suédois a le droit de publier des écrits sans que le pouvoir public y puisse porter obstacle à litre préventif. En second lieu, il ne peut être traduit du fait du contenu que devant les tribunaux ordinaires, et il ne peut lui être infligé de condamnation que dans le cas où ce contenu est en opposition avec une loi nettement déterminée, promulguée pour le maintien de l’ordre public, sans mettre aucun obstacle à la diffusion des lumières. »
La loi sur la presse du 16 juillet 1812 contient des dispositions par lesquelles il suffit d’une simple déclaration au ministre de la justice pour la publication de journaux ou d’écrits périodiques.
Du moment que l’on jouit de pareilles libertés, il est juste que les imprimeries soient en progrès constant.
En 1740, la Suède possédait 18 imprimeries, en 1840, elle en avait 74, et aujourd’hui elle en compte loi, dont 29 à Stockolm.
La principale imprimerie de Suède appartient à M. A. L. Norman, qui expose deux éditions de la Bible ; une édition du Nouveau Testament avec les psaumes et plusieurs livres qui sont tout à fait dignes d’attention. Cette imprimerie fut fondée en 1858. Aujourd’hui elle occupe 220 ouvriers, et son produit brut est, en moyenne, de 650,000 francs.
Les journaux et les publications périodiques occupent en Suède la place principale. Au commencement de 1878, ces deux catégories d’imprimés s’élevaient au chiffre de 300 dont 89 pour la ville de Stockolm. Ces 300 feuilles se divisent ainsi : 170 gazettes et journaux ordinaires, 80 revues et 50 périodiques d’autre nature.
On compte encore 14 établissements lithographiques dont la valeur de production s’élève annuellement à près de deux millions de francs.
M. Carleman, de Stockolm, nous présente une nouvelle méthode de gravures héliographiques. La découverte de M. Carleman consiste dans la division, au moyen d’un système homogène de lignes ou de points, des teintes contiuues d’une image photographique d’après nature. Transportée sur une pierre ou une plaque métallique, l’image produite peut être imprimée à la presse lithographique ou typographique, et elle possède les avantages de la reproduction correcte d’après nature, joints à la modicité du prix et à la rapidité de l’exécution.
La fabrication du papier occupe une place considérable en Suède et en Norwège.
Il y a, seulement en Suède, 55 fabriques de papier qui occupent 2,913 ouvriers et produisent environ 15 millions de francs.
La plus grande papeterie de la Suède, est celle de Korudhal, appartenant à la Société industrielle de Rosendahl, qui possède 24 meules de Yôlter et peut annuellement produire, avec ses cinq grandes machines, 12 millions de francs de papier, principalement pour l’impression des journaux. La matière brute se compose de 85 °/o de P^e de bois préparée, tant par la voie mécanique que par la voie chimique, ainsi que de la paille.
La pâte de bois a plusieurs applications, entre autres, ou s’en sert pour faire les bas-relief qui servent à la décoration intérieure et extérieure des maisons. Nous avons déjà dit que la façade norwégienne a été décorée avec bonheur par ces ornements qui résistent à tous les temps, qui conviennent à tous les climats et remplacent ainsi les ouvrages ciselés en bois ou en pierre.
La maison Otto-Patent Comp, de Christiania, qui expose dans la classe 44, est une des meilleures fabriques de ce genre,
Les fabriques les plus importantes de pâte de bois qui figurent dans l’exposition suédo-norwégienne sont les suivantes : Compagnie de Gustafsfors ; Forssa Tràmassefabrik de Hudiksvall ; la Compagnie de Malmü ; la papeterie de Mun-
ksjô ; la Compagnie de Munkedal; F. W. Treschow à Laurvig; la fabrique de Tinfos à Hitterdal, etc.
Meubles. — L’ébénisterie n’occupe pas une large place à l’exposition actuelle de la Suède et delà Norwége. 11 n’y a que très peu de choses parmi lesquelles nous citerons une bibliothèque sculptée style Louis XVI de MM. Stenberg et Berntson de Gothembourg; une armoire réfrigératrice pour salles à manger, de M. Nord de Christiana, et un canapé, fauteuils et chaises de M. Meyer de Christiania. Du reste, comme nous avons déjà dit, la menuiserie est exercée en Suède et en Norwège comme industrie domestique dans presque toutes les provinces. On s’occupe donc davantage de la grosse menuiserie, tels que parquets, portes et fenêtres plutôt que des meubles de luxe. En 1876 la Suède occupait 9,000 ouvriers menuisiers, ébénistes, tourneurs et ornemanistes.
Le district de Vala produit à lui seul et annuellement 4,000 douzaines de chaises, dont le prix varie de 12 à 200 francs la douzaine, et dont une grande partie est exportée en Norwège et en Finlande. Le bouleau est le bois employé à la confection de ces chaises, comme aussi de tous les meubles plus soignés que les campagnards fabriquent. Pour les meubles grossiers, ils se contentent de pin et de sapin. L’orme, l’acajou, le chêne, le noyer et le jacaranda sont, par contre, les principales essences employées par les menuisiers et les ébénistes. A l’heure actuelle, le bois favori est le noyer. La Norwège expose des travaux de boiserie sculptée, exécutés par Olé-Olsen Molene, paysan d’Opdal, d'une finesse et d’une exécution admirables. Tous ces objets ont été vendus.
Cristaux verreries et vitraux. — Il n’y a pas grand’chose à signaler dans cette industrie. La Suède et la Norwège ne fabriquent que du verre ordinaire ; aussi, la fabrication des bouteilles est la plus importante. Les trois plus importantes verreries qui figurent à l’exposition sont les suivantes : la verrerie de Bergen, qui produit 1,180,000 pièces par an ; celle de Vallô, qui produit 8,000 bouteilles par jour ; et la fabrique de verrerie décorative de Brusewitz, qui présente des objets dignes d’attention et qui a été récompensée à Paris en 1867.
Céramique. — L’industrie céramique est en haute estime en Suède, et l’exposition actuelle nous présente plusieurs spécimens de cette importante industrie. Les deux fabriques principales de la Suède sont largement représentées à cette exposition : la manufacture de Gustafsberg et la Compagnie de Rortrande à Stockolm. Toutes les deux exposent des porcelaines, des .faïences et des majoliques admirables, mais la première est très-renommée par ses parian , tandis que la seconde est supérieure dans les majoliques. La manufacture de Rôrtrand expose une quantité considérable de poêles de faïence qui sont d’une beauté remarquable. Ces deux fabriques occupent à peu près un millier d’ouvriers, et leur production annuelle s’élève à 2,500,000 francs environ.
Les vases en terre cuite de MM. Johnson et Pedersen de Christiania, sont tout à fait remarquables.
• Coutellerie . — Dans un pays producteur du fer comme la Suède, il ne faut pas s’étonner si le travail du fer a lieu sur une échelle considérable, pourtant elle est encore au-dessous de ce que l’on pourrait prétendre. Il faut noter tout
spécialement les rasoirs damasquinés de M. Engstrôm; les objets de coutellerie exposés par M. Svengren, ainsi que les travaux en acier fin de M. Blikstad, seul exposant norwégien.
Orfèvrerie. — Cette branche de l’industrie n’est que faiblement représentée, chose qui s’explique facilement, l’Industrie du pays ne pouvant pas lutter avec la France et l’Angleterre. Pourtant les travaux en argent ciselé de M. Green, en Suède, et de M. Lie, en Norwège, sont tout à fait remarquables. Il faut encore noter les objets de loterie de la Société industrielle ouvrière de Christiania, ainsi que les beaux bijoux ciselés de M. Mollenborg en Suède.
Fourrure. — Les fourrures de M. Bergstrom, méritent une mention spéciale ainsi que les habillements de cette maison. Les couvertures faites avec les plumes de l’eider sont tout à fait remarquables.
Les eidres se trouvent en grande quantité en Norwège. Au printemps, ces oiseaux vont en grandes masses s’abattre sur les côtes occidentales de la Norwège, y couver sur les îlots et les rochers. Les propriétaires des ilôts veillent soigneusement à cette importante source de richesse. Pendant le temps de la couvée, l’oiseau devient si apprivoisé, qu’à différentes reprises, .on peut l’ôter de son nid pour enlever le duvet qu’il a arraché lui-même de sa poitrine, qu’il remplacera aussitôt. On fait en même temps une récolte discrète des œufs, et sans danger pour l’espèce. Après une purification soigneuse, on obtient un kilog. de duvet de première qualité sur 12 kilog. de produit brut. Le prix de l’edredon de cette dernière qualité est 32 de francs le demi-kilog., quantité suffisante pour un couvre-pied.
Électricité. — Parmi les appareils électriques, nous signalerons tout spécialement l’invention de M. H. Brunius, ingénieur suédois. M. H. Brunius expose un appareil électrique pour arrêter instantanément les locomotives des traits sur la voie ferrée.
Cet appareil a pour but de prévenir avec certitude par des signaux les différentes collisions de deux trains de chemin de fer consécutifs ou qui se ren" contrent. D’enregistrer lui-même l’heure de départ ou d’arrivée des trains et le moment du passage des divers points du chemin. De fournir ainsi un certain contrôle de la vitesse des trains et de la marche des horloges des différentes stations. D’indiquer au mécanicien de la locomotive la distance parcourue depuis a gare de départ.
Nous renvoyons à notre article chemin de fer pour une description plus complète de cet appareil.
La fabrication des allumettes chimiques, l’exploitation des forêts, les mines de fer, de cuivre, d’argent et d’or la pêche et les produits chimiques sont la principale richesse de la Suède et de la Norwège.
Médecine, hygiène et assistance publique.
La classe 14 embrasse dans son ensemble des produits très-nombreux et trèsvariés qui ont trait à l’hygiène, à l’assistance publique et à la pratique de la médecine et de la chirurgie.
Parmi les moyens physiques, matériels que recommande l’hygiène et qui, pour être mis en œuvre, exigent l’emploi d’appareils, la gymnastique et l’hydrothérapie figurent au premier rang. Pendant longtemps, la gymnastique, exigeant un outillage assez compliqué et de larges espaces, ne pouvait s’exercer que dans des établissements spéciaux; il en était de même de l’hydrothérapie, plus employée du reste comme moyen thérapeutique que comme moyen hygiénique. Depuis quelques années, on a cherché à procurer jà chacun le moyen de faire dans sa propre demeure de la gymnastique et de l’hydrothérapie; de là l’invention de nombreux appareils occupant peu de place et d;un prix minime.
Avant de chercher à guérir les maladies, il est indispensable de reconnaître la nature exacte, d’apprécier l’étendue des désordres. Cette étude préliminaire constitue ce qu’on appelle le diagnostic , et pour le faciliter, des instruments très-variés ont été imaginés dans ces dernières années en même temps que des perfectionnements notables étaient apportés aux appareils déjà existants. On peut citer entre autres les thermomètres médicaux , d’une grande sensibilité et d’un petit volume, qui permettent d’apprécier à un dixième de degré près la température du corps ; le sphygmographe, qui inscrit avec précision la fréquence et le caractère du pouls; les ophtalmoscopes binoculaires d’exploration ou de démonstration; les appareils permettant de se rendre compte de l’état de la vision, des lésions de l’oreille et du larynx, tels que les optomètres , les otoseopes et les laryngoscopes ; tous ces appareils d’invention ou de fabrication française, peuvent lutter avantageusement avec ceux qui proviennent de l’étranger.
Les instruments utilisés pour la pratique des opérations chirurgicales sont d’une extrême variété ; les uns comme les scapels , les couteaux, les bistouris, servent à sectionner les chairs; d’autres opèrent cette section par une pression énergique, comme Yécraseur linéaire, ou par la combustion et sans effusion de sang, comme le galvano-cautère ou le cautère Paquelin. Puis viennent les instruments servant à des opérations spéciales, comme Y ovariotomie, la lithotritie, la réduction des luxations, la staphylorrhaphie, les fistules vésicovaginales, etc.
A côté des instruments, se placent les appareils destinés à guérir quelques maladies, à atténuer ou faire disparaître certaines difformités; on trouve les appareils à fractures, les bandages herniaires, les ceintures, les pessaires, les corsets orthopédiques, etc.
Enfin viennent les appareils de prothèse, parmi lesquels figurent ceux du dentiste et de l’oculiste.
L’électricité tend de plus en plus à prendre dans la thérapeutique une place importante. Les appareils à induction, les appareils à courants continus ont été notablement perfectionnés. En amenant à la chaleur rouge un fil métallique de grande résistance placé dans le circuit, l’électricité donne aux chirurgiens le moyen de détruire des tissus malades, d’enlever des tumeurs, de pratiquer des
opérations sans écoulement de sang-. (On a trouvé récemment un procédé nouveau pour amener un couteau de platine au rouge blanc ; il consiste à projeter sur le platine préalablement chauffé un courant d’air chargé de vapeurs d’essence de pétrole). Enfin, la galvanocaustique se sert aussi de l’action chimique de l’électricité pour détruire ou modifier sans hémorrhagie certains tissus malades.
L’agglomération dans un même lieu d’un nombre plus ou moins considérable de malades, la propagation de maladies transmissibles créent pour tous ceux qui sont en traitement dans les hôpitaux des dangers parfois redoutables. L’hygiène hospitalière ne cesse de chercher à les faire disparaître ou au moins à les atténuer.
La question des ambulances préoccupe également le corps médical, l’administration de la guerre et les sociétés particulières de secours au blessés militaires. Jous les moyens de transporter les blessés, brancards portés à bras d’hommes ou montés sur roues, litières et cacolets portés à dos de mulet, voitures à deux ou quatre roues, trains spéciaux de chemin de fer, ont été grandement améliorés. L'adoption des tentes-hôpitaux, qui permettent d’hospitaliser sur le champ de bataille ou dans ses environs immédiats les blessés les plus gravement atteints, est une des innovations les plus importantes. Enfin il faut signaler les perfectionnements apportés au matériel spécial de la chirurgie militaire, aux appareils à fractures, aux pansements, etc. qu’on a cherché à rendre aussi légers, aussi peu volumineux, aussi facilement transportables que possible.
La classe 14 comprend enfin le matériel nécessaire à l’enseignement spécial de la médecine : microscopes, appareils à injection cadavérique, pièces anatomiques conservées avec leur couleur et leur volume, moulages, etc. ainsi que les instruments et les appareils spéciaux de la médecine vétérinaire.
11 est difficile d’indiquer la valeur des produits d'une industrie si complexe; mais ce qu’il importe de signaler, c’est le soin, l’intelligence qui distinguent cette branche si intéressante de l’industrie nationale, et qui viennent si puissamment en aide aux médecins et aux chirurgiens français.
Imprimerie et librairie.
La classe 9 comprend deux industries : l’imprimerie et la librairie, qui ont l’une et l’autre pour objet la reproduction et la publication des manuscrits et des œuvres d’art.
Imprimerie.
L 1 imprimerie se subdivise elle-même en plusieurs branches: imprimerie typographique ou en relief, imprimerie en taille-douce (gravure sur cuivre, tailledouce et eau forte), lithographie (crayon et gravure sur pierre).
Les principaux centres de l'imprimerie typographique sont : Paris et sa ban lieue, Tours, Rouen, Lille, Lyon, Limoges, Poitiers, Rennes, Épinal, Bordeaux, Marseille, Grenoble, Caen, Châtillon-sur-Seine, etc. La suppression, depuis 1870, du brevet d’imprimeur a provoqué la création d’un grand nombre d’établissements nouveaux dans toutes les parties de la France. Le fait caractéristique
principal que présente cette industrie est le développement de l’emploi des presses mécaniques, presque exclusivement employées aujoud’hui à la place des presses à bras qui formaient autrefois l’outillage de l’impression. Les progrès dans la construction des presses mécaniques, en France, ont été considérables depuis dix ans. Le perfectionnement de l’outillage et le prix de la main-d’œuvre moins élevé qu’à Paris, ont permis à un grand nombre d’imprimeries des départements de prendre une extension remarquable.
Depuis quelques années, les femmes sont employées en grand nombre au travail delà composition, surtout dans la banlieue et les départements; c’est pour elles une profession lucrative ; elles gagnent facilement 4 francs à 4 francs 50 cent, par jour. Les ouvriers sont payés soit à la tâche, soit à la journée; à la tâche, les compositeurs peuvent gagner 7 à 8 francs par jour, les metteurs en pages 8 à 10 francs. Le prix ordinaire pour le travail à la journée est de 6 francs. Quant aux conducteurs de machines, leurs salaires sont le plus souvent de 7 à 10 francs.
La progression est constante dans la somme des travaux d’impression autant que dans les transactions auxquelles ils donnent lieu. La qualité de la production moyenne n’a pas sensiblement varié; il faut toutefois ajouter que les beaux travaux typographiques sont de plus en plus en honneur en France et trouvent des amateurs assez nombreux pour en encourager la production.
La lithographie prend un essor toujours croissant, On compte aujourd’hui 1,725 imprimeries lithographiques en France; 500 sont établies à Paris, 25 autour de Paris dans le département de la Seine ; 1 ,200 dans les départements, dont 65 à Bordeaux, 61 à Lyon, 31 à Marseille, 27 à Lille, 24 à Toulouse, 19 à Saint- Étienne, 14 à Nontes. Ces établissements occupent, à Paris, 4,800 ouvriers, apprentis, hommes de peine, et 1,500 ouvrières. Depuis dix ans, le nombre des ouvriers s’est accru d’un tiers. Les salaires des ouvriers sont rarement inférieurs à 5 francs par jour; ils sont généralement de 7 à 8 francs et, pour les conducteurs de machines, ils atteignent souvent 8 à 10 francs. Les femmes gagnent généralement de 2 fr. 50 cent, à 3 francs.
Les pierres lithographiques, qui venaient autrefois à peu près exclusivement d’Allemagne, sont fournies en grande partie, aujourd’hui, par les carrières découvertes au Yigan (Gard), dans l’Ain, le Jura, le Tarn-et-Garonne, etc. Le commerce de ces pierres peut être évalué à 300,000 francs par an, dont moitié pour la production indigène et moitié pour l’importation d’Allemagne.
L’usage des presses mécaniques a opéré une révolution complète dans la lithographie, surtout pour les tirages en couleur. Les anciennes presses à bras ont été abandonnées dans la proportion des deux tiers. Les constructeurs de Paris fabriquent annuellement au moins 250 presses mécaniques, dont plus de la moité est installée en France. La transformation du matériel se fait chaque jour sur une plus grande échelle. L’adoption des presses mécaniques a donné à la production un essor tel que celle-ci a quiutuplé depuis dix ans. L’abaissement des prix de revient a permis d’éditer à grand nombre des publications autrefois inabordables par la masse du public.
On comple, en France, 200 imprimeries en taille-douce. Paris est le grand centre de cette industrie; le département de la Seine compte, en effet, H 9 établissements; les autres départements n’en renferment que 81, dont 10 à Lyon,
9 à Bordeaux, 7 à Marseille et 6 à Toulouse. La production se maintient toujours à un niveau élevé. L’usage des presses mécaniques mues par la vapeur ne s’est pas encore introduit quoique les presses aient reçu, dans ces dernières années, de grands perfectionnements.
C’est en France que se vendent les épreuves obtenues, soit par la lithographie, soit par la taille-douce. Toutefois, les épreuves d’art trouvent des débouchés à l’étranger. Les imitations de peinture et les sujets en couleur sont principalement recherchés aux États-Unis et dans l’Amérique du Sud; les gravures et planches d’architecture, en Allemagne, en Italie et en Angleterre; les vignettes et sujets religieux, en Italie et en Espagnes.
Librairie.
La librairie a pour but de mettre en œuvre les procédés et les produits de l’imprimerie, dans ses diverses branches, afin de reproduire à un nombre illimité un manuscrit ou une œuvre d’art dont elle a entrepris la publication. Sans entrer dans des détails déjà donnés sur les industries dont elle appelle le concours pour la production des livres, il suffira de dire que l’industrie de l’édition prend tous les ans une plus grande extension. Le nombre des volumes publiés en 1876, en France, èt déposés au Ministère de l’intérieur s’est élevé à 13,500 environ.
Paris est toujours le siège principal de la librairie française ; puis viennent Tours, Lille, Toulouse, Limoges, Lyon, Bordeaux, Chartres, etc. En dehors de ces villes principales, il se publie, dans presque tous les centres de population, outre les journeaux quotidiens, des recueils scientifiques et littéraires ou des volumes nombreux ; mais presque tous, quand ils n’ont pas un intérêt purement local, empruntent, pour faciliter leur diffusion, le nom et l’intermédiaire d’un libraire parisien. A Paris, le nombre des libraires est de 950 environ. La suppresion du brevet spécial, en 1870, a provoqué, comme pour l’imprimerie, la création d’un grand nombre de maisons nouvelles
11 est impossible d’évaluer, môme approximativement, la valeur des livres édités en France. La plus grande partie, surtout pour les ouvrages d’enseignement qui forment une branche importante de la production, sont vendus dans le pays. Néanmoins, l’étranger nous fait de nombreux achats. Les exportations de livres, qui dépassaient à peine 10 millions de francs il y a douze ans, ont été de 13,700,000 francs environ en 1876 et de 14,268,000 francs en 1877. Les importations de livres en France n’ont été, en 1876, que de 2,275,000 francs pour les livres imprimés en langues mortes ou étrangères, et de 1,776,000 francs pour les livres imprimés en langue française.
Toutes les améliorations apportées à l’imprimerie permettent de perfectionner la fabrication des livres sans en augmenter le prix, et en atteignant, au contraire, pour quelques-uns, les limites, extrêmes du bon marché. La transformation du travail dans la lithographie a été d’un grand secours pour la librairie; il en est de même pour l’héliogravure, qui est devenue pour elle un auxiliaire précieux.
Les produits exposés dans la classe 9 y sont considérés uniquement au point de vue de l’exécution matérielle et en tant que produits fabriqués. Le soin d’apprécier le mérite de ceux qui fournissent les outils ou les matières premières à
cette production a été réservé à d’autres classes. La même restriction s’applique aux jugements à porter soit sur les artistes qui donnent leur coucours aux industries de l’imprimerie et de la librairie, soit sur la valeur des livres, aussi bien que sur l’utilité de leur publication.
Papeterie.
Les produits de ce premier groupe comprennent deux grandes catégories ou sections :
1° Les papiers;
2° La papeterie.
Les papiers offrent des variétés multiples, depuis le papier à sucre, à 40 francs les 100 kilogrammes, jusqu’aux papiers photographiques à 400 francs les 100 kilogrammes.
Au 31 décembre 1873, on comptait en France 509 fabriques de papiers réparties entre 71 départements.
Les succédanés du chiffon, la pâte de bois, la paille, le sparte ou alfa, tendent à remplacer cette matière première devenue si rare et si chère.
Le nombre des ouvriers, qui était de 34,000 en 1867, est decendu en 1873 à 25,910, est remonté en 1875 à 26,178, dont 10,000 femmes et près de 3,000 enfants. Les moteurs employés représentent une force de 21,368 chevaux, tandis qu’en 1873 ils n’en représentaient que 19,674.
On a livré à la consommation, en 1875, 1,500,000 quintaux de papier, dont 3/5 de papiers blancs et 2/5 de papier d’emballage.
On a importé, dans le cours de cette même année, 19 millions de kilogrammes de chiffons, et l’on en a exporté 8,737,591 kilogrammes représentant une valeur de 5,008,660 francs.
Dans le prix de revient du papier, le chiffon entre pour 50 % > ^es fournitures accessoires pour 10 % la main-d’œuvre pour 10 °/o environ.
La valeur totale de la production a été, en 1875, de 97,701,664 francs.
On a exporté, en 1875, 10,243,892 kilogrammes de papier, d’une valeur de 14,601 ,186 francs.
On en a importé pendant le cours de la même année 1,477,286 kilogrammes, d’une valeur de 2,129,959 francs.
La papeterie proprement dite comprend :
1<> Le façonnage du papier et la fabrication du registre ;
2° Les encres, les cires et pains à cacheter;
3° Les articles de bureau, plumes, crayons, encriers, buvards, etc.
On compte en France, 1,898 papetiers, dont 646 pour le département de la Seine.
La papeterie de luxe date à peine chez nous d’une quarantaine d’années ; la papeterie ordinaire a suivi une marche croissante et donne annuellement une production de près de 10 millions de francs.
La fabrication des encres â écrire a pris, depuis dix ans, un grand développement; leur exportation surtout est considérable. II est toutefois bien difficile d’estimer, même approximativement, le chiffre de ce produit mêlé forcément à tant d’autres.
On peut en dire à peu près autant des cires et pains à cacheter.
La production des articles de bureau n’est pas moins difficile à apprécier, ce seul titre désignant les cent objets qui peuvent meubler ou simplement orner la table et le cabinet de travail.
Un des plus importants est l’article plumes, le seul pour lequel nous soyons encore tributaires de la Grande-Bretagne.
Reliure.
La reliure comprend trois catégories bien distinctes :
1° Reliure d’art;
2° Reliure de bibliothèque ;
3° Reliure de librairie ou de commerce.
Là reliure de librairie, qui ne date guère, en France, que de vingt-cinq ou trente ans, a pris un développement presque égal à celui qu’elle a depuis longtemps acquis en Angleterre.
La reliure d’art ne se fait guère qu’à Paris.
La reliure de bibliothèque se fait dans toutes les parties du territoire.
La reliure de commerce se confectionne dans quelques grandes villes comme Tours, Limoges, Rouen, Rennes et Lille.
On compte environ en France 4,000 relieurs, occupant 10,000 ouvriers, dont 2,000 apprentis et 3,000 femmes.
Dans Paris seul il existe 323 ateliers, dont 50 pour la reliure d’art, 20 pour la reliure de librairie, 253 pour la reliure de bibliothèque.
Les ouvriers gagnent, en moyenne, 5 francs par jour, les femmes 3 francs, les apprentis de 50 centimes à 2 fr. 50 cent.
La reliure représente annuellement un chiffre d’affaires de 10 millions, ainsi répartis :
Reliure d’art . l,500,000f
Reliure de bibliothèque . 3,500,000
Reliure de librairie . 5,000,000
Total . 10,000,000
Dont les deux tiers pour la France, un tiers pour l’étranger, notamment la Russie, l’Espagne et l’Amérique.
Le décompte suivant, fait sur un million d’affaires en livres reliés, donnera une idée de la valeur des matières premières employées dans la reliure industrielle en même temps que de la part qu’elles ont dans le prix du livre :
Or en feuilles . 120,000f
Peausserie . ’ . 6o’,000
Percalines . 60,000
Cartons et cartes . 60,000
Papiers blancs ou de couleur . 30,000
Colles . 15,000
Soies et velours . 5,000
Menus marchandises . 10^000
Soit 36 pour 100.
Loterie nationale (1).
Voici quelques détails sur la réunion annoncée de la commission chargée d’acheter des lots destinés à la loterie nationale.
La commission s’est divisée en sous-commissions correspondant aux groupes de l’Exposition. Chaque sous-commission a nommé un président. Les présidents formeront le comité central.
Le comité central est ainsi constitué :
M. Teisserenc de Bort, ministre de l’agriculture et du commerce, président.
MM. Girerd, sous-secrétaire d’État; Claude Lafontaine, Barbedienne, Carceval, Coignet, Jouin, Tisserand, Berger, Dietz-Monin.
M. Giroux, archiviste-trésorier.
M. Edmond Tèisserenc de Bort, chef du cabinet du ministre, et M. Lacharrière secrétaire du commissariat général, secrétaires.
Les membres de la commission ont souscrit séance tenante 350,000 fr.
Le comité a d’abord décidé que la remise allouée aux dépositaires de billets est de cinq pour cent.
Les lots donnés par les exposants ou achetés par les sous-commissions resteront dans les vitrines jusqu’à la clôture de l’Exposition, bien que très-probablement le tirage ait lieu avant cette clôture.
Ce tirage se fera publiquement dans la grande salle des fêtes du palais du Trocadéro.
Parmi les exposants donateurs, citons MM. Belvalette frères. — Une Victoria.
Christophle et Cic. — Un service à thé modèle bambou de 7 pièces. — Une jardinière cognassier. — Une paire de vase émail cloisonné.
Barluet et Cie. — Un service de table de 165 pièces.
Duval (tapissier). — Un écran-médaillon d’une grande valeur.
Paul Garnier. — Une pendule de voyage.
Walker. — Une malle-nécessaire estimée 2,500 francs.
Hayem. — Mille francs.
Tibaut-Florin. — Mille francs de tissus pour cottes et pantalons.
Thirion. — Le contenu de sa vitrine (fils à coudre).
Collinot. — Deux vases japonnais.
Damon Namur. — Un fauteuil doré.
Cb. Meusnier. — Un panneau brodé : la Magicienne de Mazerolle.
Charles Binder. — Un coupé à deux places, doublé satin, peint en noir, chiffre du gagnant à peindre après tirage.
J. B. Bouillet. — Une sortie de bal en soie rose brodée or et soie.
Clésinger. — Deux bustes originaux (terre cuite.)
Raynaud. — A envoyé à M. le ministre la somme de 1,000 fr., qui sera affectée à l’achat d’un lot.
Berchoud. — Un tableau en tapisserie.
Godeau. — Statue de M. Tliiers, en bronze.
Guéret frères. — Un guéridon Louis XVI, en bois d’érable et amarante.
(1) Voir p. 188.
Hacliette. — Un lot d’ouvrages d’une valeur de 1 ,000 fr.
Desfossez. — Un lot d’ouvrage d’une valeur de 1,000 fr.
Gand. — Un violon.
Thibouville-Lamy. — Un pianistin.
Pleyel-Wolf. — Un piano à queue.
Barbedienne. — Trois bronzes d’art : David avant le combat (de Mercié) ; Thésée et le minotaure (de Barye); Jaguar endormi (de Barye).
Pelpel et Hartmann. — Cinq caisses de liqueurs assorties (de 12 bouteilles chacune).
Duval. — Également cinq caisses de liqueurs.
Delizy. — Également cinq caisses de liqueurs.
Guillout. — L’équivalent de sa Vitrine à l’Exposition (en produits frais). Mabille frères. — Un grand pressoir et trois spécimens de pressoir.
Roullier et Arnoult. — Une couveuse artificielle.
La classe des produits chimiques a remis au ministre une somme de 3,000 fr. pour l’acquisition de 3,000 billets.
Distribution des récompenses.
Le Journal officiel publie la note suivante :
« Dans le conseil des ministres de samedi dernier, la fête de la distribution des récompenses aux lauréats de l’Exposition universelle de 1878 a été fixée au lundi 21 octobre prochain.
« En prenant une date très-rapprochée du jour assigné pour la reprise de la session des Chambres, le gouvernement a surtout été inspiré par le désir d’associer étroitement les membres de la représention nationale à une solennité chère aux amis de la République, parce qu’elle est destinée à honorer le monde du travail dans ses œuvres les plus magnifiques et dans ses adeptes les plus méritants. »
Nous donnons ci-dessous le nombre et la répartition des récompenses par groupes et par catégories.
1° Par groupes.
Exposants.
Récompenses.
jcr
groupe .
Totaux .
2° Par catégories.
Ane. Chiff. Chili, nouv.
Or .
Argent . . .
Bronze .
Mentions honorables .
Totaux .
Les Congrès.
Le comité d’organis ition du congres international de la propriété industrielle vient d’arrêter l’ordre des travaux du congrès. II a été décidé que la séance d’ouverture, qui. aura lieu le jeudi 5 septembre prochain, sera consacrée à l’exposé général des travaux du comité et à la lecture des rapports préparés par chacune des trois sections.
La séance du vendredi 6 septembre sera dévolue à l’examen des questions d’ordre général, et parmi celles-ci, l’étude de la nature du droit de l’inventeur; s’il est nécessaire la discussion se continuera le lendemain 7 septembre.
Les séances des 9, 10 et 11 seront consacrées à l’étude des questions relatives aux brevets d’invention; celles des 12 et 13, aux questions relatives aux dessins et modèles de fabrique, et celles des 14 et 16, aux questions qui concernent les marques de fabriques, et les noms de commerce.
La séance de clôture aura lieu le mardi 17.
Les séances plénières, qui auront lieu à deux heures de l’après-midi, dans la salle du Trocadéro, seront préparées dans les réunions des sections, qui se tiendront le matin à 9 heures au pavillon de Flore (palais des Tuileries).
Le Congrès international de la propriété artistique autorisé à se tenir au palais du Trocadéro a arrêté le programme de ses travaux, comme suit :
1. — Quelle est la nature du droit de l’artiste sur ses œuvres, soit qu’il s’agisse du peintre, du sculpteur, du graveur, de l’architecte, du musicien ou du compositeur dramatique?
IL — La durée de ce droit doit-elle être limitée?
1IL — L’auteur d’une œuvre d’art doit-il être astreint à quelque formalité pour assurer la protection de son droit?
IV. — L’atteinte portée au droit de l'auteur sur son œuvre doit-elle être considérée comme un délit?
V. — La contrefaçon doit-elle être poursuivie par le ministère public ou seulement par la partie lésée?
VL — Doit-on assimiler à la contrefaçon la reproduction d’une œuvre d’art par l’industrie?
VIL — L’acquisition d’une œuvre d’art sans conditions donne-t-elle à l’acquéreur le droit de la reproduire par un procédé quelconque?
VIII. — De quelle manière ce droit peut-il être exercé, soit par l’artiste, soit par celui à qui il l’aurait cédé?
IX. — Si le droit de reproduction reste à l’artiste, celui-ci peut-il user d’un procédé similaire pouvant déprécier l’œuvre original, ou sera-t-il tenu de faire connaître, par une marque quelconque, que l’œuvre similaire n’est qu’une reproduction?
X. — Quelles seraient les meilleures dispositions à prendre pour réprimer l’apposition d’une fausse signature sur une œuvre d’art.
XI. — De la protection des œuvres d’art au moyen des conventions internationales, et de la suppression du dépôt et de l’enregistrement international dans les pays où ces formalités existent encore.
XII. — Y aurait-il avantage pour les artistes à former une société comme la Société des gens de lettres?
XIII. — Y aurait-il avantage à créer entre les artistes des associations internationales, soit en vue d’établir une législation uniforme, soit pour protéger les artistes dans tous les pays?
Nota. — D’autres questions intéressant la propriété artistique pourront, après avis préalable du comité d'organisation, être soumises aux délibération du congrès.
Le Congrès international du commerce et de l'industrie a tenu sa dernière séance sous la présidense de M. Houette, président de la chambre de commerce de Paris.
Les résolutions suivantes ont ensuite été votées à l’unanimité :
« 1° Le congrès, considérant que l’éducation et l’instruction professionnelle sont le but même de l’apprentissage; qu’il convient, pour les réaliser, de favoriser l’exécution des devoirs respectifs des patrons et des apprentis, émet le vœu que l’on écarte, dans tous les pays, toute correction corporelle à l’égard de l’apprenti, et qu’on assure, par des garanties réciproques, sauvegardant leurs droits, l’accomplissement des obligations des patrons et des apprentis.
« 2° Le congrès, considérant que l’École professionnelle doit fournir des travailleurs immédiatement aptes à produire d’une manière industrielle et utile, émet le vœu que les écoles professionnelles d’apprentissage complètent l’enseignement primaire, développent l’étude du dessin industriel et les cours de technologie, et fassent exécuter les travaux manuels des élèves dans des conditions pratiques, sous l’inspiration d’un conseil de perfectionnement des études industrielles, composé de patrons et d’ouvriers. »
Le congrès a ensuite entendu la lecture de résolutions votées par les sections.
La première section a demandé : 1° Que les monopoles, quand ils sont utiles, ne soient que temporaires et soient toujours placés sous la surveillance de l’autorité publique ; 2° que les cahiers des charges et tarifs des chemins de fer soient modifiés dans le but de faciliter les transports ; 3° que la loi ne règle l’intérêt de l’argent que quand il n’y a pas de conventions formelles entre les parties; 4° que l 'exercice soit aboli pour la perception des impôts et que tous les impôts soient ramenés au type unique de l’impôt direct.
La deuxième section a émis le vœu que l’enfance ouvrière soit protégée dans tous les pays.
L’Amer africain.
11 nous est arrivé lors d’une de nos visites au Trocadéro de déguster celte nouvelle liqueur, originaire de notre colonie d’Afrique. Elle peut remplacer avec avantage cette alfreuse liqueur débitée sous le nom de bitter, boisson aussi pernicieuse que l’absinthe.
La base qst à écorce d’orange et de quinquina avec alcool à 40 %• Elle revient dans le pays à 1 fr. 50 le litre, et rendu à Paris, avec les droits à 2 fr. 50 environ. Cette liqueur est exposée dans un petit pavillon près du pavillon de l’Agérie ( Trocadéro ).
États-Unis.
Serpe et charrue historiques. — Dans la section des États-Unis, une foule compacte se presse autour d’une serpe et d’une charrue fabriquées avec des épées. Ces deux instruments ont été exposés par la Société YUnion universelle de la Paix , dont le siège est à Philadelphie.
La légende de ces objets est assez intéressante pour que nous la donnions out entière :
11 y a deux ans, à l’Exposition de Philadelphie, YUnion universelle de la Paix se réunit en meeting et, à l’occasion de la fête internationale qui se préparait, elle invita les hommes de guerre àiéaliser cette phrase biblique : « Un jour viendra où de leurs épées ils forgeront des charrues , et de leurs lances des serpes... » Un fermier de l’Indiana, nommé Atkinson offrit aussitôt dix dollars pour la première épée qui serait présentée.
Le colonel A. Grensel, de l’Iowa, qui s’était vaillamment servi de la sienne pendant la guerre du Mexique et pendant la guerre de Sécession, vint en faire hommage au président du meeting, qui se tenait dans la salle historique de Carpenter’s Hall, dans laquelle, cent ans auparavant, le premier congrès américain avait déclaré la guerre à l’Angleterre.
Séance tenante, Atkinson offrit cinq dollars à celui qui convertirait cette épée en serpe ; un des membres présents se chargea du travail, et le lendemain la serpe était exposée sur le bureau.
Alors, un autre officier, le colonel David B. Franklin, vint à son tour déclarer qu’il avait mis son épée au service de la République contre la rébellion, mais que, dévoué aux principes de la paix, il en faisait de grand cœur hommage.
D’autres épées furent envoyées, quelques-unes encore teintes de sang, parmi lesquelles il y en eut une offerte par la veuve d’un officier, qui voulait se défaire d’une arme qui lui rappelait la mort de son mari.
C’est avec ces épées qu’on a fabriqué la charrue et la serpe qui sont exposées. Elles sont entourées de devises pacifiques, et font honneur à ceux qui, les premiers, ont eu cette inspiration généreuse et humanitaire.
Matériel des arts, de la Peinture et du Dessin.
Les produits du troisième groupe se divisent en sept catégories principales :
1° Substances colorées;
2° Subjectiles ou surfaces propres aux diverses applications de la peinture;
3° Huiles fixes ët essentielles pour la peinture;
4° Appareils, instruments, matériel et accessoires à l’usage des peintres, dessinateurs, modeleurs, graveurs, etc.;
3° Pinceaux et brosses ;
6° Crayons, pastels, papiers et articles de dessin;
7° Parquetage, rentoilage, restauration de tableaux.
Pour tous ces articles on peut dire que Paris fournit toute la France et une partie des pays ou des gouvernements étrangers. De grandes maisons, qui possèdent et gardent le secret d’excellents procédés, vendent et exportent d’immenses quantités de ces produits, dont la valeur, dès 1867, dépassait 20 millions de francs.
A cette époque on estimait le nombre des artistes environ à 8,000. Depuis, ce chiffre a certainement augmenté ; le nombre toujours croissant des œuvres envoyées au Salon et la multiplicité des ventes de tableaux ou d’œuvres d’art tendent du moins à le prouver. Il est donc probable que la valeur des produits qu’ils ont consommés a elle-même augmenté depuis 1867. •
Quelques machines sont employées, depuis quelques années, dans la fabrication de ce matériel spécial; la majeure partie s’exécute cependant encore à la main, en raison même du soin qu’il réclame.
Dans les couleurs le salaire quotidien varie de 5 à 7 francs.
Dans les instruments de précision, il est de 7 à 8 francs.
La brosserie, qui occupe seule environ 2,000 ouvriers, compte surtout des femmes, dont on paye la journée à raison de 3 à 4 francs.
Les compositions qui figurent dans cette classe ne sont que des modèles et des types d’œuvres artistiques destinées à être reproduites par l’industrie. Du moment où elles ont reçu leur application, soit monumentale, soit industrielle, elles cessent de faire partie de la classe II, et entrent dans l’œuvre collective de la classe où elles sont appliquées. Les architectes, les peintres, les décorateurs, les sculpteurs, les ornemanistes, les graveurs et les lithographes sont bien en effet les véritables créateurs de l’art industriel ; leurs œuvres présentent un ensemble qui permet de juger les progrès, les tendances et le goût de l’art français; ils sont les initiateurs et les véritables représentants de l’école moderne.
La classe 1 1 comprend :
1° Les architectes, etc.;
2° Les décorateurs d’intérieurs et de monuments ;
3° Les décorateurs de théâtre et les dessinateurs de costumes de théâtre ;
4° Les dessinateurs pour la bijouterie, l’orfèvrerie, les bronzes et les meubles;
5° Les dessinateurs pour étoffes, tissus et broderies, pour papiers peints, pour tapis et les metteurs en carte ;
6° Les graveurs et les lithographes ;
7° Les peintres sur éventails et sur écrans ;
8° Les peintres héraldiques et de manuscrits;
9° Les sculpteurs ornemanistes et les objets moulés.
C’est la première fois que les décorateurs de théâtre prennent part à nos Expositions nationales. Les maquettes montées qu’ils exposent et les compositions d’ensemble qui les accompagnent feront comprendre au public par quelle série d’études ces artistes passent et lui feront apprécier ce qu'il faut de talent et de science pour combiner et produire ces grands effets décoratifs que nous admirons sur les grandes scènes.
On compte à Paris :
35 ateliers de peintres décorateurs d’intérieurs et de monuments ;
9 ateliers de décorateurs de théâtres;
324 ateliers de dessinatèurs industriels ;
81 ateliers de lithographes;
124 ateliers de sculpteurs ornemanistes;
1 85 ateliers de sculpteurs sur bois ;
24 ateliers de sculpteurs sur ivoire ;
64 ateliers de sculpteurs sur camées;
45 graveurs héraldiques.
Dans ce nombre ne sont pas compris les achitectes et les artistes ne payant pas patente.
Photographie.
Sous le nom de Photographie, on comprend l’ensemble des diverses méthodes employées pour obtenir, par l’action de la lumière, l’image durable d’un objet.
Grâce à ses récents progrès, la photographie peut se transformer suivant le concours qui lui est demandé et donner naissance à des industries ou à des applications dérivées dont les principales sont : les portraits, les reproductions d’art, de nature, d’objets industriels; la transformation du cliché photographique en planche d’impression pour la photogravure, la photolithograpie, la phototypographie; les applications scientifiques les plus diverses depuis l’infiniment grand (astronomie) jusqu’à l’infiniment petit (photomicrographie), comprenant les sciences et les méthodes d’enseignement qui demandent la reproduction de l’objet décrit ; la construction des instruments d’optique appropriés à ces divers besoins; la construction du matériel spécial; enfin la fabrication d’un assez grand nombre de produits chimiques.
L’opération photographique se divise le plus souvent en deux phases nettement séparées :
1° L’obtention première de l'image au moyen de la chambre noire et des préparations spéciales;
2° L’impression de cette image en un nombre illimité d’épreuves, soit par les méthodes photographiques ordinaires, soit par les méthodes d’impression aux encres grasses (gravure, lithographie, typographie). Ces derniers modes d’impression, qui ont acquis une grande importance, reposent presque tous sur les propriétés de la gélatine ou de l’albumine mélangée d’un bichromate soluble.
On peut compter en France plus de 2,000 ateliers faisant la photographie commerciale; ce chiffre serait certainement doublé si l’on y joignait les ateliers particuliers ou administratifs et les ateliers forains.
Le montant annuel des affaires photographiques dépasse 30 millions de francs, dont un tiers pour les produits et fournitures, un tiers pour la main-d’œuvre et un tiers pour frais généraux et bénéfices.
La somme des produits et fournitures se décompose comnrie suit :
Instruments d'optique pour photographie . 600,000 fr.
Ébénisterie, accessoires de pose, etc . 250,000
Matériel divers, cuvettes, verreries . 100,000
Verres et glaces pour clichés . 600,000
Appareils spéciaux . \ 150,000
Produits chimiques . 4,000,000
Papiers albuminés . 1,600,000
Cartes, cartons, bristols . 3,200,000
Presses à satiner, à bomber, à imprimer . 80,000
Total . 10,580000 fr.
Le personnel photographique peut comprendre de 15,000 à 18,000 personnes réparties de la manière la plus inégale dans les différents ateliers. Le plus souvent, dans les petits ateliers, il se compose de la famille, qui peut y trouver une occupation appropriée aux forces de chacun; dans ce cas, les frais de maind’œuvre et les bénéfices se confondent. Lorsque l’atelier prend plus d’importance, il s’augmente successivement d’un préparateur, d’un tireur, d’un colleur, d’un retoucheur, etc.
La moyenne des salaires varie suivant l’emploi : un préparateur touche de 2,400 à 4,000 francs, les autres employés de 1 ,200 à 2,400 francs. Les femmes gagnent de 800 à 1,500 francs dans les travaux ordinaires; les bonnes retoucheuses de négatifs payées aux pièces gagnent beaucoup plus.
Depuis 1867, le développement de la photographie a suivi une marche toujours ascendante, non-seulement au point de vue de la production dans les branches déjà exploitées, mais aussi et surtout au point de vue des applications nouvelles.
L’industrie du portrait a pris de plus en plus d’importance, et les photographes portraitistes qui ont eu l’heureuse idée de conserver l’immense collection de leurs clichés ont trouvé dans de nouveaux tirages ou dans les agrandissements une source nouvelle de bénéfices.
Les reproductions industrielles, les reproductions d’œuvres d’art ont pris un développement considérable, grâce aux procédés de la photogravure et de la photholithographie .
D’autre part, l’application des découvertes sur les propriétés de la gélatine bichromatée, qui permet d’obtenir des impressions photographiques aux encres grasses, transforme de plus en plus les autres modes d’impression graphique.
En résumé, la photographie peut être considérée :
fo Comme un auxiliaire puissant des sciences et des arts ;
2° Comme une industrie complète, pouvant, pour certaines applications, se suffire à elle-même et mettre en mouvement un personnel et des capitaux assez considérables ;
3° Comme une industrie non plus spéciale et isolée, mais pouvant se marier avec la typographie, la gravure, la lithographie, et recevoir les applications les plus variées.
Diamants de la couronne de France.
L’Exposition au Champ de Mars des diamants de la couronne donne de l’intérêt aux renseignements suivants :
Le premier inventaire général des diamants, perles et pierreries de la couronne (y compris le régent), fut fait en 1810; un récolement de cet inventaire eut lieu sous Louis XVIII, à son retour de Gand, où ces joyaux avaient été transportés pendant les Cent-Jours; et toutes les parures ayant été démontées, les diamants, perles, pierreries et bijoux qui les composaient furent pesés et expertisés. Il fut reconnu que ces joyaux étaient au nombre de 61,312, pesant 18,751 carats, 17,32, évalués 20,900,260 francs.
Le second récolement, fait en exécution de la loi du 2 mars 1832, sur la liste civile, par MM. Baps et Lazaru, joailliers de la couronne, a constaté le même nombre, le même poids et la même évaluation.
Biblothèque nationale.
Le public est admis sans carte à visiter les galeries d’exposition, les mardis jeudis et samedis, de dix heures à quatre heures.
Les salles ouvertes au public sont :
Le département des médailles ;
L’exposition de géographie ;
Le département des estampes;
La galerie Mazarine, renfermant un choix de livres imprimés et manuscrits.
Arrivée des notables.
M. le baron d’Hooghvorst est arrivé à Paris, il est venu de Florence en vingt et un jours, dans sa calèche, attelée de cinq chevaux.
On annonce l’arrivée à Paris de MM. Falbe, Ministre d’Étal du Danemark, et Matunine, membre du Sénat de Russie.