‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 141 sur 422 · MATIÈRE DE LA VISION · texte numérisé non relu

MATIÈRE DE LA VISION

un phosphène en forme de verrou bordé de lumière... Tout à coup et sans transition, c’est une figure grimaçante à bouche édentée, avec quelques dents ignobles, et des lèvres très rouges... Le tout change constamment dans le détail jusqu’au moment où je prononce mentalement le mot Minerve. Le visage devient très distinct, les traits sont très réguliers et doucement colorés, les yeux bleus, les cheveux blonds. J’ouvre les yeux, tout disparaît » 5. Gruithuisen, cité par Müller dans ses célèbres phantastische Gesichtserscheinungen, montre en rêve à un élève la belle couleur violette du spath fluor sur des charbons ardents. Il en est ébloui, s’éveille et voit des taches jaunes et violet foncé. Maury, dans un phosphène, voit son domestique en tablier blanc, puis un réverbère allumé, puis le décor de la rue Hautefeuille, et enfin « L'Odalisque » %. Schatzmann, déjà nommé, aperçoit, en clair sur fond sombre, une forme irrégulière rappelant vaguement un jeune chien. « J’en fais la réflexion et, instantanément, j'ai sous les yeux un chien nouveau-né, blanc avec des taches noires ». Une tache ovale avec une petite note plus foncée d’un côté se mue subitement en un visage féminin avec une oreille très bien ourlée, dans l’ombre *.

L’ovale de la post-image et son ombre n’est pas l’ovale d’un visage et son oreille ombrée. La post-image la plus analogue à une vision n’en approche pas plus que le nuage le plus complaisant ne peint et ne montre la figure que nous y rêvons. Quand nous voyons des lambeaux de fête royale dans les cumulus d’un couchant, nous savons bien qu'il ne faut pas dire : je vois. Mais quand Maury, dans son phosphène, voit se succéder un valet de chambre, un tableau de la rue et l’odalisque, il est contraint, lui, l’observateur, le spécialiste, de dire « je vois ». Et pourtant, il sait à la perfection, malgré sa complaisance pour le phosphène, que jamais cette brume lumineuse n’a eu les traits, la chair et le poids des hallucinations qu’elle porte. Le phosphène les précède et leur survit, elles veulent bien lui

35. Schatzmann. Les hallucinations, p. 201-202. — 36. Maury. Le Sommeil et les rêves, 81-83. — 37. 226, 227.

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